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Full text of "Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, Intitulée Al-Bayano'l-Mogrib (Volume 2)"

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Histoire de 
l'Afrique et de 
l'Espagne 
intitulée 
Al-Bayano' ... 



Ibn al-Adhârï 



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HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE 



INTITULEE 



AL-BATANO'L-MOGRIB 



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GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE 



HISTOIRE DE L'AFRIQUE ET DE L'ESPAGNE 



INTITULEE 



AL-BAYANO'L-MOGRIB 



TRADUITE ET ANNOTÉE 



PAR 



E3. FAQNA1V 



TOME II 



ALGER 

IMPRIMERIE ORIENTALE PIERRE FONTANA, RUE D'ORLÉANS, 29 

1904 



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PUBLICATIONS DU TRADUCTEUR 



Observation}* sur les coudées du Mekyàs (Paris, 1873, iu-8°). 
Le Se'âdet Nàmeh de Naeer ed-Dîn Khosroù, texte persan et tra- 
ductiou (Leipzig, 1880, 8°). 

Œuvres choisies de A. J. Letronne (Paris, chez Leroux, 1881-1885, 

6 vol. in-8*). 
Concordances du Manuel de droit de Sidi KJtalil (Alger, chez 

Fontana, 1889, in-8% 368 page*). 

Catalogue des Manuscrits arabes, turcs et persans de la Bibliothèque-^ 
Musée d'Aller. Forme le t. xvm du Catalogue général des Manus- - 
crits des Bibliothèques publiques de France (Paris, chez Plon, 
1893, in-8°, xxxn-680 pages). 

Histoire des Almohades d'Abd el-Wâhid Merrâkechi, traduction 
française (Alger, chez Jourdan, 1893, in-8°, 332 pages). 

Le signe distinctif des Juifs au Maghreb (Revue des études juives, 
avril-juin 1894). 

Chihab ed-Dîn Dimechki (Revue Africaine, 1894). 

Chronique des Almohades et des Hafcides attribuée à Zerkechi 

(Constantine, 1895, vi-297 pages in-8°). 
Un chant algérien du XVIII siècle, recueilli et traduit par V. de 

Paradis (Alger, Jourdan, 1895). 
Alger au XVIII* siècle, par Venture de Paradis (Alger, Jourdan, 

1898, 178 pages in-8°). 
Ibn el-Athir, Annales du Maghreb et de l'Espagne, traduction 

française (Alger, Jourdan, 1901, 664 pages in-8°). 

L'Afrique septentrionale au XII* siècle de notre ère, description 
extraite du Kitâb el-istibçâr (Constautine, 1900, 229 pages in-8°). 

Histoire de l'Afrique et de l'Espagne, intitulée : Al-Bayano'l- 
Mogrib, traduite et annotée (Alger, Fontana, 1901, t. i, 519 pages 
in-8° ; t. n, 5îl pages, 1904). 

Les Tabakàt malekites (Madrid, 1904). 



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119834 

JUM 11 '908 

Fo4- 



AVANT-PROK)S 



Le second des fragments qui nous sont parvenus du Bayân et 
qu'a publiés Dozy, n'a, non plus que le premier, été conservé 
intégralement, puisqu'il ne comprend même qu'une portion de la 
période Omeyyade de l'histoire de l'Espagne et s'arrête avant la 
mort du brillant et peu scrupuleux ministre que nous connaissons 
sous le nom d'Almanzof. Il a cependant une importance au 
moins égale à celle du premier, dont il complète aussi certaines 
données relatives à l'Afrique. Cette compilation, malgré bien des 
défauts qui ne lui sont d'ailleurs pas exclusifs, fournit en effet des 
renseignements puisés dans des chroniques antérieures et proba- 
blement perdues pour toujours. C'est à l'emploi de celles-ci qu'il 
faut attribuer de trop fréquentes citations en prose rimée où des 
rhéteurs, dont l'Espagne musulmane compte un si grand nombre, 
ont, sans presque aucun souci ni des faits ni de la précision, étalé 
leur connaissance du lexique et leur habileté dans l'emploi des 
métaphores, au grand désespoir des traducteurs qui ont à em- 
ployer la langue française, si impropre à cet usage. Aussi la 
traduction de cette seconde partie, moins heureuse peut-être que 
celle de la première, pourra-t-elle provoquer quelques réserves de 
la part de ceux qui sont en état de la contrôler ; encore ne parlé-je 
pas des noms géographiques, d'une lecture et d'une identification 
souvent ' malaisées et pour plusieurs desquels on voudra bien 
consulter les Additions de la fin du \olume. 

Elle n'a pas complètement l'attrait de l'inédit, puisque, dès 1860, 
une version espagnole, d'ailleurs peu connue, des pp. 2 à 161 du 
texte, a été publiée à Grenade par D. Fr. Fernandez Gonzalez sous 
le titre Historias de Al-Andalus por Aben- Adhari de Marruecos 
(t. 1, seul publié, 335 p., 8°). Il en est-parlé en ces termes par F. 
Pons Boigues : « El prurito de una fidelidad exagerada le lleva a 



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*- II — 

inventar palabras y giros de diccion que se compadecen muy mal 
con la indole de nuestra lengua» (Ensayo bio-bibliogrqfico, p. 41 5). 
Sur le nom et la personnalité d'Ibn Adhari je ne puis rien appren- 
dre de nouveau, et je me borne à relever deux passages qui parais- 
sent avoir échappé à l'attention de Dozy (p. 4, 1. 7, et 10, 1. 21)., 
Du premier, qui est le plus important, si toutefois le compilateur 
ne se borne pas à la simple transcription d'une de ses sources, il 
résulte qu'il était en état de recourir à des sources non-arabes, 
puisqu'il parle d'«un livre étranger», c'est à dire écrit dans une 
langue parlée par des chrétiens, selon l'usage qu'il fait de ce mot 
'adjem dans d'autres passages, où je l'ai rendu, peut-être trop 
fidèlement, par barbare ou étranger '(p. ex. pp. 229, 317, 378, 
379, etc. 

Voici la liste des Omeyyades dont il est parlé dans ce volume : 

Abou'l-Motarrif 'ABD ER-RAHMAN I ben Mo'awiya ben 
Hicham, -f- 23 rebî' II ou 10 djomada 172. 

Abou'l-Welid HICHAM I ben 'Abd er-Rahman ed-Dakhil, sur- 
nommé er-RID'A, + 3 çafar 180. 

Abou'l-'Açi el-HAKAM I ben Hicham ben 'Abd er-Rahman, -f- 

27 dhoû'l-hiddja 206. 

Abou'l-Motarrif 'ABD ER-RAHMAN II ben el-Hakam, -f- 3 

rebî' II 238. 
Abou 'Abd Allah MOHAMMED I ben 'Abd er-Rahman II, -|- 

28 çafar 273. 

Abdu'l-Hakam el-MONDHIR ben Mohammed I, -f- *5 çafar 275. 

Abou Mohammed 'ABD ALLAH ben Mohammed I ben 'Abd er- 
Rahman, -f 1" rebî' I 3oo. 

Abou'l-Motarrif 'ABD ER-RAHMAN III bën, Mohammed ben 
'Abd Allah, en-NAÇIR, t|- 2 ramadan 35o. 

Abou'l-Motarrif el-HAKAM II ben 'Abd er-Rahman, el-MOS- 
TANÇIR, + 3 çafar 366. 

Abou'l-Welid HICHAM II ben el-Hakam, el-MO'AYYED. 



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EL-BAYAN EL-MOGHRIB 



DEUXIÈME PARTIE 



Description de l'Espagne ; sa prééminence. 

[P. 2] Ce pays est une presqu'île de forme triangulaire 
ou à peu près : un angle se trouve à la colonne (*) dé 
Cadix, le second en Galice sur la même ligne que nie de 
Bretagne (Bertàniya), là où se trouve une colonne sembla- 
ble à celle de Cadix ; le troisième est à l'Est entre les 
villes d'Arboûna (Narbonne) et de Bordhil (Bordeaux), 
au point où l'Océan occidental se rapproche de la partie 
syrienne de la Méditerranée et où Ton pourrait dire en 
quelque sorte que Ges deux mers se réunissent. L'Espa- 
gne serait donc une île si elle n'était rattachée à la Grande 
Terre par son dernier côté sur une longueur d'une pleine 
journée de marche ( 2 ); c'est là que se trouve le passage 
appelé El'AbwâbW. Ce pays est donc entouré [presque 



(1) On dit qu'il existe six colonnes en pierre, chacune haute de 
cent coudées et surmontée d'une statue en cuivre : deux se trouvent 
dans les lies Fortunées, une troisième à Cadix (Edrisi, éd. Dozy-de 
Goeje, p. i ; Makkari, i, 85 ; Reinaud, intr. à la Géogr. d'Aboulféda, 
255 ; cf. Dozy, Recherches, n, 328). 

(2) 11 serait plus exact de dire cinq journées, ainsi que Ta écrit 
Edrisi, p. 197. 

(3) C'est à dire les Portes ou Ports, puerto en espagnol ; cf. Aboul- 
féda, trad. fr., t. n, p. 36, n. 6. Quant à la description de la forme 
de l'Espagne, cf. ibid., pp. 37 et 234 ; Edrisi, p. 197; Makkari, î, 81 
et s., et ce que dit Orose, in Historias de Al-Andalus por F. Fernandez- 
Gonzalez, p. 6, n. 1. 



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de toutes parts par la mer : l'Océan occidental et la Médi r 
terranée méridionale, qui remonte aussi quelque peu à 
l'Est; les limites orientale, occidentale et, en partie, sep- 
tentrionale, sont formées par l'Océan, une partie des limi- 
tes méridionales et orientales Test par la Méditerranée, 
car celle ci est au centre de toute la terre. On dit [que ce 
pays est à l'extrémité du quatrième W] des sept climats. 
On prétend que le peuple qui s'y établit d'abord, après 
le déluge, était les Andaloch, [P. 3] d'où le pays fut 
nommé « Atidalos » < 2 ). On dit aussi qu'ils étaient mages 
(madjoûs) et que Dieu, voulant Les forcer à s'en aller, 
empêcha la pluie de tomber dans ce pays, si bien que les 
bassins, les sources et les rivières restèrent à sec, de telle 
sorte que ce peuple se retira et se dispersa. Ce pays, de la 
frontière de France (Efrendja) à la mer, resta cent ans 
inhabité, et reçut ensuite des Africains (Afârika), expul- 
sés par le prince d'Ifrîk'iyya par suite d'une famine qui 
désolait cette province. Les nouveau-venus retrouvèrent 
de l'eau dans les rivières et occupèrent le pays pendant 
cent cinquante ans environ, sous onze princes qui rési- 
daient à T'àlik'a( 3 ). Ils furent ensuite vaincus et supplan- 
tés par les Echbâniyya, dont le nom fut donné à Ichbî- 
liyya (Séville), qu'ils bâtirent et où ils habitèrent, tandis 
que Tàlik'a tomba en ruines. Les barbares de Rome les 
attaquèrent et restèrent les maîtres jusqu'au jour où 



(1) Les crochets indiquent une laeun.e que j'ai tenté de combler 
d'après Makkari (i, 90, 1. 3). 

(2) Le nom d'Andalos, encore subsistant sous la forme Andalousie, 
désignait l'Espagne musulmane, et paraît se rattacher au nom des 
Vandales (Aboulféda, n, 234 n. ; Dozy, Recherches, 3 e éd., i, 301). 

(3)'Ibn el-Athîr parle aussi de cette localité (Annales du Maghreb, 
p. 37), de même que Makkari (i, 86), qui donne des détails sur cette 
période mythique. 



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- fr- 
eux-mêmes furent assaillis par les Bechterlîkât (*>. Anté- 
rieurement s'était produite la mission du Messie, l'envoi 
des apôtres en tous lieux, la prédication et les succès de 
la religion chrétienne. Alors eut lieu l'invasion des Bech- 
terlîkât, qui venaient de Rome et étaient maîtres de la 
France, où ils envoyaient des gouverneurs. Mérida était 
[en Espagne] leur capitale, et vingt-sept de leurs rois s'y 
succédèrent. 

Ensuite surgit à Séville un pauvre cultivateur nommé 
Echbân. Un jour qu'il cultivait la terre, Khiz'r vint se 
mettre à côté de lui et lui dit : « Quand tu auras vaincu 
Iliyà, sois bon pour les enfants des Prophètes. — Et com- 
ment, reprit-il, sera-ce possible, à moi, chétif, et qui ne 
suis pas de sang royal ? — Cela, reprit Khiz'r, est décidé 
par Celui qui transforme ton bâton comme tu peux le 
voir ». Et, en effet, celui-ci était tout verdoyant, ce dont 
il resta tout effrayé, et son interlocuteur disparut. Ces 
paroles firent impression sur Echbân, qui se mit à agir 
sans relâche sur le peuple, si bien que son nom devint 
bien connu et qu'il se rendit maître de l'Espagne. Il s'em- 
barqua pour Iliyâ, qu'il pilla et ruina ; il y tua cent mille 
juifs et en vendit pareil nombre, et les marbres de cette 
ville furent ramenés en Espagne. Son expédition eut lieu 
après la deuxième année de son règne, qui dura environ 
vingt ans. Le nom d'Echbân était, dit-on, Içbahân, parce 
que, [P. 4] né dans cette ville, il en aurait pris le nom i'j ; 



(1) lbn el-Athtr écrit Bechnoûliyat, (dans Makkari, Bechtoùlikât, 
i, 89) et rapporte également la légende qui a trait à Echbân (ibicl., 
37 et 38), et qu'on retrouve dans Makkari (i, 88). 

(2) L'origine soi-disant persane d'Echbàn se fonde probablement sur 
la ressemblance de ce mot avec celui dlçbahàn ou Isfahan, mais il y 
est maintes fois fait allusion, par ex. par Mas'oùdi, Prairies d'or, 
I, 369; il, 326; Makkari, i, 86, etc. Cf. Ibn el-Athîr, Annales, p. 35. 



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-4- 

Dieu est plus savant. Les princes de cette dynastie sont 
au nombre de cinquante-cinq. 

Les Goths envahirent ensuite l'Espagne, qui fut, par 
l'intervention divine, soustraite à l'empire de Rome. 
Leurs princes, qui résidaient à Tolède, furent au nombre 
de seize, et le dernier fut Loderik, du temps de qui eut 
lieu l'invasion musulmane. J'ai trouvé dans un livre 
étranger que le dernier roi d-Espagne s'appelait Wakh- 
chendech^, qui n'avait pas son pareil dans la Chrétienté 
en sagesse ni en connaissance des règles traditionnelles, 
et c'est d'après lui [que ses sujets entendaient les pré- 
ceptes du Christianisme i*)], c'est à dire les quatre Evan- 
giles, sur lesquels ils sont en désaccord et auxquels ils 

se réfèrent. Il était On dit que Loderik, celui qui fut 

attaqué par les Arabes et les Berbères, se souleva contre 
ce Wakhchendech et le tua. Il s'empara de la royauté et 
son autorité fut reconnue par Tolède et d'autres villes. 
D'après les livres des étrangers, €e Roderik (sic) n'était 
pas un prince de sang royal, mais un bâtard, qui était 
gouverneur de Cordoue et qui tua le roi après s'être 
révolté contre lui. Il changea les règles du gouvernement 
et corrompit les coutumes traditionnelles de la royauté ; 
il ouvrit le temple qui renfermait le coffre^ et qui 

était ; à la mort de chaque roi on y écrivait son nom 

et la durée de son règne, et l'on y déposait son diadème. 



(1) Khachendech (Ghindaswinde ?) dans Makkari (i, 89). 

(2) J'ai ici tenté de compléter et corriger le texte diaprés Makkari 
(ib.), à qui Dozy, dans ses Corrections, n'a pas songé à recourir. 

(3) La légende relative à l'origine de ce coffre figure dans Makkari 
(I, 152 et s.; cf. 157), et dans Ibn Khallikan (m, 479). Sur ce coffre 
et son contenu, sur la Table de Salomon, etc., on peut consulter 
notamment l'étude détaillée qu'en a faite M. Juan Menendez Pidal, 
Leyendas del idtimo rey Godo (in Revista de ctrchivos, 1901 et 1902), 



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- 5 - 

Les chrétiens lui manifestèrent leur désapprobation [et 
offrirent de lui bâtir] une demeure semblable, faite d'or 
et d'argent, à condition qu'il ne l'ouvrit pas ; mais, sans 

vouloir les écouter, il persista à ouvrir le coffre Il y 

trouva, avec les diadèmes des rois, des statues d'Arabes 
porteurs d'arcs et enturbannés [sur lesquelles ?] il était 
écrit : « Quand cette demeure sera ouverte et qu'on en 
tirera ces statues, des gens qui leur ressemblent péné- 
treront en Espagne » Quand les Arabes et les Ber- 
bères, conduits par Tàrik', se trouvèrent en Espagne, les 
chrétiens l'abandonnèrent et s'enfuirent, si bien qu'il fut 
tué. L'invasion de T'àrik' eut lieu un an après l'acces- 
sion au trône de Roderik, qui fut tué par T'ârik' à Kar- 

tâdjenna (Carteya) A son arrivée à Tolède, T'ârik' y 

trouva la table de Salomon [P. 5] ainsi que les statues 
équestres des Arabes et des Berbères. Celles-ci furent 
placées près du château de Cordoue. Mais, selon d'autres, 
les slalues qu'on voit en ce lieu y furent transportées par 
c Abd er-Rahmàn ben Mo c âwiya et étaient des talismans 
placés par les Arabes dans les mosquées d'Espagne. 

En voilà assez pour le moment en ce qui touche la des- 
cription de l'Espagne et l'énumération de ses anciens rois. 

Les Musulmans pénètrent en Espagne et l'enlèvent aux Infidèles (*). 

On raconte de quatre manières différentes l'entrée des 
musulmans dans ce pays : 

lo Ce furent c Abd Allah ben Nâfi c ben c Abd el-Kays 



(1) Sur la conquête de l'Espagne par les Musulmans, voyez Ibn el- 
Athir, Annales, p. 43 ; Saavedra, Estudio sobre la invasion, etc. , 
Madrid, 1892 ; et ci-dessous. 



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- 6 - 

Fihri et c Abd Allah ben el-Haçin Fihri W qui y pénétrèrent 
par mer, du temps d' c Othmân. D'après Tabari, ils y péné- 
trèrent par terre et par mer et Dieu leur en fît faire la 
conquête, de même que celle de la France; un territoire 
égal à celui d'Ifrik'iyya s'ajouta ainsi à l'empire musul- 
man. L'Espagne continua de dépendre de l'Ifrik'iyya 
jusqu'à l'époque de Hichàm ben c Abd el-Melik. Puis les 
Berbères défendirent [et reconquirent] leur pays, et ceux 
qui étaient en Espagne restèrent tels quels ( 2 ). Cela se 
passait en 27 de l'hégire (6 octobre 647). 

2° Moûsa ben Noçayr ( 3 ) la conquit en 91 (8 novembre 
709). De cette version, que rapporte aussi Tabari, il 
résulte que ce chef passa en personne en Espagne et 
qu'il dirigea cette expédition et la conquête ; 

3° Tarif y pénétra et la conquit en 91 ; 
* 4° Ce fut T'ârik' qui y pénétra le premier, en 91, et qui 
y fut suivi en 92 par Moûsa. 

On voit la contradiction qui existe enlre ces quatre 
versions : on dit que les deux Fihrites furent les pre- 
miers à y entrer, ensuite que ce fut Ibn Noçayr, puis 
Tarif et enfin T'ârik'. De là résulterait que les deux Fih- 
rites ont, du temps d' c Othmân, remporté des victoires et 
ramassé du butin sur le littoral, et que Tarif, arrivé en 
91, y a fait des ravages que l'on a mis sur le compte de 
Moûsa ben Noçayr, selon la coutume qui attribue au 
chef les actes qu'il a ordonnés : le fait qu'il dépendait 



(1) Le nom de ce chef figure aussi dans le Nodjoûm, i, 95 ; cf. Annales 
du Maghreb, p. 16. 

(2) «. . . e impidieron los berberies las comunicaciones, quedando los 
habitantes de Al-Andalus por su estado en condicion superior à la de 
ellos» (trad. F. Gonzalez, p. 14). 

, (3) Sa biographie figure dans la Hollat, in Notices sur quelques ma- 
nuscrits, p. 30; Ibn Khallikan, ni, 475; Dhabbi, n° 1334, etc. 



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_ 7 - 

de Moûsa le prouve, [P. 6] et alors l'allégation de 
Tabari est exacte; à plus forte raison M est-ce prouvé 
par le récit de RàzH 2 ). T'ârik' enfin y pénétra pour en 
faire la conquête par lui-même, en 92 (28 octobre 710). 

D'après c Arib, l'infidèle Julien, gouverneur d'Algéziras, 
entra en relations, en 91, avec Moûsa ben Noçayr, gou- 
verneur d'Ifrîk'iyya, par l'intermédiaire de T'àrik' ben 
Ziyâd, qai administrait Tanger et les environs au nom 
de Moûsa ( 3 ). Julien lui écrivit pour lui présenter sous le 
plus beau jour la conquête de l'Espagne et lui en montrer 
la facilité. On dit même qu'il se rendit par mer auprès 
de lui, si bien qu'il l'amena à ce projet. Moûsa consulta 
Welid ben c Abd el-Melik, ou par lettre ou en personne, 
car il y a divergence à ce sujet, et le khalife conseilla de 
tenter l'affaire avec quelques escadrons, sans trop expo- 
ser les musulmans. Alors Moûsa envoya un berbère, 
Aboû Zor c a Tarif, à la tête de 100 cavaliers et de 400 
fantassins, qui franchirent sur quatre navires le bras de 
mer qui les séparait de l'Espagne et débarquèrent vis à 
vis de Tanger, à l'endroit appelé maintenant, à cause de 
cela, Djezirat Tarif; de là il poussa des incursions dans 
les environs jusqu'à Algéziras, enleva des captifs et un 
butin considérable et s'en retourna saki et sauf. Cette 
incursion avait été organisée en ramadan 91 (juillet 710). 



(1) Je lis ,£jA.b 

(2) Sur Aboû Bekr Ahmed ben Mohammed Ràzi, mort vers 344, 
et des œuvres de qui il ne nous est parvenu que de faibles fragments, 
voir notamment Pons, 1. I., p. 62, et Saavedra, Estudio sobre la 
invasion, p. 8. 

(3) On discute la question si Julien était Goth, Byzantin ou Berbère ; 
voir notamment Dozy, Recherches, i, 57, 3* éd. ; Codera in Revista 
de Aragon, mars 1902 et s. ; J. Menendez Pidal in Revista de archivos, 
1902, p. 354. 



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- 8 - 

On est donc, semble-t-il, unanime à reconnaître que 
celui qui a fait le plus dans la conquête de l'Espagne est 
T'àrik* ben Ziyâd, mais on n'est pas d'accord sur son 
origine : la plupart disent que c'est un Berbère de Nefza, 
et que, devenu captif, il fut affranchi par Moûsa ben 
Noçayr, tandis que d'autres le disent Persan. 

D'après Çàlih' ben AboûÇàlih'd), T'ârik' était fils de 
Ziyàd ben e Abd Allah ben Refhoil ben Ourfeddjoûm ben 
Inizghasen ben Oulhàç ben Itewwofet benNefzân^. On 
admet aussi sans conteste qu'il administrait le Maghreb 
el-Akça au nom de Moûsa avant qu'on se mît à explorer 
l'Espagne, et que celui-ci lui laissa les otages livrés par 
les Berbères de cette province en 86 (1 janvier 705). Mais 
on dit encore que T'ârik' passa en Espagne [P. 7] en 92 
avec les otages berbères. 

D'après Ibn el-K'attân @), on dit généralement qu'il 
résidait à Tanger ou, selon d'autres, à Sidjilmàssa ; que 
Salé et la région par delà, Fez, Tanger et Ceuta, appar- 
tenaient aux chrétiens, et qu'à Tanger résidait Julien ; 
que Tàrik' était alors le lieutenant de Moûsa ben Noçayr. 
Mais ici encore commence la divergence sur le point de 
savoir s'il passa en Espagne d'après l'ordre de Moûsa, 
ce qui est l'opinion générale et communément admise, 



(1) Je ne trouve d'autre personnage de ce nom que Çàlih ben Àboù 
Çàlih Khalaf, juriste et théologien qui avait étudié en Afrique, et 
qui mourut en 586 (Tekmila, n° 1223). 

(2) Comparez l'orthographe de ces noms dans le 1. 1, p. 37. 

(3) Cet auteur, dont le nom est maintes fois cité dans le t. i, et qui 
était inconnu à M. de Slane, a composé une chronique intitulée 
Nez'm el-Djomân. Ce doit être AboCTl-Hasan 'Ali beu Mohammed 
ben 'Abd cl-Melik, mort en 628 à Sidjilmàssa, où il était kàdi; (H. des 
Berb.y h, 162 ; Tekmila, n° 1920 ; Pons ? Boigues, Ensayo bio-biblio- 
grafico, p. 275 ; Dozy, intr. au Bayan, p. 31 ; Notices sur quelques 
manuscrits, p. 4). 



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— 9 — 

ou s'il y fut appelé forcément par quelque incident fortuit. 

Ràzi dit, d'après Wàkidi, que Welid ben c Abd el-Melik 
nomma Moûsa ben Noçayr gouverneur d'Ifrik'iyya et que 
Moûsa fit administrer Tanger par T'àrik'. Celui ci, devenu 
voisin de Julien par suite de la proximité d'Algéziras, 
s'aboucha avec lui; l'entente se fit entre eux et Julien 
promit de le faire, lui et ses troupes, entrer en Espagne. 
T'àrik', qui avait une armée de 12,000 Berbères, se décida 
à cette expédition après avoir reçu le consentement de 
son patron Ibn Noçayr. Pour transporter ces troupes à 
Tinsu des Espagnols, Julien employa les bateaux de com- 
merce qui faisaient le cabotage entre les deux côtes, et 
que Ton crut transporter des marchands. Tous ces soldats 
furent ainsi introduits peu à peu, et T'àrik', accompagné 
de son entourage, partit avec le dernier bataillon pour 
aller rejoindre les siens; Julien et ses compagnons, pour 
plus de sûreté, restèrent à Algéziras. Le lundi 5 redjeb 92 
(27 avril 711), ainsi que cela a été dit, T'ârik' débarqua 
en Espagne près d'une montagne qui porte encore son 
nom. 

e Isa ben Mohammed (*), l'un des descendants d'Aboû'l- 
Mohàdjir, parle, dans son livre, du motif qui amena 
T'àrik' en Espagne : T'ârik', dit-il, qui gouvernait Tanger 
au nom de Moûsa, [P. 8] vit, un jour qu'il était assis, 
arriver des navires qui vinrent jeter l'ancre dans le port. 
Ses gens allèrent enlever les gouvernails et firent débar- 
quer les arrivants, qui déclarèrent venir chercher pro- 



(1) J'ai vainement cherché le nom de cet auteur et la mention de 
son Jivre. Peut-être s'agit-il de celui, (+403), qui figure dans Pons 
(Ensai/o, p. 108, d'après Ylhâta cité par Casiri ; dans le ms de cet 
ouvrage existant à Paris, n° 3347, on trouve mentionné un 'Isa ben 
Mohammed ben 'Isa Omawi Loûchi ; cf. aussi Ibn el-Faradhi, n° 987). 



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- 10 - 

tection. T'ârik' demanda à leur chef Julien le motif de sa 
venue : « Mon père, répondit-il, est mort; un patrice, 
nommé Loderîk, a dirigé ses attaques contre notre roi et 
notre royaume, et m'a couvert de mépris et d'humilia- 
tion. J'ai entendu parler de vous, et je viens vous appe- 
ler en Espagne, où je vous servirai de guide. » T'ârik', 
ayant consenti, réunit les Berbères au nombre de 12,000, 
et Julien les emmena petit à petit, ainsi qu'il a été dit. 

On explique encore les choses comme ceci : Tanger, 
Ceuta, Algéziras et cette région appartenaient au roi 
d'Espagne, de même que presque tout le littoral du Ma- 
roc septentrional (el~ c adwa) et du voisinage était aux 
mains des Roûm. C'étaient eux qui y habitaient, car les 
Berbères n'aiment pas habiter les villes ni les bourgades 
et ne recherchent que les montagnes et les campagnes, à 
cause de leurs chameaux et de leurs troupeaux. Les chré- 
tiens, d'ailleurs, avaient accepté un traité de paix. La 
coutume, en Espagne, était que les rois chrétiens prissent 
à leur service les enfants des patrices et des grands, les 
garçons étant employés à l'extérieur et les jeunes filles 
faisant des travaux d'intérieur. Cette coutume subsiste 
encore de nos jours, notamment pour les garçons : ils 
travaillent étant enfants, se mettent au courant des mœurs 
et des coutumes, et quand ils sont devenus grands, les 
princes les admettent au nombre de leurs guerriers et 
dans les familles de ceux-ci. Roderîk, roi Goth d'Espa- 
gne* qui avait à sa cour, dans les conditions susdites, la 
fille de Julien, lui fit violence; elle en informa secrète- 
ment son père, qui cacha sa colère et guetta longtemps 
l'occasion de satisfaire son ressentiment. Cela dura jus- 
qu'à l'invasion du Maghreb par les Arabes. Alors Rode- 
rik fit demander à Julien des faucons, des éperviers, etc. 



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- 11 — 

<* Je t'enverrai, répondit Julien, un épervier tel que tu 
n'as jamais ouï parler de son semblable », voulant dire 
par là la trahison qu'il méditait. C'est alors qu'il invita 
Târik' à franchir le détroit (*). 

[P. 9] Sur la manière dont T'èrik' a fait la guerre en 
Espagne, il y a diverses versions. c Isa dit dans son livre 
que Roderik marcha contre lui avec toutes les forces 
militaires de son royaume; qu'il y figurait en personne 
assis sur le trône que portaient deux mulets, ceint de 
son diadème et couvert de tous les bijoux dont s'ornent 
les rois; qu'il s'avança ainsi vers la montagne où était 
installé T'ârîk', qui l'attaqua avec toutes ses troupes, dont 
une très faible partie seulement se composait de cavale- 
rie ; qu'à la suite d'une lutte si acharnée que tout sem- 
blait devoir disparaître, Dieu mit en fuite les infidèles, 
et que Roderik fut tué au Wâdi et-Tin( 2 ), à la suite de 
quoi T'àrik' entra à Cordoue, et l'Espagne fut, grâce à 
Dieu, conquise par les musulmans. 

D'après Wâkidi, on se battit du lever au coucher du 
soleil ; il n'y avait eu au Maghreb aucune bataille aussi 
importante, et les ossements des victimes demeurèrent 
longtemps sur le champ de bataille avant de disparaître. 
Wàkidi ajoute qu'il tient d' c Abd el-Hamid ben Dja'fartë), 



(1) Le même épisode est rappelé, sous une forme légèrement diffé- 
rente, par Ibn Koùtiyya (p. 262-263 du fragment publié, texte et traduc- 
tion, dans le Recueil de textes. . . de l'Ecole des langues orientales, 
1889, 1. 1 ; il est préférable de se reporter à la traduction de ce même 
fragment publiée dans le J. as., 1856, h, p. 429). Pour l'histoire de la 
conquête, voir notamment Dozy, Recherches, 3° éd., i, 21, et Saavedra, 
Estudio sobre Xa invasion de los Arabes en Espafla, Madrid, 1892. 

(2) Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs. 

(3) Personnage qui a joué un certain rôle et qui mourut en 153 (lbn 
el-Athir, v, 403, 404, 422 et 467). 



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- 12 - 

qui le tenait de son père, que celui-ci disait : J'ai entendu 
un Espagnol raconter à Sa c id ben el-Mosayyib W les évé- 
nements en question, en ajoutant : «Pendant trois jours, 
les musulmans ne cessèrent de frapper de leurs sabres, 
si bien qu'ils abattirent complètement leurs ennemis. » 
De là, ils gagnèrent la ville capitale, Cordoue, à cinq 
journées du littoral, où se trouvait Roderik. L'autorité 
de celui-ci s'étendait jusqu'à Narbonne, alors frontière 
de l'Espagne du côté de la France et distante de Cordoue 
de mille milles. Dans ces premiers succès, Târik' et les 
siens firent dix mille prisonniers, et la part du butin tie 
chaque guerrier, en or et en argent, monta à 250 dinars. 
D'après Râzi, Roderîk, quand il apprit l'arrivée [P. 1 0] 
de T'àrik' et de son armée et qu'il sut où les trouver, 
envoya successivement contre lui des corps de troupes 
dont il confia le commandement à son neveu Bandj (*), 
fils de sa sœur, qui était son principal officier, mais dans 
toutes les rencontres ils furent battus et massacrés, et 
Bandj subit le même sort. La force des musulmans s'ac- 
crut, et les fantassins purent se monter et élargir le 
cercle de leurs incursions dans la région qu'ils traver- 
saient ; mais alors ils eurent à subir l'attaque de Rode- 
rik monté sur son trône, comme il a été dit, et à la tète 
de toutes ses troupes, de ses gardes et des habitants. Ce 
prince atteignit l'endroit où était T'àrik', et le combat 
s'engagea sur le Wàdi Beka' 3 ), dans la province de Sidona 



(1) Célèbre traditionnaire, + 94 H. ou environ, appelé le fakih par 
excellence (Nawawi, p. 283 ; Nodjoûm, notamment p. 254 ; lbn Khal- 
likan, i, 568 ; lbn Koteyba, 223, etc.). 

(2) Sur l'orthographe de ce nom, probablement Bencio, cf , Saave- 
dra, Estudio, p. 66, u. 3. 

(3) Le texte porte Leka, ainsi qu'on le trouve encore ailleurs ; mais 
cf. lbn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 44 ; Saavedra, p. 68, etc. 



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-13- 

(Medinasidonia), le jour même, dimanche 28 ramadan 
(19 juillet 711) ; la lutte dura depuis le lever du soleil 
jusqu'à l'arrivée de la nuit; le lundi elle recommença et 
dura jusqu'au soir et ainsi de suite jusqu'au dimanche 
suivant, c'est à dire pendant huit jours. Grâce à Dieu, 
Loderik et les siens furent tués, et l'Espagne devint la 
proie des musulmans. On ne sait au juste où fut tué ce 
prince, dont on ne retrouva pas le cadavre, mais seule- 
ment une bottine argentée ; il se noya selon les uns, ou 
fut tué selon les autres. 

T'ârik' se dirigea ensuite vers le défilé d'AlgézirasW. 
puis vers la ville d'Ecija, où s'étaient ralliés les fuyards. 
Une nouvelle et sanglante bataille s'engagea, où beau- 
coup de musulmans tombèrent morts ou blessés ; mais 
l'aide divine, se manifestant, mit un terme aux préten- 
tions des barbares, et Dieu remplit leurs cœurs de ter- 
reur quand il fit faire par ses fidèles irruption dans le 
pays; la plupart des poljlhéistes, laissant derrière eux 
les villes, en grande partie vides de leurs habitants, s'en- 
fuirent à Tolède. 

Julien, quittant sa résidence d'Algéziras, vint trouver 
T'ârik' et lui dit : « Maintenant l'Espagne est à toi ; envoie 
tes troupes dans toutes les directions et fais-les guider 
par mes gens; toi-même marche sur Tolède! » D'après 
ce conseil, T'ârik' envoya d'Ecija ses soldats de tous 
côtés. 



{1) Cf. Dozy, Recherches, i, p. 45 de la 3* éd. : « Ce défilé ne peut être 
que celui qui se trouve près de Los Barrios, non loin d'Algéziras, ou 
bien celui des coteaux de Câmara, qui traverse la chaîne de montagnes 
Pénibétique entre Jimena et Alcalâ de los Gazules» (Lafuente, Ajbar 
Machmua, 247). Mais pour M. Saavedra (p. 77) il s'agit de la Boca de 
la Foz, ce que l'examen de la carte rend des plus vraisemblables. 



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- 14 - 

[P. 11] Conquête de T'àrik' ben Ziyâd en 92 (28 octobre 710). 

Il s'empara d'abord de Ja Montagne de la victoire, aussi 
nommée Djebel Târik\ En effet, sitôt que les musulmans, 
arabes et berbères, lurent débarqués dans le port, ils 
voulurent gravir la montagne formée de rochers abrupts, 
et, se servant des bâts pour faciliter la route à leurs 
montures, ils exécutèrent l'ascension; puis, parvenus au 
sommet, ils élevèrent pour se protéger le mur dit des 
Arabes. On dit aussi qu'ils se rendirent immédiatement 
maîtres du fort de Carteya (*), situé au pied de cette mon- 
tagne et dans la province d'Algéziras. A cette nouvelle, 
les princes d'Espagne allèrent trouver Roderik, orgueil- 
leux tyran, qui appela à lui les chrétiens. Les uns disent 
qu'il envoya à plusieurs reprises contre les musulmans 
des troupes qui, dans toutes les rencontres, furent battues 
et massacrées ; qu'ainsi la force des musulmans s'accrut, 
que les fantassins purent se monter et élargir le cercle 
de leurs incursions; qu'alors Roderik en personne mar- 
cha contre eux. Mais la plupart disent, au contraire, qu'il 
dirigea en personne la première attaque. Il y a encore 
divergence sur la durée des combats qui aboutirent à la 
victoire et à la fin desquels Roderik fut mis en fuite : les 
uns disent un jour plein, d'autres deux jours, d'autres 
trois, d'autres encore huit. On discute également si la 
tête du vaincu fut apportée à T'ârik' ou si ce prince périt 
noyé. 

Prise de Cordoue. D'Ecija T'àrik' envoya Moghîth ( 2 ), 



(1) Ce nom s'écrit en arabe Kartadjenna, comme celui de Cartha- 
gène ; c'est, aujourd'hui, Torre de Cartagena ou del Rocadillo (Saave- 
dra, p. 65 ; Mus. d'Esp., n, 33 -et 353 ; Index du Machmua, p. 250). 

(2) Moghîth était un affranchi d'origine chrétienne à qui Dhabbi a 
consacré un court arlicle (n° 1387). 



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Ç^T 



- 45 — 

client d' c Abd el-Melik ben Merwân, à Cordoue, Pune des 
villes principales du pays. Ce chef avait avec lui 700 cava- 
liers et pas un fantassin, puisqu'on avait monlé tous les 
fantassins. Arrivé à Secunda et à la bourgade de Tar- 
saylW, à trois milles de Cordoue, il envoya les guides à 
la recherche de quelqu'un qui pût le renseigner; on lui 
ramena, dans le fourré où il se tenait, un berger dont on 
s'était emparé, et qui, interrogé au sujet de Cordoue, 
répondit : « [P. 12] Les principaux habitants ont quitté 
la ville, où il ne reste plus qu'un patrice avec quatre cents 
soldats montés et les gens de basse naissance. » A la de- 
mande si les murailles étaient fortes, le berger répondit 
affirmativement, mais il ajouta qu'il y avait une brèche, 
qu'il décrivit, au-dessus de la*Porte de la statue, autre- 
ment dite la Porte du pont< 2 ). 

A la faveur de la nuit, Moghith et les siens continuè- 
rent leur marche, franchirent la fivière et arrivèrent 
devant les murs,. qu'ils tentèrent inutilement d'escalader. 
Ils retournèrent prendre le berger, qui leur montra la 
brèche; ils ne purent pas d'abord y atteindre, mais enfin 
un musulman y étant parvenu, Moghîth lui envoya la 
mousseline de son turban, dont cet homme saisit un bout 
et, avec cette aide, de nombreux musulmans arrivèrent 
sur les remparts. Moghîth se dirigeant alors vers la Porte 
du pont, à cette époque-là ruinée, ordonna à ses soldats 
de cerner les sentinelles sur les remparts, puis on brisa 



(1) Les voyelles de ce nom, le Tercios des Mozarabes, sont indiquées 
dans le msde YAkhbàr madjrnoû'aip. 10 du texte imprimé; cf. p. 263). 
Quant à Secunda, c'est le Campo de la Verdad actuel (Saavedra, 
Estudio, p. 81 ; Dozy, Recherches, 3* éd., i, 47). 

(2) Là se trouvait une figure de lion, d'où son nom {Fatho'l-Andaluci, 
par J. de Gonzalez, Alger, 1889, p. 8 du texte, 9 de la trad.). Cette porte 
s'appelle aussi Porte d'Algéziras {Machmua, p. 11 du texte, 24 et 261). 



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-46- 

tes serrures et l'on pénétra dans la ville. A cette nou- 
velle, le prince sortit avec ses meilleurs soldats au nom- 
bre de 400, et se réfugia, à l'ouest de la ville, dans une 
église où il se fortifia M. Moghith envoya àT'ârik* la nou- 
velle de ses succès et assiégea les chrétiens renfermés 
dans Téglise pendant trois mois. Un jour qu'il était assis 
on vint lui annoncer que le prince chrétien s'enfuyait seul 
vers la montagne de Cordoue [la Sierra Morena], pour 
s'y défendre et tendre la main à ses coreligionnaires. 
Alors Moghith, absolument seul, se lança à sa poursuite. 
Quand le fuyard, qui montait un cheval alezan, se vit 
poursuivi, il quitta la route et rencontra un fossé dans 
lequel son cheval tomba et se cassa le cou. Moghith, arri- 
vant bientôt, trouva le chrétien assis sur son bouclier et 
s'offrant comme captif. C'est le seul roi (sic) d'Espagne 
qui fut réduit en captivité, car les autres ou bien obtin- 
rent quartier ou bien s'enfuirent au loin, en Galice, par 
exemple, ou ailleurs. Moghîlh, revenant ensuite aux 
autres chrétiens, les força à se rendre et leur fil trancher 
la tête. Ce temple fut depuis lors nommé YEglise des 
captifs. 

Quant au gouverneur de Cordoue, il le laissa en vie 
pour le présenter au Prince des croyants. 

[P. 13] Prise de Malaga( 2 ). D'Ecija T'ârik' envoya 
contre cette ville un corps de troupes commandé par un 
officier qu'accompagnait, comme guide, un homme de 



(1) Il s'agit de Téglise de San Acisclo (Saavedra, p. 83 et 85; Dozy, 
Recherches, i, 2 # éd., p. 54 ; 3 e éd., p. 48). 

(2) Sur la conquête de Malaga, de Grenade et de Murcie, que le Madj- 
moû'a place aussi à cette époque, cf. Saavedra, 1. 1., p. 86 ; Machmua, 
tr., p. 26 ; Recherches, i, 56, n. 3 ; Guillen Robles, Malaga musulmana, 
p. 35. 



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- 17 - 

Julien. Cette ville fut conquise ainsi que la province de 
ReyyaW, mais les chrétiens purent se réfugier dans les 
hautes et inabordables montagnes de Reyya. 

Prise de Grenade, capitale d'Elvira^. D'Ecija T'ârik' 
envoya contre cette ville un corps de troupes qui l'assié- 
gea et s'en rendit maître. 

Prise de Murcie. Ce même détachement marcha ensuite 
contre Todmir, c'est à dire Murcie, qui avait pris ce nom 
de celui du chrétien qui y régnait; elle s'appelait (aussi) 
Orihuela< 3 ), et c'était la capitale ancienne de (cette pro- 
vince). Le chrétien Todmîr, qui était puissant, combattit 
avec acharnement; mais ensuite il fut mis en déroute 
dans une plaine sans abri où les infidèles furent anéantis 
par la main des musulmans ; ceux qui échappèrent se 
réfugièrent à Orihuela. Quand Todmîr, qui était bien au 
courant des ruses de guerre, vit combien il avait perdu 
des siens, il ordonna aux femmes de laisser flotter leurs 
cheveux, les arma de. lances et les plaça sur les remparts 
de la ville avec ce qui lui restait de soldats; puis lui- 
même, déguisé en messager, se présenta pour demander 
quartier et obtint la capitulation pour lui et pour les 
habitants; ce ne fut qu'alors qu'il révéla qui il était et 
qu'il introduisit les musulmans dans la ville. Ceux-ci 
s'aperçurent alors qu'elle était privée de tout moyen de 
défense, mais, malgré le repentir qu'ils en eurent, ils res- 



(1 ) Ce nom doit probablement se prononcer Reyyo, latin regio, et est 
donné à la province de Malaga, dont Archidona est restée longtemps 
la capitale (Dozy, Recherches, i, 320; 3 e éd., p. 317). 

(2) Ce nom représente l'ancienne Eliberis, aussi dénommée Castella, 
à environ trois parasanges N.-O. de Grenade, qui a été longtemps la 
capitale de la province de Grenade (Dozy, ibid., p. 328 ; 3 e éd., p. 327). 

(3) Ce qui est inexact ; cf. Edrisi, pp. 210 et 234 ; Recherches, 3* éd., 
it 49. 



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- 18 - 

pectèrent les conditions de la capitulation. Puiè ils infor- 
mèrent T'ârik' du succès de leurs armes. Quelques sol- 
dats restèrent à Todmîr avec les habitants ; mais la plu- 
part allèrent rejoindre T'ârik', qui était devant Tolède. 

Prise de Tolède. T'ârik' trouva cette ville abandonnée ; 
il n'y restait qu'un petit nombre de juifs, tandis que le 
prince de cette ville s'était retiré dans une autre ville, 
derrière la montagne. T'ârik', après y avoir organisé mili- 
tairement ces juifs renforcés par quelques-uns de ses 
soldats et partisans, se mit à la poursuite du fugitif O, 
arriva à Guadalaxara [P. 14] et se dirigea du côté de 
la montagne, qu'il franchit par le col qui porte encore 
son nom( 2 >. De l'autre côté, il arriva à la ville dite de la 
Table, parce qu'il y trouva la table de Salomon, fils de 
David, laquelle avait les bords et les pieds en émeraude 
verte ; il y trouva également beaucoup d'argent et d'ob- 
jets précieux. Il Regagna ensuite Tolède. Tel est le récit 
qu'on fait en attribuant ces actes à T'ârik'; mais, selon 
d'autres, il resta sur le champ de bataille [de Wâdi Beka], 
où il fut rejoint par Moûsa; on dit aussi que Cordôue fut 
le lieu de leur rencontre. 

Un an après T'ârik, en ramad'ân 93 (juin-juillet 712), 
Moûsà ben Nôçayr entra en Espagne et poursuivit sa 
marche victorieuse pendant le reste de cette année, en 
94 et une partie de 95 ; il conquit toutes les places fortes 
et battit tous les généraux qui marchèrent contre lui. 



(1) La traduction est faite d'après le texte tel que le rétablit Dozy 
dans ses Corrections. On sail, en effet, que les juifs, qui avaient à 
se plaindre des Visigoths, prêtèrent leur concours aux conquérants 
(cf. Saavedra, p. 89; Annales du Maghreb, p. 46 n. 2 : Dozy, Recher- 
ches, 2* éd., i, 55 et 331 ; 3° éd., p. 339 ; Fournel, Berbers, i, 259, etc.). 

(2) Le Col de Tank' serait celui de Buitrago ou de Somosièrra 
{Annales, p. 46, n. 4). 



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- 19- 

Sans éprouver aucun insuccès ni voir fuir aucun de ses 
bataillons, il s'avança jusqu'à la ville de France nommée 
LoùVoûnM; tout le reste du pays en deçà et jusqu'à l'ex- 
trême limite de Barcelone avait été conquis. Mais alors 
les musulmans s'inquiétèrent et lui manifestèrent leur 
crainte qu'il les exposât à trop de dangers, de sorte qu'il 
les ramena en arrière, t J'ai, dit l'auteur de la Behdjat 
en-ne fs&), lu dans un livre chrétien que les musulmans 
s'avancèrent jusqu'à Loût'oûn, capitale des Francs, après 
s'être rendus maîtres de tout le pays en deçà à l'exception 
des montagnes de K'ark'oûcha( 3 >, de celles de Pampelune 
et du Rocher de Galice. Dans ce dernier endroit, il ne 
resta autour du roi que moins de 300 hommes qui ne 
fussent pas morts de faim ou autrement ; quand ceux 
qui étaient chargés de les réduire les virent si peu nom- 
breux, ils dédaignèrent de les poursuivre plus longtemps 
et les abandonnèrent ; mais le nombre de ces fuyards crut 
peu à peu, et ils finirent par chasser les musulmans de la 



(1) Il s'agit soit de Lyon (Lugdunum), soit d'Autun ; ce nom est 
écrit ^^3^3 ou o>^ P ar l° n Hayyàn, qui parle plus longuement de 
ces expéditions (ap. Makkari, éd. de Leyde, i, 173 ; éd. Boulak, i, 128) ; 
voir Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 30 ; Le Fort, 
Les Sarrasins dans les Alpes, Genève, 1870; Zotenberg, Invasions 
des Visigoths et des Arabes en France, Toulouse, 1876; J. Roman, 
Note sur les invasions sarrazines dans les Hautes- Alpes, Gap, 1882. 

(2) Le titre complet de cet ouvrage est ^j*S)A JLô**^ ^«JuJ\ £xV? ; 
il a pour auteur Aboû Mohammed Hichàm ben 'Abd Allah Kortobi, 
qui écrivait en 580 H.; voir la notice que j'en ai donnée dans la Revistà 
critica de historia y literatura, 1896, p. 336 ; Pons, Ensayo, p. 393. 

(3) Il faut probablement lire Karkachoûna t Carcassonne ; ce dernier 
nom figure dans le Merâcid comme celui d' « une place forte d'Es- 
pagne » (cf. Makkari, i, 176, 1. 10 et s.). M. Saavedra voit dans Kar- 
koucha les montagnes de Santander [Estudio, etc., p. 119 n.). 



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- fcô- 

Galice, c'est à dire de la CastilleW. K'ark'oûcha, d'après 
e Àbd el-Melik ben H'abîb ( 2 ), se rendit par capitulation du 
temps de Hichâmben[P. 15] c Abd el-Melik ( 3 ). Les autres 
conquêtes eurent lieu en 92 (29 octobre 710) et dans une 
partie de 93 (19 octobre 711). 

Le motif qui amena Moûsa ben Noçayr en Espagne fut 
qu'on l'excita contre son serviteur T'ârik' et qu'on lui 
parla de l'abondant butin que Dieu lui faisait tombfu* 
entre les mains. Moûsa lui écrivit alors une lettre des 
plus injurieuses avec défense de dépasser Cordoue avant 
qu'il arrivât lui-même, a On rapporte, dit Ibn el-K'at't'àn, 
qu'il passa en Espagne à cause de la défense qu'il avait 
faite à T'ârik' de dépasser, les uns disent Cordoue, les 
autres le théâtre de la défaite de Loderîk. D'après d'au- 
tres, Moûsa obéit à la jalousie que lui firent concevoir les 
victoires et le butin de T'ârik'. On prétend encore qu'il 
ne fit que répondre à l'appel de T'ârik' lui-même ». Nous 
avons dit qu'il arriva en Espagne en ramad'ân [92]. 

Râzî dit ceci : Wàkidi rapporte, d'après Moûsa ben c Ali 
ben Rebâh', qui le tenait de son père< 4 >, que Moûsa ben 
Noçayr, irrité contre T'ârik', quitta l'Ifrîk'iyya avec dix 
mille hommes et débarqua à Algéziras. Comme il se refu- 
sait à suivre le conseil qu'on lui donnait de suivre le 



(1) Les Arabes donnent le nom de Galice à la plus grande partie du 
N.-O. de l'Espagne. 

(2) <Abd el-Melik ben Habib Solami, + 238 ou 239, est un juriste 
malèkite très connu aussi comme historien ; voir Dozy, Int. au Bayân, 
p. 12 ; Makkari, notamment i, 463 ; Dhabbi, n* 1063 ; Ibn el-Faradhi, 
n» 814 ; Matmah, p. 36; Ibn Khallikàn, iv, 32 ; ms 5032 de Paris, f. 78 ; 
ms 851 d'Alger, f. 3 ; Pons y Boigues, Ensayo, p. 29; ci-dessous, p. 113 
du texte arabe. 

(3) Ce khalife Omeyyade régna de 105 à 125 (724-743 de J. G.). 

(4) 'Ali ben Rebàh' Lakhmî est un tâbi' qui se rendit en Espagne 
(Makkari, éd. Boulak, n, 53; et cf. Dhabbi, n* 1324). 



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- 21 - 

même chemin que Tank', les guides chrétiens s'offrirent 
à lui montrer un chemin meilleur et passant par des 
villes plus importantes qui n'étaient pas encore con- 
quises et dont il pourrait se rendre maître. Moûsa, tout 
joyeux, accepta ces offres, et on le conduisit à Sidona, 
qu il prit de vive force et qui fut sa première conquête. 

Prise de Carmona* De Sidona, Moûsa fut mené par ses 
guides à Carmoila, qui élait la plus forte des villes d'Es- 
pagne et celle qu'on pouvait le moins prendre par assaut 
ou par blocus. Moûsa ayant appris qu'il ne pourrait s'en 
emparer que par l'adresse et la ruse, y envoya des rené- 
gats d'entre les compagnons de Julien et d'autres, qui y 
arrivèrent armés et se présentèrent en fuyards. Quand 
Moûsa apprit qu'on leur avait accordé l'entrée de la 
ville, il leur envoya de nuit des cavaliers à qui les pré- 
tendus fuyards ouvrirent la porte dite de Cordoue et qui 
en massacrèrent les gardiens. Les musulmans prirent 
ainsi la ville de vive force. 

Prise de Séville. [P. 16J Maître de Carmona, Moûsa 
marcha contre Séville. C'était, parmi toutes les métro- 
poles d'Espagne, la plus grande, la plus importante, la 
mieux bâtie et la plus riche en anciens monuments. Avant 
d'être conquise par les Goths, elle avait été la résidence 
du gouverneur romain; les rois Goths avaient choisi 
Tolède pour la leur, mais Séville était restée le siège des 
adeptes romains de la science sacrée et profane, et c'est 
là que demeurait la noblesse de même origine. Après un 
siège de plusieurs mois, Moûsa s'en rendit maître, et les 
chrétiens qui y habitaient se réfugièrent à Béja. 

Prise de Mérida. De là Moûsa marcha contre Mérida, 
ancienne capitale qui renfermait d'admirables monu- 
ments anciens, un pont, des palais et de magnifiques 



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"1 



- 22 - 

églises. C'était une des quatre capitales de l'Espagne 
fondées par Oktebàn le César, les trois autres étant Cor- 
doue, Séville et Tolède. Les habitants sortirent à la ren- 
contre de Moûsa et lui livrèrent combat à un mille de la 
yille, où ils furent forcés de rentrer. Après le combat, 
Moûsa, faisant le tour de la cité, remarqua des carrières 
où, la nuit, il embusqua des soldats ; et, quand le lende- 
main matin, il offrit le combat, les habitants sortirent 
comme ils avaient fait la veille ; mais, surpris par les 
troupes embusquées, ils subirent des pertes importantes, 
et ceux qui purent se sauver rentrèrent dans la ville. 
Alors Moûsa en entreprit le siège, qui dura plusieurs 
mois; il finit par installer une tour mobile à l'abri de 
laquelle les musulmans purent s'avancer et commencè- 
rent à saper le roc sur lequel s'élevait un bastion ; mais 
ils furent arrêtés par une roche très dure sur laquelle 
s'émoussaient leurs pioches. Pendant qu'ils tentaient en 
vain de la briser, les chrétiens les assaillirent ; les mu- 
sulmans périrent sous la tour mobile, et ce bastion prit 
de là le nom, encore employé aujourd'hui, de a Tour des 
Martyrs. » Alors, le courage des chrétiens se ranima et 
ils reprirent confiance. Cependant ils offrirent ensuite de 
se rendre à composition (*), et envoyèrent, à cet effet, à 
Moûsa, des messagers qui se trouvèrent devant un homme 
à cheveux et à barbe blancs ; mais leurs propositions 
étant à ses yeux inacceptables, ils s'en retournèrent sans 
rien conclure. Ils revinrent une autre fois [P. 17] et lui 



(1) J'ai donné au texte, qui est un peu confus, le sens que comporte 
le Machmua, qui attribue explicitement l'initiative des négociations 
aux assiégés (texte, p. 27 ; trad. esp., p. 30, et Dozy, Recherches, 2* éd., 
p. 51 : 3' éd., p. 54). Les deux récits, pour tous ces événements, sont 
presque identiques. 



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- 23 - 

trouvèrent les cheveux et la barbe rougeàtres, car il 
s était servi de henné) cela leur fut une cause de sur- 
prise et de crainte, mais rien encore ne fut tranché. Ils 
se représentèrent un troisième jour, qui était celui de la 
Rupture du jeûne, et cette fois il avait teint en noir ses 
cheveux et sa barbe. Ils retournèrent auprès de leurs 
compatriotes : « Malheureux que vous êtes ! leur dirent- 
ils, vous combattez des prophètes qui se rajeunissent à 
volonté; leur roi, d'un vieillard qu'il était, est devenu un 
jeune homme. — Retournez", leur dit-on, et acceptez ses 
conditions. » En conséquence, on conclut un traité aux 
termes duquel les biens de ceux qui avaient été tués au 
jour de l'embuscade et de ceux qui s'étaient réfugiés en 
Galice, ainsi que ceux des églises, devenaient la propriété 
des musulmans. Les portes de la ville furent donc ouver- 
tes aux vainqueurs le jour même, 1 er chawwâl 94 (30 
juin 713). 

Se ville est de nouveau conquise. Pendant que Moûsa 
était occupé au siège de Mérida, les chrétiens de Séville, 
renforcés par quantité de ceux qui s'étaient enfuis à Nié- 
bla et à Béja, se révoltèrent contre la garnison musul- 
mane de cette ville et tuèrent environ quatre-vingts sol- 
dats. Moûsa, qui fut informé de ce fait, envoya, dès qu'il 
se fut rendu maitre de Mérida, son fils c Abd el- c Aziz, qui 
reprit la ville et en massacra les habitants. 

Prise de Niébla. De là c Abd el- c Aziz ben Moûsa mar- 
cha avec son armée contre Niébla, qu'il prit, et ensuite 
il retourna à Séville. 

Rencontre à Tolède de l'émir Aboû 'Abd er-Rahmân Moûsa ben 
Noçayr et de son affranchi T'ârik' ben Ziyâd. 

La plupart disent que leur rencontre eut lieu à Tolède; 



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- 24 - 

Tabari dit que ce fut à Cordoue. Râzi dit que T'ârik', en 
apprenant que Moûsa approchait, quitta Tolède pour 
aller au-devant de lui et le trouva proche de Talavera. 
En effet, Moûsa, après la prise de Mérida, se dirigea vers 
Tolède, tandis que T'ârik' faisait diligence pour le rece- 
voir avec honneur [P. 18] et témoigner de sa soumis- 
sion. Mais Moûsa, en colère, l'accueillit avec des repro- 
ches, et Ton dit même qu'il lui donna un coup de fouet 
à la tête; selon d'autres, il lui en donna plusieurs, lui 
fit raser la tête et l'emmena à Tolède. Arrivé là, il lui 
demanda de lui montrer son butin, la table comprise. 
T'ârik' obéit et montra, entre autres choses, la table à 
laquelle il avait enlevé un pied; interrogé à ce sujet, il 
répondit l'avoir trouvée en cet état. Moûsa le fit rempla- 
cer par un pied en or, et fit envelopper la table dans une 
natte formant gaîne. 

On assigne divers motifs à cette conduite de Moûsa 
envers T'ârik' : pour les uns il obéit à la jalousie et à 
l'envie, ce que prouvent, disent-ils, sa prétention à s'attri- 
buer les succès de son lieutenant et le fait qu'il présenta 
lui-même la table au khalife; d'autres l'excusent et expli- 
quent sa conduite par la marche en avant, sans son 
agrément, de son affranchi, qui exposait les musulmans 
en les emmenant aussi loin. Joignez à cela ce qu'on lit 
dans Râzi qu'El-Welid envoya à Moûsa un messager qui 
saisit la bride de la monture de ce dernier et le força, 
ainsi que T'ârik' et Moghîth, à sortir d'Espagne, où Moûsa 
laissa son fils [ c Abd ei- c Azîz] avec, comme vizir, H'abib 
ben Aboû c Abda(*) ben c Okba ben Nâfi c . 



(1) On lit 'Obeyda dans le Machm.ua, Ibn el-Koûtiyya, Makkari et 
Ibn el-Athîr ; voir Merràkechi, tr. fr., p. 9 n. ; Fournel, Berbers, i, 264, 
n. 2. — Les deux prononciations 'Abda et *Obda sont possibles {Mosçh- 
tabih de Dhehebi, p. 339). 



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- 25- 

Après la rencontre, dans les termes que Ton sait, de 
Moûsa et de son lieutenant, le premier marcha de Tolède 
sur Saragosse, dont il fit la conquête ainsi que celle des 
châteaux et des réduits environnants. On raconte que, 
parti de Tolède, Moûsa s'avança en conquérant toutes 
les villes jusqu'à la soumission complète de l'Espagne: 
les chefs de là Galice vinrent lui demander d'être reçus 
à composition, ce qu'il leur accorda; il conquit le pays 
de Bachkanch (Biscaye) et pénétra assez loin pour y ren- 
contrer un peuple semblable à des brutes; il porta aussi 
la guerre dans le pays des Francs, puis se détourna vers 
Saragosse, à environ un mois de marche de Cordoue, et 
y trouva des richesses incalculables; il fit de ce côté la 
conquête de nombreuses places fortes. Moûsa, dont les 
évoques retrouvaient la trace dans leurs livres, n'eut 
jamais à déplorer l'échec d'aucun de ses corps d'armée. 

Yoûsof ben HichàmW dit ceci : Moûsa arriva jusqu'à 
une statue portant écrit sur sa poitrine : « Fils d'Ismâ c il, 
c'est ici votre point extrême. Si vous demandez où vous 
retournerez, nous vous apprendrons que c'est à des dis- 
cussions entre vous, [P. 19] si bien que vous vous cou- 
perez le cou les uns aux autres. » 

El-Leyth ( 2 ) raconte qu'un homme vint trouver Moûsa 
et s'offrit à lui faire découvrir un trésor. Le général lui 
donna quelques hommes, avec qui il se rendit dans un 
endroit qu'il leur fit mettre à découvert (lacune du ms t 
probablement d'un feuillet). 



(1) Je n'ai pu retrouver d'autre mention de ce traditionnaire, dont le 
nom a probablement été inventé pour établir l'authenticité du conte 
qui suit, lequel se retrouve ailleurs, p. ex. dans Ibn el-Athir (Annales, 
p. 48), etc. 

(2) Probablement Leyth ben Sa'd, tradilionnaire mort en 175. 



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- 26 - 

[Le khalife El-Welîd] mourut et eut pour successeur 
son frère Soleyrnân, qui se fit amener Moûsa et l'inter- 
pella violemment : « J'en prends Dieu à témoin, j'ébrê- 
cherai ton épée, je t'ôterai tout repos, je réduirai ton 
pouvoir! — Quant à ébrêcher mon épée ou à réduire mon 
pouvoir, repartit Moûsa, cela est dans la main de Dieu 
et dépend de lui, mais ne dépend pas de toi ; c'est à lui 
que je demande de me secourir contre toi. » Alors Soley- 
rnân fit exposer au soleil ardent d'une journée d'été 
Moûsa, qui était un homme grand, fort et asthmatique, 
et qui finit par tomber sans connaissance. Alors Soley- 
rnân, regardant c Omar ben f Abd el- c Aziz, lui dit : « Aboû 
H'afç, je pense avoir dépassé les termes de mon serment ! 
— Prince des croyants ! repartit c Omar. — Qui veut se 
charger de lui ? » dit Soleyrnân. Et Yezid ben el-Mohal- 
lebW, se levant, déclara qu'il était prêt à le faire : « Eh 
bien ! dit le khalife, prends-le. et ne soit pas trop dur à 
son égard. » Alors Yezîd fit approcher une monture sur 
laquelle Moûsa se hissa : il l'emmena et le garda pen- 
dant quelques jours, jusqu'à ce que de meilleurs rapports 
se rétablissent entre ce chef et le khalife. Moûsa se libéra 
moyennant une rançon considérable, un million de dinars 
disent les uns, ou une autre somme selon d'autres. Yezid, 
étant une nuit à veiller son hôte, lui demanda le nombre 
des clients et des parents sur qui il pouvait compter : 
« Ils sont en grand nombre, dit Moûsa. — Sont-ils mi lie? 
reprit Yezid. — Mille, encore mille, et ainsi de suite 
jusqu'à en perdre haleine. — Et dans la situation que tu 
dis, tu t'es exposé à la mort ! Pourquoi donc n'être pas 



(1) Yezid était J'un des personnages les plus considérables du temps, 
sa biographie est racontée fort au long par lbn Khallikàn (iv, 164). 



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- 27 - 

resté au siège de ton pouvoir, au lieu où s'exerce ton 
autorité, en employant pour te défendre ce que tu as 
apporté ici? Si on te laissait tranquille, rien de mieux; 
et autrement, tu étais au centre de tes forces! — [P. 20] 
Je le jure, reprit Moûsa, si j'avais voulu ainsi agir, on 
n'eût pu quoi que ce soit contre moi; mais j'ai préféré 
obéir à Dieu et à son Apôtre, et je n'ai voulu ni me révol- 
ter ni rompre avec la communauté des fidèles. » 

On raconte que Soleymân posa diverses questions à 
Moûsa : « Où as-tu cherché de l'aide dans tes combats et 
tes rencontres avec l'ennemi ? — Dans la prière et l'opi- 
niâtreté à la lutte. — Quels sont les chevaux les plus vites 
que tu as vus dans ces pays? — Les alezans. — Quels 
peuples ont été les plus acharnés au combat ? - Ils sont 
trop nombreux pour que je puisse les décrire. — Parle- 
moi donc des Chrétiens! — Ce sont des lions quand ils 
sont dans leurs forteresses, des aigles à cheval, des 
femmes sur leurs navires; ils saisissent l'occasion qui 
se présente/ mais, vaincus, ils fuient avec la vitesse du 
chamois dans la montagne, car à leurs yeux la fuite n'est 
pas déshonorante. — Parle-moi des Berbères ! — De tous 
les barbares ce sont ceux qui ressemblent le plus aux 
Arabes au point de vue de l'attaque, de la valeur, de 
l'opiniâtreté et de l'habileté en équitation ; mais ils sont 
d'une fausseté sans pareille et ne respectent ni promes- 
ses ni engagements. — Parie-moi de l'Espagne! — Des 
princes efféminés et des cavaliers que leurs efforts ne 
trompent point. — Et les Francs? — Ils ont pour eux le 
nombre, l'équipement, la fermeté, l'acharnement, la vi- 
gueur et la valeur. — Et dans tes rencontres avec eux, 
as- tu eu le dessus ou le dessous? — Quant à cela, je le 
jure, jamais un de mes étendards n'a été mis en fuite, 



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- 28 - 

mes compagnons n'ont été dispersés, les musulmans 
n'ont avec moi battu en retraite depuis que j ai eu atteint 
quarante ans, et j'en ai maintenant quatre-vingts!» Soley- 
mân souriant et agréablement surpris de ces réponses, 
se fit apporter une tasse d'or sur laquelle il promena ses 
regards; Moûsa lui dit alors : « Tu admires ce qui n'en 
vaut pas la peine; je ne crois, par Dieu ! pas qu'elle vaille 
dix mille dinars, alors que moi j'ai, je l'atteste, envoyé à 
ton frère El-Welid un grand vase d'émeraude dont le 
vert verdissait le lait qu'on y versait de façon à y rendre 
visible un poil blanc. Bien qu'on l'estimât valoir cent 
mille mithkâl, c'est une des moindres choses que je lui 
ai envoyées, car je me suis emparé encore de ceci, de 
cela, etc.» ; et il énuméra- une telle quantité de perles, 
de rubis et d'émeraudes que Soleymân en resta comme 
hébété. 

Ce khalife, étant un jour allé à la chasse en compagnie 
de Moûsa ben Noçayr, [P. 21] passa par une de ses mé- 
tairies renfermant des.bestiàux, et entre autres un mil- 
lier de moutons; alors, se tournant vers son compagnon, 
il lui demanda s'il avait la pareille :'« Le moindre de mes 
clients, dit Moûsa en souriant, en a le double. — Le 
moindre de tes clients? reprit le khalife. — Oui certes, 
oui certes! répéta Moûsa à plusieurs reprises; qu'est-ce 
que cela à côté des biens des infidèles dont Dieu m'a gra- 
tifié? Le millier de moutons s'est vendu dix dirhems, le 
cent un dirhem, et Ton passait à côté de troupeaux de 
bœufs et de menu bétail sans même les regarder; j'ai vu 
vendre jusqu'à une dizaine de chameaux pour un dinar, 
donner des infidèles, connaissant un métier, avec femme 
et enfants, pour la somme de cinquante dirhems. » 

Soleymân fit ensuite le pèlerinage, et Moûsa l'açcom- 



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-29- 

pagna. Or, ce chef, qui était mieux que personne au cou- 
rant de l'astrologie, était à Médine quand il annonça à 
l'un de ses compagnons que le surlendemain mourrait 
un homme dont la renommée avait rempli l'Orient et 
POccident. Ce fui lui-môme qui expira au jour fixé, et les 
dernières prières furent dites sur lui par Maslama ben 
c Abd el-Melik. Moûsa, qui était né en l'an 19, sous le 
khalifat d' c Omar ben el-Kbattàb, descendait de Lakhm 
selon les uns, ou, selon d'autres, de Bekr ben Wâ'in 1 '. 
D'après ce que dit Ibn Bachkowâl dans sa ÇilaW, 
Moûsa était fils de Noçayr ben c Abd er-Rahmân ben Zeyd. 
Au dire d'un autre, cet officier, bien que Mo c àwiya ben 
Aboû Sofyân l'eût mis à la tête de sa cavalerie, ne mar- 
cha pas avec lui pour combattre c AliW, et comme Mo c à- 
wiya lui demandait la cause de son refus, en lui rappe- 
lant que les bienfaits dont il lui était redevable auraient 
dû provoquer une gratitude égale : « Je ne pouvais, ré- 
pondit Moûsa, te témoigner ma reconnaissance au mépris 
de celle que je dois à quelqu'un dont les droits sont supé- 
rieurs aux tiens ! — Et qui donc est-ce ? — Le Dieu tout- 
puissant ! » Mo c âwiya resta quelques moments les yeux 
baissés et, demandant pardon à Dieu, ne put qu'approu- 
ver Moûsa. 



(1) Il mourut en 97 (Ibn el-Athîr, Annales, p. 55), dans les tortures 
d'après une autre tradition (H. des Berbères, i, 355). Cf. Dozy, H. des 
Mus. d'Esp. I, 217. 

(2) II n'existe pas d'article consacré à Moûsa ben Noçayr dans l'édi- 
tion de la Çila que nous devons à M. Codera (Madrid, 1883, 2 vol.). Sur 
la généalogie de ce chef, voir Makkari, éd. Leyde, i, 156; Nodjoûm, 
I, 261, et Weil, G. der Chalifen, i, 546. Cf. Hollat, p. 30. 

(3) Il s'agit de la bataille de Çiffln. Cette anecdote se retrouve encore 
ailleurs (Ibn el-Athîr, Annales du Maghreb, p. 33 ; Makkari, i, 149 ; Ibn 
KhalJikân, in, 475). 



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- 30 - 

Voici ce que dit El-Leyth ben S'ad : a Moùsa ben Npçayr 
étant arrivé en Ifrîk'iyya* lors de la conquête qu'il fit de 
ce pays, envoya dans une certaine direction l'un de ses 
fils, nommé c Abd Allâb, qui lui ramena cent mille captifs, 
dont la plupart avaient des faces semblables à la pleine 
lune; il expédia ensuite un autre de ses fils, Merwân, 
dans une autre direction, et celui-ci en ramena autant. 
Lui-même ensuite se mit en campagne, et il en ramena 
un nombre à peu près égal. » El-Leyth dit que le quint 
formait soixante mille têtes, [P. 22] et que l'Islam n'avait 
pas jusque-là entendu parler d'un nombre aussi grand 
de captifs w. 

Ce fut en 95 (26 septembre 713) que Moûsa quitta l'Es- 
pagne pour se rendre en Syrie, laissant, pour le rempla- 
cer dans sa conquête, son fils f Abd el- c Aziz. 

Gouvernement d"Abd el-'Azlz ben Moûsa ben Noçayr. 

A côté de son fils c Abd el- c Azîz, Moûsa laissa H'abîb 
ben Aboû c Abda ben c Okba ben Nàfi c pour .lui servir de 
vizir et d'aide, de même qu'il établit dans ce pays tous 
ceux qui voulurent s'y fixer. Quand Moûsa était arrivé à 
Séville, il y avait installé son fils, qui, satisfait de son 
séjour, fit de cette ville le siège de son gouvernement. 
Après le départ de son père, il épousa Aylo< 2 ), veuve de 
Loderik, laquelle fut la mère d' c Açim (Oumm- c Açim) et 
avec qui il habita à Séville. Cette femme, quand le ma- 
riage fut consommé, lui dit : « Les rois n'exercent réelle- 



(1) Ces chiffres énormes, et souvent répétés, figurent déjà dans le 
t. i, p. 32. 

(2) C'est PEgilone des auteurs espagnols; cf. de Slane, H. des Berb., 
I, 354 ; Ann. du Maghreb, p. 34; Weil, I, 544 ; Fournel, 1, 264, etc. 



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- 31 - 

ment la royauté que quand ils portent un diadème; je 
pourrais t'en confectionner un avec les pierres précieuses 
et l'or qui me restent I » Et comme il objectait que sa reli- 
gion ne le lui permettait pas : a Et comment, dit-elle, tes 
coreligionnaires sauraient-ils ce que tu fais dans l'inti- 
mité? » Et elle insista tant, qu'il fit comme elle voulait. 
Or un jour que, le diadème posé sur sa tête, il était assis 
à côté d'elle, il vint à entrer la femme de Ziyâd ben Nàbi- 
gha Temimi, fille d'un des rois vaincus, laquelle, à la 
suite de ce spectacle, proposa aussi à son mari de lui 
faire un diadème. Comme Ziyâd refusait en invoquant la 
défense que lui faisait sa foi de porter cet emblème : « Je 
le jure par la religion du Messie, s'écria-t-elle, je l'ai vu 
sur là tête de votre prince et imàm ! » Ziyâd informa de 
la chose H'abib ben Aboû f Abda, et cela fit l'objet de 
leurs conversations, si bien que les principaux du djond 
apprirent aussi ce qui se passait. Ils n'eurent pas de cesse 
qu'ils n'eussent constaté le fait par eux-mêmes, et alors, 
se disant les uns aux autres que leur chef s'était fait chré- 
tien, ils l'assaillirent et le massacrèrent. 

D'après El-Wâkidi, la femme qu'épousa c Abd el- c Azîz, 
après la mort de son père, était fille de Loderîk, et elle 
lui apporta des richesses telles qu'on ne peut les décrire. 
Après avoir commencé à vivre avec lui, elle lui tint ce 
langage : « Quoi donc! tes sujets [P. 23] ne t'honorent 
pas et ne se prosternent pas devant toi comme faisaient 
ceux de mon père ! » Il fit alors faire une porte basse qui 
fut adaptée à une ouverture pratiquée dans un mur du 
palais et par où devaient passer ceux à qui il donnait 
audience, de sorte que le peu de hauteur de la porte les 
forçait à baisser la tête en se présentant devant lui. C'était 
ce que pouvait voir sa femme, sans être vue elle-même, 



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- 32 - 

d'un salon installé à cet effet, de sorte qu'elle se figurait 
que les visiteurs se prosternaient, et elle dit à son mari 
que son pouvoir royal était maintenant bien réel. Mais 
le peuple apprit pourquoi cette porte avait été faite, et 
alors H'abib ben Aboû c Abda Fibri, Ziyàd ben f Odhra 
Balawi, Ziyâd ben Nàbigba Temimi et leurs compagnons 
assaillirent et massacrèrent l'audacieux. On prétend aussi 
qu'ils le mirent à mort à cause de son refus de plus obéir 
à Soleymàn ben c Abd el-Melik quand il apprit l'exécution 
ordonnée par ce prince de son propre frère, à lui c Abd 
el- c Aziz, et le traitement infligé à leur père Moûsa. 

Voici le récit d'Er-Ràzi. Moûsa ben Noçayr ayant quitté 
l'Espagne en y laissant pour lieutenant son fils c Abd el- 
c Aziz, celui-ci exerça l'autorité d'une main ferme, défen- 
dit vigoureusement les frontières, conquit de nombreuses 
villes, en un mot, fut un administrateur des plus distin- 
gués, mais pendant peu de temps, car le djond, qui avait 
à se venger de lui, le massacra au commencement de 
redjeb 97 (mars 716) dans l'oratoire de Roufina [église de 
S te Rufina] àSévilleW. Arrivé au mihrâb, il se mit à réciter 
la première sourate du Koran, puis celle de YEvènement 
(la Lvi e ). Alors Ziyâd ben c Odhra Balawi, arrivant par 
derrière, l'épée levée, l'en frappa en criant : a Le voilà 
[cet événement], ô fils de prostituée ! » Son gouverne- 
ment avait duré un an et dix mois. 

On raconte aussi que le khalife Soleymàn avait, par 
suite de la colère qui l'animait contre Moûsa, père d' c Abd 
el- c Aziz, envoyé au djond l'ordre de massacrer ce der- 



(1) Il habitait l'église (kenîsa) de Roubina et avait fait édifier une 
mosquée en face (Ibn el-Koutiyya, texte p. 264). La leçon Roubîna, 
corrigée parDozy, se retrouve aussi dans le Fatho'l-Andaluçi, p. 21 
du texte ar. 



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- 33 - 

nier ; qu'ensuite on lui coupa la tête, que H'abîb ben Aboû 
c Abda Fihri alla présenter à Soleymân. [P. 24] On dit 
que cette tête fut mise sous les yeux .de «son père, alors 
emprisonné, qui, se raidissant contre l'horreur de ce 
méfait, s'écria ; « Puisse son martyre lui profiter ! Vous 
avez, j'en atteste le Créateur, tué là un fidèle observa- 
teur du jeûne et de la prière W ». Er-Râzi ajoute que Ton 
regardait les procédés de Soleymân, à l'égard de Moûsa 
et de son fils, comme étant de ses plus grossières aber- 
rations et comme lui ayant toujours été reprochés. 

Pendant plusieurs mois l'Espagne resta privée de gou- 
verneur, puis les habitants s'entendirent sur le nom 
d'Ayyoûb ben H'abîb Lakhmi, fils de la sœur de Moûsa 
ben Noçayr. 

Gouvernement d'Ayyoûb ben H'abîb. 

La population tomba donc d'accord pour choisir le dit 
Ayyoûb, qui était un homme vertueux, en qualité d'imàm 
pour diriger la prière; mais pendant quelque temps il 
n'y eut pas d'émir. On transporta le siège du gouverne- 
ment à Cordoue, et ce fut dans le palais de cette ville 
qu'alla s'installer Ayyoûb, palais que Moghîth avait fait 
établir pour son usage personnel. On raconte que Moûsa 
ben Noçayr, à la suite de la destitution qui lui fut noti- 
fiée par un messager d'El-Welid, suivit, en se retirant, 
la route qu'avait prise T'ârik' afin d'examiner le pays, et 
que, arrivé à Cordoue, il fit à Moghith la remarque que 
ce palais ne lui convenait pas et était plutôt destiné au 
gouverneur qui habiterait Cordoue. Ce chef alors en 



(1) Ces deux versions sont aussi rapportées par Ibn el-Athîr, Ann. 
p. 54 ; cf. Weil, i, 543, et le Fatho'l-Aiulaluçi, p. 22. 

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- 34 - 

sortit, et plus tard ce fut Ayyoûb ben H'abîb, dont le 
pouvoir dura six mois, qui y habita^). 

Gouvernement d'El-H'orr ben 'Abd er-Rahmân Thak'efl. 

Lorsque Soleymân ben c Abd el-Melik confia le gou- 
vernement de Plfrik'iyya à Mohammed ben Yezid( 2 \ client 
de la fille d'El-H'akam ben el- c Açi, l'Espagne et Tanger 
ressortissaient à celui qui commandait enlfrik'iyyâ. C'est 
ainsi que Mohammed ben Yezid envoya en Espagne, à la 
tête de quatre cents des principaux d'Ifrrk'iyya, le dit 
El-Horr ben c Abd er-Rahmân, qui exerça le pouvoir 
[P. 25] pendant trois ans< 3 ). El-Horr, dont l'arrivée en 
Espagne eut lieu en 99 (14 août 717), fit de Cordoue, au 
lieu de Séville, sa capitale. 

Gouvernement d'Es-Samh' ben Mâlik Khawlâni. 

c Omar ben c Abd el- c Aziz, Prince des croyants, envoya 
ensuite pour administrer l'Espagne Es-Samh' ben Màlik 
avec ordre de pousser la population dans la voie de la 
vérité < 4 ), de ne pas la traiter autrement qu'avec douceur, 
de prélever le quint sur le sol et les immeubles conquis, 
et de lui envoyer la description du pays et des fleuves 
qui l'arrosent. Son projet était de retirer les musulmans 



(1) Cette anecdote figure aussi dans le Machmua, p. 21 du texte. 

(2) Dans le Machmua et dans Ibn el-Koûtiyya, on lit f Abd Allah ou 
'Obeyd Allah ben Yezîd ; mais partout ailleurs, si je ne me trompe, 
on lit Mohammed. Cf. t. i, trad., p. 43. 

(3) A en croire Dhabbi (n° 688), El-Horr serait resté gouverneur d'Es- 
pagne jusqu'en 106 et aurait eu 'Anbasa pour successeur. 

(4) On peut aussi comprendre : «... de traiter la population confor- 
mément à la Loi de vérité ». 



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-35 - 

et de leur faire évacuer cette contrée, car ils y étaient 
trop séparés de leurs frères et trop en contact avec les 
infidèles et les ennemis de Dieu; mais on lui dit qu'ils 
y étaient en grand nombre et s'étaient disséminés de 
toutes parts, et alors il renonça à ce projet (•). A son arri- 
vée en Espagne, Es-Samh' mit à exécution les ordres 
d' c Omar de faire régner le droit et de suivre la voie de 
la justice et de la vérité. Il ne relevait que de lui-même 
dans son gouvernement, qu ,<r Omar détacha du gouver- 
nement de l'Ifrîk'iyya, par suite de sa sollicitude pour 
les habitants de cette province et du soin qu'il avait de 
son état. 

Les musulmans, lorsqu'ils conquirent Cordoue, y trou- 
vèrent les restes d'un pont dont les arches reposaient 
sur de solides piliers, et qui, construit par des peuples 
disparus, était tombé en ruines par l'action des eaux du 
fleuve et par le cours des temps. La haute attention 
d' c Omar ben c Abd el- c Aziz se porta sur ce monument 
quand on lui en parla, et Es-Samh', obéissant à son ordre, 
construisit, avec les pierres des murailles de la ville, un 
pont plus parfait et plus magnifique qu'on n'avait jamais 
fait. Ce fut en 101 (24 juillet 719) que le khalife c Omar 
envoya au gouverneur Tordre d'employer les pierres des 
murailles à la reconstruction du pont et de réédifier les 
murailles avec des briques, ainsi que de prélever le quint 
à Cordoue. Du quint fut distrait la plaine basse connue 
sous le nom d'Er-Rabd* (faubourg, espagnol arrabal), où 
Ton installa, d'après les instructions du khalife, un cime- 
tière à l'usage des musulmans. 



(1) Le projet du khalife 'Omar de procéder à l'évacuation de l'Espa- 
gne, est attesté par tous les auteurs ; voir à ce propos Annales du 
Maghreb, p. 92, n. 3, et Weil, I, 583. 



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-36- 

Ces travaux étaient terminés quand Es Samh' trouva la 
mort du martyr à Tarasoûna le jour d'Arafat de Tannée 
102 f 10 juin 721 ), pendant qu'il faisait campagne contre les 
chrétiens^ 1 ). [P. 26] La durée de son gouvernement avait 
été de deux ans et quatre mois, selon d'autres de [deux 
ans et] huit mois, et selon d'autres encore, de trois ans. 

Gouvernement d"Abd er-Rah'mân ben 'Abd Allah Ghâfik'iW. 

Les Espagnols placèrent ensuite à leur tête le dit c Abd 
er-Rah'mân, qui arriva dans leur pays en dhoû'l-hiddja 
102 (juin>721). 

Gouvernement d"Anbasa ben Soh'aym Kelbi. 

Ensuite le gouverneur d'Ifrik'iyya, Yezîd ben Aboû 
Moslim, nomma en Espagne le dit c Anbasa ben Soh'aym, 
qui arriva dans ce pays au mois de cafard). A la suite de 
la mort violente de Yezîd ben Aboû Moslim, ce fut, dit 
Tabari, Moh'ammed ben Yezid, client des Ançâr, qui 
fut appelé au gouvernement de l'Ifrîk'iyya par le choix 
des habitants, que ratifia le khalife Yezid ben c Abd el- 
Melik. Celui qui, en 103 (1 er juillet 721), gouvernait l'Ifrî- 
k'iyya au nom de ce dernier, était Bichr ben Çafwân, 
frère de H'anz'ala, lequel confirma c Anbasa dans sa situa- 



(1) Cette mort serait du 8 dhoû'l-hiddja 103, d'après le Nodjoûm ; 
mais cf. Annales, p. 92. Samh' fut, d'après Isidore de Béja, tué à Tou- 
louse. — Tarazona, dans l'Aragon, est à 3 lieues S. de Tudéle et est 
appelée a la sœur » de cette dernière ville par Makkari ; son nom ne 
ligure pas dans Edrisi. 

(2) Un article lui a été consacré par Dhabbi (n° 1021). 

(3) C'est à dire çafar 103 (août 721). Cette nomination serait de Bichr 
ben Çafwàn, d'après ce qui a été dit, 1. 1, p. 46 ; voir aussi le bref article 
de Dhabbi sur 'Anbasa (n° 1259). On retrouve les deux versions dans 
les autres sources. 



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- 37 - 

tion en Espagne. c Anbasa gouverna donc en totalité qua- 
tre ans et huit mois ; mais on donne aussi un autre chif- 
fre. En 105 (10 juin 723), c Anbasa se mit en campagne 
contre les chrétiens d'Espagne : les fidèles alors étaient 
des gens de bien et de mérite, ardents à la guerre sainte, 
pleins de dévoûment pour acquérir les divines récom- 
penses. Il poursuivit avec acharnement la lutte et les 
sièges, si bien que les infidèles durent lui demander la 
paix. Il mourut en cha'bân 107 (décembre 725), après 
avoir gouverné le temps que nous avons dit. 

Gouvernement de Yah'ya ben Selama Kelbi. 

A la suite de la mort d' c Anbasa, les Espagnols mirent 
à leur tête un Arabe du nom de 'OdhraO, jusqu'à l'arri- 
vée, qui eut lieu deux mois plus tard, du gouverneur- 
Yah'ya bea Selama Kelbi, nommé par le khalife Hichâm 
ben e Abd el-Melik. [P. 27] Il gouverna depuis la fin de 
Tannée 107 (19 mai 725 j pendant deux ans et demU 2 ). 

Bichr ben Çafwân, qui gouvernait en Ifrik'iyya, étant 
venu à mourir, le khalife le remplaça par e Obeyda ben( 3 ) 
Aboû'l-A c war Solami. 



(1) Il est parlé ailleurs du pouvoir éphémère de ce chef sous le nom 
de «Azra ben *Abd Allah Fihri (Makkari, u, 10, 1. 9 et s.). 

(2) La mort d''Anbasa remontant, d'après notre auteur même, à 
cha'bàn 107, et Hodheyfa ayant été nommé en 110, après une période 
de deux ans et demi pendant pendant laquelle Yahya ben Selama fut 
gouverneur, j'ai été forcé de corriger la date de 409, qu'a imprimée 
Dozy, et de la remplacer par celle de 407, qu'on retrouve d'ailleurs 
1. 1, p. 46 ; Annales, p. 93. 

(3) Il faut ici ajouter Akhoû, ainsi qu'on l'a vu dans le t. i, p. 47 ; 
dans Noweyri (in Berb.,1, 358), etc. Ce personnage s'appelait 'Obeyda 
ben^Abd er-Rahmàn Solami, et son nom se retrouve quelques lignes 
plus bas. 



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Gouvernement de H'odheyia ben el-Ah'waç. 

Le gouvernement de l'Espagne fut alors confié à H'o- 
dheyfa ben el-Ah'waç Achdja f i, ou, selon d'autres, K'aysi, 
par c Obeyda ben c Abd er-Rahmàn, qui gouvernait Tlfrî- 
k'iyya au nom du khalife Hichàm. La nomination de 
Hodheyfa eut lieu en 110 (16 avril 728), et il resta en 
place six moisM. 

Gouvernement d"0thmân ben Aboû Nis'a. 

c Obeyda ben c Abd er-Rahmân [autrement nommé] ben 
[Akhoû] Aboû'l-A c war Solami, nomma alors en Espagne 
f Othmân ben Aboû Nis e a Khath c ami, qui se rendit à son 
poste en cha c bân 110 (nov.-déc. 728), et qui, destitué au 
bout de cinq ou, selon d'autres, de six mois, se retira à 
K'ayrawân, où il mourut. 

Gouvernement d'El-Haythem ben 'Obeyd Kenâni (*). 

El-Haythem ben c Obeyd Kenàni le remplaça au com- 
mencement de 111 (5 avril 729) et dirigea l'expédition 
contre MonoûsaW. Il mourut après être resté en place 
dix mois selon les uns, quatorze mois selon les autres. 



(1) Dans le 1. i, p. 47, Hodheyfa est donné comme étant le successeur 
d"Othman ben Aboù Nis'a ; mais Ibn el- Athir fait aussi de Hodheyfa le 
prédécesseur d'Othmàn {Annales, p. 93 ; cf. Makkari, i, 145 ad f.). 

(2) Il faut lire Kilâbi, ainsi qu'on trouve ailleurs (cf. Annales, 93; 
Dozy, Mas. d'Esp., I, 220). 

(3) Ce nom figure aussi dans Makkari (i, 145, 1. d.) ; probablement 
le Munnis ou Munuza des auteurs espagnols, d'après Fernandez Gon- 
zalez {Historias de Al-Andalus, p. 68). Un chef berbère, compagnon de 
Tank', est ainsi nommé (Dozy, Mus. d'Esp., i, 256). 



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Gouvernement de Mohammed ben 'Abd Allah Achdja'i. 

Les Espagnols mirent ensuite à leur tête Mohammed 
ben c Abd Allah Achdja'i, dont le gouvernement eut une 
durée de deux mois, selon les uns ; mais on lui assigne 
aussi une durée différente. 

[F. 28] Gouvernement d" Abd er-Rahm&n ben 'Abd Allah Ghâflk'i 

En çafar 112 (avril-mai 730), ce chef devint pour la 
seconde fois gouverneur ; il resta pendant deux ans et 
sept mois, ou, selon d'autres, deux ans et huit mois, et 
il trouva la Inort du martyr en territoire ennemi en 
ramad'ân 114 (oct.-nov. 732)0). 

Gouvernement d"Abd el-Melik ben K'at'an. 

c Abd el-Melik ben K'at'an ben Nofeyl ben f Abd Allah 
Fihri arriva dans le pays dans le mois de ramad'ân, où 
son prédécesseur fut tué, et après le martyre de celui-ci ; 
mais d'autres l'y font arriver en chawwàl 114 (nov.-déc. 
732). Son gouvernement fut de deux ans; mais on lui 
donne aussi une durée différente. 

Gouvernement d"Ok'ba ben el-H'addjâdj Seloûli. 

c Ok'ba ben el-H'addjâdj Seloûli lui succéda en chawwâl 
116 (nov. 734)( 2 ). On raconte qu'à cette époque c Obeyd 



(1) A la suite de la bataille de Poitiers, voir t. i, p. 49 ; Annales, 
pp. 59 et 93. 

(2) C'est cette date qui doit être exacte, et non celle de 110 que don- 
nent Ibn el-Koùtiyya et le Maehmua, voir Annales, p. 61, n. 3. 



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-40- 

Allâh ben el-H'abh'âb était gouverneur d'Egypte et d'Ifrl- 
k'iyya et que cet c Ok'ba, qui était son patron, étant allé 
le trouver, fut reçu par lui avec honneur et respect, traité 
avec beaucoup de considération et installé au palais 
même ; de plus, c Obeyd Allah lui offrit de prendre le gou- 
vernement qui lui plairait dans les provinces dont il 
disposait* 1 ). En effet, El-H'addjàdj, père d' c Ok'ba, avait 
autrefois rendu à la liberté El-H'abh'àb, père d' c Qbeyd 
Allah; puis le khalife Hichâm ben c Abd el-Melik avait 
confié à c Obeyd Allah ben el-H'abh'âb le gouvernement 
de l'Egypte, de l'Ifrîk'iyya et de l'Espagne, de sorte que 
ce chef disposait des contrées qui s'étendent d'El- c Arich 
à Tanger, au Soûs extrême et à l'Espagne : un de ses fils 
était en Egypte, l'autre dans le Soûs et à Tanger, et le 
troisième en Espagne, tandis qu' e Obeyd Allah lui-même 
était en Ifrîk'iyya. Ce fut quand ce dernier, arrivant à la 
gloire, obtint un haut rang et que sa renommée se répan- 
dit, que son patron se rendit auprès de lui. c Obeyd Allah 
le fit asseoir à ses côtés mêmes, le garda auprès de lui 
et Jui accorda une faveur si grande que le nouveau- 
venu fut hautement considéré par le peuple, [P. 29] et 
c'était par son intermédiaire que les quémandeurs et 
tous ceux qui avaient quelque chose à solliciter s'adres- 
saient à f Obeyd Allah. Cela excita la jalousie des fils de 
celui-ci, qui demandèrent à leur père -d'empêcher, par 
l'éloignement d' e Ok'ba, la diminution de leur propre 
prestige. Mais leur démarche n'eut d'autre effet que 
d'augmenter la considération dont il honorait c Ok'ba, à 
qui il offrit de choisir à son gré, dans les régions où son 
autorité à lui-même s'étendait, celle qu'il voulait gou- 



(1) Cf. le récit fait dans le 1. 1, p. 51. 



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- 41 - 

verner. e Ok'ba reçut de lui l'investiture du pays qu'il dési- 
gna, c'est à dire de l'Espagne, où il se mit chaque année 
à faire des expéditions contre les chrétiens et à conquérir 
diverses villes. Ce fut lui qui conquit Narbonne aussi 
bien que la Galice et Pampelune, où il installa une popu- 
lation musulmane. Ses victoires s'étendirent à toute la 
Galice, moins la portion montagneuse^ 1 ), où le roi [Pelage] 
de ce pays se réfugia avec trois cents fantassins : les mu- 
sulmans les y serrèrent sans relâche, si bien qu'il n'en 
resta plus que trente, qui, manquant de toutes provisions, 
furent réduits à ne plus se nourrir que du miel qu'ils 
trouvaient dans les fentes des rochers ; mais les nôtres, 
fatigués de la poursuite, finirent par y renoncer. f Ok'ba 
alors se tint dans l'Espagne (proprement dite), où il 
administra de la façon la plus correcte et la plus irré- 
prochable et où il suivit la voie la plus glorieuse et la 
plus juste, jusqu'au jour où, dans une campagne entre- 
prise contre le territoire de France, il se heurta à des 
troupes ennemies et périt les armes à la main avec ses 
soldats au lieu dit BalâV ech-chohadâi 2 ). On dit de lui 
que c'était un homme brave, vaillant, dur à ses ennemis, 
rigoureux; il n'envoyait à la mort les captifs qu'il faisait, 
qu'après leur avoir offert de se convertir à l'Islam et leur 
avoir exposé les blâmables erreurs de l'idolâtrie, et il 
obtint ainsi, dit-on, la conversion d'un millier d'hom- 



(1) C'est à dire le Rocher de Galice, ci-dessus, p. 19 ; Machmua, p. 28. 

(2) Ce nom est ordinairement donné au lieu où se passa l'affaire que 
nous désignons par le nom de bataille de Poitiers, laquelle est de 732 
(cf. t. i r p. 49), et, notre auteur doit commettre une confusion. Isidore 
deBéja fait mourir ce chef de maladie. D'après une autre version, 'Abd 
el-Melik ben Katan se révolta contre lui (Ibn el-Koutiyya et Machmua; 
Annales du Maghreb, pp. 69 et 94). 



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- 42 - 

mes. Son gouvernement eut une durée dé cinq ans et 
deux mois. 

D'après une certaine version, les Espagnols se révoltè- 
rent contre lui et le déposèrent. Au dire d'Ibn el- KatTân, 
qui prétend qu' c Ok'ba gouverna l'Espagne jusqu'à 121 
(18 déc. 738), ce chef, dit-on, aurait, au moment de sa 
mort, choisi c Abd el-Melik ben K'at'an pour le remplacer. 

Seconde période de gouvernement d'Abd el-Melik ben K'at'an Fihri 

En 122 (7 décembre 739), e Abd el-Melik ben K'at'an 
devint, pour la seconde fois, gouverneur (et le resta) 
jusqu'aux événements, que je raconterai, qui sont le fait 
des Berbères et de Baldj ben Bichr, fils du frère de Kol- 
thoûm ben c Iyâd', gouverneur d'Ifrîk'iyya. [P. 30] Voici 
le récit que fait Ibn el-K'at't'ânW. Hichâm ben c Abd el- 
Melik avait appelé Kolthoûm pour combattre les Berbè- 
res et l'avait envoyé en Ifrik'iyya, en qualité de gouver- 
neur, à la tête de trente miJle cavaliers, dont dix mille 
de la famille même des Omeyyades et vingt mille Arabes, 
avec la mission de tenir fermées les frontières d'Ifrîk'iyya 
et d'avoir ce pays bien en main. Les Omeyyades, en effet, 
avaient trouvé dans les livres de prédictions ( 2 ) que leur 
dynastie devait finir, mais que les Abbasides ne dépasse- 
raient pas le Zâb, et ils s'imaginèrent qu'il s'agissait du 
Zâb d'Egypte, tandis que dans la réalité c'était le Zâb 
d'Ifrîk'iyyaqui était visé < 3 ). De là Tordre donné par Hichâm 
de veiller soigneusement à l'Ifrik'iyya pour que ses des- 
cendants pussent, quand leur pouvoir finirait, y trouver 



(1) Cf. le récit du t. i, p. 53 et s. . 

(2) Le texte porte riwàyât; cf. 1. 1, p. 56, n. 1. 

(3) Il a été déjà question des deux Zàb (t. i, p. 56), dont parle éga- 
lement Iim el-Koutiyya (p. 266, 1. 9 du texte). 



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- 43 - 

un refuge. Il était entendu que, s'il arrivait malheur à 
Kolthoûm, celui-ci serait remplacé par Baldj, fils de son 
frère. Kolthoûm eut à soutenir contre les Berbères de 
grands combats, dans l'un desquels il fut mis en déroute 
et tué, à la suite de quoi Baldj prit, ainsi qu'il était con- 
venu, le commandement des Arabes d'Ifrîk'iyya. 

Les fuyards se réfugièrent à Ceuta, où ils se trouvèrent 
réduits à la dernière extrémité, et alors Baldj et les 
siens écrivirent à c Abd el-Melik ben K'at'an, gouverneur 
d'Espagne, pour lui demander de les faire passer tous 
en Espagne, lui exposant leur pénible situation et le fait 
qu'ils avaient dû se nourrir de leurs montures. Mais c Abd 
el-Melik, à qui ils n'inspiraient pas confiance, refusa de 
les introduire dans ce pays et différa l'envoi de vaisseaux 
et de vivres. Il arriva alors que les Berbères, en Espagne 
aussi, levant orgueilleusement la tête, outragèrent les 
Arabes et, agissant en vainqueurs vis à vis des habitants 
arabes de Galice et d'ailleurs, massacrèrent les uns et 
expulsèrent les autres. A l'arrivée de ces fuyards et en 
présence des ravages auxquels se livraient les Berbères, 
c Abd. el-Melik ben K'at'an se vit forcé de consentir à 
l'immigration de Baldj et de ses compagnons, et il leur 
écrivit dans ce sens, mais en fixant la durée de leur séjour 
en Espagne à une année, au bout de laquelle ils se reti- 
reraient. Cette -condition fut acceptée, et des otages fu- 
rent en conséquence livrés à c Abd el-Melik, qui les ins- 
talla dans l'île d'Oumm H'akîm, près d'AlgézirasW ; puis 



(1) Il est question de cette île dans Edrisi (p. 212) ; ce nom lui vien- 
drait d'une esclave de T'àrik' ainsi appelée {Fatho'I^Andaluci, p. 6). 
C'est la Isla verde actuelle {Machmua, p. 255). — Suj* le passage de 
Baldj en Espagne, voir Dozy, Mus. d'Esp., i, 251. D'après une tradi- 
tion peu vraisemblable, Baldj y aurait débarqué de vive force (Ibn el- 
Koutiyya, p, 266), 



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— 44 - 

on amena Baldj et les siens, qui arrivèrent sans autres 
vêtements que [les couvertures de] leurs montures et qui 
étaient réduits au dernier degré de misère. Ils étaient 
ainsi une dizaine de mille Arabes de Syrie, que les Ara- 
bes d'Espagne vêtirent chacun selon ses moyens, l'un en 
habillant une centaine, un autre dix, un autre encore un 
seul, et ainsi de suite. 

Quand ils furent installés [P. 31] à Algéziras, r Abd 
el-Melik vint les y rejoindre et, de concert avec eux, il 
attaqua tout d'abord au Wâdi'l-Fath'W, dans la province 
de Sidona, un groupe de Berbères qui étaient cantonnés 
dans cet endroit et que commandait un Zenàti. D'un 
bond les Arabes furent sur leurs ennemis et les anéan- 
tirent, puis firent main basse sur leurs effets et leurs 
montures; les gens de Baldj purent ainsi se vêtir et se 
refaire à l'aide de ce butin. Ils se rendirent ensuite à 
Cordoue avec c Abd el-Melik, puis tous ensemble marchè- 
rent du côté de Tolède, où s'était concentré le gros des 
Berbères. Ce fut au Wâdi Selît' (Guazalate), dans le ter- 
ritoire dépendant de cette ville, que leur fut infligée leur 
célèbre déroute par c Abd el-Melik et Baldj marchant à 
la tête de tous les Arabes d'Espagne, moins ceux dé Sa- 
ragosse et de cette frontière. Les* Berbères, de leur côté, 
avaient concentré toutes leurs forces, et plusieurs mil- 
liers d'entre eux furent massacrés au cours de la pour- 
suite dont ils furent l'objet après leur défaite. 

Gouvernement de Baldj ben Bichr K'ochayri. 
Au dire de ceux qui s'occupent à recueillir les récils, 



(1) Le nom du lieu où les Syriens immigrés livrèrent leur première 
bataille aux Berbères d'Espagne se retrouve aussi dans le Fatho'l- 



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- 45 - 

Baldj, entré en Espagne en dhoû'l -ka c da 123 (sept.-oct. 
741), devint ensuite maître de ce pays dans les circons- 
tances que voici. Ibn K'at'an, après avoir anéanti les 
Berbères d'Espagne avec l'aide des Arabes et des com- 
pagnons de Baldj, dit à ces derniers de se retirer confor- 
mément aux conditions qui lui avaient été imposées, et 
Baldj demanda à être transporté sur le littoral d'Elvîra 
(Grenade) ou de Todmir (Murciej. Comme c Abd el-Melik 
disait n'avoir de vaisseaux qu'à Algéziras, les autres lui 
répondirent qu'il voulait les renvoyer dans le pays des 
Berbères pour les faire massacrer par ceux-ci. c Abd el- 
Melik continuant d'insister pour obtenir leur départ, ils 
marchèrent contre lui, l'expulsèrent du palais de Cor- 
doue et le renvoyèrent dans sa demeure privée en cette 
ville, tandis que Baldj pénétrait dans le palais le mer- 
credi soir au commencement de dhoû'l-ka c da de cette 
année. Les otages livrés par Baldj lors de son arrivée en 
Espagne et envoyés par lbn K'at'an dans l'île d'Oumm 
H'akim, périrent (*) pendant la lutte que se livrèrent ces 
deux chefs : [notamment] un homme de Ghassan, l'un 
des nobles de Damas, mourut de soif, car cet endroit 
était dépourvu d'eau. 

[P. 32] Quand Baldj fut devenu maître de l'Espagne, 
le djond lui réclama Ibn K'at'an poui^Venger la mort du 
Ghassânide en question. Baldj répondit par un refus, 
mais le djond insista, et toutes les tribus Yéménites 
firent la même réclamation, lbn K'at'an était un vieillard 
décrépit, car il avait quatre-vingt-dix ans et avait assisté 



Andaluciy p. 31. C'est probablement le Guadalete, d'après P. Gonzalez, 
HistoriaSi 74. 
(1) En partie seulement, d'après Dozy {Mus. d'Esp., 1,261). 



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- 46 - 

à la bataille d'El-H'arra, à la suite de laquelle il avait 
pu se réfugier en Ifrik'iyyaW. Le djond arracha de sa 
demeure de Cordoue, où il était alors, le vieillard que 
son grand âge faisait ressembler à un autruchon, et 
l'interpella en ces termes : « Tu as échappé à nos glaives 
à la journée d'El-Harra, et puis, pour te venger, tu as 
cherché à ne nous laisser pour nourriture que nos mon- 
tures W et des peaux; tu voulais enfin nous, chasser pour 
nous envoyer à la mort ! » Après quoi on le massacra, 
puis on le mit en croix, en crucifiant un cochon à sa droite 
et un chien à sa gauche. ♦ 

Alors Omeyya et K'at'an, l'un et l'autre fils d' c Abd el- 
Melik ben K'at'an, lesquels s'étaient enfuis lorsque leur 
père fut chassé de Cordoue, firent des levées dans la 
région de Saragosse et vinrent à la tête de plus de cent 
mille Arabes, tant apciens que nouveaux, demander répa- 
ration à Baldj. Celui-ci, qui n'avait sous ses ordres que 
moins du cinquième des troupes ennemies, leur livra 
une bataille acharnée où il finit par infliger une défaite 
complète à ses deux adversaires^), et ses soldats se reti-. 
rèrent, victorieux, avec un nombreux butin et le cœur 
rempli d'allégresse. Mais leur chef Baldj lui-même était 
atteint mortellement et mourut quelques jours après des 
suites d'une blessure qu'il avait reçue dans le combat. 
Sa période de pouvoir avait duré douze mois, mais on 
n'est pas unanime à cet égard. D'après Aboû c Amir Sàli- 



(1) Sur cette bataille, où la victoire fut remportée sur les Médinois 
par les troupes du khalife Yezld, voir ib. y p. 101. 

(2) « Des chiens », dit le Machmua, p. 42 ; cf. Dozy, ib., 262. 

(3) Cette bataille fut livrée à Aqua Portora, non loin de Cordoue 
(Machmua, 43 et 243), ou au Feddj Aboû Tawîl [Fatho'l-And., p. 34). 



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- 47 - 

mi, dans les Dorer el-k'alâ'id waghorer el-fawâ'idM, 
cette affaire coûta la vie à onze mille hommes, et c Abd 
er-Rah'mân ben e Alk'ama< 2 > fit une coche â une flèche 
qu'il lança contre Baldj et qui frappa ce chef dans une 
partie vitale; mais dans la Behdjat en-nefs il est dit ( 3 > 
qu'il fut tué d'un coup de sabre par le môme guerrier, 
et il lui est attribué six mois de gouvernement. C'est la 
première version qui est exacte. 

[P. 33] Gouvernement de Tha'leba ben Selâma 'Amili. 

En chawwâl 124 (août 742), Tha'leba ben Selâma fut 
porté au gouvernement de l'Espagne parles Syriens. En 
effet, Hichâm ben e Abd el-Melik avait, en l'expédiant de 
Syrie, confié l'armée au commandement de Kolthoûm, 
qui devait, en cas de malheur, être remplacé par Baldj, 
fils de son frère, et de même si une éventualité fâcheuse 
faisait disparaître Baldj, Tha c leba ben Selâma devait 
prendre sa place. C'est par application de ces disposi- 
tions de Hichâm que Tha c leba fut promu et que ses com- 
pagnons lui prêtèrent serment. Ce qui restait de Ber- 
bères à Mérida se souleva contre lui, mais il alla les 



(1) Le nom complet de l'auteur est Aboû 'Amir Mohammed ben 
Ahmed ben 'Amir Sàlimi (lbn el-Abbàr, Tekmila, n* 725, cf. p. 607, 1. 1), 
qui mourut vers 559 H. Son nom est plusieurs fois cité, parfois sous 
une orthographe fautive, par Makkari (i, 82 ; n, 97, 195 et 629 ; cf. Dozy, 
Recherches, n, 2' éd., p. 278; 3* éd., p. 255 ; Pons, Ensayo, n° 187) ; voir 
aussi Dhabbi, n ' 31 et 35. 

(2) Ce nom, lu fautivement A. er-R. ben 'Okba dans lbn el-Koûtiyya 
(p. 267), est celui d'un officier qui était gouverneur de Narbonne {Mach- 
mua, p. 43 ; Makkari, n, 13 et 17 ; Dozy, Mus. d'Esp., i, 263). 

(3) J'ai lu dans le texte ^J^», puisque l'auteur de la Behdjat n'est 
pas le même que celui des Dorer, 



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- 48 - 

attaquer, en tua un grand nombre, en fit environ un mil- 
lier prisonniers et se retira ensuite à Cordoue, où il 
administra sagement pendant dix mois. Tel est le récit 
que fait Ibn el-K'at't'àn. On lit dans les Dorer el-k'alâ'id 
qu'il mettait en vente les enfants de la population (vain- 
cue), les réduisait en captivité, leur infligeait toute sorte 
de mauxW. Tha'leba continua d'ainsi agir jusqu'à l'arri- 
vée d'Aboû'l-Khat't'âr. 

Gouvernement d'Aboû'l-Khat't'âr el-H'osâm ben D'irâr Kelbi (*). 

En moh'arrem 125 (novembre 742), Aboû'l-KhatVâr 
s'embarqua de la province de Tunis et gagna Cordoue. 
A El-Moçàra( 3 > il trouva Tha'leba ben Selâma au milieu 
des prisonniers et des captifs qu'il avait faits parmi les 
Arabes de Cordoue et où le fils figurait enchaîné à côté 
du père. "Aboû'l-KhatYâr les fit mettre en liberté et déli- 
vrer de leurs chaînes, rendit le calme à ces gens trou- 
blés et restaura chez eux l'accord accoutumé ; tous s'hu - 
milièrejit devant lui; il répartit les Syrieris dans les 
divers districts et ne négligea pas ses meilleurs soins 
aux autres". Il établit ceux de Damas dans le district 
d'Elvira, ceux du Jourdain dans le district de Malaga, 
ceux de Palestine à Sidona, ceux d'Emesse à Séville, 
ceux de K'innesrin à Jaën, ceux d'Egypte à Béja et à 



(1) Il est parlé des cruels procédés de ce chef ci-dessous et par le 
Machmua, p. 45 ; cf. Dozy, i, 266. 

(2) Ce nouveau gouverneur fut envoyé en Espagne par Hanz'ala, 
gouverneur d'Ifrîk'iyya, sur Tordre du khalife et dans les circons- 
tances relatées par lbn el-Athîr, Annales, p. 72 ; Dozy, etc. 

(3) Localité près de Cordoue, ainsi qu'on le voit plus loin, et comme 
ledit Dozy, /. I, 266 et 346 ; on lit « la almazara de Cordoba» dans le 
Machmua, trad. p. 54 ; cf. Dozy, Gîoss, des mots esp. et port., p. ISO. 



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- 49- 

Murcie, [P. 34] en leur assignant les biens* 1 ) en terres 
et en bétail appartenant aux non-Arabes (<adjem). Ce 
fut alors qu'arriva Eç-Çomeyl ben H'àtim, dont nous 
parlerons* 2 ) ; les Mod'arites firent cause commune avec 
lui et s'avancèrent sur Cor doue, où se trouvait Aboû'l- 
Khat't'àr; ce chef marcha contre eux avec des forces 
insuffisantes, de sorte qu'il fut mis en déroute et fait pri- 
sonnier. On lui mit des chaînes aux pieds, mais il put 
ensuite s'en débarrasser et gagner le large. 

Le récil que voici est celui de la Behdjat en-nefs. A la 
suite de la déroute qu'il infligea aux Berbères, Tha'ieba 
réduisit leurs enfants en captivité, ce que n'avaient fait 
ni Baldj ni aucun autre jusque-là; puis, se dirigeant vers 
Cordoue en traînant avec lui un grand nombre de prison- 
niers, il arriva à Ei-Moçâra, dans le district dépendant 
de cette ville. Il fit alors procéder à la vente aux enchè- 
res de ses prisonniers et captifs arabes et berbères, non . 
sans s'amuser insolemment d'eux. On vendait les cheykhs 
et les nobles non au plus offrant enchérisseur, mais au 
rabais : c'est ainsi que pour les deux Médinois c Ali ben 
el-H'açin et El-Hàrilh ben Asad, le crieur demanda 
d'abord dix dinars, et de rabais en rabais adjugea l'un 
pour un jeune bouc et l'autre pour un chien. Pendant 
qu'il était ainsi à s'amuser brutalement et que les guer- 
riers qu'on avait fait sortir des rangs étaient disposés 
pour recevoir le coup mortel, Aboû'l-Khal't'âr survint 
ce jour-là, qui était un vendredi, et fit mettre en liberté 



(1) Ou le tiers des biens (Mus. d'Esp.,i, 268 ; Fatho'l-Ancl, p. 36 ad f. 
du texte). — Sur cet établissement des cljoncl, cf. l'observation de de 
Goëje [Jakubi, p. 112). 

(2) Ce chef était entré en Espagne avec Baldj, d'après Ibn el-Athlr, 
Annales, 85 ; cf. Machmua, p. 56, et ci-dessous. 



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- 50 - 

tous les prisonniers : aussi appela-t-on ces troupes l'ar- 
mée de la paixW. [Voici ce qui s'était passé :] les Espagnols 
s'étaient adressés à H'anz'ala ben Çafwân, gouverneur 
d'Ifrik'iyya, pour lui demander un gouverneur qui rétablit 
la paix parmi eux et fit cesser la discorde dont ils souf- 
fraient, ainsi que les massacres toujours répétés qui 
paraissaient devoir les livrer au pouvoir des infidèles. 
Ainsi fut envoyé Aboû'l-Khat't'âr, autour de qui se grou- 
pèrent les Syriens aussi bien que les Arabes* 2 ) et devant 
qui s'inclina toute l'Espagne. Il accorda l'amnistie aux 
deux fils d' c Abd el-Melik ben K'at'an, installa les Syriens 
dans les divers districts, favorisa les Yéménites et tint 
les K'aysites à l'écart W. Ce fut là la cause qui provoqua 
contre lui l'attaque d'Eç Çomeyl ben H'àtim et des Mo- 
d'ar, alors qu'Aboû'M(hat't'àr gouvernait ou depuis deux 
ans, ou depuis neuf mois, ou depuis trois ans, selon les 
diverses versions. 

[P. 35] D'Eç-Çomeyl ben H'àtim et des causes de la guerre civile 

D après la Behdjat en-nefs, Eç-Çomeyl ben H'àtim W 
avait pour aïeul Chamir, qui était de Koûfa et qui tua 
El-H'oseyn [ben C AU ben Aboû T'âleb], puis qui tomba 
lui-même aux mains d'Ei-Mokhtâr ben Aboû c Obeyd, fut 
massacré et eut sa maison détruite. Mais [d'après une 
autre version], Chamir put avec son fils se retirer de 



(1) Cf. Dozy, Mus. d'Esp., i, 266; Machmua, p. 45; Annales, p. 73 
et 95. 

(2) C'est à dire les Arabes dits haladis, arrivés en Espagne avec 
TàriU' et Moûsa. 

(3) Voir entre autres l'article que lui consacre la Hollat, p. 46. 

(4) 11 est l'objet d'une notice de la Hollat, p: 49; voir également sur 
lui les Annales, le Machmua, Ibn el-Koûtiyya, etc. 



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-51 - 

Koûfa dans la Mésopotamie, puis ils firent partie du 
djond de KMnnesrîn M. Plus tard, Eç-Çomeyl devint en 
Espagne un chef remarquable par sa bravoure et sa 
générosité, et il porta ombrage à Aboû'l-Khat't'àr. Comme 
un jour il était ajlé trouver celui-ci, chez qui se trouvait 
[une partie] du djond, ce gouverneur, qui voulait Thumi- 
lier, l'injuria et le battit, et Eç-Çomeyl, rentré furieux 
chez lui, envoya aux principaux de ses contribules ses 
réclamations contre un pareil accueil. Comme ils se dé- 
claraient prêts à le suivre, il leur répondit : « Je ne yeux 
pas, par Dieul vous exposer (seuls) aux attaques des 
K'od'à'ites et des Yéménites ; je recourrai à des moyens 
détournés et, évoquant les haines soulevées par l'affaire 
de Merdj Ràhit', j'appellerai lesLakhmites et les Djodhâ- 
mites à moi, et nous prendrons pour chef un homme qui 
n'aura que l'apparence du pouvoir, tandis que nous en 
aurons la réalité. » On écrivit donc à Thawâba ben Selàma 
Djodhàmi, qui faisait partie des Arabes de Palestine, puis 
on alla le trouver, et ce chef donna son assentiment, 
ainsi que le firent aussi les tribus de Lakhm et de Djo- 
dhâm. Aboû'l-KhatYâr, apprenant ce qui se passait, se 
mit en campagne, mais Thawàba, qui marcha contre lui, 
le mit en déroute et le fit prisonnier, puis continua sa 
route en avant et entra dans le palais de Cordoue en 
traînant après lui Aboû'l-KhatTâr enchaîné. Mais celui-ci 
put ensuite s'échapper, ainsi que nous l'avons dit. 



(1) Sur le rôle joué par Chamir ben Dhoûl-Djawchen dans la mort 
de Hoseyn, on peut voir notamment, dans le long et touchant récit 
que fait Ibn el-Athîr de l'affaire de Kerbela, les pp. 66 et s. du t. iv. 
Chamir fut exécuté par ordre d'El-Moklitàr, d'après Ibn Koteybu, p. 204, 
et le Machmua % p. 56 ; mais d'autres disent qu'il échappa. (Cf. Ibn el- 
Athir, iv, 195; Ibn el-Abbàr, note du texte du Bayàn, ou Hollat, p. 49 ; 
Machmua f p. 56). 



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- 52 - 

Thawâba détint le pouvoir pendant deux ans M. Au 
cours de cette période, en 128 (3 octobre 745), Aboû'l- 
Khat't'âr leva des troupes chez les Yéménites à l'effet 
d'attaquer les Mod'arites, et il s'avança à la tête de très 
nombreux guerriers contre Cordoue. tP.- 36] Mais ceux-ci 
se dispersèrent à l'approche de Thawâba et refusèrent 
de le combattre. Thawâba mourut ensuite cette année 
même, et, à la suite de sa mort, la guerre recommença 
comme auparavant. Les Yéménites voulurent restaurer 
Aboû'l-KhatTâr, mais les Mod'arites et Eç-Çomeyl s'y 
opposèrent, et les deux partis se traitèrent sans aucun 
ménagement. Pendant quatre mois l'Espagne resta sans 
aucun gouverneur proprement dit, et l'on se borna à 
choisir e Abd er-Rah'mân ben KethirLakhmi pour veiller 
à l'administration de la justice^). [En effet] la situation 
en Syrie et Tordre successoral des khalifes étaient trou- 
blés; puis Yezîd (m), ayant mis à mort El-Welîd (n), 
devint le représentant des Benoû Merwân sur le trône. 

Gouvernement de Yoûsof ben 'Abd er-Rah'mân Fihri. 

La situation était grave et la discorde sévissait chez 
les Espagnols, quand, enfin, ils s'entendirent pour mettre 
à la tête du gouvernement Yoûsof ben c Abd er-Rah'mân 
Fihri ( 3 > et laisser à Yah'ya ben H'oreylh( 4 ), à titre d'apa- 



(1) Cf. Bayân, i, 66; Machmua, p. 57; Annales du Maghreb, p. 86. 

(2) Le même renseignement nous est fourni par lbn el-Athîr {Anna- 
les, 96) et par Makkari (i, 147, 1. 18). 

(3) Il lui est consacré un article dans la Hollat, p. 53 ; sur les cir- 
constances dans lesquelles il fut choisi, voir Mus. d'Esp., 1,284. 

(4) Chef syrien qui s'était proclamé indépendant (d'après le Mach- 
mua, 57), mais cf. Dozy, Mu». d'Esp., i, 283. 



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- 53 - 

nage viager, le district de Malaga. Mais avant cela, les 
K'od'â'a s'étaient réunis et avaient choisi pour chef e Abd 
er-Rah'mân ben No'aymW Kelbi, lequel, se mettant à la 
tête d'une troupe de deux cents fantassins et de quarante 
cavaliers, tenta une attaque nocturne contre les gardes 
du palais de Cordoue, puis envahit la prison et en tira 
Aboû'l-KhatYàr, avec qui il gagna le large. Aboû'1-Khat'- 
t'âr alors s'installa au milieu des Kelbites et des tribus 
d'Emesse, qui se groupèrent autour de lui et lui ser- 
virent de rempart. Il ne surgit cependant aucun incident 
tout d'abord ; mais quand Yoûsof, à la suite de l'accord 
qui se fit sur son nom, se vit le pouvoir entre les mains, 
il enleva déloyalement à Yah'ya ben H'oreyth le district 
de Malaga qui lui avait été concédé, et ce chef, irrité de 
la dépossession dont il était victime, écrivit aussitôt à 
Aboû'l-KhatTâr. Or celui-ci prétendait que, si son titre 
d'émir lui avait été enlevé, il avait le plus de titres à 
exercer le pouvoir, et Ibn H'oreyth émettait la même 
prétention en se basant sur ce fait, que ses contribules 
étaient plus nombreux que ceux d'Ibn el-Khat't'àr. En 
présence de ces dispositions d'Ibn H'oreyth, les Djodhâ- 
mites le prirent pour chef, et les Yéménites, les H'imya- 
rites et les Kindites établis en Espagne, se rattachèrent 
à leur choix et firent acte d'obéissance; au contraire, les 
Mod'arites LP- 37] et les Rebi c a allèrent à Cordoue, 
capitale du royaume, se joindre à Yoûsof et campèrent à 
Secunda. 

Aux côtés de ce chef se trouvait encore Eç-Çomeyl, à 
qui le peuple s'était adressé pour obtenir de lui un gou- 



(1) Au lieu de No'aym, ainsi que l'écrit aussi le A/ac/i??iua, on trouve 
Hassan dans Ibn el-Athtr [Annales, 86), et dans Makkari (u, 15). 



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- 54 - 

verneur, puisque le khalife Merwânben Moh'ammed était 
occupé en Orient et trop éloigné pour leur en désigner 
un; c'est alors qu'il avait choisi Yoûsofben c Abd er-Rah'- 
màn ben H'abîb ben Aboû c Obda ben e Ok'ba ben Nâfi e 
Fihri, qui était à ce moment à Elvira et qui fut, comme 
nous l'avons dit, agréé par la population. Mais ensuite 
des discussions surgirent à ce propos entre les Mod'a ri- 
tes et les Yéménites, et ces derniers arrivèrent de toutes 
les villes et provinces auprès d'Aboû'l-Khat't'âr, qui, se 
mettant à leur tête, marcha contre Cordoue, où se trou- 
vait Yoûsof Fihri. Celui-ci répugnait à la guerre civile et 
craignait d'exciter des haines et des inimitiés; "mais Eç- 
Çomeyl ben H'âtim arriva avec des corps de troupes et 
recourut aux armes et aux engins de guerre. Aboû'l- 
Khat't'âr, s'avançant à la tête de ses partisans, dressa son 
camp; les deux armées se heurtèrent à Secunda et en 
vinrent aux mains; alors on n'entendit plus que le bruit 
des armes et le hennissement des chevaux, on ne vit plus 
rien que des cadavres, si bien que lances étaient brisées, 
glaives ébréchés ; les jambes étaient entrelacées, les cous 
confondus, et depuis les batailles du Chameau et deÇiffin, 
on n'avait vu pareil combat entre musulmans. Les Yémé- 
nites furent enfin mis en déroute, et Aboû'l-KhatVàr, 
réduit à fuir, se cacha dans un moulin d'Eç-Çomeyl situé 
de ce côté ; mais il fut pris et mis à mort. Alors Eç-Çomeyl 
ben H'âtim acquit la primauté, car il était connu pour sa 
vaillance et sa force; Yoûsof Fihri lui remit la direction 
des affaires, lui confia l'autorité et l'administration, ne 
gardant pour hii que l'apparence, tandis qu'Eç-Çomeyl 
avait la réalité". 

Quand Aboû'l-Khat't'àr fut pris, il dit à ceux qui s'ap- 
prêtaient à le tuer ; « Je ne puis échapper à la mort, mais 



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- 55 - 

vous n'avez pas le fils de la négresse (Ibn es-Sawdâ), » 
désignant ainsi Ibn H'oreyth; il leur indiqua où il était, 
et ces deux chefs lurent l'un et l'autre massacrés. Ibn 
H'oreyth avait l'habitude de dire : « Si l'on me présentait 
dans une coupe le sang de tous les Syriens, je la viderais, 
oui, je la viderais jusqu'au bout.» [P.38] Aussi, quand, 
tiré du moulin où il se cachait, il allait être mis à mort, 
Aboû'I-KhatVâr lui adressa-t-il ces mois : « Fils de la 
négresse, n'as-tu donc paô vidé la coupe jusqu'au fond ? » 
Tous les deux furent ensuite exécutés, puis les prison- 
niers furent amenés à Eç-Çomeyl, qui les fit tous déca- 
piter sous ses yeux. 

Dans l'année qui suivit, Dieu frappa l'Espagne d'une 
épidémie si meurtrière qu'il semblait qu'elle dût enlever 
toute la population. 

* Yoûsol était reconnu par tout le djond, Mod'arites, 
Yéménites et Syriens, et depuis l'affaire de Secunda l'Es- 
pagne se tint tranquille, tous les cœurs lui furent sincè- 
rement dévoués. Eç-Çomeyl, devenu son principal officier 
et son arme honorée, ne laissait venir au gouverneur 
que ce qu'il voulait lui-même, en écartait ce qu'il voulait, 
si bien qu'il s'appropria l'autorité et disposa des têtes de 
tous. Alors Yoûsof , oppressé et inquiet, se prit à craindre 
pour lui-même et résolut de l'éloigner en lui abandon- 
nant une partie de ses provinces". En conséquence, il le 
nomma, en 132 (20 août 749), gouverneur de Saragosse et 
des territoires qui en dépendent. Au bout d'un certain 
temps, Eç-Çomeyl eut à s'y défendre contre la révolte 
d'El-H'obâi) ben Rawâh'a, des Benoû Zohra ben Kiiâb, 
qui l'assiégea pendant sept mois* 1 ). "Yoûsof ne lui envoya 



(J) Comparez Ibn el-Athir, Annales, 90. On trouve les deux formes 
El-H'obâb et %1-H'abh'àb (Dozy, Mus. d'Esp., i, 292). 



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- 56 - 

pas de secours, en prétextant la situation difficile du pays 
et les ravages de la famine, mais en réalité désireux de le 
voir succomber pour être débarrassé de lui et n'avoir 
plus à redouter ses tentatives de s'emparer du pouvoir. 
Les contribules d'Eç-Çomeyl unirent enfin par se ras- 
sembler à Eivira et à Jaën, d'où ils marchèrent à son 
secours et le tirèrent de peine \ 

D'après une autre version, ceux qui se révoltèrent à 
Saragosse contre Yoûsof furent Temim ben Ma c bed Zohri 
et c Amir c AbderiW. 

Plus tard, en 138 (16 juin 755), Yoûsof marcha contre 
cette ville, et il resta sous ses murs jusqu'à l'arrivée de 
rOmeyyade c Abd er-Rahmàn en Espagne. 

Ce fut en 130 (11 sept. 747) qu'eut lieu la bataille de 
Secunda; ce fut aussi alors que Ton reconnut Yoûsof, 
qui avait soixante-quinze ans< 2 ) et qui régna neuf ans; 
il vivait à ce moment retiré à la campagne, adonné aux 
exercices religieux et à la pratique du bien. 

En 131 (31 août 748), la terre ne produisit rien en Espa- 
gne et la stérilité fut générale ; cet $tat de choses dura 
jusqu'en 136 (7 juillet 753), et pendant cette période il ne 
plut qu'une année sur deux. La plus forte sécheresse eut 
lieu en 131 ou 132, [P. 39] mais il plut en 133 (9août750), 
ce qui réconforta quelque peu les populations. 

En 133, les habitants de la Galice se soulevèrent, et 
maintes incursions furent dirigées contre eux. Ensuite la 
famine, résultant de la sécheresse, sévit pendant ies 
années 134 et 135, ainsi que pendant une partie de l'année 
136, de sorte que la majeure partie de la population émi- 



(1) Annales, p. 90 et 96; Makkari, u, 17 et 21 ; Machmua, 63, et ci- 
dessous. 

(2) Cinquante-sept, d'après Dozy, Mus. d'Esp., i, 284, 



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- 57 - 

gra à Tanger, à Zawîla et sur le littoral africain; le dé- 
part eut lieu de la rivière de Sidona, connue sous le nom 
de Barbât', et ce nom servit dorénavant à désigner cette 
année <*). 

Liste de ceux qui se révoltèrent 
contre Yoûsof ben 'Abd er-Rah'mân Fihri. 

c Abd er-Rahmàn ben c Alk'ama Lakhmi se révolta à 
Narbonne, mais Yoûsof n'eut pas à le combattre long- 
temps, car Dieu le lui livra promptement. c Orwa se ré- 
volta à Béja, mais un officier envoyé par Yoûsof le mit 
en déroute et massacra ses partisans( 2 ). PuisTemim ben 
Ma'bed se révolta en 136 (7 juillet 753j. En 137 (27 juin 754), 
Temîm ben Ma c bed et c Amir ben e Amr ben Wahb se ré- 
voltèrent de concert à Saragosse, et Eç-Çomeyl ben H'âtim 
se chargea de les réduire ; puis en 138 (16 juin 755) Yoû- 
sof en personne marcha contre ces deux rebelles et les 
assiégea à Saragosse ; il s'empara d'eux et les mit à mort. 
Ce fut en la même année que se termina le gouvernement 
de Yoûsof ben c Abd er-Rahmân Fihri. 

Vue d'ensemble de la dynastie Omeyyade en Orient ( 3 ). 

On compte quatorze khalifes de cette dynastie depuis 
Mo'àwiya jusqu'au dernier d'entre eux. La durée totale, 



(1) La rivière de Barbât coule près d'Alcala de los Gazules et se jette 
dans rOcéan (Edrisi, 214; Machmua, 248). Vannée ou les années de 
Barbât sont aussi rappelées par ce dernier ouvrage (p. 62 du texte). 

(2) 'Orwa ben el-Welîd se mit à la tète d'une insurrection des tribu- 
taires à Béja et conquit Siville (Makkari, n, 17). Sur ces révoltes, 
cf. suprà et infrà ; Annales, 88, 89 et 96. 

(3) Comparez t. i, p. 67, où notre auteur a déjà fait, sous une forme 
plus abrégée, certaines des citations qui suivent. 



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- 58 - 

depuis que Mo c âwiya exerça le pouvoir sans conteste 
jusqu'au meurtre de Merwânben Moh'arnmed, en est de 
quatre-vingt-onze ans neuf mois et cinq jours, en y com- 
prenant les neuf ans et vingt-deux jours du règne d'Ibn 
Zobeyr. Ensuite les membres de cette famille s'enfuirent 
de côté et d'autre pour échapper à la mort, et notamment 
e Abd er-Rahmân ben Mo'âwiya ben Hichâm ben c Abd 
el-Melik se réfugia [P. 40] en Espagne, dont les habi- 
tants le reconnurent pour leur souverain, ce qui entraîna 
la fondation d'une nouvelle dynastie Omeyyade dont la 
durée se prolongea jusqu'après 424 (7 décembre 1032). 
On estime qu'il y a eu dans la durée de cette dynastie 
une interruption qui s'étend depuis la mort violente de 
Merwân jusqu'au moment où, en 136 (6 juillet 753) ou 
environ, elle fut reconstituée par l'avènement d' c Abd er- 
Rahmân ed-Dâkhil (le nouveau- venu). Mais on dit aussi 
qu'elle a régné sans interruption depuis le khalife c Olh- 
mân jusqu'à 424, où cessa de régner à Gordoue El Mo'tadd 
billâh, le dernier d'entre eux. Cette dernière opinion se 
fonde sur le dire de certains qiv c Abd er-Rahmàn ben 
H'abîb, qui gouvernait Tlfrîk'iyya au nom desOmeyyades, 
donna l'investiture à Yoûsof ben r Abd er-Rahmàn, lequel 
conquit l'Espagne et y était en qualité d'émir lors de l'ar- 
rivée en ce pays d' c Abd er-Rahmân ben Mo c âwiya. C'est 
là une chose qui mérite réflexion, car si elle est exacte, 
elle constitue un fait bizarre et qui mérite d'être noté. 

Voici ce que dit Aboû Mohammed ben Hazm (U : « La 
dynastie Omeyyade, qui finit en Orient en la personne de 



(1) Cf. t. i, p. 68. Sur Ibn Hazm (Aboù Mohammed 'Ali ben Ahmed), 
+ 456, voir notamment Dozy, Intr. au Bayàn, p. 65, et Pons, Eiiscit/o, 
n° 103 ; aux auteurs cilés par ce dernier, ajoutez Merràkechi, index de 
la tr. fr., et Goldziher, Die Zâhiriten, p. 116 t 



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zedby G00gle 



- 59- 

Merwàn ben Mohammed, était, malgré ses défauts, véri- 
tablement arabe : aucun de ceux qui la représentèrent 
sur le trône ne se constitua une capitale, chacun conti- 
nua d'habiter la demeure et les propriétés où il résidait 
avant de devenir khalife, sans s'inquiéter ni d'accumuler 
d'immenses richesses, ni de bâtir dessalais, sans exiger 
de ceux qui leur parlaient qu'ils les traitassent tle Sei- 
gneur, ni leur demander de démonstrations serviles, 
baisement de la terre ou de leur main ou de leur pied. 
Tout ce qu'ils cherchaient c'était d'être véritablement 
obéis, de faire à leur gré les nominations et les révoca- 
tions jusque dansjes provinces les plus éloignées; et, 
ert effet, ils nommaient et déplaçaient les gouverneurs 
de l'Inde, du Khorâsân, de l'Arménie, du Yémen, du 
Maghreb rapproché et extrême, du Soûs et de l'Espagne; 
ils y envoyaient des troupes dont ils confiaient le com- 
mandement aux gouverneurs qui leur plaisaient, et régnè- 
rent sur la plus grande partie du monde. Nul prince ici- 
bas ne commanda à un empire aussi vaste, jusqu'au jour 
où les Abbasides l'emportèrent sur eux en Orient et mi- 
rent fin à leur règne. Alors f Abd er-Rahmàn ben Mo'â- 
wiya se rendit en Espagne, et lui et ses descendants y 
constituèrent une dynastie qui régna environ trois siècles. 
Nulle plus qu'elle ne se distingua par sa générosité et 
par le nombre des victoires [P. 41] qu'elle remporta sur 
les polythéistes, nulle ne réunit autour d'elle plus de 
gens de bien; sa ruine fut celle, encore existante, de 
l'Espagne. Avec son éclat disparut celui du monde ». 

Aboû Mohammed dit encore : « Le pouvoir en Orient 
passa alors aux Abbasides, dynastie étrangère sous 
laquelle disparurent les bureaux constitués par les Ara- 
bes, où les barbares du Khorâsân devinrent prépondé- 



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- 60 - 

rants dans le gouvernement, où la royauté se fît oppres- 
sive et imita les procédés des Kosroès. Il faut cependant 
reconnaître que ces princes ne firent pas publiquement 
injurier les Compagnons du Prophète, au contraire de ce 
qu'avaient fait les Omeyyades, sauf c Omar ben c Abd el- 
e Aziz et Yezîd ben el-Welid, à l'égard d' e Ali, injures 
oiseusas et suffisantes pour couvrir cette dernière dynas- 
tie de honte. Les Abbasides ne permirent pas l'emploi de 
ce procédé, mais de leur temps la division se fit jour chez 
les musulmans, et dans les provinces le pouvoir passa à 
divers groupes d'hérétiques, de chiites, de Mo c tazelites 
et de descendants d'Idris et de Soleymàn, l'un et l'autre 
fils d ,f Abd ALlâh ben el-H'asan ben el-H'asan ben c Ali 
ben Aboû Tàleb, tandis que des Omeyyades s'emparaient 
de l'Espagne et que bien d'autres faisaient de même 
ailleurs. Pendant que ces dissensions sévissaient, les 
infidèles se rendaient maîtres de la moitié de l'Espagne 
et d'environ la moitié du Sind. Les pays où les Abbasides 
cessèrent de dominer sont les régions du Maghreb par 
delà le Zâb, Tlemcen et les districts qui en dépendent, 
soumis à Mohammed ben Soleymàn H'asani, Fez et les 
districts qui en dépendent, soumis aux chiites que rem- 
plaça ensuite Idris; Tâmesnâ, soumis aux descendants, 
tout hérétiques qu'ils étaient, de Çâiih' ben Tarif, et 
Sidjilmàssa, où s'installa le chef des Çof rites. Sur l'état 
de tous ces pays, il n'y a pas de discussion; mais quant 
à l'Ifrîk'iyya, on n'est pas d'accord, car l'on dit qu' f Abd 
er-Rahmân ben H'abîb y était en état d'insurrection^ 1 ). En 
Espagne, il y avait Yoûsof ben c Abd er-Rahmàn Fihri. » 



(1) Voir sur ce personnage le 1. 1, index, ainsi que la Hollat, p. 51 ; 
Dhabbi, n* 1006, etc. 



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-61 - 

[P. 48] 'Abd er-Rahmân ben Mo'âwiya ben BicfaAm s'estait 
de Syrie et pénètre en Espagne. 

Au dire des auteurs de récits, c Abd er-Rahmàn ben 
Mo c âwiya commença en 136 (7 juillet 753) des pourparlers 
avec les clients Omeyyades installés en Espagne, et en 
la même année eut lieu la séparation des descendants 
tant de Mo'âwiya que de Hichàrn* 1 ), parmi lesquels se 
trouvaient aussi les survivants des descendants de Mer- 
wàn et d'Omeyya, et r Abd er-Rahmân ben Mo'âwiya s'en 
alla secrètement, passant d'une localité à une autre avec 
l'intention de gagner l'Espagne, poussé par ce qu'il savait 
de la situation de ce pays et par la tradition qui l'y faisait 
figurer Œ. Il arriva ainsi en Egypte, puis passa à Bark'a, 
où il se tint caché quelque temps, et en repartit ensuite 
pour se glisser au Maghreb ( 3 ). Voici le récit de son affran- 
chi Bedr : « Je le rejoignis en route, envoyé que j'étais par 
sa sœur germaine Oumm el-Açbagh et porteur de deux 
dinars ainsi que de quelques pierreries destinées à pour- 
voir à ses frais d'entretien et de voyage. Il arriva en 
ifrîk'iyya, alors gouvernée par c Abd er-Rahmân ben 
H'abib, auprès de qui se trouvait un juif, ancien serviteur 
deMaslama ben e Abd el-MelikW; or ce juif avait rap- 



(1) Voici les généalogies auxquelles il est fait allusion : à Omeyya 
ben 'Abd Ghems ben 'Abd Menât se rattachent Mo'âwiya ben Aboû 
Sofyàfl ben Harb ben Omeyya, et, d'autre part, Hichàm ben 'Abd el- 
Melikfcen Merwàn ben el-Hakam ben Aboù'l-'Açi ben Omeyya (Weil, 
G. der Khal, i, 248; Prairies d'or de Mas'oûdi, v, 199). 

(2) Je conserve àJL& que Dozy supprime dans ses Corrections, p. 34; 
cf..par ex. p. 18, 1. 5, et p. 29, 1. 13 du texte arabe. v 

(3) Sur les circonstances dans lesquelles s'enfuit 'Abd er-Rahmàn, 
cf. Annales du Maghreb, p. 97. 

(4) Maslama était le grand'oncle d"Abd er-Rahmàn et avait la répu- 
tation d'être un physionomiste habile (Ibn el-Athir; Dozy, Mus % 
<*'%, 1,302). 



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- 62 - 

porté à son nouveau maitre la prédiction relative au 
koreychite, descendant d'Omeyya, qui devait conquérir 
l'Espagne, s'appeler c Abd er-Rahmân et être porteur 
de deux boucles. Ibn H'abib ayant examiné le nouveau- 
venu et vu les deux boucles de cheveux qui ornaient son 
front, appela le juif et lui dit : « Voilà, misérable, l'indi- 
vidu dont parle la prédiction ! Aussi vais-je le faire met- 
tre à mort. — Mais, lui dit le juif, si c'est bien lui, tu ne 
le tueras pas (puisque les destins s'y opposent) ! » Alors 
Ibn H'abib se borna à faire exécuter les Omeyyades qui 
rejoignaient le fugitif et à s'emparer de leurs biens. Cela 
fut cause qu' c Abd er-Rahmân s'enfuit de Kayrawân dans 
la direction de l'Espagne, car ce pays le préoccupait à 
raison de ce qu'il savait de la science des prédictions et 
de ce qu'avaient dit son grand'oncle paternel Maslama 
ben f Abd el-Melik et d'autres encore. Il arriva ainsi 
dans des régions du Maghreb habitées par des tribus où 
il passa par une situation très pénible et eut des aventu- 
res trop longues à raconter. Il put s'enfuir et arriver jus- 
que chez les Nefza, qui étaient ses oncles maternels, 
puisque sa mère était une captive originaire de chez 
eux. » Bedr ajoute encore : « Je passai ensuite [P. 43] 
en Espagne, et je rejoignis c Obeyd Allah ben c Othmân 
sur le litlôral d'Elvira à la fin de 136, puis j'en repartis 
en 137 (27 juin 754) et je séjournai quelque temps auprès 
d' c Abd er-Rahmân; je retournai ensuite de nouveau en 
Espagne avec les clients de ce prince. » 

Voici ce qu'a raconté <Abd er-Rahmân lui-même: 
« A mon entrée en Espagne, j'étais tout pénétré de la pré- 
diction faite par Maslama ben c Abd el-Melik dans les cir- 
constances suivantes. Il vint un jour trouver mon grand'- 
père Hiehâm à un moment où, étant moi-même tout 



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enfant, je me trouvais présent ; et comme mon grancTpère 
voulait m'écarter du visiteur : « Prince des Croyants, dit 
Maslama, laisse tranquille cet enfant, car je vois en lui 
l'homme des Omeyyades, celui qui fera revivre cette dy- 
nastie après sa chute. » A partir de ce moment je vis que 
toujours mon grand père marquait pour moi de la prédi- 
lection! 1 ). » 

Voici ce que dit Er-Râzi : « En 137 (27 juin 754) eut lieu 
dans la région de Saragosse la révolte d'El-H'abh'âbW 
ben Rawâh'a, avec qui fit cause commune c Amir ben e Amr 
c Abderi, des Benoû c Abd ed-Dàr ben K'oçayyW. Le pre- 
mier s'était enfui de Cordoue à cause de la crainte que 
lui inspirait Yoûsof ; le second était l'un des principaux 
guerriers Mod'arites fort connu en Espagne par sa vail- 
lance, sa noblesse, sa science et sa courtoisie, et le com- 
mandement des expéditions estivales lui était confié par 
Yoûsof. Or le pouvoir de ce dernier n'était pas à ce mo- 
ment bien grand à cause de la stérilité dont le pays souf- 
frait depuis plusieurs années. Eç-Çomeyi se tenait alors 
du côté de la frontière, où les produits de la terre étaient 
plus abondants qu'ailleurs. Or comme c Amir croyait 
avoir à craindre pour sa vie de la part du Fihrite aussi 
bien que d'Eç-Çomeyl, il s'enfuit auprès d'El-H'abh'âb 
ben Rawâh'a, et, de concert avec lui, procéda à des enrô- 
lements où se présentèrent des guerriers Yéménites et 
des Berbères. Eç-Çomeyl alors fut très étroitement assiégé 



(i) Cette anecdote est rapportée dans les mêmes termes par Makrizi 
{Moka/fa, ms 2144 de Paris, f. 53). Cf. Mus. d'Esp., i, 303. 

(2) On a vu ce nom sous la forme El-H'obàb (p. 55). Le Moschtabih 
deDehebi ne cite que cette dernière, qui se trouve aussi dans la Hollat, 
p. 52. — Sur le récit qui suit, cf. Mus. d'Esp., i, 292. 

(3) 'Amir est Kobjet d'un article de la Hollat, p. 52. 



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- 64 - 

à Saragosse, à ce point qu'il eut des craintes pour sa vie 
et songea à se rendre. Il envoya une demande de secours 
à Yoûsof, qui ne put organiser d'expédition ; et comme le 
siège continuait sans qu'il vit arriver d'aide du côté de 
Yoûsof, il écrivit à ses contribules du djond de Kinnes 
rîn et de Damas en leur représentant la gravité de la 
situation et les adjurant de se rappeler leur commune 
origine. c Obeyd ben c Ali le Kilâbite soutint sa demande 
et avec lui la plupart des Kilâbites ; mais les Hawâzin et 
les Ghatafân disaient tantôt oui et tantôt non, [P. 44] car 
ils n'avaient pas de chef qui pût les entraîner tous. Quand 
e Obeyd ben c Ali entreprit une tournée pour appeler les 
hommes de ces deux djond au secours d'Eç-Çomeyl, les 
Kilâb et les Moh'ârib se mirent en devoir de lui répon- 
dre, mais lesKa'b ben c Amir, les c Ok'ayl,les K'ocheyr et 
les H'arîch s'y refusèrent, car ils jalousaient les Benoû 
Kilâb à cause de la suprématie que ceux-ci, dont était 
Çomeyl, exerçaient alors en Espagne, tandis qu'autrefois 
elle avait appartenu à Baldj, qui était Kocheyrite. 

De ces tribus il ne se forma*donc qu'une troupe d'en- 
viron quatre cents cavaliers, dont le courage, d'abord 
hésitant en raison de leur petit nombre, se raffermit 
ensuite; puis elle fut rejointe par un faible groupe d'une 
trentaine de cavaliers Omeyyades, parmi lesquels figu- 
raient Aboù c Olhmàn c Obeyd Allah ben 'Othniân, lui- 
même client Omeyyade, ainsi qu' c Abd Allah ben Khâlid 
ben Abân ben Aslam, client d' f Othmân ben c Affân. Ces 
deux chefs, plus tard, portèrent alternativement le dra- 
peau des Omeyyades en Espagne et se succédèrent l % un 
à l'autre dans ce poste. S'ils participaient à cette expédi- 
tion, eux et les Omeyyades, c'était pour tenter une affaire 
dont les suites sont bien connues ï ils voulaient ainsi 



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- 65- 

arriver jusqu'à Eç-Çomeyl pour lui parler d ,e Abd er- 
Rahmàn ben Mo'âwiya, à raison de la confiance qu'ils 
avaient en lui et de leur conviction que, n'embrassàt-il 
pas leur parti, il leur garderait le secret. Leur prévision 
était juste, car il observa le secret le plus absolu relati- 
vement à ce qui lui fut confié. L'espoir de son concours 
ultérieur fut donc une des raisons qui firent qu'ils se 
portèrent à son secours pour tâcher de le délivrer. Le 
petit corps de troupes se mit en conséquence en marche 
après avoir placé à sa tête, dans l'espoir de se rattacher 
davantage, Ibn Chihâb [chef des K f ab ben e Amir]. Quand 
on arriva à la rivière de Tolède, on apprit qu'Eç-Çomeyl 
était presque réduit à l'extrémité, tant le siège était 
poussé de près, et on lui expédia en avant-coureur un 
messager qui avait pour instructions de pénétrer parmi 
les combattants pour ainsi se rapprocher des murailles, 
et alors de lancer par dessus le rempart des cailloux 
dont chacun portait [un papier avec] ces deux vers: 

[Wâfir] Assiégés, réjouissez-vous, car il vous vient du 
secours pour vous sauver et vous débloquer. Voici qu'arri- 
vent les glorieux guerriers de Nizâr montés sur des juments 
bien bridées et de la race d'A'wadj (*). 

Le messager s'acquitta de sa tâche, et # ces pierres ou 
l'une d'elles fut portée^ à Eç-Çomeyl, [P. 45] qui se fit 
lire ces vers, car lui-même était illettré, et s'écria aussi- 
tôt : « Réjouissez-vous, camarades, car, j'en atteste le 
Seigneur de la Ka c ba, il vous arrive du secours! » La 
petite armée qui avait fait annoncer sa présence conti- 



(1) La traduction de ces vers, que citent aussi le Machmua, p. 68, 
et le Fatho'UAnd.y p. 47, figure dans Dozy, Mus. d'Esp., i, 295. 



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mia d'avancer en engageant à la rallier ceux qui l'avaient 
promis, et ayant toujours avec elle les Omeyyades, entre 
autres Bedr, le messager d' c Abd er-Rahmân ben Mo f â- 
wiya. Celui-ci avait confié son cachet à son affranchi, de 
manière à en pouvoir sceller toutes les lettres adressées 
à ceux dont il y avait lieu. d'espérer le concours. Ce fut 
ainsi qu'Eç-Çomeyl reçut une lettre écrite en son nom 
dans laquelle étaient rappelés à ce chef les bienfaits dont 
il était redevable aux Omeyyades, en même temps qu'on 
lui faisait des promesses et qu'on excitait ses désirs. Or 
les assiégeants, c'est à dire c Abderi et 'OdhrH 1 ), levèrent le 
siège quand ils apprirent l'arrivée de troupes de secours 
de sorte qu'Eç-Çomeyl se trouva délivré. Il put en consé- 
quence se porter à la rencontre des amis qui venaient le 
secourir, leur fit des cadeaux proportionnés au rang de 
chacun et leur distribua des vêtements, après quoi il s'en 
retourna avec eux en emmenant ses biens et ses proches. 
D'autre part, El-H'abh'àb entra à Saragosse et en prit 
possession sitôt qu'Eç-Çomeyl en fut sorti. 

Ce dernier fut ensuite mis par les Omeyyades au cou- 
rant de ce qui concernait Ibn Mo c àwiya, dont ils lui pré- 
sentèrent l'envoyé Bedr. Il traita très bien celui-ci, répon- 
dit qu'il réfléchirait à cette affaire et continua sa route 
jusqu'à Cordouè. Alors les Omeyyades, et Bedr avec eux, 
rejoignirent leurs demeures après être convenus avec 
Eç-Çomeyl que ce chef prêterait aide et secours à Ibn 
Mo c âwiya et lui donnerait sa fille < 2 ) en mariage. Mais il 



(1) Sur ce chef, cf. Annales, p. 89 et les notes. 

(2) Il s'agit ici non de la fille de Çomeyl, mais d'Oumm Moùsa, fille 
de Yoûsof ben <Abd er-Rahmàn et veuve de Kat'an ben <Abd el-Melik 
Fihri, ainsi qu'on le voit plus loin {Machmua, 72, 1. 11 ; Fat ko* l- And., 
49, 1. 3 ; Dozy, i, 317 ; Ibn el-Koùtiyya, p. 270, 1. 16 ; la trad. Houdas 



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-67 - 

revint ensuite sur sa promesse en disant : « Réflexion 
faite, je trouve que ce projet est d'une réalisation difficile. 
Veuille Dieu cependant bénir le plan que vous avez, vous 
et votre maître ! Si ce dernier cherche autre chose que 
le pouvoir suprême, je ne manquerai pas de l'appuyer 
auprès de Yoûsof pour que celui-ci lui donne sa fille et 
qu'on lui fasse bon accueil. Allez maintenant en paixUW. 
Alors n'espérant plus rien des Rebi'a ni des Mod'ar, 
ils se tournèrent du côté des Yéménites. « Nous ne pas- 
sions, dit Bedr, auprès d'aucun Yéménite sans lui faire 
des propositions, et nous trouvâmes ainsi toute une 
troupe dont le cœur brûlait du désir de se procurer un 
moyen de vengeance ; puis, étant retournés à notre djond, 
nous achetâmes un navire sur lequel nous fîmes partir 
onze hommes, que j'accompagnai. » D'autre part, Yoûsof 
se rendit à Tolède, d'où il fit marcher deux corps de 
troupes contre la Galice et la Biscaye, et voulut regagner 
Cordoue; mais il venait de se mettre en.route quand un 
messager lui apporta la nouvelle que son armée avait été 
mise en déroute et en partie massacrée. Il s'occupait des 
moyens de réparer cet échec quançl il reçut un autre mes- 
sager envoyé par son fils resté à Cordoue, qui l'informait 
qu'un jeune Koreychite, descendant de Hichâm ben c Abd 
el-Melik, venait de débarquer sur le littoral [P. 46] d'Al- 
munecar et avait rallié à sa cause les clients de ses con- 
tribuleset des Omeyyades. La nouvelle s'étant ébruitée, 
les soldats en ressentirent une joie maligne à cause des 
procédés qu'il avait employés à l'égard des Koreychites, 



de ce dernier texte (p. 239) parle du mariage de la fille du jeune 
Omeyyade, lequel avait alors vingt-cinq ans, avec Yoûsof ben 'Abd 
er-Rahmân, âg;é de 65 ans). 
(1) On retrouvé le même discours dans le Machmua, 74. 



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puis ils abandonnèrent le camp et, chacun des différents 
corps obéissant à son. cri de ralliement, tous regagnèrent 
leurs districts respectifs, si bien que le lendemain Yoûsof 
ne trouva plus auprès de lui que [les Benoû] K'ays et 
Eç-Çomeyl. Il demanda conseil à ce dernier, qui lui dit 
de prévenir son adversaire et de l'attaquer sur l'heure . 
sans lui laisser le temps d'asseoir son autorité. Suivant 
cet avis, on s'avança vers Cordoue ; mais en vain espé- 
raient-ils recruter des troupes pour anéantir les forces 
d'Ibn Mo c âwiya, la chose ne leur fut pas possible. 
. Ce fut le 1" rebi c 1 138 (14 août 755) qu' c Abd er-Rahmân 
ben Mo c âwiya, fondateur de sa dynastie, débarqua en 
Espagne au lieu dit Almunecart*); puis il s'installa à T'or- 
roch, bourgade du canton d'Elvira, où Ton avait préparé 
à son intention montures, habitation et vêtements, et où 
un certain nombre d'Omeyyades le rejoignirent. Son auto- 
rité grandissant, le peuple arriva de toutes parts auprès 
de lui, et alors Yoûsof le Fihrite écrivit aux Omeyyades 
une lettre destinée à les avertir et intimider. Ceux-ci, 
s'excusant comme ils purent, répondirent qu'Ibn Mo'â- 
wiya n'était venu trouver ses clients que pour des raisons 
d'argent et non dans les intentions que pouvait lui prêter 
Yoûsof, d'après les dénonciations qui lui avaient été faites. 
Ensuite divers chefs de la population se rendirent auprès 
d'Ibn Mo c âwiya et lui témoignèrent leurs craintes qu'Eç- 
Çomeyl n'employât la ruse pour tenter contre lui quelque 
mauvais coup, se fondant pour cela sur certains propos 



(1) La date de ce débarquement, que notre auteur fixe au 1 er rebV 
(le mot iLè peut aussi s'entendre de l'un des trois premiers jours du 
mois), est reculée de quelques semaines par la Hollat, p. 54, et par le 
Machmua (p. 75), suivis par Dozy {Mus. d*Esp., i, 324). C'est aussi de 
rebi' I que parlent les Annales, p. 99. 



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que leur avait tenus Yoûsof. A la suite de ces avis, Ibn 
Mo e àwiya se mit à habiter la montagne. 

[Ses partisans ne restèrent pas inactifs :] Yoûsof ben 
Bokht se rendit auprès du djond du Jourdain, dont il 
reçut le serment de fidélité; e Abd Allah ben Khâlid alla 
trouver le djond d'Emesse, et Temmâm ben 'Alk'amaM 
la population originaire de Palestine. On vit alors arriver 
une foule de gens [auprès du prétendant omeyyade]. La 
position du Fihrite au contraire devenait difficile, et, 
comme peu d'hommes du djond venaient le rejoindre, 
Eç-Çomeyl lui donna le conseil d'employer la ruse et de 
jouer au plus fin avec son adversaire, que sa jeunesse 
pourrait faire tomber dans le piège : « Le manque d'ar- 
gent, lui représenta-t-il, va le forcer à traiter, et il sera 
trop heureux d'accepter ce que tu lui offriras ; tu seras 
alors en état de lui imposer ta volonté, à lui et à ceux 
qui travaillent pour lui. » Il le persuada donc d'employer 
la douceur, de le marier avec sa fille et de l'installer 
[P. 47] à son choix dans le djond de Damas ou dans 
celui du Jourdain, ou même entre les deux, en lui attri- 
buant le gouvernement de ces deux cantons. Yoûsof 
alors envoya à c Abd er-Rahmân deux vêtements, deux 
montures et cinq cents dinars avec son secrétaire Khâlid 
ben Yezid, à qui il recommanda de bien voir la situation, 
de quel djond TOmeyyade avait l'appui, ainsi que d'exa- 
miner tout ce qui le concernait, lui et les siens. Parti de 
nuit avec ses compagnons, Khâlid arriva le matin auprès 
d'Ibn Mo c âwiya, apportant, en outre des présents qui lui 
'étaient destinés, un cheval, un vêtement et cent dinars 



(1) Quelques lignes lui sont consacrées dans la Hollat (Notices, etc., 

p. ri)- , ■ 



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-- 70 -= 

pour Bedr. c Abd er-Rahmân accepta les cadeaux qui lui 
étaient envoyés, mais refusa la proposition de mariage, 
ce qui lui attira des propos grossiers de la part de Khâlid. 
Il fit alors jeter celui-ci en prison et renvoya un autre 
messager à Yoûsof, mais sans répondre [par écrit] à la 
lettre que ce dernier lui avait adressée, et dont voici des 
passages : « Après les compliments d'usage, nous avons 
appris que tu es débarqué sur le littoral d'Almunecar et 
qu'auprès de toi se sont réunis, que vers toi se sont diri- 
gés des voleurs, des perfides, des traîtres, des violateurs 
des serments les plus sacrés, qui ont ainsi menti aux 
promesses faites à Dieu et à nous; c'est à l'Être divin que 
nous demandons de nous secourir contre eux. Ces gens 
qui vivaient avec nous en complète sécurité et dans 
l'abondance des vivres en sont venus à méconnaître ces 
bienfaits, ils ont échangé la tranquillité contre la crainte, 
ils ont marché au parjure, alors que Dieu, à qui rien 
n'échappe, est derrière eux l Si tu es venu chercher de 
l'argent et de vastes propriétés, je suis mieux à même 
de te satisfaire que ceux chez qui tu t'es rendu : je te 
protégerai toi et ta race, et je t'installerai auprès de moi 
ou dans le lieu qui te plaira. Dç plus, je m'engage et 
oblige devant Dieu à ne te tendre aucune embûche et à 
ne té livrer ni à mon cousin qui gouverne en Ifrîkiyya 
ni à persorine autre, etc., etc. » 

Ibn c Isa dit ceci : « Je tiens de Temmâm ben c Alk'ama 
que, après l'arrivée de la lettre de Yoûsof renfermant 
diverses propositions entre autres l'offre de sa fille en 
mariage, c Abd er-Rahmân reçut tant de tous les Arabes 
qui se rendirent auprès de lui que des Omeyyades, le 
conseil de ne pas accepter et de ne consentir qu'à l'abdi- 
cation de Yoûsof et à sa reconnaissance de l'autorité du 



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- 71 - 

prince Omeyyade; faute de quoi le procès sérail soumis 
au jugement de Dieu, a car, lui dirent-ils, ton adversaire 
ne cherche qu'à te tromper et ne tiendra pas ses pro- 
messes, puisque son ministre, qui est le véritable maître, 
n'est autre qu'un homme à qui Ton ne peut se fier, c'est 
à. dire Eç-Çomeyl. » • 

Le même narrateur continue : « Quand nos intentions 
lurent manifestement établies [P. 48] aux yeux de Yoûsof 
par notre refus et par l'incarcération de son secrétaire 
Khâlid ben Yezid, nous décidâmes de rejeter tous les 
voiles, et nous nous rendîmes auprès de Djidàr ben c Amr 
et du djond du Jourdain, pour nous rallier à lui : nous 
étions au nombre de trois cents cavaliers Omeyyades, et 
des chefs arabes vinrent également trouver le [préten- 
dant]. Ensuite nous écrivîmes aux gens de Kinnesrin et 
de Palestine, et nous passâmes chez eux dès que nous 
eûmes reçu des réponses favorables. Nous étions d'ail- 
leurs préparés à mourir, notre ferme intention étant de 
nous faire tuer pour notre prince, et nous lui conférâmes 
les insignes du commandement. Pendant six mois nous 
restâmes auprès de lui pour bien arranger toutes ses 
affaires et envoyant des lettres de différents côtés pour 
le recommander. Nous avions revêtu de beaux habits 
lorsque nous nous étions présentés à lui pour le Recevoir 
au moment de son débarquement. D'Elvira il se rendit 
dans le district de Malaga, à Sidona, à Moron, dans le 
district de Séville. Le peuple se portait joyeusement à sa 
rencontre en lui adressant des souhaits de bienvenue et 
enlui témoignant l'obéissance et la soumission la plus 
complète. Nous entrâmes, continue Temmâm, à Malaga 
au nombre de six cents cavaliers et nous en sortîmes deux 
mille ; en quittant Séville pour marcher sur Gordoue, 



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- 72 - 

nous étions trois mille cavaliers. Quand nos forces furent 
concentrées et que nous apprîmes que le Fihrite allait 
marcher contre nous, l'émir e Abd er-Rahmàn procéda à 
l'inscription des diverses cohortes, disposa les soldats 
du djond et se mit en marche; il appela un des AnçàrW, 
à qui il confia son étendard, et lui-même, s'avançant avec 
les hommes des divers djond, campa le lundi 6 dhoû'l- 
hiddja dans une bourgade située sur le fleuve de Cordoue. 
« Yoûsof, de son côté, arriva à El-Moçâra, et les deux 
adversaires, séparés par le fleuve dont les eaux étaient 
très hautes, restèrent à s'observer pendant trois jours. 
Le jeudi matin les eaux baissèrent, et e Abd er-Rahmân 
prit ses dispositions pour combattre : il donna à l'un de 
ses officiers le commandement des tribus arabes, et à un 
autre, Ibrahim ben Chedjera, le commandement des Ber- 
bères. Les meilleurs soldats omeyyades, mettant pied à 
terre, entourèrent l'émir, qui était à cheval et portait son 
arc en bandoulière. Il franchit alors la rivière et se rap- 
procha d'El-Moçâra, de sorte que les deux armées se 
trouvèrent proche et en face Tune de l'autre ; mais cepen- 
dant ce jour-là ni l'une ni l'autre ne bougèrent, et Yoûsof, 
qui espérait toujours en venir à un arrangement, envoya 
des messagers à plusieurs reprises. [P. 49] Le vendredi 
matin, on en vint aux mains et une lutte acharnée com- 
mença. Alors El- c Alâ ben Djâbir 'Ok'ayli, l'un des chefs 
Kaysites, alla trouver Eç-Çomeyl et lui tint ce discours : 
a Crains Dieu, ô Aboû'l-Djawchen, car, je le jure, nulle 
journée plus que celle-ci ne ressemble à celle de la Prai- 
rie [Merdj Rahît'], dont nous supportons encore la honte. 



(1) C'est à dire descendant d'un des Médinois qui vinrent en aide au 
Prophète lors de sa fuite à Médine. 



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- 73 - 

Aujourd'hui comme autrefois, la lutte a lieu entre les 
mêmes adversaires, un Omeyyade et un Fihrite, les K'ay- 
sites et les Yéménites ; aujourd'hui aussi, c'est fête et 
c'est vendredi, de même que l'affaire de Rahlt eut lieu 
un vendredi. Nul doute, je le jure, que tout ne dépende 
de nous. Crains Dieu, te dis-je, et tâche qu'en cette occa- 
sion nous devenions les maîtres et ne restions pas les 
plus faibles ! » Mais les compagnons de Yoûsof furent mis 
en déroute, et ce chef, s'étant alors dirigé vers le palais, 
s'en vit barrer l'entrée par e Abd el-A e la ben e Awsedja; 
repoussé de ce côté, il s'enfuit vers le pied de la monta- 
gne de Cordoue. L'émir e Abd er-Rahmân devint donc 
maître du pouvoir ce jour-là même, et il fut procédé à 
son inauguration publique à Cordoue. Yoûsof continua 
de fuir et se réfugia à Elvira. » 

Khalifat 
d"Abd er-Rahmân ben Mo'âwJya ben Hichâm ben 'Abd el-Melik. 

c Abd er-Rahmân, qui avait pour prénom (konya) Aboû'l- 
Mot'arrif, était fils de Mo c âwiya ben Hichâm ben e Abd 
el-Melik ben Merwân ben el-H'akam ben Aboû'l- c Api 
ben Omeyya <*>; il avait pour mère Râh' ou Redâh', cap- 
tive berbère originaire du Maghreb, et il a avec le Pro- 
phète un ancêtre commun en la personne d* c Abd Chems 
ben c Abd Menâf. Né en 113 dans la localité dite Deyr 
H'oseyna< 2 >, du territoire de Damas, il était tout jeune 
quand son père moi^rut. Lui-même mourut le mardi 23 



(1) Cette généalogie est donnée plus au long par le Mokaffa. 

(2) On lit Deyr Khanîna dans l'article consacré à ce prince par le 
Mokaffa de Makrizi (voir Annales du Maghreb, d'Ibn el-Athir, p. 135 
et 97; cf. Makkari, n, 33). 



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- 74 - 

rebi c II, ou, selon d'autres, le 10 djomâda 172 (l rr ou 17 
octobre 788) et fut enterré dans le palais de Cordoue; il 
était âgé de cinquante-neuf ou de soixante ans, et avait 
régné trente-trois ans et quatre mois et demi. Il avait 
vingt-cinq ans ou environ à son entrée en Espagne, et il 
fut intronisé à Cordoue [P. 50] le jour de la Fête des 
victimes de l'année 138 (le 15 mai 756). 

Il eut quatre vizirs : e Obeyd Allah ben 'Othmàn, c Abd 
Allah ben Khâlid, Yoûsof ben Bokht et H'assân ben Mâ- 
likW. Ses chambellans, au nombre de cinq, furent Tem- 
mâm ben c Alk'ama, Yoûsof ben Bokht, c Abd el-Kerim 
ben Mehrân, c Abd el-H'amîd ben Moghith et Mançoûr, 
qui était un de ses pages. Il eut cinq kâdis : Yah'ya ben 
Yezid Todjibi, Mo c âwiya ben Çâlih', c Abd er-Rah'mân 
ben Tarif, c Omar ben Cherâh'iM 2 ) et El-Moç c ab ben c Im- 
rân< 3 ), en outre d'un cinquième [sic], Djidâr ben Maslama 
ben c Amr Madhh'idjiW, qui l'accompagnait dans ses expé- 
ditions d'été. Son sceau portait l'inscription : « c Abd er- 
Rahmân se soumet au décret divine)». Il était d'une 
haute stature, blond, borgne, avait les joues minces et un 
grain de beauté au visage; il portait deux boucles de 



(1) Ce prince n'eut pas de vizirs, mais seulement des conseillers, 
dit le Moka/fa, f. 55 r'. 

(2) Le Moka/fa ne donne les noms que de ces quatre kàdis, dont les 
deux premiers sont aussi cités par Ibn el-Koùtiyya. Cf. Makkari, n, 
31,1.20. 

(3) Sur ce personnage, voir Annales, p. 102 n., et ci-dessous. 

(4) Ce personnage, appelé ailleurs Djidàr ben 'Anir, commandait 
aux Arabes dans le district de Malaga lors de l'arrivée d''Abd er- 
Rahmàn (Ibn el-Koûtiyya, p. 271; Makkari, n, 21, 1. 11; 31, 1. 23; 
Tekmila, n* 15; Machmua, 76; Mus. d'Esj)., i, 342). 

(5) Cette légende était, d'après le Mokafta et Makkari (n, 37) : *u)b 



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- 75 - 

cheveux et fut surnommé « le sacre des Omeyyades ». Il 
eut onze enfants mâles <*) et neuf filles. 

En 139 (5 juin 756) il se mit à la poursuite de Yoûsof 
et d'Eç-Çomeyl, et le Fihrite, dès qu'il le sut, s'enfuit de 
Grenade pour lui échapper; maïs l'émir marchant tou- 
jours sur ses traces, Yoûsof alors rentra à Grenade pour 
y organiser la défense. Son adversaire l'y assiégea et le 
serra de près, si bien que Yoûsof, fatigué de la durée du 
siège, demanda grâce en offrant ses deux fils comme 
otages. e Abd er-Rahmân accueillit ces propositions, et 
Eç-Çomeyl s'étant également soumis, le prince les em- 
mena à sa suite à Cordoue, en imposant au Fihrite de 
s'installer dans la demeure qu'il avait dans cette ville et 
à Eç-Çomeyl d'habiter l'hôtel qu'il avait dans le faubourg. 
L'émir, ayant ainsi définitivement établi son pouvoir, fit 
prononcer des malédictions contre les Abbasides et ces- 
ser de dire la prière au nom d' e Aboû Dja c far el-Mançoûr. 
Yoûsof le Fihrite prit ensuite du service dans l'armée de 
l'émir et devint un des principaux officiers de celui-ci, 
qui alors lui confirma la possession de ses biens et remit 
ses enfants en liberté. 

En la môme année, le 4 chawwàl (1 er mars 757), naquit 
Hichâm ben c Abd er-Rahmân, surnommé Er-Rid'a. 

En 140(25 mai 757), c Abd er-Rahmân se tint tranquille 
à Cordoue et ne fit aucune expédition. Des Orientaux et 
des Omeyyades qui vinrent le trouver reçurent de lui 
l'hospitalité, furent accueillis avec honneur et de beaux 
traitements leur furent assignés < 2 ). 



(1) On voit, par ce passage, qu'il faut supprimer « CAbd el-Melik?) » 
à la p. 136, 1. d. du texte, dans les Annales. Sur le portrait physique 
de ce prince, cf. Annales, p. 135, et Makkari, h, 18. 

(2) Les succès de l'habile, intelligent et énergique fugitif provoquè- 



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- 76 - 

[P. ôl] En 141 (14 mai 758), Yoûsof le Fihrite, violant 
les serments les plus solennels, s'enfuit de Cordoue et, 
la population se ralliant à lui, il réunit une armée de 
vingt mille hommes, Berbères et autres. Se voyant à la, 
tête d'une force si considérable, il partit de Mérida pour 
attaquer l'émir, qui, à cette nouvelle, quitta son palais 
et s'avança vers Almodovar. c Abd el-Melik ben c Omar 
Merwâni, gouverneur de Séville, et son filsW, gouverneur 
du district de Morort, firent chacun des levées chez ceux 
de leurs partisans résidant dans les territoires qu'ils 
commandaient, puis réunirent leurs forces. Quand Yoûsof 
apprit et cette concentration et la marche de l'émir jus- 
qu'à Almodovar, il craignit d'être pris entre ces deux 
armées, et il se décida à marcher d'abord contre e Abd el- 
Melik. Une sanglante rencontre eut lieu, qui finit par la 
défaite de Yoûsof et la débandade de ses troupes, que 
l'on poursuivit et massacra. c Abd er-Rahmân, qui atten- 
dait à Almodovar que ses troupes le rejoignissent, y 
apprit l'heureuse nouvelle qui le dispensait de continuer 
la lutte, car Yoûsof s'enfuit en se cachant pour sauver 
sa vie. 

En 142 (4 mai 759), ce chef fut tué du côté de Tolède, 
où il s'était réfugié et où il erra pendant plusieurs mois. 
Ce fut un de ses compagnons qui le surprit par trahison 
et qui, après l'avoir mis à mort, lui trancha la tête et la 



rent naturellement l'exode de partisans et de parents empressés à 
jouir de ce retour de fortune, et tous les auteurs en parlent (Moka/fa, 
f. 54 i*;Machmua, p. 95 ; Fatho'l-A., p. 59 ; Makkari, h, 33 ; Ibn el-AUiir, 
Annales, p. 101, où il est question des démarches tentées par <Abd er- 
Ralimàn, à ce que raconte Ibn el-Koùtiyya, pour amener ses deux 
sœurs à passer de Syrie en Espagne). 
(1) Il s'appelait <Abd Allah (Machmua, p. 97; Mus. d'Esp., i, 360). 



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- n - 

porta à <Abd er-Rahmân. Ce prince, après avoir remercié 
Dieu de la mort de son ennemi, ordonna d'exposer ce 
sanglant trophée sur le pont de Cordoue, et y fit joindre 
aussi la tète du fils de Yoûsof W, lequel était auprès de lui 
en qualité d'otage. Quant à Eç-Çoraeyl, il mourut en pri- 
son, étranglé dit-on. D'après une autre version, Yoûsof 
fut tué dans une bourgade, à quelques milles de Tolède, 
par c Abd Allah ben e Amr (*) Ançàri, qui, l'ayant rencontré 
et reconnu, dit à ceux qui l'accompagnaient : « Voilà le 
Fihrite ; sa mort lui donnera la paix aussi bien qu'à nous !» 
Il se jeta alors sur lui et, après l'avoir tué, il lui coupa la 
tète et la porta à l'émir. Comme il approchait de Cordoue 
et qu'il avait informé le prince des événements, ce der- 
nier le fit attendre au-delà du pont; puis, faisant exécu- 
ter le fils du rebelle, détenu comme otage, il envoya la 
tête de cette seconde victime à e Abd Allah, qui s'avança 
jusqu'à la porte du palais avec les deux têtes plantées sur 
des piques. 

On raconte de diverses manières ce qui concerne Yoû- 
sof Fihri. Ainsi certains prétendent qu'il se révolta non 
en violant ses promesses, [P. 52] mais seulement par 
peur et que ce fut ainsi qu'il prit la fuite ; des cavaliers 
envoyés à sa poursuite par l'émir le rattrappèrentà Fah'ç 
el-BaïloûU 3 )] puis il fut remis en liberté. Alors son fils( 4 ) 



(1) 11 s'appelait Aboù Zeyd 'Abd er-Rahmàn (Machmua, p. 94). 

(2) Ce nom est orthographié de même dans Makkari (n, 23), où se 
trouve rapportée la version de ces faits d'après Ibn Hayyàn. On lit 
'Omar dans le Machmua, p. 99 ; et ( Amr dans Mus. d'Esp., i, 362. 

(3) Lieu dénommé plus tard EUBalâlita (Edrisi, p. 211 ; cf. p. 264, et 
Machmua, p. 93 de la tr., et p. 253) ; c'est actuellement Campo de Cala- 
trava (Dozy, Mus. d'Esp., i, 362; H, 76). 

(4) C'est à dire Aboûl-Aswad Mohammed {Machmua, p. 94 ; Hollat, 
p. 56). 



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- 78 - 

recruta des troupes berbères dans tout l'Orient [de l'Es- 
pagne] et s'avança avec des forces considérables contre 
Cordoue; l'émir marcha contre lui, et les deux armées 
se rencontrèrent au Gué de la victoire W. e Âbder-Rah- 
mân faillit d'abord être mis en déroute, et Ton dit même 
qu'il s'enfuit à environ un mille de distance,; mais son fils 
Soleymân tint bon avec Tarrière-garde, l'émir revint à 
la charge, et Yoûsof, mis en déroute, fut poursuivi jusqu'à 
Calatrava.; 

D'après un autre récit, c Abd er-Rahniân, à la suite de 
la fuite de Yoûsof à Tolède, s'empara de son fils Aboû'l- 
Aswad et l'emprisonna. Des clients mêmes de Yoûsof, 
s'insurgeant contre lui, le mirent à mort et portèrent son 
cadavre à c Abd er-Rahmân, qui leur demanda s'ils con- 
naissaient leur victime : « Sans doute, répondirent-ils; 
c'est Yoûsof Fihri. — Eh bien, vous qui n'avez pas su 
rester fidèles à votre patron, comment donc le seriez- 
vous vis à vis de moi et comment me garderiez-vous 
obéissance? » Il les fit décapiter et ordonna de tenir 
Aboû'l-Aswad emprisonné. Or les prisonniers à cetle 
époque sortaient de la prison accompagnés de leurs gar- 
diens pour aller jusqu'au fleuve satisfaire à leurs besoins. 
Le fils de Yoûsof se prétendit aveugle, et il passa généra- 
lement pour tel, de sorte qu'il demandait : « Qui veut 
servir de guide au pauvre aveugle? » Or un de ses clients, 
du nom de Mofarridj, allait souvent à la rivière dans le 
même but et y rencontrait le prisonnier sous le pont. 

Quand la cécité d'Aboû'l-Aswad fût bien connue et 



(1) Le Gué de la victoire ou Mekhâd'at el-fath* est dans le district de 
Jaën, au Nord de Mengibar, et sert à traverser le Guadalquivir {Mus. 
d'Esp,, i, 314; Machmua, 264; Annales du Maghreb, p. 132, n. 1). 



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-79r- 

que, son état éloignant toute défiance, il put sortir libre- 
ment, il dit à Mofarridj de lui acheter un cheval qui pQt 
lui servir à fuir, et ce fut ainsi que, l'animal étant tenu 
prêt, il put gagner Tolède, c Abd er-Rahmàn l'attaqua à 
plusieurs reprises et le battit en dernier lieu à K'ast'a- 
loûna; Aboû'l-Aswad. se retira alors à RokânaW, où il 
resta jusqu'à sa mort. El-K'âsim ben Yoûsof épousa la 
veuve de son frère Aboû'l-Aswad et succéda à ce der- 
nier dans sa principauté. L'émir s'étant mis en campa- 
gne contre lui, il consentit à se soumettre moyennant la 
restitution de ses biens et des garanties formelles pour 
sa sécurité personnelle. Ces conditions furent acceptées 
par l'émir, qui le ramena à sa suitç à Cordoue( 2 ), 

Une autre révolte contre c Abd er-Rahmân fut l'œuvre 
d v Abd el-Ghâfir( 3 ) Yemeni à Séville, lequel s'empara 
[P. 53] du territoire avoisinant Cordoue. L'émir se mit 
en campagne, mais c Abd el-Ghâfir ne se soumit pas, et il 
marcha contre Cordoue, qu'il espérait trouver dégarnie, 
"pendant qu' c Abd er-Rahmân à la frontière était occupé à 
remettre les choses sur pied et à réparer les dommages 
causés. A cette nouvelle, le prince se remit précipitam- 
ment en marche en dépit de toutes les difficultés. Les 
troupes d' c Abd el-Ghâfir, remplissant plaines el.monta- 



(1) Edrisi ne cite ni l'un ni l'autre de ces endroits, dont le premier 
représente la Gazlona actuelle (Machmua, 250). Le Merâçid ne parle 
que de Rokàna, qui est, dit-il « une petite ville du canton de Valence ». 
Le lieu ainsi nommé et où se réfugia Aboû'l-Aswad, est du côté de 
Tolède, cPaprés la Hollat, p. 57. Sur ce chef, voir aussi Mus. d'Esp., 
i, 376 et s., et ci-dessous, 

(2) Il est parlé dans les méritas termes d'El-Kàsim par la Hollat, 
p. 57. 

(3) On trouve aussi ce nom orthographié 'Abd el-Ghaffàr, voir 
Annales, 121, n. 



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gnes, étaient sur le Wàdi KaysW. L'émir travailla par 
dessous main les Berbères, qui formaient la portion la 
plus nombreuse des troupes ennemies, et la majeure 
partie d'entre eux, se ralliant à lui, embrassèrent son 
parti. L'issue de la bataille fut funeste à e Abd el-Ghâfir, 
et ses soldats mis en déroute n'obtinrent aucun quartier : 
trente mille d'entre eux furent massacrés, et le souvenir 
de leur défaite resta longtemps dans les mémoires, de 
même qu'on connaît bien la fosse creusée en cet endroit 
et où furent jetées les têtes des victimes*. D'après la 
Behdjat en-nefs, e Abd el-Ghàflr, quand la nuit fut venue, 
se sauva précipitamment du côté de Lakant (*), landis que 
l'émir poursuivait le massacre sans relâche; mais cet 
ouvrage ne parle pas du nombre des morts. 

Une autre révolte contre c Abd er-Rahmân fui celle de 
H'ayàt ben Molàmis( 3 >, qui se rendit maître de Séville, 
d'Ecija et de la plus grande partie de l'ouest de l'Espagne, 
et qui recruta des troupes nombreuses. L'émir se mit en 
campagne et lui livra pendant plusieurs jours des com- 
bats où il se vit près d'être battu ; mais enfin ce fut 
H'ayàt qui dut fuir, et qui, s'étant réfugié du côté de 
FirrîcbW, envoya de là une lettre pour solliciter son 
pardon. 



(1) Ou Bembuzar; voir sur ce nom et ses orthographes diverses, 
Annales, 122, n. 2. Cette révolte est de 156, d'après Tbn el-Athîr (ib.).. 

(2) « Cet endroit se trouvait probablement dans le voisinage de 
Fuente de Cantos, au N.-O. de Séville » (Dozy, Mus. d'Esp., i, 358; 
Recherches, 2* éd.,n, 283, n. 3 ; 3° éd.,. p. 260). Le traducteur du Mach* 
mua Tidentifie avec Fuente de Cantos môme* 

(3) On trouve aussi l'orthographe Molâbis {Annales, p. 121, n.) Cette 
révolte est de 156 (ibicl.) 

(4) Firrîch est au N.-E. de Séville (Edrisi, p. 256 ; Recherches, 2' éd., 
Il, 283, n. 2; 3* éd., p. 260). 



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- 81 - 

En 146 (21 mars 763) eut lieu à Béja la révolte d'El- e Alâ 
ben Moghitb Djodhâmi, qui proclama la souveraineté 
d'Aboû Dja'far el-MançoûrC 1 ). ' Les guerriers des djond 
le suivirent, le peuple se joignit à lui, si bien que l'auto- 
rité de l'émir faillit périr, que son khalifat fut près de se 
perdre. Le prince sortant de Cordoue à la tête de ses 
troupes alla se fortifier, entouré de ses clients et de ses 
guerriers les plus sûrs, à Carmona, où El- e Alà l'assiégea 
de très près et le tint longtemps bloqué. Celte situation 
en se prolongeant fit que la cohésion des troupes d'El- c Alâ 
diminua, et c Abd er-Rahmân apprit que, près de se reti- 
rer, elles songeaient à brider et à seller leurs montures; 
alors, faisant allumer un brasier où furent jetés les four- 
reaux des épées de ses compagnons, il dit ces mots : 
« Sortez avec moi et jetez-vous sur ces bandes [P. 54] 
avec l'ardeur de gens qui ne se flattent pas d'en revenir!» 
Us étaient environ sept cents guerriers, véritables mâles 
et héros renommés, qui, faisant comme lui et se saisis- 
sant de leurs épées, se précipitèrent sur l'ennemi. Le 
combat dura longtemps avant que, par un effet de la 
bonté divine, les soldats d'El^Alà cédassent et- tournas-*, 
sent le dos, servant ainsi d'enseignement pour ceux qui 
savent. Ce chef lui-même trouva la mort au milieu de 
ceux des siens qui périrent, et sa tête fut promenée sur 
le champ de bataille". 

On raconte qu'El- e Alâ bén Moghîth, après avoir reçu 
d'Aboû Dja'far el-Mançoûr l'investiture en qualité de 
gouverneur de l'Espagne, déploya les étendards noirs et 
proclama la dynastie Abbasside, en quoi la population se 



(1) On place aussi cette révolte sous les années 147 et 149 {Annales 
p. 106; Mus. d'Esp., I, 365; cf. Maehmua, p. 101). 

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-82- 

joignit à lui. A la suite de sa défaite dans les conditions 
que nous venons de dire, Pimâm lui fit couper la tête qui, 
préalablement vidée, fut ensuite remplie de sel et de 
myrrhe, mise avec l'étendard d'El-Mançoûr dans un pa- 
nier et envoyée par des messagers chargés de déposer 
cet envoi à la Mekke. Ces hommes y rencontrèrent le 
khalife lui-même, qui faisait cette année-là le pèlerinage, 
et ils placèrent leur corbeille à la porte même de sa tente. 
Le prince, quand il en eut vu le contenu, s'écria: « Nous 
avons, par Dieu ! exposé ce malheureux à la mort ; soit 
loué le ciel, que la mer nous sépare de ce démon!» faisant 
ainsi allusion à e Abd er-Rahmàn. Tel est le récit de Sàlimi 
dans les Dorer el-k'alâ'idi 1 ). 

Voici le récit de la Behdjat en-nefs. El- c Alâ se révolta 
dans Je lieu dit Lak'ant, dans le canton de Béja, et dé- 
ploya l'étendard d'El-Mançoûr, de même qu'il mit au jour 
l'acte d'investiture dont il était muni. Il se mit à la tête 
de ceux qui se rallièrent à lui et marcha contre Béja, 
qu'il conquit, et d'où il se rendit maître de tout l'ouest de 
ïa Péninsule. Il s'avança ensuite contre e Abd er-Rahmân 
et parvint jusqu'à Almodovar. A cette nouvelle, le prince, 
qui était parti en expédition dans l'Est de l'Espagne, re- 
vint en arrière, et quand il fut près de Cordoue il fit res- 
ter à Almodovar ceux des Sévillans qu'il avait avec lui, 
car la sympathie de Séville pour EK c Alâ les lui avait fait 
prendre en méfiance. Il poursuivit ensuite sa route, mais 
il écrivit secrètement à son affranchi Bedr de les mettre 



(1) D'autres disent que cette tête fut portée à Kayrawàn, comme on 
le voit plus loin. Si c'est la mosquée de la Mekke qui reçut ce funèbre 
colis, la date de la révolte d'El-'Alà se trouverait fixée, puisqu'on sait 
qu'El-Mançoûr lit le pèlerinage en 1*47 {Annales, 106; Mus. d'Esp.. 
I, 367). 



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à mort eh tous cas, qu'il remportât la victoire ou qu'il fût 
vaincu. El-^Alâ ayant continué sa marche, les deux 
armées prirent contact, et à la suite de divers combats 
et rencontres, EI- e Alâ fut tué dans le voisinage de Car- 
mona, et ses troupes dispersées après avoir perdu [P.55J 
environ six mille morts. Uémir fit couper la téted'El- e Alâ 
et celles des principaux de ses compagnons et attachera 
chacune une étiquette portant le nom de celui à qui elle 
avait appartenu, puis il les fit mettre dans des vases et 
porter par des gens désignés à cet effet à Kayrawân, où 
elles furent nuitamment jetées dans les divers marchés. 
Le peuple apprit ainsi ce qui s'était passé, et cette nou- 
velle, en parvenant jusqu'aux oreilles du khalife abba- 
side, refréna son orgueil. Certains disent que la défaite 
infligée à El- c Alâ fut l'œuvre de Bedr, affranchi d' c Abd 
er-Rahiïiàn. Dieu sait ce qu'il en est. 
• En 147 (10 mars 764), c Abd er-Rahmân envoya des 
troupes nombreuses commandées par son affranchi Bedr 
et Temmàm ben e Alk'ama contre la ville de Tolède, où 
se trouvait Hichâm ben c Azra(*). Le siège en fut com- 
mencé et dura assez pour que les Tolédans, fatigués, 
fissent demander aux deux chefs assiégeants qu'il leur fût 
fait quartier moyennant la remise entre leurs mains dlbn 
e Azra, de Hichâm ben H'amza ben e Obeyd Allah ben e Omar 
ben el-KhatTâb et de H'ayât ben el-Welîd, qui' ne fai- 
saient qu'une. Ces propositions furent acceptées, etTem 
niàm, emmenant les trois prisonniers, se mit en marche 



(1) On trouve ce. dernier nom sous les formes *j.j&> *>vXe et *>£«, 
'Qrwa, 'Odhra et 'Azra (Machmua, 101; Makkari, n, p. 10, 1. 11; Annales, 
106 ; Mus. d'Eep., i, 366). 

(2) Cf. le Machmna, 101 et 104; Annales, p. 106; Mus. d'Esp., i, 368. 



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vers Cordoue, En route il rencontra e Açim ben Moslim/; 
qui lui transmit Tordre d' e Abd er-Rahmân de retourner 
à Tolède en qualité de gouverneur et de renvoyer Bedr 
à Cordoue. Lui-même prit livraison des chefs prison- 
niers et, continuant sa marche, arriva à la bourgade de 
H'alzaW, où il rencontra Ibn et-Tofeyl, qui était accom- 
pagné d'un barbier, de tuniques de laine et de paniers, 
et qui, après avoir fait raser la tête et la barbe des pri- 
sonniers, leur lit endosser les tuniques de laine et les 
introduisit dans les paniers; puis, les hissant sur des 
ânes, il les amena dans cet accoutrement [à Cordoue] 
jusqu'aux croix préparées à leur intention et où il les 
crucifia. La nouvelle de la réduction de Tolède fut ensuite 
expédiée dans les diverses provinces. 

En 149 (16 février 766) eut lieu dans le district de Nié-: 
bla la révolte de Sa c id Yah'çobi, surnommé Mat'ari, "au- 
tour de qui les Yéménites se réunirent et se pressèrent. 
Ce chef marcha alors contre Séville, qu'il conquit les 
armes à la main et sans qu'elle pût être secourue. Le 
nombre de ses partisans s'accrut, sa force grandit, son 
armée devint redoutable. Elle avait conquis plaines et 
montagnes, quand l'émir marcha contre lui avec des trou- 
pes bien approvisionnées et en quantité innombrable ; il 
vint camper sous les murs de la forteresse de Za c wâk'( 2 >, 
où Mat'ari s'était fortifié et mis à l'abri; [P. 56] il l'y 
assiégea et le soumit à de cruelles épreuves/jusqu'au 
jour où ce chef fit une sortie à la tête d'une troupe de ses 
principaux guerriers et des Berbères qu'il considérait le 



(1) Ce nom est écrit H'ahca dans le Machmua, 104, 1. 10. 

(2) Ce château était à huit milles de Séville et répond à Alcala de 
Guadaira (voir Annales, p. 110, n. 1 ; Saavedra, EstucUo sobre la inva- 
sion,. ., p. 93, n. 4). Sur la révolte de Mat'ari, voir Annales, p. 109. 



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- 85 - 

plus. Mais rengagement se termina bientôt par sa mort 
et par celle des siens, et la tête de Mat'ari, portée à e Abd 
er-Rahmàn, fut aussitôt, par ordre de celui-ci, hissée sur 
une pique". 

En la même année, ce prince fit encore mettre à mort 
Aboû'ç-Çabbâh' ben Yah'ya Yah'çobi M, qui, s'étant vu 
retirer le gouvernement de Séville, qu' e Abd er-Rahmàn 
lui avait antérieurement confié, appela à lui les mécon- 
tents et leva l'étendard de la révolte. e Abd er-Rahmàn 
lui ayant envoyé son affranchi Temmâm pour négocier, 
ce chef se rendit à Cordoue sans sauf-conduit mais à la 
tête de quatre cents hommes ; il fut introduit par Tem- 
mâm auprès du prince, qui lui adressa des reproches et 
qui, recevant des réponses grossières, le fit massacrer. 
Après quoi on sortit sa tête [pour l'exposer] et un héraut 
proclama la nouvelle. 

En 150 (6 février 767) l'insurrection berbère exerça ses 
ravages à Sontebria (Castro de Santaver). 

En la même année, Bedr fit une expédition à la fron- 
tière contre Alava, qui dut, à la suite de divers combats, 
se soumettre et acquitter le tribut. Il fit procéder à des 
recherches parmi les hommes de cette région pour s'as- 
surer de leurs projets, et emmena ceux d'entre eux dont 
les mauvais sentiments et le caractère ambigu furent 
reconnus par lui comme un danger pour la frontière. 

En 152(14 janvier 769), une insurrection fut fomentée 
par un Berbère originaire des Miknàsa, sur la côte afri- 
caine, qui prétendait descendre d'El-H'asan ben e Ali et 
qui, parce que sa mère s'appelait Fàt'ima, se disait Fati- 



(1) Sur le nom de ce chef et sur sa révolte, cf. Annales, p. 111, n. 2. 



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-S6 — 

mideW. c Abd er-Rahmân, laissant à Cordoue son flls Hb- 
chàm en qualité de lieutenant, se mit en campagne; mais 
son adversaire s'enfonça dans les montagnes avec ses 
partisans, puis, comme l'émir se retirait vers Cordoue, il 
revint, tua le gouverneur de Sontebria et commit divers 
actes de cruauté. Mais quand l'émir expédiait des trou- 
pes contre lui, le Berbère gagnait des montagnes presr 
que impraticables. 

En 153 (4 janvier 770), l'émir se mit de nouveau en cam- 
pagne contre le prétendant Fatimide, qui se déroba dans 
des endroits difficilement accessibles, et qui s'avança de 
nouveau quand l'émir eut battu en retraite. Bedr marcha 
contre lui à la tête de la colonne expéditionnaire d'été, 
le trouva dans la région de Chebat'rân( 2 > et se mit à sa 
poursuite dans l'espoir d'arriver à le joindre. Mais le 
Berbère s'enfonça dans des endroits inhabités, et l'on 
perdit ses traces ; il gagna alors Medellin( 3 ). Ce chef, avec 
qui Aboû Za c bel Çadfoûri avait eu affaire* 4 ), resta ainsi 



(1) Ce Berbère s'appelait Chak'yà et se révolta en 151, d'après Ibn 
el-Athir; c'est à lui probablement que se réfère la mention portée 
plus haut, sous Tannée 150. Sur son nom, cf. Annales, p. 118, n. 1. 

(2) Localité du territoire de Tolède, voir Annales, p. 119. 

- (3) A cinq lieues S. E. de Mérida, dans l'Estramadure. Elle est 
mentionnée par Edrisi, p. 226, qui la met à deux petites journées de 
Mérida. 

(4) J'ai traduit littéralement le texte ^ j*sX*d\ J-^fiJ j*\ 4JL*L .^ 

où il faudrait supposer une petite incorrection grammaticale, que 
Dozy n'a d'ailleurs pas relevée, pour admettre la traduction F. Gon- 
zalez « Era su lugar-tenieute Abu-Zaàbal as-Sadfuri ». D'après le 
Machmua (p. 107), « le révolté attaqua nuitamment Sàlim Abou Za'bel, 
gouverneur de Mérida, et le tua ». Je ne puis déterminer exactement 
le rôle d'Aboû Za'bel, dont je ne retrouve pas le nom dans les autres 
sources qui me sont accessibles et sur qui Dozy (Mus. d'Esp., i, 372) 
et Fournel [Berbers, i, 424) sont muets. Il est encore question de lui 
un peu plus bas, dans un passage qu'a omis la traduction espagnole. 



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- 87 - 

en état d'insurrection de 150 à 160 (fév. 767 à oct. 777), 
[P. 57] date où, " livré par la trahison de certains des 
siens, il fut mis à mort et définitivement abattu". 

En 154 (24 décembre 770), c Abd er-Rahmân se tint tran- 
quille'à Cordoue et n'entreprit aucune expédition. 

En 155 (13 décembre 771), ce prince se rendit de Cor- 
doue à Sontebria ; il y reçut la visite de Hilâl, l'un des 
fils d'El-MedyoûniW, investit ce chef des Berbères dans 
l'Est de la Péninsule du commandement de ses contri- 
bules et le confirma dans ses possessions. Cet acte, par 
lequel il le chargea de s'occuper du pseudo-Fatimide, 
lui assura à lui même la tranquillité en ce qui concernait 
ce dernier, dont l'autorité se trouva rompue par la divi- 
sion qui désunit les Berbères. Ce chef se rendit alors de 
Sontebria dans le Nord. 

En 156 (2 décembre 772) eut lieu la révolte d' e Abd el- 
Ghâfir Yah'çobi W. L'émir, qui était alors dans l'Est et à 
qui Bedr envoya de Cordoue cette nouvelle, revint à mar- 
ches forcées puis se dirigea sur Séville, où son sabre, 
s'abattant sur les révoltés, leur causa des pertes cruelles, 
c Abd el-Ghâfir lui-même put cependant échapper et ga- 
gner l'Orient par mer. 

En 157 (21 novembre 773), l'émir se mit en campagne 
du côté de l'Ouest et se rendit à Séville, où il mit à mort 
un grand nombre des adhérents d' e Abd el-Ghâfir, anéantit 
leurs traces et fit tout rentrer dans Tordre ; après quoi il 
se retira promptement, car il n'avait voulu que mettre 



(1) C'est à dire Hilàl ben Abziyà Medyoùni (H. des Berb., i, 250 ; éd. 
Boulak, vi, p. 126). C'est à lui que, sans le nommer, Dozy fait allusion 
{Mus. d'Esp., i, 373). 

(2) Ou 'Abd el-Gha/fâr (voir p. 79 ; cf. Fournel, Berbers, i, 425). 



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les Sévillans à Fépreuve et faire un exemple. Selon d'au- 
tres, cela se passa en 158 (11 novembre 774). 

En 159 (31 octobre 775), l'émir dirigea une campagne 
<lu côté de Coria, et au cours de sa route il poussa du côté 
des Berbères qui soutenaient Aboû Za e bel, lesquels lui 
livrèrent le prétendant FatimideW. Il le fit mettre à mort, 
subjugua le pays habité par les Berbères et pratiqua de 
nombreuses exécutions, qui abattirent complètement l'or- 
gueil de ce peuple. 

En 160 (19 octobre 776), il fit marcher la colonne expé- 
ditionnaire d'été contre le prétendant Fatimide (sic), qui 
était dans les environs de Sontebria et qui, attaqué [et 
tué] par la cavalerie, cessa de troubler le pays. 

En 161 (9 octobre 777), d'autres disent en 162 (28 sep- 
tembre 778), e Abd er-Rahmâri ben H'abîb Fihri, sur- 
nommé le Slave, |P- 58] débarqua en Espagne, dans le 
territoire de Todmîr, où il s'établit; mais il ne commit 
cette année-là aucun acte d'hostilité. Son surnom lui 
venait de sa haute taille, de sa barbe rousse et clairse- 
mée, ainsi que de ses yeux bleus ( 2 ). 

En cette année, le fleuve de Cordoue subit une forte 
crue; les eaux remplirent les arches du pont, les ébran- 
lèrent et en détruisirent une partie ; il fut alors laissé 
dans cet état. 

En 163 (17 septembre 779), e Abd er-Rahmân Fihri, dont 



(1) J'ai supprimé dans la traduction le second ^Jb J> ^ du texte. 
Je suis porté à croire que le texte est ici altéré. En effet, la mort du 
pseudo-Fatimide serait relatée deux fois, sous les années 159 et 160, 
ce qu'a admis Dozy, et qui est en contradiction avec la date de 160 
donnée plus haut (sur cette date, cf. Annales, 125 n.). En outre, le ms 
ajoute un nom propre qui ne fait pas corps avec le texte, que Dozy 
a rejeté en note et que j'ai vainement cherché ailleurs. 

(2) Sur les dates de l'arrivée et de la mort du Slave, cf. Annales, 125. 



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nous avons relaté l'arrivée, se souleva dans la province 

de Todmîr, puis, quand l'émir marcha contre lui, il se 

réfugia dans des lieux d'accès difficile. Alors les troupes 

se répandirent dans le district de Todmîr, puis dans celui 

de Valence, non sans avoir préalablement livré aux flam : 

mes les navires [du Slave] trouvés sur la côte. Ensuite 

le Berbère Michkâr attaqua par surprise et tua le Slave. 

En la même année, Ibn Chedjera s'étant révolté à Mo- 

ron, Bedr partit pour le combattre le jour de la Fête des 

victimes, le surprit à l'improviste et le tua; puis il annonça 

sa victoire à l'émir. D'autres placent cette victoire en 

162 (28 septembre 778)^ 

En 164 (6 septembre 780), l'émir marcha contre Er- 
Româh'is ben c Abd er-Rahmân ( 2 >, qui avait commandé 
la garde de Merwân ben Mohammed ; il vint ensuite en 
Espagne et fut mis par e Abd er-Rahmàn à la tête d'Algé- 
ziras, puis il se révolta et voulut se soustraire à l'obéis- 
sance qu'il lui devait. A l'arrivée d'*Abd er-Rahmân à 
Algéziras, Er-Româh'is était au bain, et les cavaliers de 
l'émir fouillaient déjà les habitations qu'il ne savait rien 
encore. Trop pressé pour se rhabiller, il sortit en s'enve- 
loppant d'une couverture teinte et se jeta dans une barque 
qui l'emmena sur la côte africaine. c Abd er-Rahmân 
rendit à la liberté un certain nombre d'Omeyyades qu'il 
trouva renfermés dans la prison du gouverneur en fuite. 
En 165 (26 août 781) se révolta à Saragosse El-H'oseyn 



(J) Sur Ibrahim ben Chedjera Bernesi, cf. Annales, 126. 

(2) Il faut lire, si je ne me trompe, ben 'Abd el-'Azîz, ainsi que récri- 
vent Makkari, éd. Leyde et Boulak, et le Machmua; c'est ainsi éga»- 
lement qu'Ibn Wàdhih écrit ce nom (Historiœ, p. 405). Cependant le 
Kamous turc écrit ben 'Abcl el-'Qzza, 



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ben Yah'ya ben Sa e d ben e Obàda Ançâri' 1 ), ' contre qui 
l'émir marcha avec ses soldats et son armée renommée» 
et qu'il assiégea en cette ville; contre lui il dirigea ses 
cohortes et ses guerriers, si bien que l'assiégé vint faire 
acte d'obéissance et se jeter à ses pieds. c Abd er-Rahmân 
accueillit ses offres de soumission, lui pardonna et, sans 
tenir compte de sa conduite antérieure, le laissa en qua- 
lité de gouverneur à Saragosse, tandis que lui-même, 
étendards au vent et favorisé de la victoire, retournait à 
Cordoue. [P. 59] Puis H'oseyn, violant ses obligations 
et rebelle à toute gratitude, manifesta son hypocrisie et 
rouvrit les hostilités. Alors l'imâm, revenant de nouveau 
l'assiéger, tortura Saragosse jusqu'au jour où il y entra 
par une brèche faite aux remparts et remporta une vic- 
toire complète ; il fit, sans tarder, périr H'oseyn et ses 
partisans, confia le gouvernement à e AH ben H'amza et 
regagna Cordoue après avoir ainsi affirmé son autorité". 

On lit dans la Behdjat en-nefs: « En 167 (5 août 783)* 
l'imâm assiégea à Saragosse H'oseyn ben Yah'ya, prit la 
ville de vive force et fit décapiter H'oseyn et certains de 
ses partisans ; il en expulsa les habitants et les envoya, 
pour satisfaire à un serment qu'il avait prêté, jusqu'à 
une bourgade à trois milles de là. Au bout de quelques 
jours, il leur permit de rentrer, et lui-même regagna 
Cordoue ». 

En 168 (24 juillet 784), El-Moghira ben E!-Welid ben 
Mo'àwiya complota une révolte contre l'imâm [son oncle 
paternel], qui résidait alors à Roçàfa; mais le secret 
ayant été dévoilé par l'un des conjurés, il les fit compa- 



ti) Cette révolte, qui débuta en 157, fut écrasée en 164, d'après Ibn 
el-Athir (Annales, p. 123 et 128; ef. Fournel, i, 426). 



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-M - 

raître devant lui et, à la suite de leurs aveux, il les fit exé- 
cuter, en n'épargnant que celui qui les avait dénoncés. Il 
se transporta alors de Roçàfa au palais de Cordoue «). 

En 169 (14 juillet 785), [Aboû'l-Aswad] Mohammed ben 
Yoûsof Fihri se révolta contre e Abd er-Rahmàn <*'. Il avait 
déjà quitté Tolède et la région orientale avec ses troupes 
quand l'imâcn, apprenant cette nouvelle, fit faire des 
levées dans les divers districts et marcha avec ces forces 
contre son adversaire, qu'il rencontra au Gué de la vic- 
toire. Après des combats qui durèrent plusieurs jours, 
Mohammed, qui était surnommé l'Aveugle, fut mis en 
déroute le mercredi 1 er rebl e I de cette année (11 sept. 785); 
ses meilleurs guerriers furent massacrés et ses troupes 
anéanties. D'après Er-Râzi, quatre mille hommes furent 
massacrés, en outre de ceux qui tombèrent dans la rivière 
et qui périrent dans les précipices. Quant à leur chef 
Mohammed, il s'enfuit vers Coria. 

En 170 (3 juillet 786), e Abd er-Rahmàn s'avança contre 
cet insurgé et arriva à Coria; mais l'autre s'enfuit devant 
lui. Cependant la cavalerie de l'émir atteignit ses enfants 
et certains de ses partisans, qu'elle massacra, de même 
qu'on livra aux flammes les propriétés du fuyard. Celui-ci, 
resté seul, s'enfonça dans des régions marécageuses, 
et son vainqueur, tombant sur les Berbères de Nefza, 
[P. 60] les réduisit à l'impuissance. Mohammed ben 
Yoûsof étant ensuite venu à mourir, ce fut son frère El- 
K'âsira ben Yoûsof qui le remplaça et qui montra la même 
insoumission. Mais quand il commença à susciter des 



(1) Cf. Annales, 131 , où il est question de Tanuée 166. 

(2) Voir ibid. et ci-dessus, p. 77. 



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troubles, c Abd er-Rahmân envoya contre lui des troupes 
dont la venue le fit rentrer dans l'obéissance. 

Ce fut en l'année 170 (3 juillet 786) que l'émir donna 
l'ordre de jeter les fondements de la grande mosquée de 
Cordoue, là où se trouvait auparavant une église ; il dé- 
pensa à cet effet cent mille mithkal forts de poids W. 

En 172, le mardi 23 rebî e II (30 sept. 788), mourut 
l'imàm c Abd er-Rahmân < 2 >. 

TRAITS D'ENSEMBLE RELATIFS A CE PRINCE 

Ce prince avait la parole élégante et éloquente, rédi- 
geait bien ses rescrits, exprimait très bien ses pensées 
et était foncièrement poète. Voici un extrait d'une lettre 
qu'il dicta à son secrétaire et qui était destinée à Soley- 
mân ben [Yak'z'àn] eKVrâbi l3) : « Après les compliments 
d'usage; cesse de me parler d'excuses figurées et de sor- 
tir du milieu de la chaussée du vrai chemin, et alors, 
allongeant la main vers l'obéissance, tu t'engageras dans 
les liens de la Communauté ; faute de quoi, je le jure, je 
saurai écarter tes doigts de la pierre ardente de la rébel- 
lion et punir ainsi tes actes antérieurs, et Dieu ne traite 
pas tyranniquement les créatures (Koran, xli, 46). » 

Omeyya ben Zeyd< 4) , ayant eu à rédiger en son nom une 



(1) Cf. ci-dessous, p. 245 du texte arabe, où le chiffre est de 80,000. 

(2) D'autres disent en 171 (p. ex. Makkari, h, 33; Hollat y p. 37; cf. 
Annales, p. 135). C'est aussi la date de 172 que donne Ibn Khaldoùn, 
éd. Boulak, iv, 124. 

(3) Ce chef se révolta à Saragosse et fut Tun de ceux qui invoquèrent 
le secours de Charlemagne {Annales, 123 et 128; cf. Machmua, texte, 
p. 110 ; Makkari, h, 26 et 33, etc. ; ce dernier auteur donne également 
le spécimen de style qui suit). 

(4) Omeyya ben Zeyd {var., Ziyàd, Yezid) était un affranchi de 
Mo'àwiya ben Merwàn et servit de secrétaire à ' Abd er-Rahmàn (Mak- 
kari, il, 23, 1. 6; 31, 1. 17; Ibn el-Koùtiyya, p. 270, etc.). 



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lettre adressée -à' un gouverneur de province pour lui 
reprocher la négligence de son administration, y expri- 
mait un blâme répété avec prolixité. c Abd er-Rahmân, y 
ayant jeté un coup d'œil, la lui fit déchirer et écrivit ceci 
de sa main : « Après les compliments d'usage ; si ta con- 
duite a jusqu'à ce jour laissé à désirer, promets qu'elle 
sera dorénavant satisfaisante ; tu sais en effet ce qufe 
j'ai dit déjà. Décide-toi donc à choisir l'une ou l'autre 
voieW. » 

Un chef s'étant mis en insurrection, il dirigea contre 
lui une expédition et s'empara de sa personne; En route 
e Abd er-Rahrnân, qui était à cheval, laissa tomber ses 
regards sur le rebelle, qui était enchaîné et juché sur un 
mulet; s'approchant du prisonnier, il frappa du bois de 
âa lance la tète de cet animal en disant : « mulet, quel 
spécimen de désordre et d'hypocrisie portes-tu là ? » A 
quoi le rebelle riposta : « O cheval, quel spécimen d'in-. 
dulgence et de pitié portes-tu là ?» — « A Dieu ne plaise 
que tu périsses par mes mains ! » repartit le prince, qui 
rendit la liberté à son prisonnier W. 

[P. 61] Entre autres vers remarquables et élégants 
dont il est l'auteur, voici ceux qu'il adressa à un Korey- 
cbite qui était venu le trouver d'Orient et qui, trouvant 
insuffisante la pension qui lui avait été allouée, et se 
targuant de ses liens de parenté, lui réclamait une large 
augmentation : 

[Basît] Quelle différence avec celui qui s'est dressé poussé 



(1) Cette anecdote figure aussi dans VTkd el-ferîd, h, 364 ; cf. les 
Corrections de Dozy, p. 36. 

(2) On retrouve aussi cette anecdote dans Ylkd, ibid., et dans le Kitâlt 
el-'oyoûn, p. 226. 



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-94 — 

par l'indignation et qui, saisissant un glaive à pleine main r 
a traversé les; déserts et franchi la mer en luttant contre le 
nombre et la fortune ^contraire ; qui ensuite a ravi un royaux 
ip,e, a édifié une puissance et ouvert un chapitre qui prête k 
de longs discours, qui a refait une armée qui n'existait plus, 
refondé une capitale qu'avait envahie la solitude ; puis qui, 
ayant appelé à lui tous ses parents, si loin qu'ils fussent réfu- 
giés, a vu arriver cet homme qui, chassé par la faim, pour- 
suivi par l'épée, tout près d'une mort violente, a trouvé sécu- 
rité, satiété, fortune et famille ! W 

On rapporte qu'un jour Aboû Dja'far el-Mançoûr [l'A})-, 
baside] demandant à ses courtisans quel prince méritait 
le nom de sacre des Koreych, on lui répondit : « C'est 
toi, Prince des croyants, qui as dompté les rois, apaisé 
les troubles, anéanti tes ennemis, extirpé toutes les 
causes de faiblesse. — Vous n'y êtes pas 1 — Alors c'est 
"Mô e àwiya? — Pas davantage ! — C'est donc e Abd el-Melik 
ben Merwân ? — Ce n'est pas lui ! ■— Et gui donc est-ce, 
ô Prince des croyants? — Le sacre des Koreych, c'est 
<Abd er-Rahmân ben, Mo e âwiya, qui, traversant les dé- 
serts, franchissant la mer, entré seul dans un pays étran- 
ger, y a fondé des villes, organisé des armées, établi 
toute l'administration, formé un grand empire d'un pays 
qui était tout morcelé, et cela grâce à l'habileté de sa 
politique et à la fermeté de sa poigne. Mô c âwiya a enfour- 
ché une monture où l'avaient porté c Omar et c Othmân, 
qui avaient réduit à rien la difficulté de la conduire; e Abd 
el-Melik était porté par une intronisation en bonne et 
due forme, moi-même par l'appui de ma famille et par 



(1) On retrouve ces vers avec des variantes dans le Machmua, p. 117; 
dans Makkari, n, 26 et 30; danslV/erf el-ferîd, n, 364, et dans la Hollat- 
es-siyâra, p. 35. 



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-96- 

ia bonne entente de mes partisans. Mais e Abd er-Rah- 
ûiàn, [P. 62] absolument seul, n'ayant pour soutien que 
sod génie, pour compagnon que sa persévérance, a fondé 
un empire en Espagne, assuré ses frontières, mis à mort 
ceux qui lui désobéissaient, humilié les plus orgueilleux 
rebelles! » Tout le monde reconnut la justesse de cette 
opinion tf*. 

f Abd er-Rahmân était un homme de science et obser- 
vait parfaitement les règles de la justice. Voici encore 
des vers de lui : 

[Khàfîf] Voyageur qui t'en vas dans ma patrie, portes-y le 
salut d'une moitié de moi-même à mon autre moite ! Mon 
corps, tu le sais, est dans un lieu, mais mon cœur et ses 
affections sont dans un autre. Marquée qu'elle était par le 
destin, la séparation a dû s'accomplir, mais elle a chassé le 
sommeil dé mes paupières. La volonté divine, qui a décidé 
ce divorce, décrétera peut-être un jour notre réunion (*). 

Il est auteur de bien des poésies avantageusement 
connues. Er-Ràzi raconte que, quand ce prince arriva 
dans le grand jardin d'Er-Roçâfa< 3 >, qu'il affecta à son 
usage, la vue d'un palmier qui y était planté excita sa 
tristesse en lui rappelant le souvenir de sa patrie, et il 
improvisa ces vers : ■ * 

[Tawît] Dans Roçâfa vient de nous apparaître un palmier 
exilé sur la terre d'Occident, loin du pays qu'habitent ses 



(1) Cette anecdote figure également dans le Machmua (p. 118), Ylkd 
(il, 363), le Kitàb el-'Oyoûn (p. 225), etc., et a été rapportée par Dozy, 
Mu$. d'Esp., i, 382. 

(2) On retrouve ces vers, avec variantes, dans Merràkechi ftr. fr.,. 
p. 14), Dhabbi (p. 15), et Makkari (n, 25). 

(3) Sur Roçàfa, voir entre autres une note de Fournel {Berbers, i, 431 ), 
Annales du- Maghreb (p. 136), et Ibn Khallikàn (m, 134). 



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•66- 

pareils. Vbilâ;me sùis-je dit, mon image : moi aussi je vis 
dans un lointain exil, séparé depuis longtemps de mes en- 
fants et de ma faucille. Tu as grandi sur une terre étrangère, 
et comme toi l'exil m'a chassé bien loin. Puisse le contenu 
des nuées matinales t'abreuver d'autant d'eau qu'en font 
déverser l'Epi de la Vierge et Arctureh 1 ». 

De ses deux fils, Hichàm et Soleymân, qu'il avait dési- 
gnés comme héritiers présomptifs, ce fut Hichâm qui lui 
succéda, dans les conditions que je vais dire. 

Khalifat de Hichàm er-Rid'a ben 'Abd er-Rahmàn ed-Dâkhil. 



Ce prince, prénommé Aboû'l-Welîd, était né en 139 
(5 juin 756) d'une femme nommée DjemàK 2 ). Son sceau 
portait l'inscription : a C'est en Dieu qu'a confiance son 
serviteur Hichâm ; c'est à lui qu'il est attaché. » Le chef 
de sa garde fut c Abd el-Ghâfir ben Aboû c Abda. Il eut 
huit vizirs et deux secrétaires, Fot'ays ben e Isa et Khat'- 
t'àb ben Zeyd ; son kâdi fut El-Moç r ab ben ç Imrân< 3 ). Ce 



(1> On retrouve ces ve;:s avec de légères variantes dans le Mokaffa 
(f. 55 V), Hollat (p. 34), Makkari (n, 37) et Ibn el-Athîr (Annales, p. 136). 

(2) Le nom de cette femme est écrit ailleurs Hdwrâ et Holel (Merrà- 
kechi, tr, fr. p. 15; Ibn el-Koùtiyya, p. 273; Makkari, i, 216; Dhabbi, 
p. 16; Mus. d'Esp., i, 353; Fournel, i, 427). . 

(3) Le nom de ce kàdi se retrouve dans Makkari (i, 558 et 559), mais 
Ibn el-Faradhi ne lui a pas consacré d'article, Les circonstances où il 
dut, malgré sa résistance et le refus qu'il avait précédemment opposé 
aux offres d"Abd er-Rahmàn ed-Dàkhil, accepter ce poste, sont relatées 
par Ibn el-Koùtiyya, p. 280. C'est de lui qu'il s'agit, bien qu'il ne soit pas 
nommé, dans \eMachmua, 124 et s.; cf. le ms d'ibn el-Koûliyya, portion 
non imprimée, 1*24 v% et infra, p. 80 du texte arabe, où il^st question 
de Mohammed ben Bechir. — Les fonctions de kâdi furent offertes 
sans succès par Hichàm au juriste Ziyàd ben 'Abd er-Rahmàn Cha- 
bat'oùn, qui mourut en 204 et fit prévaloir les doctrines malekites 
en Espagne (Dhabbi, n' 751 ; Faradhi, n° 456 ; Makkari, dont l'index 
est à corriger* i, 218, 220, 466 et 490; Ibn el-Koùtiyya, p. 279, etc.). 



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- 97 - 

prince avait le teint blanc, était très rouge (de cheveux) 
et avait très bonne vue. [P. 63] Il eut comme hâdjeb 
(chambellan) e Abd er-Rahmân ben MoghîthM. Il devint 
père de onze enfants, six garçons et cinq filles. 

Le serment de fidélité lui fut prêté le dimanche 1 er djo- 
mâda I de cette année (7 octobre 788j<?). Il était à Mérida 
lors de la mort de son père, et sitôt que la nouvelle lui 
en parvint, il se mit en route, et arriva au bout de six 
jours à Cordoue, où le serment lui fut prêté par les grands 
et par le peuple. A cette nouvelle, son frère [aîné Soley- 
mân], qui était à Tolède, fit des levées et rassembla les 
troupes du djond pour marcher contre Cordoue et com- 
battre le nouveau prince. Quand il fut arrivé à Jaën, 
Hichâm, à la tête de ses troupes, marcha contre lui et 
l'attaqua dans la région de Baldji 3 ). L'affaire fut chaude, 
mais Soleymàn dut fuir et abandonner ses soldats, tandis 
que Hichâm rentra victorieux à Cordoue. 

Hichâm mourut dans la nuit du mercredi au jeudi 
3 çafar 180 (17 avril 796), à l'âge de quarante ans quatre 
mois et quatre jours, et après un règne de sept ans neuf 
mois et huit jours. 



(1) Il avait déjà occupé ce poste sous le règne précédent, à ce 
que nous dit Makkari, u, 31. Il est donc probable qu'il faut corriger 
le texte (ci-dessus, p. 74), qui porte . 'Ahd el-Hamîd. Son père joua 
un rôle dans la conquête de l'Espagne et était d'origine chrétienne ; 
on lui attribue cependant aussi urie généalogie arabe (Makkari, ir, 
7 et 31 ; ci-dessus, p. 14). 

(2) Sur cette date, voir ci-dessus, p. 92. L'avènement de Hichâm 
est fixé au 7 djomàda n 172, par Ylkd el-ferîd (u, 364); mais le même 
ouvrage dit ensuite qu'il mourut en çafar 180 à trente et un ans. 

(3) Il s'agit probablement d'un canton auquel avait été attribué le 
nom du chef dont il a été parlé plus, haut et qui résidait à Cordoue 
(Makkari, u, 13 ad f.). C'est ainsi également que F. Gonzalez (p. 301) 
v voit Bilches dans la province de Jaën (Bilche dans Rodrigue de 
Tolède, ib. t 130). Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs. 



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On raconte qu ,c Abd er-Rahmân ben Mo c âwiya, se 
voyant près de mourir en l'absence de Hichâm, qui était 
à Mérida, et de Soleymân, qui était à Tolède, dit à un 
autre de ses fils c Abd Allah dit El-Balensi, qu'il avait 
auprès de lui : ce Remets le sceau et le pouvoir à celui 
de tes deux frères qui arrivera le premier, car Hichâm 
a pour lui sa religion, sa continence, le consentement 
général, tandis que Soleymân a pour lui son âge, sa 
vaillance et l'affection des Syriens »(*). Ce fut Hichâm qui, 
partant de Mérida, devança Soleymân et vint camper à 
Roçâfa. Il craignait que son frère c Abd Allah, maître de 
Cordoue, du palais et des trésors, ne songeât à le repous 
ser ; mais c Abd Allah vint le trouver, lui transmit le pou- 
voir et le sceau, conformément aux dernières instruc- 
tions de leur père, et le laissa librement pénétrer dans 
le palais. 

D'après le récit d'Er-Râzi, Soleymân, quand il apprit 
la transmission du pouvoir à son frère Hichâm, se fit 
prêter serment par les Tolédans et par ceux des envi- 
rons, et après s'être assuré de ce territoire, il eut à se 
préoccuper de Hichâm. Ensuite Sa c id ben el-H'oseyn 
Ançàri se révolta à Sagonte, dans la région de Tortose, 
et s'avança contre Saragosse, d'où il chassa [P. 64] le 
gouverneur; il sema la discorde et, se posant en préten- 
dant, poussa à la guerre civile, qui se déchaîna entre les 
Mod'arites et les Yéménites. Moûsa ben Fortoûn, qui 
était du parti mod'arite, marcha contre Saragosse, qu'il 
prit. Une rencontre eut lieu entre lui et les Yéménites, à 



(1) Sur le caractère de Hichâm et les dispositions naturelles des 
deux frères, cf. Makkari, i, 216 ; Annales, 137 et. s. ; Hollat, p. 37 ; Dozy, 
Mus. d'Esjy.jiiy 54, 



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- 99 - 

qui il tua un certain nombre d'hommes, puis il rentra à 
Saragosse. Ensuite Mat c roûh' ben Soleymân A e ràbi, pour- 
suivant les mêmes prétentions que son père, s'avança de 
Barcelone et conquit Huesca, Saragosse et tout le pays 
frontière (*).. 

En 173 (31 mai 789), sept mois après la mort de son 
père, e Abd Allah Balensi se prit à désirer le pouvoir, 
qui avait cependant été tout d'abord entre ses mains. 
Peu content du respect que lui témoignait Hichàm, des 
efforts qu'il faisait pour le satisfaire, de la considération, 
plus grande que celle de ses autres frères, dont il l'hono- 
rait, il aurait voulu partager l'exercice môme du pouvoir. 
Il se mit donc en route pour rejoindre Soleymân à To- 
lède; Hichàm, redoutant les suites de ce départ, dépêcha 
après lui des messagers chargés de lui offrir satisfaction 
et de le ramener, mais on ne put le rejoindre, et le mé- 
content gagna Tolède (2 ). 

En la même année, Hichàm marcha contre Soleymân, 
qui se trouvait dans cette dernière ville, et installa son 
camp sous les murs de celle ci. Alors Soleymân, y lais- 
sant son frère c Abd Allah et son fils, déguerpit secrète- 
ment et, voulant tenter un coup de main, poussa à mar- 
ches forcées jusqu'à Secunda, où il prit position, tandis 
que les Cordouans s'avançaient pour lui tenir tête. Hi- 
chàm, quand il apprit celte expédition, ne s'inquiéta pas 
autrement et se borna à faire marcher sur ses traces son 
fils c Abd el-Melik. A l'approche de celui-ci, Soleymân prit 
la fuite et fila dans une autre direction, puis se détourna 
vers Mérida, dont le gouverneur H'odeyr, surnommé 



(1) Ces événements sont aussi rappelés par Ibn el-Athîr (Annales, 141) . 

(2) Cf. ibid. t 139. 



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— 10Ô — 

El-Madhboûh, marcha contre lui et le mit en déroute. 
Quant à l'émir Hichâm, après avoir tenu Tolède assiégée 
pendant deux mois et quelques jours, il se retira. 

En 174 (20 mai 790), e Abd Allah Balensi, bien que 
n'ayant reçu ni engagement ni amnistie, alla retrouver 
son frère Hichâm, qui l'installa chez son propre fils El- 
H'akam. 

En la même année, Hichâm envoya contre Todniir une 
expédition commandée par son fils Mo c âwiya, qu'assis- 
taient les deux généraux Choheyd ben c Isa et Temmàm 
ben c Alk'ama. Ces chefs subjuguèrent Todmir ou Murcie 
et parvinrent jusqu'à la mer : en effet, Soleymân, [P. 65] 
frère de Hichâm, se trouvait sur les frontières de cette 
province. Il dut demander grâce, et l'émir exigea qu'il 
quittât l'Espagne avec soixante mille dinars qu'il s'enga- 
geait à lui verser. Soleymân, en conséquence, s'embar- 
qua avec ses femmes et ses enfants et alla s'installer en 
pays berbère. Hichâm se trouva ainsi, grâce à Dieu, 
tranquille du côté de ses frères. 

En 175 (10 mai 791), Hichâm confia à c Obeyd Allah [ben 
c Othmân] la direction d'une expédition contre Saragosse, 
où se trouvait alors Mat'roûh précité. Cet officier assié- 
gea d'abord cette ville, puis alla s installer à Tarsoûna 
(Tarazona), d'où il poursuivit le blocus jusqu'à ce que 
Saragosse fût réduite à l'impuissance et hors d'état de 
continuer de résister. Or Mat'roûh étant un jour sorti 
pour chasser de compagnie avec c Amroûs ben Yoûsof et 
Ibn Çaltà'n, ceux-ci, profitant du moment où il était 
descendu pour égorger l'oiseau sur lequel il avait lancé 
son faucon, le lardèrent à qui mieux mieux de coups 
d'épée, puis lui coupèrent la tête et la portèrent à Ibn 
f Othmân, qui était à Tarazona et qui, se portant aussitôt 



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— 101 — 

sur Saragosse, y pénétra sans rencontrer aucune résis- 
tance et s'y installa. Après quoi il envoya à l'émir Hichâm 
la tête de MatYoûtfW. 

En 176 (28 avril 792), Hichâm envoya contre le pays 
d'Alava(2) une expédition commandée par Aboû c Othmàn 
c 0beyd Allah ben c Othmân ; ce chef s'y heurta aux bandes 
qu'y avaient concentrées les ennemis de Dieu, les mit, 
grâce à la faveur divine, en déroute, et les massacra par 
monts et par vaux; on réunit ainsi plus de neuf mille 
têtes. 

En la même année, Yoûsof ben Bokht fit une expédi- 
tion en Galice contre Bermude le Grand : il livra bataille 
à cet ennemi de Dieu, le mit en fuite et livra son camp au 
pillage; le massacre fut terrible, car on réunit dix mille 
têtes non compris celles des victimes tombées dans les 
ravins. Cetle victoire fut annoncée postérieurement à 
celle d'Aboû c Othmân. Râzi et d'autres ont rapporté ces 
faits (3). 

En 177 (18 avril 793), Hichâm mit à la tête de l'expédi- 
tion d'été, dirigée contre les pays chrétiens, c Abdel-Melik 
ben c Abd el-Wâh'idben Moghith( 4 ). Cette campagne, res- 
tée célèbre, fut très importante; celui qui la dirigeait 
poussa jusqu'à Efrandja< 5 ), devant laquelle il mit le siège 



(1) Le môme récit se retrouve dans les A?inales, p. 142 ; cf. 144 n. 1. 

(2) En arabe « Alaba et les forts », c. à d. le pays qui forma le 
comté et royaume de (Jastille. 

(3) Sur cette campagne, cf. th.; Dozy, Recherches, j, p. 140, 2 e éd. ; 
p. 128 de la 3* éd. ; les deux campagnes, d'après ce savant, eurent 
lieu en 791. 

(41 Cette expédition est de 794 de J. C. d'après Dozy, 1. 1.; cf. Annales, 
p. 144. 

(5) Ce nom désigne ordinairement la France, non une ville déter- 
minée. Ibn el-Athir parle de Narbonne et de Djeranda. 



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- 102 - 

et où il ouvrit à Taide de machines de guerre une brèche 
dans les murailles; il menaça le pays des Madjoûs, par- 
courut [P. 66] le territoire ennemi et pendant plusieurs 
mois resta à brûler les bourgades et à détruire les châ- 
teaux-forts; il attaqua même la ville de Narbonne. Ces 
succès importants eurent pour résultat un nombre de 
prisonniers tel que le quint se monta à quarante -cinq 
mille têtes, [sans parler du butin] en métaux précieux. 

En 178 (7 avril 7ÎH), la guerre civile sévit à Tacorona, 
grâce à l'insoumission des Berbères, qui se jetèrent sur 
la population et la livrèrent à la mort et à la captivité. 
Hichâm commença par les avertir, [mais en vain], et il fit 
alors marcher contre les rebelles les troupes du djondj 
qui en tuèrent le plus grand nombre, tandis que le reste 
se réfugia à Talavera et à TruxilloM. A la suite de ces 
événements, Tacorona, c'est-à-dire la région de Ronda 
et les villes qu'elle renferme, resta à l'état de désert 
pendant sept ans < 2 ). 

En 179 (27 mars 795), Hichâm mit à la tête de l'expé- 
dition d'été c Abd el-Kerim ben Moghith, qui poussa 
jusqu'à la ville d'Astorga, en pleine Galice W. Ce général 
apprit alors qu'Alphonse [n] avait fait des levées dans ses 
états, demandé l'aide des pays basques et des popula- 
tions voisines, Madjoûs et autres, qu'avec tous ces 
auxiliaires il était campé dans le pays entre la Galice et 



(1) Texte <*Ju^); dans Edrisi <*JL*.y> . 

(2) Cette affaire est aussi rappelée par les Annales (p. 151), qui 
placent en outre sous Tannée 178 une attaque dirigée contre les 
chrétiens par les deux armées d^Abd el-Kerim et d' 'Abd el-Melik 
(Recherches, 3 e éd., i, 129). 

(3) Astorga fait partie de ce que nous appelons la province ou 
royaume de Léon. 



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- 103 - 

Eç-ÇakhraM et qu'il avait autorisé les habitants des 
plaines à se disperser sur les hauteurs des montagnes 
du littoral. c Abd el-Kerim, se faisant précéder d'une 
avant-garde de quatre mille cavaliers commandés par 
Faradj ben Kinâna, suivit les traces de son lieutenant 
et livra aux ennemis une bataille où Dieu les mit en 
déroute; leurs plus braves guerriers périrent et un 
grand nombre, qui étaient tombés entre nos mains, 
furent après le combat mis à mort par ordre d' c Abd 
el-Kerim. Fuis la cavalerie, lancée contre tous les centres 
habités, détruisit toutes les cultures qu'elle rencontra et 
mit en ruines toutes les constructions par où elle passa. 
Ce général s'avança ensuite jusqu'à la rivière dite Tru- 
bia (? ou Narcea ?), où il rencontra Gondemaro à la tête de 
trois mille cavaliers ; ces troupes furent mises en déroute 
non sans avoir subi des pertes considérables, et Gonde- 
maro lui-même fut fait prisonnier, tandis que nos guer- 
riers faisaient main-basse sur tout ce que renfermait le 
pays. c Abd el-Kerim, désireux de s'emparer ( 2 ) d'Alphonse, 
continua sa marche en avant, et alors ce prince, quittant 
la montagne où il se trouvait, tâcha d'éviter son adver- 
saire en gagnant une forteresse solide qu'il avait élevée 
sur la rivière de Nalon; mais c Abd el-Kerim marchait 
sur ses talons, non sans livrer aux flammes toutes les 
stations où il arrivait après lui et sans y enlever tous les 



(1) Je ne sais s'il faut voir là un nom propre ou Tenteudre de la 
Sierra. C'est ce dernier sens qu'a adopté Dozy dans la reproduction 
qu'il fait des détails de la campagne (I. 1.). 

(2) Il faut lire, si je ne me trompe, \j*<£*~**~° qui donne un sens 
dérivé régulièrement de celui de la racine, au lieu de \j^s. , ***~* 
auquel Dozy, se fondant sur cet unique exemple, attribue la signi- 
fication « vouloir pénétrer jusqu'à ». Cf. Corrections, 39 et 131. 



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- 104 - 

biens [P. 67] qu'il y trouvait. Il parvint ainsi jusqu'à la 
forteresse, d'où Alphonse décampa pour s'installer dans 
une autre W; c Abd el-Kerim descendit dans la place 
restée vide et y trouva des vivres et toutes sortes 
d'approvisionnements. Dès le lendemain de son arrivée, 
il expédia sur les traces du fuyard Faradj ben Kinàna et 
dix mille cavaliers, à rapproche desquels Alphonse 
s'enfuit précipitamment, abandonnant à rçotre armée 
tous ses approvisionnements et ses trésors, sur lesquels 
il fut fait main-basse. 

En 180 (16 mars 796) mourut l'imâm Hichâm ben c Abd 
er-Rahmân, qui fut enterré dans le palais de Cordoue. 
Ce fut son fils El-H'akam qui prononça sur lui les der- 
nières prières. Cet événement., nous l'avons dit, eut lieu 
dans la nuit du mercredi au jeudi [3 çafar 180 ou 17 avril 
796]. Le peuple prêta serment de fidélité à son fils El- 
H'akam, lequel cependant était le cadet d' c Abd el-Melik. 

RENSEIGNEMENTS D'ENSEMBLE ET SANS ORDRE CHRONOLOGIQUE 
CONCERNANT HICHAM. 

" Ce prince se montrait gracieux en paroles et large de 
cœur, était plein de majesté, appliquait les prescriptions 
de la Tradition et du Koran, ne prélevait que les impôts 
légaux et les dépensait selon les règles. Rien de répré- 
hensible aux yeux de Dieu ne pouvait lui être reproché, 
nul acte d'injustice ne s'attacha à ses pas. Son frère [So-> 
leymân] refusa de le reconnaître : renonçant à lui obéir, 
il se proclama indépendant à Tolède et recruta des 
troupes pour le soutenir dans son opposition et sa rébel- 
lion. Hichâm ne cessa de donner tous ses soins à la 



(1) C'est à dire, probablement Oviedo, selon la conjecture de Dozy. 



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— 105 — 

guerre civile et d'imposer ainsi des souffrances à la 
population, ce qui lui donna jusqu'à la fin de ses jours 
bien de la peine et ne lui permit pas de vivre en paix. 
Quand, par respect des décisions prises, son fils El- 
H'akam lui succéda, il combattit le rebelle dans ces 
régions (éloignées) ; les lances et les sabres finirent par 
avoir raison de lui ; ce pays alors recouvra la tranquillité 
et il ne s'y rencontra plus de récalcitrant \ 

Hichàm envoyait dans les divers districts des hommes 
intègres chargés de s'enquérir auprès du peuple des pro- 
cédés des fonctionnaires et de lui rapporter les résultats 
de leurs investigations, après quoi il prenait les mesures 
nécessaires pour faire disparaître les abus révélés par 
cette épreuve. Un jour que quelqu'un se présenta pour 
réclamer contre un acte d'injustice commis par un gou- 
verneur, le prince, se précipitant vers le plaignant, lui 
dit: a Atteste par serment les actes d'arbitraire dont tu 
te dis victime, et alors s'il t'a frappé tu le frapperas, s'il 
a nui à ton honneur tu nuiras au sien, [P. 68] s'il a pris 
ton bien tu en prendras l'équivalent sur le sien, mais à 
la condition qu'il ne t'ait pas infligé une des peines 
ordonnées par la loi divine ! » Et la peine du talion fut 
infligée pour chacun des faits que le plaignant affirma 
sous la foi du serment W. C'était ainsi que Hichâm refré- 
nait ses gouverneurs, mieux qu'en employant les châti- 
ments et les corrections. Il était magnanime, juste, ver- 
tueux, modeste et sage ; on ne connaît de lui aucune faute 
ni aucune chute d'enfance ou de jeunesse. Il fit réédi- 
fier le pont de Cordoue, pour la restauration duquel il 



U) On retrouve une autre version de cette anecdote dans le Mach- 
mua, p. 121. 



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— 106 — 

dépensa des sommes considérables; il s'en occupa 
personnellement et le salaire était payé sous ses yeijx. 
Ibn Wad'd'âh' (*) raconte que, lors de ces travaux, on 
disait dans le peuple que le prince ne faisait cela que 
pour faciliter ses parties de chasse ou de plaisir; ces 
bruits étant parvenus jusqu'à lui, il prêta serment de n'y 
passer que pour partir en guerre ou pour quelque œuvre 
utile ( 2 ). 

Le kàdi Aboû Mo c àwiya( 3 > raconte avoir ouï dire pai 4 
des hommes considérables que le règne de Hichâm fut 
une période sans pareille de calme, de paix et de tran- 
quillité. Ce prince assistait aux funérailles par esprit 
d'humilité et les suivait assidûment tout comme s'il eût 
été un simple particulier. Un de ses officiers ayant eu 
à soutenir par devant le kâdi Moç c ab ben c Imrân à 
propos de sa maison un procès qu'il perdit, fut expulsé 
de son immeuble. Il raconta à Hichâm ce qui lui arrivait 
et comment il avait été forcé de quitter sa demeure; le 
prince lui répondit: « Que veux-tu que j y fasse? Moi- 
même, je le jure, je quitterais ce lieu même où je suis si 
le kâdi jugeait contre moi, tant je suis convaincu qu'il 
ne se laisse guider que par la justice I » 



(1) Il s'agit d'Aboù 'Abd Allah Mohammed ben Waddàh beu BeziS 
+ 286 (Dhabbi, n° 291 de Téd. Codera ; Ibn el-Faradhi, n' 1134 ; Pons, 
Ensayo, p. 49). 

(2) La même anecdote se retrouve dans Makkari (i,.218), qui fournit 
aussi des détails sur les vertus et les campagnes de ce prince. Cf. 
Annales, 152. Ce pont avait été construit d'abord par Es-Samli', à ce 
que disent Makkari et notre auteur, p. 35; cf. aussi Ibn el-Koûtiyya, 
p. 279. 

(3) Probablement 'Amir ben Mo'àwiya, qui mourut en 237 et fut 
kàdi sous El-Mondhir. 



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\ 

| - 107 - 

f ANECDOTE RELATIVE A UN KINANITE ET A HICHAM (D. 

Avant de devenir khalife, ce prince avait l'habitude 
de se tenir dans' un belvédère donnant sur le fleuve et 
d'où il avait vue sur le faubourg, de sorte qu'il voyait 

\ passer le monde. Une fois il aperçut dans le milieu du 
jour un homme des Benoû Kinâna, qui était de ses 
créatures, arrivant de la banlieue de Jaën où il habitait, 
alors que cette région avait pour gouverneur Soleymân, 
frère de Hichâm. Ce dernier, appelant un page, lui parla 
en ces termes: « Je vois le Kinânite notre protégé arri- 
vant en plein midi, et ce ne peut être qu'à propos de 
quelque ennui que lui aura causé mon frère Aboû 
Ayyoûb ; dès son arrivée, introduis le tel quel auprès de 
moi ». Le page exécuta cet ordre, et [P. 69] quand le 
Kinâni entra, Hichâm, soulevant un rideau derrière 
lequel il fit passer une jeune esclave qu'il avait à ses 
côtés, reçut les salutations de son visiteur et ajouta : 
« Eh bien ! il doit, je pensé, t'être survenu quelque affaire 
inattendue?— En effet: un Kinâni ayant par inadvertance 
commis un meurtre, le prix du sang incombant aux 
agnats< 2 » est retombé à la charge de la communauté des 
Benoû Kinâna, puis c'est de moi seul qu'il est injuste- 
ment exigé, et cela parce qu'Aboû Ayyoûb sait la consi- 
dération dont tu m'honores; aussi m'adressé-je à toi 
pour me protéger contre cet acte arbitraire. — Cesse de 
rien craindre et recouvre ton calme ; c'est Hichâm qui se 

i charge de payer le prix du sang aux lieu et place de toi et 



(1) Cette anecdote est aussi rapporlée par le Machmua, p. 121. 

(2) Le mot- £làL, traduit par « agnats », a une acception plus 
éteadue, sur laquelle on peut voir le trailé de droit de Sidi Khalîl, 
p. 205, 1. 23 ; trad. Perron, v, 448. 



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— 108 — 

de tes contribules » ; et en même temps il allongeait le 
bras derrière la tenture et en retirait un collier valant 
trois mille dinars et dont la jeune esclave était parée: 
« Prends, ajouta-t-il, ce collier, dont le prix te servira 
en partie à payer cette dette, et dispose à ta guise du 
surplus. — Seigneur, reprit le Kinânite, je ne suis pas 
venu en quémandeur, car j'ai assez de fortune pour 
acquitter la somme mise à ma charge; ma visite a pour 
but de solliciter ta protection contre l'hostilité et l'injus- 
tice dont j'ai eu à souffrir, et je voudrais que, par un 
effet de ton auguste secours, elle se manifestât en ma 
faveur, — Et comment puis-je t'aider? — Je demande 
que l'émir, que Dieu secoure ! écrive à Aboû Ayyoûb de 
s'abstenir d'exiger de moi ce que je ne dois pas et de me 
traiter comme tout le monde! — Eh bien! prends ce 
collier pour les tiens et pour toi-même, en attendant que 
Dieu fasse réussir le plan que j'ai conçu à ton propos ». 
Hichàm, faisant aussitôt seller sa monture, se rendit 
auprès de son père l'émir c Abd er-Rahmân, à qui il tint 
ce langage : a II y a un homme des Benoû Kinâna qui 
est mon protégé et à qui Aboû Ayyoûb à Jaën a témoigné 
de l'hostilité à propos du prix du sang dû par les parents 
du coupable. — Et qu'est-ce que tu désires à ce propos? 
— Je voudrais voir écrire à Aboû Ayyoûb qu'il ait à 
laisser cet homme tranquille et à ne pas lui demander 
plus qu'il ne doit. — Ou même miçux, reprit l'émir; 
c'est-à-dire que le prix du sang sera acquitté par le 
trésor pour son compte et pour celui de ses contribules, 
puisque je vois que cet homme jouit auprès de toi de- 
tant de considération et que tu lui accordes une si grande 
faveur ! » Hichàm se confondit en remerciements, et son 
père ordonna et de faire payer cette somme par le trésor 



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T' 



— 40Ô — 

et d'écrire à Aboû Ayyoûb, qui cessa dès lors ses persé- 
cutions contre le Kinânite. Celui-ci étant venu faire ses 
adieux [P. 70] à Hichâm, lui dit : « Seigneur, j'ai obtenu 
plus que je ne désirais, et tu as été au-delà de l'extrême 
limite de l'honneur et de l'aide. Voici le riche collier 
dont, grâce à Dieu, je n'ai maintenant plus besoin ». Mais 
Hichâm lui répondit : « Kinânite, on ne peut me rendre 
ce que j'ai donné; garde ce collier et que Dieu te bé- 
nisse! ». 

C'est ce prince qui a mis la dernière main aux galeries 
de la grande mosquée de Cordoue, qui en a édifié l'ancien 
minaret et fait installer le magnifique bassin à ablutions; 
il a également fait reconstruire les arcades du pont 
endommagées par les crues (*). 

Khalifat d*El-H'akam ton Hichâm ben 'Abd er-Rahmân. 

Porteur du prénom Aboû'l- e Açi et né en 154 (24 déc. 
770) d'une femme nommée Zokhrouf ( 2 ), il avait vingt-six 
ans quand il lut intronisé lors de la mort de son père 
dans la nuit du mercredi au jeudi 8< 3 )çafar 180 (22 avril 
796) et régna vingt-six ans et onze mois. Ses secrétaires 
lurent au nombre de trois, Fot'ays, KhatTâb ben Zeyd et 



(1) Sur ces constructions, voir aussi Makkari, i, 218 ; Ibn el-Kou- 
%ya, p. 279; Merràkechi, trad. fr., p. 316 ; Annales y p. 153, etc. 

(2) Le nom de celte femme est également rappelé par Merràkechi, 
p. 15; Makkari, i, 220, etc. Un court article est consacré à El-H'akam 
dans le recueil biographique de Kotobi, i, 146. Le caractère de ce 
pririce est l'objet d'appréciations contradictoires : voir par exemple 
Merràkechi, trad. fr., p. 15, et le Machmua y p. 124 ; Mus. d'Esp., il, 
tt;Hollat, p. 38. 

(3) La mort de Hichâm, d'après ce qui est dit plus haut, est du 
3 çafar. 



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— 140 — 

H'addjâdj c Ok'ayli; f Abd eKKerim ben e Abd el-Wâh'id 
ben Moghîth remplit auprès de lui les fonctions de 
chambellan. Ses vizirs et généraux, au nombre de cinq, 
furent Ish'âk' ben el-Mondhir, El- e Abbâs ben c Abd Allah, 
e Abd el-Kerim ben e Abd el-Wâhid précité, Fot'ays ben 
Soleymân et Sa c id ben H'assân. 

Il eut pour kàdis Moç e ab ben e Imrân, Mohammed 
ben Bechir, El-Faradj ben KinânaW, Bichr ben K'at'an, 
c Obeyd Allah ben Moûsa* 2 ), Mohammed ben Telid et 
H'àmid ben Mohammed ben Yahya( 3 ). L'inscription de 
son sceau était : C'est en Dieu qu'El-R'akam a confiance, 
c'est à lui qu'il est attaché. Il avait le teint très olivâtre, 
était grand et mince, avait le nez bien fait et n'en^ployait 
pas de teinture. Il devint père de dix-neuf garçons et de 
vingt-une filles; il mourut le 27 dhoû'l-hiddja 206(24 mai 
822), à l'âge de cinquante-deux ans. 

Soleymân et c Abd Allah, l'un et l'autre fils d' c Abd 
er-Rah'mân ben Mo c àwiya, se trouvaient sur la côte 
d'Afrique lors de la mort de Hichâm, et c Abd Allah 
s'embarquant aussitôt descendit sur le littoral espagnol. 

El-Hakam, après son intronisation et quand le pouvoir 
lui fut acquis sans conteste, envoya c Abd el-Kerîm ben 
c Abd el-Wâhid en expédition contre le territoire ennemi 
et lui confia à cet effet des forces importantes. [P. 71] 
Ce chef s'installa à la frontière et, quand la concentration 
de ses troupes fut terminée, il se porta en avant, puis 
s'établit au bord de la mer. Il divisa les forces dont il 



(1) Il remplit les fonctions de kàdi, après Mohammed ben Bechîr, 
de 198 à 200 (Ibn el-Faradhi, n' 1028; Makkari, i, 558). 

(2) Il succéda en 201 à El-Faradj (Ibn el-Faradhi, n* 759). 

{3) Il figure ailleurs sous le nom d'Aboù Mohammed Hàmid ben 
Yahya et mourut en 207 (Ibn el-Faradhi, n' 326). 



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- 111 - " 

disposait en trois corps d'armée, chacun commandé par 
un officier différent, et leur donna Tordre de ravager la 
région vers laquelle il envoyait chacun d'çux. Ses ordres 
furent exécutés, et les nôtres, après avoir pillé et commis 
tous les excès, revinrent victqrieux et chargés de butin. 
Ensuite une nouvelle invasion fut organisée, et nos trou- 
pes eurent à franchir une suite de canaux, où la marée se 
faisait sentir, que les ennemis avaient préparés pour leur 
servir de défense, et au-dedans desquels ils avaient 
emmené leurs familles, leurs bêtes et leurs biens. Mais 
les musulmans néanmoins ravagèrent tout et, après 
avoir fait main-basse sur tout ce qu'ils trouvèrent, ils 
regagnèrent notre territoire sains et saufs en ramenant 
leur butin (*). 

En 181 (5 mars 797), Behloûl beri Merzoûk, connu sous 
le nom d'Aboû'l-H'addjâdj, se révolta dans la région 
frontière contre l'émir El-H'akam et pénétra à Sara- 
gosse, dont il devint maître! 2 ). c Abd Allah, fils de l'émir 
f Abd er-Rahmân ben Mo c âwiya, qui se dirigeait vers la 
France, s'installa auprès de lui. 

En la même année, une autre révolte fut suscitée à 
Tolède par c Obeyda ben H'omeyd ( 3 ), contre qui El-H'akam 
fit marcher c Amroûs ben Yoûsof alors àTalavera. Celui-ci 
commença son mouvement en avant, puis entra en 
correspondance avec quelques Tolédans et sut par ses 
manières habiles se les concilier, si bien qu'il leur_ 
demanda de tenter un mouvement contre c Obeyda et de 



(1) Cf. Annales, p. 154 ; Dozy, Recherches, t, 148; 3 e éd., 136. 

(2) Voir Annales, 160, 

(3) On lit ben 'Omeyr dans Ibn Khaldoûn (éd. Boulak, iv, 126) ; 
ci. Annales, 160 ; Mus. d'Esp., n, 63. 



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,"^fȍ*^r- 



— 112 — 

le débarrasser de lui ; il ne leur ménagea d'ailleurs pas 
les promesses d'une récompense magnifique de la part 
de l'émir. Ces propositions furent écoutées, et la tête 
d' e Obeyda fut apportée à Talavera à c Amroûs, qui donna 
l'hospitalité aux porteurs du funèbre convoi. Mais quel- 
ques Berbères de cette ville, qui avaient à venger des 
meurtres commis par ces hommes, assaillirent pendant 
la nuit la demeure où ils étaient logés et les massa- 
crèrent. c Amroûs fit parvenir à Cordoue la tête d' 'Obeyda 
en même temps que celles des autres, c'est-à-dire des 
Benoû Makhchi, tout en adressant à El-H'akam la relation 
de ce qui s'était passé. Ce chef ensuite consacra tousses 
efforts à des négociations écrites dans le but de se 
rapprocher des Tolédans, et il obtint d'être appelé dans 
cette ville : alors il construisit le château près la porte 
du pont, l'installa dans les meilleures conditions de 
solidité et prit ses mesures pour se débarrasser des 
habitants principaux de cette ville de manière à en finir 
avec leurs mauvais desseins et à consolider l'empire en 
extirpant cet ulcère. Pour cela il eut recours à la ruse, et 
feignit de donner un festin dont des bœufs devaient faire 
les frais; on faisait entrer [P. 72] les invités par une 
porte pour les faire soi-disant sortir par une autre; mais 
tous ceux qui franchissaient la première porte étaient 
égorgés, et sept cents nobles perdirent ainsi la vie (*). 

En 182 (22 fév. 798) eut lieu la grande inondation qui, 
à Cordoue, ravagea le faubourg du pont et n'y laissa 
d'autre construction intacte que la ghorfa (entrepôt) 
d' c Awn el- e At'tïir. Elle s'étendit jusqu'à Secunda( 2 ). 



(1) Cette affaire est connue sous le nom de journée rie la fosse; 
elle n'eut pas lieu en 181, mais en 191 (Annales, p. 161 et 168). 

(2) Cf. Annales, p. 162. 



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— lia - 

En la même année, Soleymàn ben c Abd er-Rahmân ben 
Mo c âwiya débarqua du littoral africain en Espagne. Au 
mois de chawwàl (nov.-déc), il s'avança pour livrer 
bataille à El-H'akam, mais il fut mis en déroute à la 
suite d'un combat acharné. Dans la même année, Soley- 
màn revint encore une fois à la charge,* mais il fut de 
nouveau mis en déroute par l'émir à Bakhît'aW. 

En 183 (12 fév. 799), Soleymàn, suivi de Berbères qui 
s'étaient ralliés à lui, se dirigea vers la région d'Ecija. 
El-H'akam lui livra bataille dans le voisinage de cette 
ville, et à la suite de plusieurs jours de combat il le mit 
en déroute. Une autre rencontre eut encore lieu entre 
eux au cours de cette année, et Soleymàn dut fuir de 
nouveau. 

En 184 (1 er fév. 800), Aboû Ayyoûb Soleymàn ben c Abd 
er-Rahmân leva des troupes dans l'Est (de la Péninsule) 
et campa d'abord à Jaën puis à Elvira, deux districts où 
un certain nombre d'adhérents se joignirent à lui. El- 
H'akam l'attaqua et Ton se battit plusieurs jours; il 
faillit avoir le dessous mais finalement il l'emporta, bien 
que Soleymàn parvînt à s'échapper ; le nombre des 
morts fut d'ailleurs considérable. El-H'akam envoya à la 
poursuite du vaincu Açbagh ben c Abd Allah, qui rejoi- 
gnit Soleymàn du côté de Mérida et qui, après l'avoir 
fait prisonnier, le conduisit à El-H'akam. Le khalife le fit 
exécuter et envoya sa tête à Cordoue* 2 ). 

En 186 (10 janv. 802) ce prince envoya une promesse de 
pardon à son oncle e Abd Allah Balensi . C'était son premier 



(1) Cette localité n'est pas mentionnée par Edrisi. C'est peut-être, 
dit F. Gonzalez, Baëza, — ce qui me paraît très douteux. 

(2) Ibn Khaldoun fixe aussi la mort de Soleymàn à Tannée 184 ; on 
lit 185 dans les Annales, p. 163. 

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— 114 — 

acte vis-à-vis de lui et le premier écrit échangé entre 
eux. depuis qu' f Abd Allah s'était fixé à Valence. 

En 187 (30 déc. 802), la grâce d' e Abd Allah Balensi et 
la conclusion de la paix furent établies par l'octroi d'une 
pension mensuelle de mille dinars et de cadeaux annuels 
dépareille somme. Yah'ya ben Yah'ya et Ibn Aboû e Amir 
lui portèrent l'acte attestant cette amnistie, et la paix 
fut rétablie à ces conditions et moyennant l'obligation 
pour e Abd Allah d'habiter fP. 73] Valence. Les deux 
ambassadeurs ramenèrent le fils d' e Abd Allah à El- 
H'akam, qui lui fit épouser sa propre sœur germaine W. 

PREMIER MASSACRE DES HABITANTS DU FAUBOURG. 

En 189 (8 déc. 804), l'imam El-H'akam fit crucifier à 
Cordoue soixante-douze individus, entre autres Aboû 
Ka'b ben c Abd el-Berr < 2 >, Yah'ya ben Mod'ar et Maçroûr 
l'eunuque (khâdim). Ils avaient tramé un complot et 
projeté une insurrection; comme ils cherchaient un chef 
pour les diriger on prononça le nom de Mohammed ben 
K'âsimW, oncle paternel de Hichâm ben H'amza, avec 
qui l'on s'aboucha et que l'on pria de se mettre à la tête 
du mouvement. Mais cet homme, trompant leur espoir, 
révéla la confidence qu'il avait reçue afin de se faire de 
leur sang un titre à la faveur du prince. El-H'akam reçut 
cette révélation sans broncher, mais en demanda la 
preuve. Ibn K'âsim lui offrit de faire vérifier la chose 



(1) Cf. Annales, 163. 

(2) Ibn Aboû Kà'b, dans les Annales, 166. 

(3) On lit dans Ibn el-Koutiyya (f' 22 du ms) Ibn ech-Chemmâs, 
leçon qu'a suivie Dozy {Mus. d'Esp., n, 60). Les Annales et Ibn 
Khaldoun donnent à ce prince le môme nom que le Bayàn. 



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- 115 - 

par des hommes de confiance, qu'il cacha chez lui ; puis 
ayant fait appeler les conjurés au rendez-vous, il leur 
dit: « A propos de l'affaire pour laquelle vous avez 
demandé mon concours, je ne puis avoir confiance dans 
ceux dont vous m'avez cité les noms sans les avoir en- 
tendus eux-mêmes, tout comme je vous ai entendus ; je 
serai alors tranquille et je pourrai consacrer à cette 
affaire toute mon énergie en connaissance de cause ». 
Ces autres personnes vinrent alors le trouver et lui 
développèrent leurs propositions, tandis que les affidés 
du khalife voyaient et entendaient tout. Le témoignage 
de ces derniers établit la conviction d'El-H'akam, qui fit 
arrêter et crucifier d'un seul coup tous les coupables. 
Après quoi il fit consolider les remparts et creuser le 
fossé de Cordoue, et il se mit en campagne. 

Voici des vers de ce prince : 

[Tawîl] De même qu'on raccommode un vêtement, j'ai 
réuni, mais l'épée à la main, les portions de mon empire, 
et toujours, depuis que je suis homme, j'y ai réparé les 
fissures. Demande à mes frontières si elles présentent aucune 
brèche, que j'y coure cuirassé et sabre au poing! Interroge 
aussi ces crânes qui gisent dans la plaine, aussi luisants que 
les fruits de la coloquinte ; ils te diront que ce n'est pas avec 
mollesse que j'ai frappé et que mon épêea fait de bon travail. 
Mes ennemis pouvaient fuir par peur de la mort, mais ce ' 
n'était pas moi que la crainte du trépas pouvait détourner I 
J'ai défendu ce que j'avais de plus cher en abaissant ce à 
quoi ils tenaient le plus ; mais celui qui ne protège pas les 
siens n'est-il pas regardé comme un être infâme et vil? 
[P. 74] Quand nous eûmes fini d'échanger des coups d'épée, 
je leur donnai à boire un poison mortel ; mais ai-je fait plus 
que leur rendre la juste mesure de ce qu'ils m'avaient prêté ? 



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— 146 — 

S'ils ont trouvé la mort, c'est que les destins le voulaient. Ce 
pays, qui m'appartient, je le laisse semblable à un lit (moel- 
leux), car j'en ai chassé tout rebelle (*). 

En 190(27 nov. 805), El-H'akam se mit en campagne 
et alla assiéger Mérida, où s'était révolte Açbagh ben 
c Abd Allah ben Wânsoûs^). Mais il apprit bientôt que la 
populace de Cordoue s'était soulevée et portée en armes 
contre le directeur des marchés (çâhib es-soûk); ceux 
que le prince avait laissés en cette ville lui envoyèrent 
le récit des faits et de l'explosion des sentiments de la 
plèbe. Il partit sur le champ à marches forcées, et en 
trois jours il arriva à Cordoue, où il gagna le château; 
alors le peuple se calma et tout rentra dans Tordre, puis 
il y eut une période de douze ans, de 190 à 202, pendant 
laquelle la tranquillité régna. 

Pendant sept années des expéditions se renouvelèrent 
contre Mérida, où Açbagh ben c Abd Allah ne pouvait 
être forcé. Un ennemi de ce chef l'avait noirci aux yeux 
d'El-H'akam et avait excité ce prince contre lui; après 
quoi il avait joué le même jeu auprès d'Açbagh, dont il 
avait attisé les craintes et qui, redoutant un châtiment 
ou quelque acte de violence, avait gagné Mérida et s'y 
maintenait. Ce ne fut que la septième année et à la 
septième expédition que cette ville fut prise, grâce à des 
habiletés qui amenèrent Açbagh à demander grâce ; 



(1) Cette pièce a été également traduite par Dozy (M d'Esji. n, 85) ; 
on la retrouve, entière ou par fragments, dans, le Machm.ua (p. 132), 
dans Ibn el-Koutiyya (f° 23 du ms), dans Makkari (i, 220), dans V'Ikd 
(II, 365), et dans la Hollat es-siyâra, p. 41. 

(2) Cette révolte débuta en 191 d'après Ibn el-Athîr {Annales, 171). 
Ibn Khaldoun, sans en fixer la date, la raconte' à la suite de la 
journée de la fosse à Tolède (éd. Boulak, iv, 127). 



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. - 117 - 

tranquillisé il sortit de Mérida, se mit à la suite d'El- 
H'akam et habita Gordoue. Mais ensuite il obtint un 
laissez-passer pour se rendre dans ses propriétés de 
Mérida, et les troubles et le désordre recommencèrent 
dans cette ville. 

En 193 (25 oct. 808), Roderik, prince de France <*>,.s'étant 
avancé du côté de Tortose, El-H'akam envoya contre lui 
un nombreux corps de troupes commandé par son fils 
e Abd er-Rahmân, et il écrivit en outre à e Amroûs et à 
'Abdoûn, gouverneurs de la frontière, de le soutenir 
dans sa campagne avec tous les habitants des pays 
qu'ils gouvernaient. e Abd er-Rahmân arriva avec les 
soldats du djond, les recrues se joignirent à lui et les 
volontaires affluèrent. Nos troupes se heurtèrent à celles 
du roi chrétien [P. 75] qui envahissaient notre terri- 
toire, et à la suite d'une sanglante rencontre où Dieu 
soutint l'ardeur des musulmans, les chrétiens furent 
rais en fuite, et il en fut fait un tel massacre que la 
plupart périrent. 

En 194 (15 oct. 809), El-H'akam fit en pays chrétien' 
une expédition à cause des faits que voici. Le poète 
f Abbàs ben Nâçih'(2) était à Medînet el-Faradj ( 3 ), c'est 
à dire à Guadalaxara, et l'ennemi était devenu très 



(1) Il s'agit de Louis, roi d'Aquitaine et fils de Charlemagne (cf. 
Annales, p. 172; Makkari, i, 219); c'est la date de 192 qu'on lit dans 
ces deux ouvrages. 

(2) Ce poète était aussi juriste et exerça les fonctions de kàdi à 
Algéziras; Makkari parle de lui (notamment t. i, 633), de même 
qu'Ibn el-Koutiyya (f. 21 V du ms), et Ibn el-Faradhi (éd. Codera, 
n° 879) lui a consacré un article. L'anecdote qui suit figure encore 
dans les Annales, p. 174; le Machmua, p. 129, Makkari, i, 221, etc. 

(3) Aboulféda (Gèog. y tr., n, 255) désigne aussi Guadalaxara par 
cette appellation, dont Edrisi ne dit rien, et qui parait provenir du 
nom d'un chef çanhadjite qui y régna (de Goeje, Jakufri, p. 112). 



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- 118 - 

audacieux et très fort, grâce au fait que le prince était 
tout absorbé par l'affaire de Mérida, ville contre laquelle 
les expéditions d'été furent dirigées sept années de 
suite; aussi des incursions fréquentes ravageaient-elles 
nos frontières, s'y livrant au meurtre et en emmenant 
des captifs. Or f Abbâs ben Nàçih' entendit un jour du 
côté de Guadalaxara une femme s'écrier : « Au secours, 
ô El-H'akam ! c'est à toi que nous devons notre perte, toi 
qui nous livres à l'ennemi et nous délaisses de façon à 
lui permettre de se ruer sur nous! » Le poète se rendit 
auprès d'El-H'akam et lui remit une poésie où il implo- 
rait son secours et rappelait l'invocation de cette femme; 
il exposa en outre la faiblesse et l'état troublé de la 
frontière. Alors El-H'akam, saisi do compassion pour 
les victimes et brûlant du désir de soutenir la religion, 
fit faire des préparatifs pour la guerre sainte et, se 
mettant en campagne, pénétra fort loin en territoire 
infidèle, conquérant les places fortes, saccageant les 
lieux habités, livrant à la mort ou réduisant en captivité 
une foule d'ennemis. Il revint par le lieu où habitait la 
femme en question et fit distribuer aux habitants de 
l'argent provenant du butin pour les mettre à même de 
réparer les pertes qu'ils avaient subies et de racheter 
leurs prisonniers ; cette femme notamment fut particu- 
lièrement avantagée. En outre il leur distribua une partie 
des captifs, qui pouvaient leur servir, et il fit décapiter 
le reste. Il dit alors à cette femme et aux habitants: 
« El-H'akam est-il venu à votre secours ? — Il a, répon- 
dirent-ils, guéri nos cœurs, accablé l'ennemi et ne nous 
a pas négligés quand il a su dans quel état nous étions ; 
daigne Dieu le secourir lui-même et fortifier son aide ! » 
En 196 (23 sept. 811), El-H'akam fit une expédition en 



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- 119 - 

pays chrétien, où il s'avança fort loin et, après y avoir 
commis maints ravages, il se retira. En la même année 
dourut Temrnâm ben c Alk'ama Thak'efi. 

En 199 (22 août 814) une famine générale sévit dans 
toute l'Espagne et la majeure partie des habitants périt 
de misère (*). ' 

En la même année, El-H'akam fit entreprendre [P. 76] 
par son oncle paternel c Abd Allah Balensi l'expédition, 
restée célèbre, où fut remporté un succès si éclatant à 
Barcelone ( 2 ). Un jeudi, le jour même de l'arrivée de ce 
chef près de cette ville, il se trouva que les infidèles s'y 
installèrent aussi. Ses compagnons brûlant d'ardeur 
voulaient engager la lutte sur le champ, mais il les 
contint jusqu'au lendemain vendredi, où, quand le soleil 
commença à décliner, il disposa ses troupes en ordre de 
bataille et fit installer les machines de guerre; puis 
faisant urre prière de deux rek'a, il donna aux hérauts 
Tordre de faire les proclamations nécessaires et, sautant 
achevai avec son entourage, il fondit sur les infidèles. 
J'imagine que s'il agit ainsi ce ne fut que par suite de ce 
qu'il connaissait bien et qu'il voulait suivre le précepte 
renfermé dans une tradition du Prophète, qu'il faut 
combattre à ce moment de la journée, où la brise se fait 
sentir, où les portes du ciel s'ouvrent, où les prières 
sont exaucées. Aussi Dieu livra -t-il aux nôtres les 
épaules des infidèles, qui furent mis en déroute, presque 
tous massacrés et dont la dispersion fut complète. Quand 
on eut fini de combattre, c Abd Allah fit planter en terre 



(1) C'est sous Tannée 197 qu'il est parlé d% cette famine par les 
Annales (p. 376) et par Makkari (i, 220). 

(2) Je crois qu'il n'est pas fait mention de cette expédition dans 
les autres sources arabes. 



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- 120 - 

de longues lances autour desquelles il fit amonceler les 
têtes des victimes et qui en lurent bientôt recouvertes. 

ENTRÉE d'eL-H'aKAM DANS TOLÈDE RÉVOLTÉE (*). 

* 

Feignant une expédition en pays chrétien, mais son- 
geant dans la réalité à Tolède, il se dirigea vers Todmir, 
où Ton se battit, et il mit le siège devant l'un des 
châteaux forts de cette région. Il écrivit aux gouverneurs 
de la frontière dans quel lieu il se trouvait et la guerre 
qu'il poursuivait, et la confiance que cela inspira aux 
Tolédans permit à ceux-ci de se répandre dans leurs 
terres pour y vaquer aux soins des cultures. Mais le 
prince, qui avait chez eux des espions, fut renseigné de 
façon certaine sur leur dispersion, et s'éloignant de 
Todmir il se dirigea vers l'ouest. Quand les avis qu'il, 
continuait de recevoir de Tolède lui firent croire que le 
moment était propice, il se dirigea vers cette ville à 
marches forcées et en brûlant les étapes. Il était nuit 
quand il arriva dans les environs et, se faisant suivre 
par une poignée de ceux qui lui tenaient de plus près, il 
pénétra la nuit même dans cette ville à l'insu des habi- 
tants, qui n'étaient pas sur leurs gardes et avaient laissé 
leurs portes ouvertes ; le gros de ses troupes venait par 
derrière, chacun marchant dans la mesure de ses forces. 
Il occupa ainsi la ville et, s'interposant entre elle et les 
habitants qui étaient dehors, il empêcha de se joindre à 
ces derniers ceux qui étaient en-dedans des murs, de 



(1) Le récit de cette affaire, exposé d'après notre auteur et.Noweyri, 
est ainsi introduit par Dozy (M. cl'Esp. f n, 97): « Peu d'années après 
la journée de la Fosse, les Tolédans avaient recouvré leur indépen- 
dance et détruit le château d'Amroùs ». 



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121 - 



sorte qu'il resta entièrement le maître sans grand'peine 
et sans combat. Il fit alors descendre et installer en 
plaine ceux de la région qui étaient sur les hauteurs 
et livra aux flammes les demeures qu'ils occupaient, 
puis les renvoya. 

En 200 (11 août 815), [P. 77] le vizir <Abd el-Kerim 
ben Moghith, chargé de la direction d'une campagne 
contre les infidèles <*>, pénétra en plein pays ennemi, y 
anéantit les vivres, les installations, les cultures, ruina 
les habitations et les places fortes, si bien qu'il resta 
entièrement maître de toutes les bourgades du Wâdi 
Aroûn (Naharon). Alors les chrétiens (que puisse Dieu 
anéantir!) se concertant et accourant de toutes parts 
vinrent camper avec leurs forces sur l'autre rive du 
Wàdi Aroûn, rivière qui les séparait des musulmans. 
Quand l'aube se leva, f Abd el-Kerim à la tète de ses 
troupes se dirigea vers les gués; mais les ennemis 
défendirent chacun des passages, tandis que les nôtres 
leur ripostaient vaillamment et en hommes qui voulaient 
mériter le ciel ; puis les chrétiens prenant l'offensive 
s'efforcèrent de franchir la rivière. Les musulmans, 
après en avoir d'abord défendu le passage, firent une 
charge vigoureuse et, refoulant les assaillants dans des 
endroits resserrés et sans issue, tombèrent dessus à 
coups d'épée et de lance. La plupart des victimes, dont 
le nombre fut incalculable, périrent en tombant dans 



(1) Sébastien parle de cette campagne dans la trentième année du 
règne d'Alphonse ou 820 de J. C. ; mais les auteurs arabes en parlent 
tous sous l'année 200 (= 815 - 16 de J. C), ainsi que Ta fait remar- 
quer Dozy, qui traduit ce chapitre {Recherches, i, 149 ; 3* éd., p. 137; 
aux auteurs qu'il cite, ajoutez Ibn el-Athir, auquel il n'a pas recouru, 
voyez Annales y p. 179). 



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- 122 - 

des précipices <*) et en s'écrasant les uns les autres. Après 
s'être servis de leurs armes pour se défendre, ils en 
vinrent à résister à coups de pierre. [Le combat fini,] ils 
firent de nombreux travaux de défense aux gués, em- 
ployèrent des palissades pour en augmenter la difficulté 
d'accès, creusèrent des fossés et des tranchées. Alors les 
pluies survinrent, et les chrétiens restèrent sans aucun 
abri, puisque tout avait été détruit ; mais les musulmans 
aussi se trouvèrent dans une situation difficile, et *Abd 
el-Kerim, battant en retraite, rentra victorieux le sept 
dhoû'1-kada <*>. 

En 201 (30 juillet 816), il n'y eut aucune expédition ni 
mouvement d'importance. 

SECOND SOULÈVEMENT DES FAUBOURIENS EN 202 (20 JUIL. 817) (3). 

Il régnait chez les habitants du faubourg de Cordoue 
un esprit de discorde et un oubli des règles tels que 
nous prions Dieu de nous en préserver. La cause de leur 
soulèvement est diversement racontée. Certains préten- 
dent qu'il la faut chercher dans leur turbulence et leur 
insolence, puisqu'il n'y avait alors rien en fait d'entre- 
prises contre leur fortune, d'attaques contre leur hon- 
neur ou d'actes arbitraires du gouvernement qui pût 
justifier ce mouvement. La situation alors existante 



(1) Dozy a introduit dans ce passage de sa traduction une correc- 
tion qu'il a ensuite modifiée dans ses Corrections, p. 40. 

(2) Correspondant au 7 juin 816; d'après la traduction Dozy, le 8 
juin 816; d'après les Annales, le 7 dhoù'l-hiddja, ou juillet. 

(3) Ces faits sont racontés par Ibn el-Athir sous Tannée 198, et cet 
auteur ajoute que, d'après d'autres, ils eurent lieu en 202 (Annales, 
p. 177-179). Sur la fixation de cette date, voir Dozy, Mus. d'Esp., n, 
353 ; cf. Fournel, Les Berbers, i, 438. 



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- 123 - 

prouve la justesse de cette version, car le peuple n'était 
soumis à aucun impôt illégal, contribution extraordi- 
naire ou corvée, à rien enfin de nature à provoquer l'in- 
surrection, qui ne fut dans la réalité [P. 78] que la 
manifestation d'une turbulente insolence, d'un dégoût 
pour la paix, de caractères grossiers, de gens à l'intelli- 
gence bornée et qui ne cherchaient que leur propre 
perte; veuille Dieu nous préserver de Terreur et de 
l'abandon et nous' faire éviter toutes les causes de per- 
dition et de dommage ! 

Quand l'agitation aboutit à un véritable soulèvement, 
El-H'akam engagea la lutte ; son entourage et les soldats 
du djond se concentrèrent autour de lui, des guerriers 
arrivèrent de toutes parts, et les hostilités éclatèrent 
carrément entre ces troupes et la populace. Celle-ci 
augmentait incessamment de nombre et constituait une 
multitude immense, telle qu'il ne semblait plus rester 
aucun espoir à ses adversaires. Pendant que les hommes 
du peuple étaient entièrement absorbés par l'ardeur du 
combat, on eut recours contre eux à un stratagème 
analogue à celui qui fut employé à la bataille d'El- 
H'arraW et dont ils ne s'aperçurent pas: c Obeyd Allah 
ben c Abd Allah Balensi, surnommé Çâh'iô eç-çawâ'if 
(chef( ? ) des expéditions estivales) et Ish'àk' ben el-Mon- 
dhir le Koreychite, se mettant à la tête des cavaliers et 
des fantassins qu'ils purent rassembler, sortirent par la 



(1) Cette bataille, qui tire son nom d'une localité voisine de Médine, 
fut livrée en 63 H. aux partisans d' *Abd Allah ben ez-Zobeyr par 
Moslim ben 'Okba, qui commandait les troupes du khalife Omeyyade 
Yezid, et à qui le sang qu'il y versa valut le surnom de Mosrif « pro- 
digue de sang; sanguinaire » (Weil, G. der Chai, i, 332 ; Mas'oudi, 
Prairies d'or, v, 162 ; Mus. d'Esp., i, 101 ; 'Ikd, n, 316, etc.). 



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- 124 - 

• 

Porte du pont, et tombant sur les insurgés les refoulèrent 
vers le pont; la porte de la ville située près de ce der- 
nier fut alors ouverte, et les guerriers en question, 
passant par la Porte de fer, se précipitèrent dans la 
grande rue et débouchèrent dans la Ramla, du côté où 
se trouve un gué; puis, franchissant la rivière, ils opérè- 
rent leur jonction avec les recrues levées dans les cantons 
voisins et qui avaient été averties par des signaux et 
par l'apparition des étendards du khalife. Cela fait, une 
partie d'entre eux prenant le faubourg à revers, une 
autre incendiant les habitations, on expédia des émis- 
saires pour prévenir les faubouriens du sort de leurs 
demeures, de leurs femmes et de leurs enfants. Pas un 
ne resta insensible à cet appel, et tous s'empressant à 
courir de ce côté se trouvèrent alors attaqués par devant 
et par derrière, de sorte qu'il en fut fait un horrible 
massacre ; poursuivis dans les rues et par les chemins, 
il ne put échapper que ceux dont l'heure n'était pas 
venue et qui s'enfuirent sans s'inquiéter ni de femme ni 
d'enfant. Trois cents furent faits prisonniers, qui furent 
ensuite crucifiés le long de la rivière sur une seule 
rangée depuis El-Merdj jusqu'à El-Moçâra. El-H'akam 
voulait tout d'abord faire traquer les fuyards par toute 
l'Espagne et les faire mettre à mort en quelque endroit 
qu'ils se trouvassent; mais un de ses conseillers le 
ramena à des sentiments plus doux en lui rappelant 
l'importance de la victoire dont Dieu venait de le favo- 
riser, [P. 79] et le prince renonça à ses projets W. 
Les vaincus s'en allèrent donc par groupes en erame- 



(1) Voir aussi les incidents rapportés par Merràkechi, trad. p. 16; 
Machmua, p. 130-, et Mus. d'Esp., h, 69 et s. 



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- 126 - 

nant leurs femmes et leurs enfants, sans qu'il leur fût 
suscité aucun obstacle dans les diverses régions de 
l'Espagne qui étaient soumises à son autorité, sans que, 
une fois la lutte terminée et l'effervescence tombée, ils 
eussent rien à souffrir ; Ternir, après leur, avoir accordé 
un généreux pardon, respecta leurs biens et leurs fem- 
mes: Les faubouriens se dispersèrent de tous côtés en 
Espagne ; certains d'entre eux s'embarquèrent avec fem- 
mes et enfants et, gagnant le littoral africain, s'établirent 
à Fez et y fondèrent le quartier espagnol, qui prit l'im- 
portance d'une ville ; d'autres encore gagnèrent l'He de 
Crète W. On dit que, partout où un groupe d'entre eux 
alla, il s'empara du pays et s y fixa en s'imposant par la 
force â ceux qui y habitaient déjà. Il y eut nombre de 
savants et de gens de bien qui, exposés au soupçon ou 
craignant pour leur vie, gagnèrent la région de Tolède. 
Plus tard l'émir accorda une amnistie générale s'éten- 
dant aux biens et aux personnes; liberté complète fut 
donnée à tous de se fixer dans n'importe quelle localité 
du royaume, à la seule exception de Cordoue et des 
environs. 

En 206 (6 juin 821), El-H'akam se trouvant gravement 
malade fit prêter serment de fidélité, en qualité d'héritier 
présomptif, en faveur de son fils c Abd er-Rahmàn, et, 
pour succéder à celui-ci, en faveur d'El-Moghira. Cette 
cérémonie eut lieu le mercredi 11 dhoûl-hiddja (7 mai 
822) et se passa au palais ; le peuple ensuite se rendit à 
la demeure d' c Abd er-Rahmân ben el-H'akam pour 



(1) Sur ces émigrations, cf. Fournel, i, 440, et les auteurs qu'il cite, 
yuant aux deux quartiers de Fez, voir t. i; VIstibçâr, tr. fi\, p. 122 ; 
Bekri, etc. 



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- 126 - 

prêter serment entre ses mains mêmes, et ce fut dans 
cette même demeure qu'eut lieu la prestation de serment 
en faveur de son frère Kl-Moghîra. Celui-ci ensuite se 
rendit à cheval à la grande mosquée pendant plusieurs 
jours de suite, et cette cérémonie se continua auprès de 
la chaire, puis elle se poursuivit dans sa propre demeure. 
Quand ces deux princes eurent ainsi été reconnus en 
qualité de successeurs l'un immédiat, l'autre médiat, 
El-H'akam donna Tordre de démolir le caravansérail 
(fondouk) du faubourg, dont le tenancier était un fauteur 
de troubles et de rébellion. Ce prince mourut le jeudi 
25 dhoû'l-hiddja de cette année (22 mai 822) et fut inhumé 
dans le palais après que son fils c Abd er-Rahmân eut 
récité sur lui les dernières prières. 

[P. 80] Voici de ce prince quelques traits biographi- 
ques. Il était constant dans ses projets, énergique dans 
ses résolutions, d'uiïe violence redoutable, d'une grande 
habileté à gouverner et à choisir des fonctionnaires 
capables et intègres, et sa main s'ouvrait facilement. Il 
avait pour kâdi El-Mo c çab ben c Imrân, qui avait exercé 
ces fonctions sous le règne précédent et qui, par sa 
crainte de Dieu, sa science et sa piété, lui convenait 
parfaitement. Une grave maladie qui survint à ce magis- 
trat préoccupa sérieusement le prince, qui, d'après ce 
que raconte un de ses courtisans, se trouva une nuit 
fort tourmenté par l'insomnie et se mit à s'agiter sur sa 
couche ; comme on lui demandait ce qu'il avait : « Arrière, 
malheureux ! s'écria-t-il ; je viens cette nuit d'entendre 
les cris d'une pleureuse; comme mon kâdi est malade, 
je ne peux que le croire mort. Où donc vais je trouver le 
pareil, où découvrir quelqu'un qui le remplace digne- 
ment aux yeux de mes sujets? » El-Moç c ab en effet était 



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- 127 - 

mort cette nuit même M, et il eut pour successeur 
Mohammed ben Bechîr. 

Nul plus que celui-ci n'avait toujours les yeux fixés 
sur le droit; n'était plgs éloigné de l'injustice, plus exact 
à juger. Un habitant du district de Jaën vint un jour se 
plaindre à lui ( 2) qu'un fonctionnaire de H'akam lui avait 
enlevé une jeune esclave et l'avait fait passer entre les 
mains du prince, qui avait conçu pour elle la plus vive 
affection. Le plaignant établit la validité de ses alléga- 
tions, produisit des témoins qui attestèrent l'injustice 
commise et ses droits de propriété ainsi que l'identité 
delà jeune esclave, de sorte que les règles traditionnelles 
exigeaient la présence de celle-ci. En conséquence le 
kâdi demanda audience au prince et lui dit: « émir, il 
ne peut y avoir une vraie justice pour la masse que si 
elle s'applique également aux grands! » Et, lui exposant 
l'affaire, il le mit en demeure ou de lui envoyer la jeune 
fille pour que les témoins en établissent l'identité, ou de 
le destituer lui-même : « Eh bien I dit H'akam, je vais 
te proposer mieux que cela: cette jeune fille sera achetée 
à son maître aussi cher qu'il voudra! » Le kâdi reprit: 
« Il y a des témoins qui sont venus du district de Jaën ; 
le plaignant est venu demander qu'on fasse droit à ses 
prétentions, et c'est quand il se trouve à ta porte que tu 
le renverrais sans que justice lui soit rendue, pour qu'il 
se trouve peut-être quelqu'un qui dise : Cet homme a 



(1) On retrouve cette anecdote contée d'une manière un peu diffé- 
rente dans le Machmua, p. 125, dans Y'Ikd, n, 364, et dans Ibn 
el-Koutiyya, f* 24 v. ; cf. supra, p. 96. 

(2) D'après le Machmua (p. 125), le juge devant qui fut portée cette 
affaire était le prédécesseur de Mohammed ben Bechîr, c.# à d. 
Moç'ab ben 'Imràn ; vdir aussi V *Ikcl, h, 365. 



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— 428 — 

vendu malgré lui un objet dont il n'était pas proprié- 
taire! » En présence de cette fermeté, H'akam dut faire 
sortir la jeune fille de son palais, et les témoins ayant 
par devant le kâdi affirmé son identité, un jugement la 
rendit à son maître. [P. 81] Ce Mohammed ben Bechir 
se rendait à la mosquée et siégeait au tribunal avec un 
manteau (rida) jaune et une raie dans les cheveux (*); 
mais quand on cherchait ce qu'il était au fond on le 
trouvait plus méritant et plus scrupuleux que personne. 
H'akam avait l'habitude de dire que les princes n'ont 
pas à se parer de justice ou d'autres ornements sembla- 
bles. Il était indolent, mais vaillant, généreux, très in- 
dulgent; il se soumettait lui-même, et à plus forte raison 
ses enfants et ses courtisans, à l'autorité de ses propres 
kàdis et juges. Dans une caserne située près du palais, 
à côté du fleuve, se trouvaient mille chevaux commandés 
par dix officiers, chacun en ayant cent sous ses ordres; 
quand il apprenait que quelque désordre était fomenté 
par un rebelle, il prévenait le développement des trou- 
bles par un envoi immédiat de troupes, et le coupable 
était entouré et pris sans le savoir. Un jour qu'il était au 
palais à jouer au djerîd, il reçut la nouvelle que Djàbir 
ben Lebid avait mis le siège devant Jaën ( 2 ) ; il manda 
aussitôt l'un de ces officiers et lui donna secrètement 
Tordre de partir avec ses cavaliers, ce qui fut fait par 
ce chef aussi bien que par ses collègues. Ibn Lebîd ne se 
doutait de rien quand il vit arriver tous ces cavaliers 



(1) Cf. ce que disent le Machw.ua (p. 127) et V'Ikcl (h, 365) de sa 
manière de se vêtir ; voir également l'article de Dhabbi, n* 69. 

(2) Le même fait est rapporté par le Machmua y p. 129, et par 
V'Ikcl^ ii, 265. Djàbir ben Lebîd était gouverneur d'Elvira (Makkari, 
ii,537). ♦ 



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bardés de fer ; saisi de regret et persuadé que toute une 
armée l'attaquait, il s'empressa de tourner le dos, et ses 
troupes se dispersèrent. 

El-H'akam avait la parole élégante et éloquente; il 
était poète distingué et est auteur d'odes amoureuses; 
beaucoup de ses poésies ont trait à cinq jeunes filles 
qu'il s'était spécialement attachées et à qui il avait laissé 
prendre un grand pouvoir sur lui. Un jour qu'il voulait 
pénétrer chez elles, elles s'y refusèrent et lui tournèrent 
le dos; mais il ne pouvait se passer d'elles et fit ces 
vers (*) : 

[Basît] Ces branches de saule qui se balancent gracieuse- 
ment au-dessus des monticules sablonneux me tournent le 
dos et sont bien décidées à me fuir ; c'est en vain que j'ai 
invoqué mon droit, leur intention est bien arrêtée, et je suis 
privé d'elles. Elles tiennent en leur pouvoir un roi comme 
moi, dont les volontés sont réduites par l'amour au même 
degré d'humiliation qu'un captif faible et enchaîné. Qui me 
rendra celles qui ont ravi le souffle à mon corps, qui grâce à 
l'amour m'ont dépouillé de ma puissance et de mon autorité? 

[P. 82] Elles se raccommodèrent ensuite avec lui, ce 
qui lui fit dire : 

[Khafif] J'ai, après une brouille, obtenu une réconciliation 
complète ; c'est pour moi comme une victoire qui me sou- 
mettrait tous les hommes, ce succès, auquel le nombre des 
guerriers ne pourrait rien, est une joie qui dépasse tout! 

Voici encore un joli extrait de vers composés sur le 
même sujet : 



(1) On retrouve tout ou partie de ces vers dans le Machmua y 134; 
dans Makkari, i, 221 ; dans Kotobi, i, 146, et dans la Hollat, p. 42. 



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- 430- 

[Kkafif] L'excès de son amour a transformé en un esclave 
celui qui auparavant était un roi. Que la passion lui arrache 
des pleurs ou des plaintes, et aussitôt un redoublement de 
tyrannie l'éloigné à une distance qui hâte une mort rapide. 
Les jeunes antilopes du palais ont abandonné et laissé livré 
à lui-même cet énamouré tout brûlant de passion, qui pose 
humblement sa joue dans la poussière, lui qui(*) trouve la 
soie à peine digne de son trône ! Voilà le degré d'humiliation 
où tôiribe l'homme libre qu'asservit l'amour! (2) 

Il a fait aussi à propos des faubouriens révoltés de 
nombreuses poésies où personne ne peut rivaliser, avec 
lui ; nos citations suffisent à établir son talent. "A rap- 
proche de la mort il se reprocha vivement sa conduite 
antérieure, offrit à Dieu un sincère repentir, revint à la 
voie de droiture, et proclamant que la vie future est la 
chose la plus importante, il fit de la piété son ornement 
et saisit de sa main l'anse solide ; il avoua et confessa 
ses fautes, se pénétra entièrement de la parole divine, 
« s'ils mettent fin à leur impiété, Dieu leur pardonnera 
le passé » (Koran vin, 39), et devint ainsi l'un des pieux 
serviteurs du Seigneur, jusqu'au jour où celui-ci le rap- 
pela à lui ", événement qui arriva en 206 (6 juin 821). 

Khalifat d"Abd er-Rahmân ben el-H'akam(3). 

Ce prince, né en 176 (28 avril 792), avait pour mère 
H'alâwa et portait le prénom d'Aboû'l-Mot'arref. Il eut 



(1) J'ai suivi la leçon du ms du Bayân. 

(2) On retrouve ces vers dans le Machmua, p. 134, et dans la HoTlat, 
p. 42. 

(3) Un article lui est consacré dans la Hollat, p. 61. 



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- l3i - 

pour chambellan e Abd el-Kerîm ben e Abd el-Wâh'id ; ses 
vizirs, au nombre de neuf, avaient chacun trois cents 
dinars de traitement ; il eut trois secrétaires, e Abd el- 
Kerîm, que nous venons de citer, Sofyân ben e Abd 
Rabbihi et c Isa [P. 83] ben Choheyd. Il eut onze kâdis (*), 
entre autres Yah'ya ben Ma c mar, dont Mesroûr ben 
Mohammed ben Bechîr avait été le prédécesseur, puis 
Sa c id ben Mohammed ben Bechîr, ensuite le Yah'ya 
précité, etc. La raison de ce grand nombre de kâdis est 
que celui par les conseils de qui s'opéraient soit leur 
nomination soit leur révocation, était Yah'ya ben Yah'ya 
Leythi, dont l'avis était suivi pour toutes les nomina- 
tions (*). Or quand ce Yah'ya trouvait quelque chose à 
reprocher à un kâdi, il invitait celui-ci à demander d'être 
relevé de ses fonctions, faute de quoi lui-même provo- 
querait la destitution, et il y avait ainsi un changement 
ou volontaire de la part de l'intéressé ou provenant des 
avis de Yah'ya. 

Son sceau portait les mots gravés « c Abd er-Rahmân 
accepte la décision divine ». Il avait d'abord un autre 
sceau, qui vint à s'égarer et qu'on ne put retrouver 
malgré les recherches faites à cet effet; il donna alors 
l'ordre de faire regraver le sceau de son grand -père 
e Abd er-Rahmân. Le page Naçr se retira avec le sceau 
pour remplir cette commission et, faisant appeler le 



(1) L'énumération en est faite par Ibn el-Koûtiyya (f. 25 v. du ms.), 
qui en nomme douze. 

(2) Sur le rôle que joua ce juriste, on peut voir Dozy, Mus. d'Esp., 
n, 88 ; cf. Ibn Khallikân, iv, 29 ; Ibn Farhoûn, ms 5032 de Paris, f. 138 ; 
ms884 d'Alger, f. 23; Ibn el-Faradhi, éd. Codera, n° 1554 ; Makkari, 
notamment i, 465 ; Annales du Maghreb, 164, etc. 



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-m - 

poète *Abd Allah ben ech-Chamr M, il lui demanda 
quelle inscription il fallait employer; à quoi le poète 
répondit; 

[Ramai] Le sceau du nouveau règne sanctionnant les or- 
dres aux yeux du peuple, est « 'Abd er-Rahmân accepte la 
décision divine » (2). 

Ces deux vers plurent à .l'émir, qui les fit graver sur 
son sceau. 

Le nouveau prince était grand, brun, avait la prunelle 
grande et noire, le nez aquilih, les paupières brunes, ia 
barbe longue; il faisait usage de henné et de ketem. 11 
avait vingt-trois ans et neuf mois lors de son intronisa- 
tion, qui eut lieu le lendemain de la mort de son père, 
c'est-à-dire le jeudi 26 dhoû'l-hiddja 206 (24 mai 822) ; il 
mourut dans la nuit du mercredi au jeudi 3 rebî' n 238 
(22 sept. 852) à l'âge de soixante-deux ans et après un 
règne de trente-et-un ans trois mois et six jours. Il eut 
quarante-cinq fils et quarante-deux filles. 

En 207 (27 mai 822), la guerre civile éclata à Todmîr 
entre les Mod'arites et les Yéménites et se poursuivit 
pendant sept années < 3 ). Dès le début le khalife fit marcher 



(1) Ce poète est cité dans Makkari (n, 414), et Ibn el-Faradhi ne lui 
consacre qu'une courte et imprécise notice (n* 689). Le Machmua 
l'appelle seulement Ibn ech-Chamr (p. 137 et 138). Dans Ibn el- 
Koutiyya, où Ton retrouve aussi des vers de ce poète, qui était un 
ami d'enfance du prince (f* 26), il est nommé <Abd er-Rahmàn ben 
ech-Chamr, et il en est de même dans Y 'Ikd, n, 366. C'est sous le nom 
d"Abd Allah qu'il est cité incidemment par Dhabbi, n° 845; et de 
même dans la Hollat, p. 62. 

(2) Makkari (i, 221) rappelle cette inscription du sceau, mais sans 
en nommer l'auteur. 

(3) Cf. Annales, p. 197 et 201 ; Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 128. 



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-.133 - 

contre celte ville Yah'ya ben e Abd Allah ben KhalafW, 
et plus tard envoya successivement divers officiers dont 
la venue séparait les combattants, lesquels recommen- 
çaient sitôt que les autres avaient tourné le dos. Il y eut 
entre eux et Yah'ya ben c Abd Allah une rencontre connue 
sous le nom d'affaire d'El-MoçâraW, [P. 84] à Lorca, 
où trois mille hommes restèrent sur le terrain. 

En la même année, l'Espagne fut ravagée par une 
terrible disette, qui fit de nombreuses victimes. 

En 208 (16 mai 823) eut lieu la campagne dite d'ÀlavaP). 
c Abd el-Kerîm ben c Abd el-Wàhid entreprit la campagne 
d'été contre cette place : il s'installa à la frontière, où se 
concentrèrent les troupes musulmanes, et après que 
divers avis eurent été émis sur le passage à choisir pour 
pénétrer en pays ennemi, on tomba d'accord sur celui 
d'Alava comme étant le plus préjudiciable aux chrétiens 
et pouvant le mieux servir à les dompter. Les nôtres se 
ruèrent donc par le col dit de DjernîkM*), par delà lequel 
se trouvait une plaine renfermant les approvisionne- 
ments et les trésors de l'ennemi; ils tombèrent sur ce 
territoire, dont ils prirent la meilleure partie, pillèrent 
le contenu de ces magasins, livrèrent à la dévastation la 
plus complète tous les lieux habités ou bourgades par 
où ils passèrent et les transformèrent en désert; après 
quoi ils s'en retournèrent victorieux et chargés de butin; 
puisse Dieu en être loué ! 



(1) Au lieu de Khalaf, Ibn el-Athir et Ibn Khaldouu écrivent Khâlid. 

(2) Sur l'orthographe de ce nom, cf. Annales, 197. 

(3) Sur cette campagne, cf. Annales, 198; Ibn Khaldoùn, iv, 128 ; 
Makkari, i, 222. 

(4) On retrouve ce nom plus loin, et dans les Annales, p. 243 ; 
probablement Guernica, a TE. de Bilbao. 



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- 134 r- 

En 209 (4 mai 824), r Abd el-Kerim ben c Abd el Wâhid 
mourut d'une maladie dont il fut atteint alors qu'il était 
déjà en marche à la tête d'une expédition. L'émir le 
remplaça par Omeyya ben Mo'àwiya ben Hichâm, qui 
mena l'expédition d'été à OûrîU 1 ), qui alors appartenait 
aux musulmans. Il s'y arrêta pour y punir les coupables 
et les suspects, mais en pardonnant aux autres, puis 
s'avança vers Sontebria( 2 ) et Todmir, où Aboû'ch-Chem- 
mâkh^chef des Yéménites, soutenait la cause d'EminW 
contre les Mod'arites. Il y eut à Murcie une rencontre 
analogue à celle d'El-Moçàra à Lorca, et il y périt des 
tribus entières. La cause première de cette guerre entre 
les Yéménites et les Mod'arites fut qu'un de ceux-ci 
arracha une feuille de vigne du jardin d'un Yéménite, 
qui le tua; alors commencèrent des combats qui durè- 
rent plusieurs années et à péripéties diverses, mais où 
les Yéménites eurent le plus souvent le dessous et firent 
des pertes sensibles. C'est une des choses surprenantes 
à remarquer dans le cours des âges. 

En 210(24 avril 825), c Abd er-Rahmàn donna Tordre 
d'édifier la grande mosquée de Jaën. Il écrivit [P. 85] 
au gouverneur de Todmîr de se transporter à Murcie et 
d'y fixer son séjour, et cette ville devint désormais le 
lieu de résidence des [gouverneurs]^; il fit ruiner la 



(1) Orelo, dans le Campo de Calatrava. 

(2) Castro de Santa ver, sur le Guadelia (Annales, p. 118). 

(3) Il s'appelait Mohammed ben Ibrahim, d'après Ibn el-Athir. 

(4) Il ne p^ut s'agir que du khalife abbaside ainsi nommé ; or ce 
prince avait été tué en 198, et en 209 le trône de Ëaghdàd était occupé 
par Ma'moûn. 

(5) Cf. Annales, p. 201. 



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- 135 - 

ville d'EIlo M du district de Todmir, car c'était de là que 
s'étaient propagés les troubles. H'içn el-Kal c a, qui était 
en territoire ennemi, fut conquise par Faradj, lequel 
était fils de Meserra, gouverneur de Jaën. 

Eu 211 (13 avril 826), T'awrîl s'étânt révolté à Tacorona, 
l'émir envoya contre lui des troupes commandées par 
[ c Abd er Rahmân] ben Ghânim, qui resta vainqueur et 
rétablit le calme ( 2 ). 

En 212 (2 avril 827), <Obeyd Allah ben c Abd Allah 
Balensi dirigea l'expédition d'été en pays ennemi, y fit 
des incursions de divers côtés et pénétra jusqu'à Barce- 
lone; il passa soixante jours à faire cette conquête et à 
livrer tout à la destruction < 3 ). 

L'année *213 (22 mars 828) vit la fin des troubles de 
Todmir : Aboû'ch-Chemmâkh et les autres chefs furent 
amenés à descendre de leurs forteresses et cessèrent les 
hostilités. Àboû'ch Chemmàkh devint alors l'un des gou- 
verneurs et des hommes de confiance de l'émir *Abd 
er-Rahmân. 

En 214 (11 mars 829) eut lieu à Tolède le soulèvement 
deHâchimW, surnommé Ed-D'àrràb parce que, lors de 
l'incendie auquel El-H'akam livra Tolède et de l'expul- 



(1) Sur le nom de cette ville, voir Dozy, Collections, etc., p. 40. 

(2) Dozy reconnaît que le texte est fautif, et ajoute n'avoir pu le 
corriger parce qu'il n'a pas trouvé ailleurs le nom de ce général 
{Corrections, p. 41). Je crois que les mots ben Omeyya du texte arabe 
sont en effet de trop ; mais j'ai rétabli le nom du général d'après Ibn 
el-Koutiyya, f. 26 v e du ms. Cf. Annales, p. 203. 

(3) Cf. Annales, p. 203 et 211. Makkari semble ne pas connaître cette 
expédition et mentionne seulement celle de l'année 224 (i, p. 222 ; 
éd. Boulak, i, 161). 

(4) Sur cette révolte, cf. Annales, p. 206 ; Ibn Kbaldoun, iv, 128 ; 
Mus. d'Esp., il, 97. 



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- 136 - 

sion des habitants de cette ville dans la plaine, Hàchirri 
figura parmi les otages livrés à ce prince et dut se rendre 
â Cordoue, où il était employé comme ouvrier pour ma- 
nier le pic chez les forgerons. Ayant ensuite quitté Cor- 
doue et regagné Tolède, il appela à lui les vauriens et 
les gens de désordre, et quand il en eut réuni quelques- 
uns, ils se mirent à courir le pays, attaquant Arabes 
aussi bien que Berbères. D'autres malfaiteurs apprenant 
leurs exploits les rejoignirent, et ainsi se forma une 
troupe très nombreuse dont la réputation s'étendit au 
loin. Elle attaqua les Berbères à Santaver, et des com- 
bats à péripéties variées furent livrés. Alors Mohammed 
ben Wasîm reçut de Ternir Tordre de combattre ces 
malfaiteurs, et commença les hostilités en cette année. 

En 216 (18 février 831) les diverses troupes du djond 
se concentrèrent sous les ordres de Mohammed ben 
Wasîm, gouverneur de la frontière, et celui qui se porta 
en avant fut Ed-D'arrâb, qui s'était rendu maître d'une 
partie de cette province. Ibn Wasîm agissait trop molle- 
ment au gré de l'émir, et ce général, au reçu d'une lettre 
qui le gourmandait, se mesura avec Tinsurgé. [P. 86] 
Gelui-ci, à la suite d'une série de combats qui durèrent 
plusieurs jours, fut défait; il fut tué de même que ses 
partisans, au nombre de plusieurs milliers. 

En 217 (7 fév. 832), la ville de Mérida fut assiégée et 
serrée de très près, si bien que beaucoup d'habitants 
durent s'enfuir et un grand nombre furent tués M. 

En 218 (27 janv. 833) eut lieu une éclipse de soleil 
complète vers la fin du mois de ramad'ân et avant le 



(1) Les débuts de cette révolte remontent à l'année 213 ; voir les 
détails dans les Annales, p. 204 ; Ibn Khaldoun, iv, 128; Mach mua, 138. 



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V 



- 137 - 

moment du déclin de l'astre, qui disparut entièrement et 
fit place aux ténèbres W. 

L'émir prit comme vizir et chambellan Ibn Choheyd ( 2 >. 
On agrandit la grande mosquée de Cordoue, à partir des 
pilastres qui sont entre les colonnes jusqu'à la kibla. 

En 219 (16 janv. 834),Omeyya ben ei-H'akam entreprit 
la campagne d'été contre Tolède, devant laquelle il mit 
le siège; ensuite il se retira après avoir dévasté les 
cultures des environs et coupé les arbres, mais en lais- 
sant à Calatrava, pour continuer le blocus, le page Mey- 
sera. Alors une foule d'hommes sortit de Tolède pour 
marcher contre Calatrava ; mais Meysera, informé de 
cette sortie, massa ses troupes et dressa une embuscade, 
puis quand les Tolédans s'approchèrent et que les che- 
vaux de leur colonne furent à proximité, ils furent assail- 
lis par les troupes placées en embuscade et massacrés , 
les têles des victimes furent coupées et rassemblées en 
un tas considérable sous les yeux de Meysera. Ce spec- 
tacle le remplit de frayeur et de regret, et bientôt il 
mourut rongé par le chagrin et le repentir. 

En 220 (5 janv. 835), l'émir c Abd er-Rahmân se mit en 
campagne et se dirigea d'abord du côté de Tolède; il 
confia à Aboû'ch-Chemmàkh le gouvernement de Cala- 
trava et, lui laissant un corps considérable de cavalerie 
et d'infanterie pour marcher contre Tolède, lui-même 
s'avança contre les districts occidentaux ( 3 ). Or Yah'ya de 
Mérida avait eu l'adresse de chasser de cette ville Solev- 



(1) Cette éclipse est aussi rappelée, sans indication de date, par 
Ibn el-Koùtiyya, f 28. 

(2) C'est-à-dire 'Isa ben Choheyd, voir ci-dessus et Ibn el-Koutiyya, 
f'26v. , . 

(3) Comparez le récit d'Ibn Khaldoun, iv, 128. 



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- 138 - 

màn ben Martin, qui pendant un court espace de temps 
tint les hauteurs; mais Ternir pendant cette campagne 
l'y poursuivit, et ce chef, serré de près dans la forteresse 
qu'il occupait, en sortit de nuit ; mais son cheval s'étant 
abattu sur une roche glissante en saillie sur le sol, il fit 
une chute dont il mourut. Un homme trouva son cadavre 
et, lui ayant coupé la tête, il prétendit être l'auteur de 
sa mort; mais la vérité fut ensuite connue. 

[P. 87] En. 221 (26 déc. 835), Tolède fut conquise grâce 
à ce fait qu'Ibn MohàdjirO), sortant "de cette ville, se 
rendit à Calatrava et, appelant les officiers qui y com- 
mandaient, les mena aux portes de la ville et mit un 
terme aux facilités dont les Tolédans jouissaient. Ce fut 
la principale raison qui amena la prise de cette place. 
L'émir avait envoyé aux assiégés c Abd el-Wâhid Isken- 
derâni, qui les trouva assez éprouvés ; puis il arriva en 
personne et emporta la ville de vive force. Quand elle fut 
en son pouvoir, il fit restaurer le palais qir c Amroûs avait 
fait bâtir près la Porte du pont du temps d'El-H'akam* 
Certains rapportent que la conquête de Tolède est due à 
El-Welid ben el-H'akam, qui aurait marché contre cette 
ville sur Tordre de son frère c Abd er-Rahmàntë). 

C'est en 222, au mois de redjeb (juin 837), que cette 
place fut conquise par la force et passa sous son autorité. 

En 223 (3 déc. 837), c Abd er Rahmân ben el-H'akam 
envoya son frère El-Welid ben el-H'akam en expédition 
contre la Galice; ce prince y pénétra avec son corps 
d'armée par la Porte d'occident, subjugua cette région 
et y remporta de nombreuses victoires. 



(1) Ce chef semble avoir été un renégat {Mus. rl'Esp., n, 99); cf. 
Annales, 209. 

(2) C'est cette version qu'ont suivie Ibn Khaldoun et Ibn el-Athir. 



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- 139 - 

En 224 (23 nov. 838), c Abd er-Rahmân envoya son fils 
EI-H akam en pays chrétien avec ordre de parcourir les 
régions frontières pour en connaître la situation et les 
ressources, et il fit restaurer le pont de Saragosse. El- 
H'akam se mit à la tête de l'expédition d'été' 1 ) et pénétra 
dans le pays ennemi, qu'il subjugua. Les pertes des 
chrétiens en hommes furent innombrables; les têtes 
seules formaient des monceaux aussi hauts que des 
collines, à ce point que deux cavaliers ne pouvaient 
s'apercevoir d'un côté à l'autre. 

En djomâda n (avril-mai) il y eut par toute l'Espagne 
une pluie d'étoiles filantes et l'on vit de nombreux astres 
voler du sud au nord et de l'est à l'ouest. 

En 225 (12 nov. 839), c Abd er-Rahmàn entreprit en 
personne une campagne contre la Galice, dont il emporta 
les places fortes et qu'il parcourut au cours d'une longue 
et très pénible campagne W. Comme une nuit il souffrait 
d'insomnie et qu'une partie de la nuit était déjà écoulée, 
le poète e Abd Allah ben ech-Chamr, qui survint, enten- 
dit de lui la description de son insomnie [P. 88] et le 
regret qu'il avait gardé de certaines personnes. Le poète 
reprit alors ( 3 ): 

[Motak'àrib] Je t'ai négligé pour rendre visite à l'ennemi 



(1) On a vu plus haut que Makkari et Ibn Khatdoun attribuent le 
commandement de cette expédition à 'Obeyd Allah ben el-Balensi. 
Cf. Annales, p. 211. 

(2) Cf. Annales, 212 ; Ibn Khaldoun, iv, 129. Ce dernier, et Makkari 
après lui, signalent en cette année l'arrivée d'une ambassade de 
Constantinople. 

(3) Cette poésie est aussi attribuée à Ibn ech-Chamr par Ibn el- 
Koùtiyya (f. 26 du ms.), qui dit que le poète y fait parler 'Abd er- 
Rahmàn. Elle est attribuée à celui-ci par Makkari (i, 224) et par Ibn 
el-Afcbàr {Hollat, p. 61), qui la ^donnent plus ou moins complète. 



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- 140 -<- 

et mener coi.tre lui une armée redoutable ; dans quel désert 
ne suis-je pas allé, quels défilés n'ai-je pas successivement 
franchis ? Affrontant le vent brûlant du midi, si ardent que 
les pierres allaient, semblait-il, se fondre, je me suis fait 
une cuirasse de poussière, de sorte que mon beau visage 
d'autrefois est transformé par l'épuisement. Je suis bien le 
victorieux fils des deux Hichâm, je soulève comme j'arrête 
les combats. Par ma main Dieu a relevé et vivifié la vraie 
religion, j'ai livré la croix aux flammes, j'ai volé contre le 
polythéisme à la tête d'une armée nombreuse dont j'ai sub- 
mergé tous lieux, raboteux ou unis. 

En 226 (31 octobre 840), ce fut Mot'avrif ben e Abd er- 
Rahmân, ayant pour général e Abd el-Wâhid ben Yezîd 
Iskenderâni, qui partit avec l'expédition d'été dirigée 
contre la Galice W et qui, après avoir pénétré en plein 
pays ennemi, en rapporta un riche butin. 

En 227 (21 oct. 841), ce fut le çâhib eççawâ'if c Obeyd 
Allah ben c Abd Allah qui se mit en campagne. Quand il 
fut arrivé entre Narbonne et la Cerdagne< 2) , les ennemis 
se rassemblant de toutes parts fondirent de nuit sur lui 
et le. cernèrent; les musulmans combattirent toute la 
nuit, et quand l'aube parut l'aide divine leur permit de 
mettre leurs ennemis en déroute. 

En 228 (10 oct. 842), l'émir c Abd er-Rahmân marcha en 
personne contre le territoire ennemi, laissant dans le 
palais son fils El-Mondhir et confiant le commandement 



' (1) Sur cette campagne et celle de l'année suivante, les renseigne- 
ments fournis par les sources arabes présentent des divergences; 
voir Ibn Khaldoun, iv, 129, résumé par Makkari, i, 222 ; Annales, 
215 et 218. 

(2) Ce nom est corrigé, contre les mss, dans Téd. de Leyde de Mak- 
kari (I, 222, n. d). Ibn el-Athir épelle le mot et confirme ainsi la 
lecture «Cerdagne » (Annales, 215). 



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— 141 - 

de Paile droite de son armée à son fils Mohammed, celui 
de l'aile gauche à El-Mot'arril, un autre de ses fils. Il se 
heurta à une nombreuse armée infidèle avec laquelle il 
engagea" le combat; l'aide divine lui donna la victoire, 
les infidèles furent mis en déroute en laissant un grand 
nombre des leurs sur le terrain, et Dieu combla les 
musulmans de ses bienfaits [P. 89] en leur permettant 
de s'emparer de quantité d'enfants de Pampelune, d'ar- 
mes et de chevaux. Parti de Cordoue le 20 cha'bàn (24 
mai 843), le prince y rentra victorieux le 15 chawwâl (17 
juillet). 

En 229 (30 sept. 843), c Abd er-Rahmàn mit le siège 
devant Tudèle, où se trouvait Moûsa ben Moûsa, et 
après avoir subjugué le pays il conclut la paix avec ce 
chef. De là il marcha contre Pampelune, où une bataille 
importante fut livrée aux infidèles, qui furent anéantis. 
Moûsa ben Moûsa et ses guerriers, qui combattaient 
avec eux, eurent le sort qu'ils méritaient (*>. 

En la même année (*), Wahb Aliâhben H'azm, gouver- 
neur de Lisbonne, fit savoir par lettre qu'il avait sous 
les yeux, installés près de la côte, cinquante-quatre 
vaisseaux appartenant aux Madjoûs, en outre de cin- 
quante-quatre autres bâtiments de moindre importance 
(vw>jU barque). c Abd er-Rahmân leur fit alors savoir, à 



(1) Moûsa, d'abord gouverneur de Tudèle, s'était ensuite rendu in- 
dépendant. Sur ces événements, cf. le récit d'Ibn Khaldoun (iv, 129) 
et des Annales, p. 218, et voir Recherches, 3 e éd., i, 213. 

(2) Les renseignements que donne notre texte sur l'attaque des 
Normands ont été traduits par Dozy (Recherches, n, 278 ; 3* éd., 256). 
Cf. également Ibn Khaldoun, iv, 129; Annales, p. 220; L'Afrique 
sept, au XII' s., 51 ; Bekri, 254 ; Bayan, t. i, 338; Kristoffer, La pre- 
mière invasion des Normands dans l'Esp. mus. en 8ââ, Lisbonne, 
1892. 



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- 142 - 

lui et aux autres gouverneurs du littoral, de faire bonne 
garde. 

ARRIVÉE DE8 MADJOUS A 8ÉVILLE EN 230 (18 SEPT. 844). 

"Les Madjoûs s'étaient mis en campagne avec environ 
quatre-vingts vaisseaux qui couvraient la mer comme 
autant d'oiseaux marins et remplissaient les cœurs d'an- 
goisse et de souci ; ils débarquèrent à Lisbonne, puis 
s'avancèrent vers Cadix et Sidona; ils marchèrent en- 
suite sur Séville, devant laquelle ils campèrent et dont ils 
commencèrent le siège. Ils l'emportèrent de vive force 
et en anéantirent les habitants soit par la mort soit par 
la captivité, et pendant sept jours les abreuvèrent de la 
coupe qui met fin à tout. A cette nouvelle, l'émir c Abd 
er-Rahmân mit à la tête de sa cavalerie c Isa ben Choheyd 
le chambellan (hâdjib), à qui se joignirent les musul- 
mans de la même manière que l'œil aux sourcils {hâdjib)". 
c Abd Allah ben Koleyb, Ibn Wasîm et d'autres officiers 
marchèrent aussi avec ce corps de cavalerie. Ibn Cho- 
heyd, s'installant dans Ech-Charaf [l'Aljarafe], écrivit 
aux gouverneurs des provinces de faire des levées qui 
arrivèrent à Cordoue conduites par le pageNaçr. D'autre 
part les Madjoûs, qui recevaient vaisseaux sur vaisseaux, 
massacraient les hommes et réduisaient en esclavage 
les femmes et les enfants; leurs dévastations durèrent, 
d'après la Behdjat en-nefs, treize jours, ou, d'après les 
Dorer el-Waltfid, sept jours, ainsi que nous l'avons dit 
plus haut. A la suite de plusieurs rencontres qui eurent 
lieu entre eux et les musulmans, ils se dirigèrent vers 
K'abt'il W, [P. 90] y passèrent trois jours, puis pénétrant 

(1) (Japtel, aujourd'hui Isla Menor, Tune des deux îles que forme le 
Guadalquivir un peu plus haut que son embouchure. Koura, qui est 
ensuite citée, est le Goria del Rio actuel (Dozy, Recherches , u, 257). 



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— 143 - 

à Koûra, à douze milles de Séville, ils y firent un grand 
massacre de musulmans. Ils envahirent ensuite Talyât'aW 
à deux milles de Séville, et après y avoir passé une nuit 
gagnèrent le lendemain le lieu dit El-Fakkhârtn. Ils 
s'avancèrent ensuite avec leurs vaisseaux et engagèrent 
avec les musulmans une bataille où ceux-ci furent mis 
en déroute et subirent de très grandes pertes. Les en- 
vahisseurs s'étant ensuite rembarques gagnèrent Sidona 
et de là Cadix. Ceci se passait au moment où 'Abd er- 
Rahmân venait d'envoyer contre eux ses généraux, qui 
organisèrent la résistance, employèrent des machines 
de guerre et reçurent de Cordoue d'abondants secours. 
Les Madjoûs furent battus et perdirent environ cinq 
cents hommes; quatre de leurs bâtiments furent pris 
avec leur chargement, et Ibn Wasim fit vendre le pro- 
duit de la prise et brûler les vaisseaux. Ils subirent en- 
core (*) une défaite dans la bourgade de Talyàta le mardi 
24 çafar de cette année (10 novembre), laissèrent un 
grand nombre des leurs sur le terrain et eurent trente 
de leurs vaisseaux brûlés; un grand nombre d'entre eux 
furent pendus à Séville et d'autres crucifiés dans le 
même lieu sur des troncs de palmier. Les autres se rem- 
barquant gagnèrent Niébla, puis ensuite Lisbonne, et 
l'on n'entendit plus parler d'eux. 
Leur arrivée à Séville eut lieu le mercredi 14 mohar- 



(1) Ce nom est porté par au moins quatre localités d'Espagne ; il 
s'agit ici de Tablada, près de Séville, au sud du pont sur lequel on 
traverse le Guadaira. La grande plaine au sud de Séville porte le 
môme nom {Rech., 3 e éd., i, p. 310 ; cet article diffère entièrement de 
celui de la 2* éd.>. 

(2) D'après Noweyri, la bataille de Talyàta est antérieure de six 
jours à celle qui eut lieu dans la province de Sidona (Dozy, Recher- 
ches, h, 258). 



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- 144- 

rem 230 (l ,r oct. 844), et ce ne fut que quarante-deux 
jours plus tard qu'ils s'en allèrent : leur chef avait été 
tué "et Dieu les avait frappés et anéantis, avait fait dis- 
paraître guerriers et approvisionnements, les accablant 
ainsi de son châtiment et leur attribuant la juste récom- 
pense due à leurs méfaits*. A la suite de la mort du chef 
ennemi, du massacre qui fut fait de nombre des siens et 
de la victoire que Dieu nous octroya, des lettres furent 
envoyées partout pour faire connaître ces faits ; Ternir 
c Abd er-Rahmàn informa aussi les Çanhâdja de Tanger 
du traitement infligé par Dieu aux Madjoûs et des pertes 
sensibles dont les avait flagellés sa vengeance, [p. 91] 
en joignant à sa lettre la tête du chef ennemi et celles de 
deux cents des plus braves de ses compagnons. 

En 231 (7 sept. 845), Mohammed, fils de l'émir c Abd 
er-Rahmân, conduisit l'expédition d'été contre la Galice; 
il mit le siège devant la ville de Léon et l'attaqua à l'aide 
de ses machines de guerre, de sorte que les habitants, 
persuadés qu'ils allaient succomber, s'échappèrent de 
nuit et se jetèrent dans les montagnes et les fourrés. Le 
vainqueur livra aux flammes ce que renfermait la place 
et voulut aussi ruiner les murailles, mais il dut y renon- 
cer à raison de leur épaisseur, qui était de dix-sept ou 
dix-huit coudées. Il sema consciencieusement en pays 
chrétien la mort et la réduction en captivité^). 

En 232 (28 août 846), il y eut en Espagne une séche- 
resse intense; la disette fut si grande que les bestiaux 
périrent ; les vignobles furent brûlés et»quantité de sau- 
terelles se montrèrent ( 2 >. 



(1) Sur cette campagne, cf. Annales, 222; Makkari, i, 223; Ibn 
Khaldoun, iv, 129 ; Recherches, 3 e éd., i, J40. 

(2) Cette disette est aussi rappelée par les Annales, p. 223, 



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- 145 - 

En 234 (5 août 848), le prince envoya contre les Mayor- 
cains des troupes chargées de les combattre pour les 
punir et rabattre leur orgueil, car, sans respect pour les 
traités, ils faisaient tort aux vaisseaux musulmans qui 
passaient dans leur voisinage. Trois cents bâtiments les 
attaquèrent, et Dieu, favorisant largement Jes nôtres, 
leur donna la victoire, de sorte qu'Us donquirent la plus 
grande partie de ces îles. 

En la même année, la mort de Yah'ya ben Yah'ya mit 
leskàdis à l'abri de ses traits empoisonnés. 

En 235 (26 juil. 849), les habitants de Mayorque et de 
Minorque adressèrent à *Abd er-Rahmân une lettre où 
ils lui exposaient les souffrances qu'ils devaient aux 
musulmans, et à laquelle il répondit dans des termes que 
je vais en partie reproduire : a Après les compliments 
d'usage ; j'ai reçu la lettre dans laquelle vous m'exposez 
ce qui vous concerne, l'incursion des troupes que j'ai 
envoyées pour vous combattre, la situation misérable 
qui a été faite à vos enfants et à vos biens, les sommes 
que vous ^vez dû payer, l'imminence d'une destruction 
totale à laquelle vous avez été exposés.vVous me demandez 
de prendre votre affaire en mains, d'accepter votre offre 
de payer tribut* et de renouveler les traités moyennant 
promesse par vous d'obéissance et de fidélité aux musul- 
mans, d'abstention de tout acte répréhensible, du verse- 
ment exact de ce que vous aurez à payer pour vos 
personnes. Nous espérons que le châtiment qui vous a 
été infligé vous a corrigés et vous empêchera de recom- 
mencer, et en conséquence nous vous accordons le pacte 
et la protection permis par Dieu. » 

En la même année il y eut en Espagne de grandes 
inondations: le Xenil grossit, emporta deux des arches 

10 



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- 146 - 

du pont [P. 92] d'Ecija et détruisit les digues et les 
moulins ; le flot emporta seize villages des districts de 
Séville situés sur le Guadalquivir. Le Tage grossit éga- 
lement et emporta dix-huit villages; il avait ainsi acquis 
une largeur de trente milles W. 

En 236 (15 juillet 850), un Berbère du nom de Habib ( 2 ) 
Bernesi se souleva dans la partie montagneuse d'Algé- 
ziras, et des vauriens et des hommes de désordre se joi- 
gnirent à lui. r Abd er-Rahmàn fît marcher contre lui les 
troupes du "djond, qui trouvèrent à leur arrivée que les 
Berbères avaient déjà marché contre le rebelle et ses 
partisans; le château où il s'était réfugié fut pris, lui- 
même en fut chassé, et de ses compagnons un grand 
nombre fut tué, le reste se dispersa. H'abib se confondit 
avec le bas peuple, et c Abd er-Rahmân envoya aux gou- 
verneurs des divers districts Tordre de Je rechercher. 

En 237 (5 juil. 851), un instituteur se souleva dans l'Est 
de l'Espagne, et se donnant pour prophète, proposa une 
nouvelle interprétation du Koran( 3 >. Il recruta de$ adhé- 
rents dans la populace, et le nombre de ses partisans 
devint considérable. Entre autres pratiques religieuses 
figurait la défense qu'il faisait de se couper les cheveux, 
les poils ou les ongles; il disait aussi ne vouloir tra- 
casser personne (?;. Yah'ya ben Khâlid le fit enlever 
et comparaitre devant lui, et la première chose que fît le 
prétendu prophète fut de l'inviter à devenir des siens et 
à embrasser son parti. Yati'ya consulta les gens de 
science, qui lui conseillèrent d'inviter cet homme à se 



(1) En outre de ces inondations, il est parlé d'expédilions militaires 
en la même année par Ibn el-Athîr {Annales, 224). 

(2) Habîba dans les Annales, p. 225. 

(3) Il est aussi question de cette révolte dans les Annales, p. 229. 



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ffT»* 



- 147 - 

repentir et, s'il le faisait, de lui pardonner ; sinon, de le 
mettre à mort: « Et comment donc, répondit cet homme, 
pourrais-je me repentir de ce qui est la vérité même ? » 
Yah'ya donna Tordre de le crucifier, et quand le misé- 
rable fut sur la croix, il s'adressa aux assistants : « Allez- 
vous donc tuer un homme qui dit que son seigneur c'est 
Dieu? » Mais il ne fut pas sursis à son supplice, et le 
récit de ces faits fut adressé à e Abd er-Rahmân. 

En 238, dans la nuit du mercredi au jeudi 3 rebi e n (22 
sept. 852), mourut l'émir c Abd er-Rahmân ben el-H'akam, 
qui n'avait pas cessé d'acquérir des titres à la renommée, 
de faire des actes magnanimes et glorieux " jusqu'au 
jour où la mort le saisit, où il fut précipité par celle qui 
nous précipite tous \ 

TRAITS D'ENSEMBLE DE SA VIE. 

A son avènement, l'émir c Abd er-Rahmân fit venir ses 
frères, sa famille et ses vizirs et reçut leur serment de 
fidélité, de même que celui du peuple. Il prononça en- 
suite [P. 93] les dernières prières sur le corps de son 
père El-H'akam, puis, après avoir procédé à l'inhuma- 
tion, il s'assit par terre, sur le sol nu et sans tapis, la 
tête baissée, tandis que son entourage prenait la même 
position; prenant ensuite la parole, il s'exprima ainsi: 
« Louanges à Dieu qui a fait de la mort une sentence de 
son décret, un but de son ordre et dont la volonté régit 
toutes choses; il garde pour lui seul la royauté et la 
durée et livre à l'avilissement ses périssables créatures : 
soit béni son nom, soit exaltée sa gloire, puisse-t-il prier 
sur Mohammed son Prophète et son Envoyé et lui don- 
ner le salut ! La perte que nous venons de faire en la 
personne du feu imâm est un de ces grands coups que 



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- 148 - 

frappe la fortune adverse et dont nous accable un sort 
funeste. Nous comptons qu'il est dans le sein de Dieu, à 
qui nous demandons de faire descendre en nous la pa- 
tience, de qui nous souhaitons de recevoir pleine récom- 
pense et provision. C'est nous qu'il a chargé de veiller à 
votre bien, et nous ne sommes pas de ceux qui se déro- 
bent à cette charge ; au contraire, vous n'aurez, avec la 
permission de Dieu, à trouver de notre part qu'améliora- 
tion. » Ensuite il se retira, et tous les assistants reçurent, 
chacun selon son rang, des cadeaux en argent et en 
vêtements. 

Il était poète et littérateur, homme aux desseins élevés, 
" entreprit de nombreuses expéditions, remporta en pays 
ennemi des victoires restées célèbres; il y menait de 
nombreux compagnons, des troupes en grande quantité, 
ravageait les demeures des infidèles et n'en laissait pas 
subsister de traces, en revenait couvert de gloire après 
avoir fait sentir sa main dominatrice; jamais avec lui 
les musulmans n'éprouvaient de malheur, ils ne virent 
de son temps aucune adversité". C'est lui qui le premier 
adopta les usages traditionnels des khalifes pour ce qui 
concerne la pompe, la forme extérieure, l'organisation 
du service, l'usage des vêtements les plus somptueux; il 
embellit les palais et y amena les eaux; il construisit la 
Chaussée, où il dressa des estrades et près de laquelle 
il fit passer la conduite d'eau, édifia des mosquées djâmi 1 
dans (toute) l'Espagne, fit faire des liserages (pour vête- 
ments) et en favorisa la fabrication, établit l'hôtel des mon- 
naies à Cordoue, en un mot donna grande tournure à sa 
royauté. C'est sous son règne qu'on vit entrer en Espagne 
de riches tapis et toute sorte de choses précieuses pro- 
venant de Baghdâd et d'ailleurs. Lors du meurtre de 



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— 149 — 

Mohammed Emin, fils de Hàroûn er-Rechid, et du pillage 
auquel ses biens furent livrés, on inlroduisit en Espagne 
bien des objets précieux et rares ainsi que des pierreries 
qui avaient cette origine; on apporta ainsi le collier dit 
« des aiguillons de scorpion » ( c ikd ech-ckebâ), qui avait 
appartenu à Zobeyda mère de Dja^aH 1 ). 

[P. 941 Entre autres traits mémorables, "on raconte 
qu'un jour des sommes d'argent arrivées des provinces 
et destinées à être distribuées aux troupes du djond, 
furent déposées auprès de lui. Il avait renvoyé ses 
pages, et il ne se trouvait plus dans le salon désert qu'un 
seul d'entre eux, qui, attaché à son service particulier, 
se tenait auprès de lui. L'émir commençant à s'assoupir, 
le page jugea l'occasion propice, se saisit d'une des 
bourses et la recouvrit des amples plis de sa manche; 
mais l'émir le regardait du coin de l'œil, tout en gardant 
un silence conscient et bienveillant, de sorte que le 
voleur put s'emparer de l'argent dont il faisait dépendre 
la satisfaction de ses convoitises. Les autres serviteurs 
étant rentrés reçurent du prince Tordre d'enlever ces 
bourses, et quand ils en trouvèrent une, de moins, ils 
s'accusèrent les uns les autres de cette disparition : 
« Taisez-vous, leur dit le prince,, car celui qui Ta prise 
ne la rendra pas, et celui qui l'a vu ne le dira pas. »" Ce 
trait est regardé comme une preuve de sa générosité et 
de sa bonté ( 2 ). 

Un jour Taroûb, jeune esclave dont il était éperdû- 
ment amoureux, se mit à le fuir et refusa de plus le voir ; 
les messages qu'il lui envoya restèrent sans succès, et 



(1) Sur le luxe déployé par cette princesse, voir entre autres Prai- 
ries d'or de Mas'oudi, vin, 298. 

(2) La même anecdote figure dans le Machmua, p. 136. 



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— 150 — 

elle se tint renfermée dans sa chambre. 11 fit alors élever 
contre sa porte une muraille formée de bourses pleines 
de pièces d'argent pour tâcher de la satisfaire et défaire 
cesser cette brouille. En ouvrant sa porte, elle fit écrou- 
ler celte muraille et les bourses tombèrent de toutes 
parts.; elle les ramassa et y trouva environ vingt mille 
pièces M. Il donna un jour Tordre de lui remettre un 
collier d'une valeur de dix mille dinars; et comme l'un 
des vizirs présents lui faisait remarquer l'importance de 
cette somme, il répondit " : a Celle qui le portera est bien 
plus précieuse encore et a une -autre valeur ; si de ce tas 
de cailloux sa physionomie ressort et que son être même 
reluise, c'est que Dieu a entre autres objets créé une perle 
qui aveugle les yeux et ravit les cœurs. Y a-t-il sur terre 
rien qui récrée plus l'œil, qui ait plus d'élégance que 
cette topaze, cette glorieuse perle que Dieu a ornée de 
l'éclat d'une beauté parfaite, [P. 95] où l'élégance a mis 
toute sa distinction » ?" Et comme il demandait à e Abd 
Allah ben ech-Chamr, qui était présent, s'il n'avait pas 
quelques vers à ce propos, le poète parla ainsi : 

[Tawîl] Peut-on comparer de pauvres petites pierres de 
rubis ou des paillettes d'or à celle qui a plus d'éclat que le 
soleil et la lune, à celle dont la main divine avait, il y a si 
longtemps, créé la beauté, antérieurement à toute autre 
création ? Quelle œuvre magnifique que celle de Dieu créant 
une perle au regard de laquelle toute autre, maritime ou 
terrestre, n'est rien ! 



(1) On retrouve cette anecdote ainsi que la suivante et les vers qui 
en font partie, dans le Machmua, p. 136 ; cf. Hollat, p. 62, et Makkari, 
i, 224 et 225. Notre auteur ne' rappelle pas ce que nous savons par 
d'autres sources, que cette favorite cupide tenta d'empoisonner son 
maître et amant; voir entre autres Dozy, Mus. rf'Esp., h, 96 et 126. 



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-151 - 

Ces vers plurent à l'émir, qui en témoigna une joie 
exubérante et improvisa lui-môme ceux que voici : 

[Tawil] Ta poésie, ô Ibn ech-Chamr, efface toute autre, 
dépasse l'imagination, l'intelligence et le souvenir. Une fois 
perçue par l'oreille, elle porte au cœur un charme ravissant 
et plus puissant qu'aucune magie. Le Miséricordieux a-t-il, 
dans tout ce qu'il a créé, fait rien de plus réjouissant que 
les charmes d'une vierge, sur les joues de laquelle on voit 
le jasmin surmonté de la rose ? tel un jardin richement 
pourvu de fleurs et disposé en plates-bandes. Que ne puis-je 
librement disposer de mon cœur et de mon œil pour en 
orner son cou et sa poitrine ! 

11 fit ensuite donner à Ibn ech-Chamr une bourse 
contenant cinq cents dinars, et le poète, la plaçant sous 
le bras de son esclave, s'en alla. Ce dernier, quand ils 
furent hors de la présence de l'émir, interrogea Ibn ech- 
Chamr : « Où sont les jouissances de la vie? — Sous ton 
bras », dit le poète <*). 

Le poète El-Ghazâl ( 2 ) s'étant présenté chez Fémir, ce- 
lui-ci dit: 

[Kàmil] El-Ghazâl (ou la gazelle) s'est présenté dans sa 
beauté et son élégance. 

Le vizir disant au poète de répondre à l'éloge que 
l'émir venait de commencer, El-Ghazâl parla ainsi : 



(1) Le Machmua donne pour ces derniers mots une autre leçon, et 
partant un sens entièrement différent. 

(2) Il est question de ce poète, nommé YahVa ben el-ITakam Bekri, 
dans Makkari, i, 629, et dans Dhabbi, éd. Codera, n° 1467. 11 fut en- 
voyé par le khalife comme ambassadeur tant à Constantinople qu'au- 
près du roi des Normands, voir Recherches } 3* éd., u, 267. 11 mourut 
en 250, à 94 ans. 



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- 152 - 

[Kdmil] L'émir vient de dire en plaisantant « El-Ghazâl 
s'est présenté dans sa beauté et son élégance. » Où donc est 
l'élégance d'un homme plus que septuagénaire ? [P. 96] Son 
élégance, c'est celle d'un homme que les ravages du temps 
ont broyé dans leur étau, dont ils ont transformé la fraî- 
cheur en usure, dont ils ont fait disparaître tout l'éclat du 
visage. 

Ainsi débute cette pièce, qui compte un grand nombre 
de vers. 
c Abd er-Rahmàn décrit ainsi le fonctionnaire révoqué : 

[Tawll] Cet homme, sitôt révoqué, recouvre la raison dont 
il ne iouissait plus au temps de son pouvoir ; on voit sa 
figure, si renfrognée quand il avait l'autorité, perdre avec 
celle-ci cet aspect repoussant. 

Au bas de la requête par laquelle un fonctionnaire 
demandait un poste élevé et au-dessus de ses capacités, 
il écrivit ces mots : « A celui qui ne sait pas bien ce qu'il 
peut demander, mieux vaut opposer un refus (*). » Bien 
d'autres traits analogues prouvent son talent. 

Khalifat de Mohammed ben 'Abd er-Rahmân ben el-H'akam 

Il portait le prénom d'Aboû c Abd Allah et naquit d'une 
femme du nom de Boheyr en dhoû'l-ka c da 207 (mars- 
avril 823). Ses vizirs et généraux furent au nombre de 
douze ; il eut deux chambellans, Ibn Ghoheyd et Ibn Aboû 
c Abda ; ses secrétaires furent au nombre de trois, c Abd 
el-Melik ben Omeyya, H'àmid ben Mohammed Zedjâli^ 



(1) Ce trait est rapporté presque dans les mêmes termes par le 
Machmua, 139 ad f., et par V'Ikd, n, 366. 

(2) Il est parlé de lui par Ibn el-Koutiyya (f. 35 du ms) et par Mak- 
kari, (n, 392 et 393). 



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- 153 — 

et Moùsa ben Abàn ; ses kâdis furent Ahmed (*) ben Ziyàd, 
puis c Amr ben c Abd Allah connu sous le nomdeK'ob c a< 2 ) 
et ensuite Soleymân ben-Aswad Ghâfik'i'O). Les mots 
« c'est en Dieu qu'a confiance Mohammed, c'est à lui 
qu'il est attaché » formaient l'inscription de son sceau. Il 
avait le teint clair et coloré, était de petite taille, avait 
la tête peu développée et une barbe abondante ; il faisait 
usage de henné et de keiem. Il eut trente-trois fils et 
vingt-une tilles. Il avait trente ans et cinq mois lors de 
son intronisation, le jeudi 4 rebi c n 238 (23 sept. 852), et 
il mourut le jeudi 28 çafar 273 (4 août 886) à l'âge de 
soixante-cinq ans et quatre mois, après un règne de 
trente-quatre ans dix mois et vingt jours. 

Dans Tannée où il monta sur le trône W, les Tolédans 
se soulevèrent et emprisonnèrent leur gouverneur, qu'ils 
ne consentirent à rendre à la liberté [P. 97] que quand 
leurs propres otages, en résidence à Cordoue, eurent été 
relâchés» 

En 239 (12 juin 853), El-H'akam, fils de l'émir c Abd 
er-Rahmân, commanda l'expédition d'été dirigée contre 



(1) Je crois qu'il faut lire Mohammed avec Ibn el-Koùtiyya (f. 30 
v du ms) ; on trouve d'autre part un Mohammed ben Ziyàd Lakhmi 
qui a exercé les fonctions de kàdi sous 'Abd er-Rahmân ben H'akam 
(Ibn el-Faradhi, n' 1096 ; Dhabbi, n« 120). 

(2) Un article lui a été consacré par Ibn el-Faradhi (n° 936) ; les 
circonstances où il fut révoqué sont relatées par Ibn el-Koùtiyya 
(f. 30 v. du ms). 

(3) Ce personnage était le neveu de Sa'îd ben Soleymân, qui fut le 
premier kàdi nommé à Cordoue par l'émir Mohammed ; lui-même 
exerça ces fonctions à deux reprises (Ibn el-Kouliyya, f. 31 du ms ; 
Ibn el-Faradhi, n» 547). 

(4) Notre texte est muet sur les intrigues menées par Taroùb pour 
donner le trône à son lils 'Abd Allah ; il eu est longuement parlé, 
notamment par Ibn el-Koùtiyya (f. 32 v" et s. ; voir Dozy, Mus <I'E$p., 
il, 126 et 151). 



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- 154 - 

Tolède; il alla camper à Calatrava, que ses habitants 
avaient évacuée par peur des Tolédans, en fit recons- 
truire les fortifications et y réinstalla les fugitifs. 

En la même année, Ternir Mohammed envoya contre 
SindolaM des troupes confiées à K'âsim ben el-'Abbâs 
et Temmàrn ben Aboû'l- c At't'àf, ce dernier commandant 
de la cavalerie. Ces chefs étaient campés à Andujar, 
quand ils furent surpris par une embuscade qu'avaient 
préparée les Tolédans; le combat qui s'engagea fit de 
nombreuses victimes, mais ces deux chefs furent mis en 
déroute et leur camp fut pillé. C'est à propos de ce 
combat, qui eut lieu en chawwâl (mars 854), que Çafwân 
ben el- c Abbâs, frère de K'âsim, a dit: 

[Ramai] El-K'âsim un jour a lâché dans le k'aramlt' (ai- 
guille aimantée) un pet dont sont morts tous les poissons de 
l'Océan (2). 

En moharrem 240 (juin 854), l'émir Mohammed en 
personne marcha contre Tolède ; ce qu'apprenant, les 
habitants de cette ville députèrent à Ordono [i], fils d'Al- 
fonse et' roi de Galice, pour demander son aide, et ce 
prince leur envoya son frère Gaton( 3 )à la tête de nom- 
breuses troupes chrétiennes. Quand l'émir Mohammed, 
qui était déjà près de Tolède, apprit ce qui se passait, il 



(1) C'est ainsi que le nom du chef Tolédan est prononcé par Dozy, 
Mus. d'Esp.y h, 161. 

(2) Cela revient à notre « faire beaucoup de bruit pour rien ». Voir 
sur ces vers le Glossaire du Bayân et le dictionnaire Dozy. Il est parlé 
sommairement des événements de 239 dans les Annales, p. 231 ; lbn 
Khaldoun, iv, 130, etc. 

(3) Il était comte de Bierzo, mais aucun document latin ne permet 
d'affirmer qu'il fût frère d'Ordono I. 



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^- 155 — 

eut recours à la ruse et arrêta son plan : rangeant son 
armée en ligne de bataille, il mit des troupes en embus- 
cade proche du Guadacelete, puis dressant ses machines 
de guerre il s'avança à la tête d'un faible corps d'armée. 
A cette vue, les Tolédans informèrent aussitôt le chré- 
tien ( e ildj) du petit nombre des assaillants, et celui-ci 
organisa avec empressement la sortie, comptant bien 
profiter de l'occasion pour remporter la victoire et faire 
dubutin. Maisquand la mêlée eut commencé, "les troupes 
placées en embuscade sortirent de droite et de gauche, 
les cavaliers s'élancèrent sans relâche les uns après les 
autres, formant des nuées qui couvraient l'ennemi, de 
sorte que chrétiens et Tolédans mis en déroute furent 
passés par les armes, ou tranchés par l'épée ou trans- 
percés par la lance, car Dieu les livra presque tous à la 
mort et les anéantit. [P. 98] On ramassa sur !e champ 
de bataille et dans les environs huit mille têtes qu'on 
amoncela et qui, par leur juxtaposition, formèrent une 
colline du haut de laquelle les musulmans poussèrent 
des cris proclamant la grandeur et l'unité divines, louè- 
rent le Seigneur et lui témoignèrent leur reconnaissance". 
L'émir Mohammed expédia la plupart de ces têtes à Cor- 
doue, sur le littoral et aussi sur le littoral africain. Le 
nombre total des ennemis disparus à la suite de cette 
affaire, qui eut lieu en moharrem (juin 854), monta à 
vingt mille W. 

En 241 (22 mai 855), l'émir Mohammed installa de 
sérieuses garnisons, ainsi que de la cavalerie, à Cala- 



(1) Voir sur cette affaire Annales, p. 232 ; Mue. d'Esp., n, 162 ; 'Ikrf, 
n, 367; Ibn Khaldoun, iv, 130. 



A-* 



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-r- 156 - 

trava el à Talavera, et y nomma en qualité de gouver- 
neur Hârith ben Bezî'd). 

En la même année il fit renouveler les broderies de la 
grande mosquée de Cordoue et parfaire les sculptures. 

Il procéda à des levées de troupes avec lesquelles il 
pénétra jusqu'au fond du pays d'Alava, et conquit de 
nombreux châteaux-forts sur les chrétiens. 

En 242 (10 mai 856), Moûsa ben Moûsa( 2 >, se confor- 
mant à Tordre envoyé par Ternir, leva des troupes dans 
les provinces frontières, et, s'avançant contre Barcelone, 
établit un camp dans cette ville. Au cours de cette cam- 
pagne il se rendit maitre, à Textrémité la plus reculée 
de la province de Barcelone, du château de TarràtTa 0), 
et le quint en provenant fut employé à agrandir les dé- 
pendances de la grande mosquée de Saragosse, qui avait 
été fondée et dont le mihrâb avait été élevé par H'anech 
Çan'âni, l'un des successeurs immédiats (tâbi c ) des Com- 
pagnons du Prophète. 

En la même année, Mohammed fit bloquer Tolède par 
des troupes à la tête desquelles était son fils El-Mondhir, 
qui anéantit tous les vivres des environs. 

En 243 (30 avril 857), un échec important fut infligé aux 
Tolédans. Ils marchaient contre Talavera, et Mas c oûd 
ben c Abd Allah el-*arîfM t officier qui commandait en 



(1) Ce personnage est bien vraisemblablement le même que le 
Hàrith ben Yezîgh des Annales, p. 218. 

(2) Ce général était gouverneur de Tudèle (ci-dessus, p. 141; Annales, 
218 et 232; cf. Ibn el-Koutiyya, f. 42 du ms.). 

(3) Il faut probablement lire Tarràdja, c'est-à-dire Tarrega, sur la 
route de Lérida à Barcelone (Annales, 233) ou Tarrasa, au N. de 
Barcelone (Doletin de la R. Ac, t. 33, p. 34 et 36). 

(4) 'Arîf, dont le sens n'est pas nettement précisé, désigne un offi- 
cier ou fonctionnaire d'un certain grade. Cf. Annales, ib. 



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- 157 - 

cetle ville, organisa une sortie contre eux après avoir 
organisé une embuscade; il en fit un grand massacre et 
envoya à Cordoue sept cents têtes provenant des vic- 
times. 

En 244 (19 avril 858), l'émir en personne marcha contre 
les Tolédans "dont le nombre avait diminué et dont 
l'ardeur s'était émoussée par suite de leurs échecs répé- 
tés et des malheurs qui les avaient frappés". On ne se 
battit que sur le pont, et alors, d'après le plan conçu par 
l'émir, les plus habiles architectes et ingénieurs réali- 
sèrent une ruse dont les Tolédans ne se doutèrent pas: 
pendant que ceux-ci étaient engagés sur le pont, les 
soldats de Mohammed ayant battu en retraite, [P. 99] 
le pont, qui était miné, s'abîma, entraînant dans le fleuve 
les guerriers qu'il portait et qui se noyèrent jusqu'au 
dernier. Ce fut là l'une des plus terribles épreuves dont 
Dieu les frappa W. 

En 245 (8 avril 859), les Tolédans demandèrent l'am- 
nistie, qui leur fut accordée par le prince, et qui fut la 
première. 

En la même année, les Madjoûs( 2 > reparurent avec 
soixante deux bâtiments du côté du littoral ouest; mais 
ils trouvèrent la mer gardée par des vaisseaux mu- 
sulmans qui croisaient du littoral de France. à celui 
de Galice. Deux des bateaux ennemis s'étant avancés 
n'échappèrent pas à la vigilance des nôtres, qui les 



(1) Cf. Mus. d'Esc., h, 169. Les Annales ne parlent pas de ce désastre. 

(2) Ce passage concernant les Normands a été traduit par Dozy 
(Rech. y n, 291 : 3* éd., 279); ce savant adopte la date de 244. Cf. 
Annales, p. 234. Sur l'identification des Madjoûs avec les Roùs ou 
Russes, voir Westberg, Beitraege zur Klaerunrj or. Quellen ùher 
Osteuropa, p. 232 du Bull, de l'Ac. des Se. de St-Pëtersbourg, 
nov. 1899. 



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- 158 - 

rejoignirent sur la côte de la province de Béja et les 
enlevèrent avec leur chargement composé d'or, d'argent, 
de captifs et d'approvisionnements. Le reste de la flotte 
des Madjoûs, côtoyant le littoral, arriva à l'embouchure 
du fleuve qui arrose Séville. L'émir mit en campagne ses 
troupes commandées par le chambellan c Isa ben el- 
H'asan, et la population le rejoignit de toutes parts. De 
l'embouchure du Guadalquivir, la flotte ennemie se porta 
vers Algéziras, où elle débarqua, se rendit maîtresse de 
cette ville et y incendia la grande mosquée ; de là elle 
gagna le littoral septentrional de l'Afrique et s'y livra à 
tous les excès; puis elle revint du côté de TEspagne et 
se concentra vers le littoral de Todmîr, pour ensuite 
arriver jusqu'au fort d'Orihuela. Ces barbares remontè- 
rent ensuite en France, où ils hivernèrent W en y enle- 
vant des enfants et se livrant au pillage ; ils y conquirent 
une ville qu'ils habitèrent et qui porte encore leur nom. 
Après quoi ils revinrent vers le littoral de la mer d'Es- 
pagne, mais plus de quarante de leurs bâtiments avaient 
disparu. La flotte de l'émir Mohammed s'avança contre 
eux et en enleva, sur le littoral de Sidona, deux riche- 
ment chargés ; le reste des vaisseaux ennemis s'éloigna. 
En 246 (28 mars 860), l'émir Mohammed confia à Tun 
de ses officiers le commandement d'une expédition diri- 
gée contre Pampelune, plus considérable qu'aucune au- 
tre antérieure par le nombre de ceux qui y participaient, 
par le soin donné aux approvisionnements, par l'aspect 
imposant de l'ensemble. Or Garcia [ben Iiiigo] était alors 
en querelle avec Ordoiio, [P. lOOj roi de Galice, et 



(t) Dans Tile de Camaria, la Camargue actuelle, d'après Prudence 
(ap. Dozy, 1. 1.). 



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- 159 - 

notre général subjugua le territoire de Pampelune, qu'il 
traversa dans tous les sens pendant trente-deux jours, 
ruinant les habitations, détruisant les arbres, conquérant 
les bourgades et les châteaux-forts. Il se rendit entre 
autres maître du fort de R'achtiH 1 ); il y lit prisonnier 
Fortoûn ben Garcia surnommé El-Ank'ar (le borgne), 
qu'il emmena à Cordoue, où ce prince resta environ 
vingt ans emprisonné, puis fut renvoyé par l'émir dans 
son pays. Fortoûn vécut cent vingt-six ans* 2 ). 

En 247 (17 mars 861), dit Er-Râzi, Mohammed ben es- 
Selim envahit le territoire ennemi, alors qu ,f Abd Allah 
ben Yah'ya était gouverneur de la province frontière^). 
Moûsa ben Moûsa ayant écrit une lettre où il dépeignait 
ce qu'avaient souffert ce gouverneur et les gens de ce 
pays lors de l'invasion de la Galice ainsi que les mal- 
heurs qui les avaient frappés, demanda qu'on pénétrât 
en territoire ennemi par une autre route, et sa requête 
tut exaucée. 

En 248 (7 mars 862), Moûsa ben Moûsa partit en cam- 
pagne contre Ibn Sâlim, qui était à Guadalaxara; il reçut 
une blessure qui l'empêcha de monter dorénavant à che- 
val, et des suites de laquelle il mourut la même année W. 

En 249 (24 fév. 863), e Abd er-Rahmân, fils de l'émir, 
marcha contre les forts du pays d'Alava en compagnie 



(1) Peut-être Carcastel, d'après Fernandez Gonzalez. Cf. Annales, 236. 

(2) Ce chiffre de 126 se retrouve dans Rodrigue de Tolède ; Ibn el- 
Athir dit 96. 

(3) C'est contre Barcelone que cette expédition parait avoir été 
dirigée (Annales, 240). 

(4) Voir Dozy, Recherches, 3' éd., i, 215. Ibn el-Koutiyya donne au 
gouverneur de Guadalaxara le nom de Izràk ben Menti (?). 



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- 160 - 

du général c Abd el-Melik ben el-'Abbâs.W; il s'en rendit 
maitre, y massacra les hommes et démantela les fortifi- 
cations ; il parcourut dans tous les sens les plaines de 
cette région, y coupant les arbres et y ravageant les 
champs cultivés. Ordoïio, fils (^'Alphonse, envoya son 
frère au passage le plus resserré du col pour couper la 
route aux musulmans. Mais c Abd el-Melik arriva au col 
et combattit victorieusement les ennemis, qu'il mit en 
déroute et qui se dispersèrent. Ensuite arriva le reste 
des troupes et une cavalerie innombrable surgit de toutes 
parts. La résistance des infidèles fut des plus acharnées, 
mais ils finirent par être battus et Dieu livra leurs dos à 
nos épées, de sorte qu'il en fut fait un grand massacre. 
Dix-neuf comtes, qui sont les principaux de leurs offi- 
ciers, mordirent la poussière. 

En 250 (13 fév. 864), la makçoûra (tribune) de la grande 
mosquée de Cordoue fut achevée. L'émir Mohammed fit 
faire des constructions considérables dans le grand 
palais et les jardins qui y sont joints. Cette année-là 
il ne fut pas entrepris de campagne; on se contenta des 
résultats de l'année précédente [P. 101] et on laissa 
les troupes se reposer. 

En 251 (2 fév. 865), on fit encore campagne contre le 
pays d'Alava. Voici le récit de la déroute d'El-Markewîz, 
que Dieu confonde M ! c Abd er-Rahmân ben Mohammed^ 



(1) Cette campagne n'est l'objet que d'une brève mention dans les 
Annales, p. 241 ; il n'en est parlé, dans le règne de Mohammed, ni 
par Makkari ni par Ibn Khaldoun. 

(2) 11 semble que cette imprécation soit de trop; à moins que Mar- 
kewîz ne désigne à l'origine soit un homme soit une dignité. On 
trouve aussi l'orthographe Markexcîn (Dozy, Corr. f 42 ; Annales, 242). 

(3) Ce fut El-Mondhir qui, d'après Ibn el-Athîr, Ibn Khaldoun et 
Makkari, dirigea cette expédition. 



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— 161 — 

commença par pousser en avant et s'établit sur le Douro, 
où il organisa les troupes qui vinrent de toutes parts l'y 
rejoindre ; de Jà il porta son camp au défilé de BerdhichW, 
s'empara des quatre forts qui le défendent, fit main-basse 
sur tout ce qu'ils renfermaient et les ruina; après quoi, 
se transportant de part et d'autre dans toutes les direc- 
tions, il ne laissa aucune demeure ou localité debout, 
détruisant et brûlant tout. Grâce à ce procédé systéma- 
tiquement suivi, il ne resta plus intact un seul des 
chàteaux-forts appartenant à Rodrigue, prince des Forts 
[d'Alava], à Ordonof?) prince de Toûk'a, à Ghandechelb, 
prince de Bordjial 2 ), à Gomez, prince de Mesâneka* 3 ). 
c Abd er-Rahmân se dirigea ensuite contre El-Mellâh'aW, 
qui était l'un des plus grands districts obéissant à Ro- 
drigue ; il en ravagea tous les environs et fit disparaître 
jusqu'aux traces du (chef-lieu). 

Après avoir accompli ces exploits, il songea à sortir 
delà par le défilé d'El-Markewiz. Il s'en était détourné 
[pour camper], quand Rodrigue, s'avançant à la tête de 
ses troupes et des levées auxquelles il avait procédé, 
installa son camp près du fossé avoisinant El-Markewîz, 
fossé dont, depuis plusieurs années, il s'était occupé de 
rendre les abords des plus difficiles à l'aide de travaux 



(1) Une localité de ce nom figure parmi les dépendances de Car- 
mona, d'après le Merâcid (i, 142 ; iv, 299); mais Edrisi ne la men- 
tionne pas. Il ne peut d'ailleurs être ici question de cet endroit. 

(2) Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs : Fern. Gonzalez prétend 
que c'est Burgos, mais le nom de cette ville s'écrit ^j£*y> • Je -crois 
qu'il s'agit de Borja d'Aragon. 

(3) Peut-être San Cosme de Mayanca, en Galice (F. Gonzalez) ; cf, 
ci-dessous, p. 319 du texte arabe. 

(4) Je n'ai pas retrouvé ailleurs ce nom, qui est employé deux fois 
par Edrisi, mais à propos d'autres régions. 

11 



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- 162 - 

exécutés par corvées: séparé de la montagne et muni 
d'un talus élevé, il était infranchissable. e Abd er-Rahraân 
ben Mohammed installa son camp sur l'Ebre, et le général 
e Abd el-Melik rangea les troupes en ordre de bataille, 
tandis que les chrétiens prenaient également leurs dis- 
positions, et installaient des troupes en embuscade sur 
les deux flancs du défilé. Les musulmans attaquèrent les 
chrétiens de front, et une mêlée acharnée commença; 
mais les nôtres se battirent de telle sorte que leurs en- 
nemis, découvrant le fossé, se retirèrent sur une colline 
voisine. Alors c Abd er-Rahmân fit installer sa tente et 
donna aux soldats Tordre d'en faire autant et de dresser 
le camp. Après quoi les nôtres réattaquèrent vigoureuse- 
ment les chrétiens, dont Dieu frappa la face [P. 102] et 
dont il nous livra les épaules, de sorte qu'il en fut fait un 
horrible massacre et que quantité de prisonniers restè- 
rent entre nos mains. Le reste s'enfuit sans s'arrêter vers 
la région d'El-AhzoûnW et dut se jeter dans l'Ebre sans 
pouvoir chercher un passage guéable, si bien qu'il s'en 
noya une quantité. Le carnage dura depuis l'aurore du 
jeudi 12 redjeb (9 août 865) jusqu'à midi, et nos troupes, 
grâce à l'aide divine, sortirent saines et sauves de cette 
affaire. Quand le massacre avait commencé, quelques 
bandes avaient pu se réfugier dans des lieux abrupts 
et dans des fourrés ; mais elles n'échappèrent pas aux 
poursuites et à la mort. Le fossé fut détruit et comblé, 
de sorte que les musulmans purent le franchir commo- 
dément et sans danger. Dieu accorda aux musulmans 
une insigne faveur en leur permettant de remporter 
cette brillante et importante victoire ; louange soit au 



(1) Seul passage, à ma connaissance, où ce nom ligure. 



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— 163 — 

Maître des mondes ! Le nombre des têtes qui furent réu- 
nies à la suite de cette affaire fut de vingt mille quatre 
cent soixante-douze. 

En 252 (22 janv. 866), e Abd er-Rahmân, fils de l'émir 
Mohammed, dirigea une campagne contre le pays d'Alava ; 
il en combattit les habitants et ruina leurs champs, qu'il 
laissa dans le plus pitoyable état. Ces gens étaient d'ail- 
leurs réduits à-la plus extrême faiblesse, et ils ne purent 
tenter aucune résistance d'ensemble à raison des gran- 
des pertes en hommes et en biens qu'ils avaient faites 
Tannée précédente. 

En 253 (11 janv. 867), El-H'akam, fils de l'émir Moham- 
med, dirigea une expédition contre Djernîk' (Guernica); 
après avoir ravagé le territoire' ennemi, il mit le siège 
(levant le fort de ce nom et finit par l'emporter de vive 
force. 

En cette année l'Espagne eut beaucoup à souffrir d'une 
disette qui se prolongeât*). 

En 254 (1 er janv. 868) l'émir Mohammed, feignant d'or- 
ganiser des préparatifs contre Tolède, marcha dans la 
réalité contre Mérida, où se trouvait un groupe de révol- 
tés^). Sortant de Cordoue et faisant quelques étapes 
dans la direction de Tolède, il se détourna ensuite du 
côté de Mérida, sous les murs de laquelle il dressa son 
camp. Les habitants, qui se croyaient en sûreté et 
n'avaient pas pris de précautions, se défendirent pendant 
quelques jours sans sortir de la ville ; puis le prince 



(1) Sur la prise de Guernica et sur la disette qui sévit quatre ans, 
cf. Annales, p. 243. 

(2) Ils avaient pour chef 'Abd er-Rahmàn ben Merwàn Djâliki ; voir 
Annales, p. 243 ; Ibn el-Koûtiyya, f. 37 et s. du ms ; Dozy, Mus. 
d'Esp., u, 183 ; Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 131 ; Dhabbi, n° 1045, etc. 



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— 464 — 

assaillit le pont, qui fut énergiquement défendu, mais 
dont il se rendit maître et dont il fit détruire une pile, 
ce qui amena la soumission des assiégés, [P. 103] 
sous condition du départ de leurs cavaliers, qui étaient 
alors c Abd er-Rahmân ben Merwân, Ibn Chàkir, Mek- 
h'oûl et autres guerriers d'une bravoure et d'un héroïsme 
reconnus. Ces chefs et autres de leur rang allèrent vivre 
à Cordoue avec leurs femmes et leurs enfants. .L'émir 
donna à Sa e id ben c Abbâs Korachi le gouvernement de 
Mérida, qu'il fit démanteler et dont il ne laissa subsister 
que la Kaçba pour servir de logement aux gouverneurs. 

En 255 (20 déc. 868), El-H'akam, fils de l'émir Moham- 
med, entreprit une expédition contre la ville de Soria. 
Soleymân ben c Abdoûs s'y était proclamé indépendant, 
mais il fut aussitôt attaqué, et les troupes de Ternir, 
entourant la ville, dressèrent leurs machines de guerre 
et ouvrirent une brèche dans les murailles. Soleymân, 
contre qui les habitants se soulevèrent, dut se soumettre; 
il fut emmené et installé à Cordoue par son vainqueur. 

En 256 (9 déc. 869), 'AmroûsW, gouverneur de Huesca, 
trahissant ses serments, s'empara pour son compte de 
cette ville et se livra aux hostilités dans la province 
frontière. L'émir envoya contre lui un corps de troupes 
recruté dans son entourage et suffisamment approvi- 
sionné. Ibn Modjâhid, connu sous le nom d'Et-Todmîri, 
se rendit avec ces soldats à Lérida et y resta. c Abd el- 
Wahhàb benMoghith procéda à des levées dont il donna 
le commandement à V c arîf c Abd el-A c la pour marcher 



(1) Ce personnage paraît être celui dont Ibn el-Athîr dit qu'il se 
soumit en % 259, après être resté plusieurs années en état de rébellion ; 
mais il rappelle *Amr ben 'Amroûs {Annales, 245). 



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- 165 - 

contre Huesca. A cette nouvelle, e Amroûs quitta cette 
ville où était emprisonné Lope ben Zakariyyâ ben e Am- 
roûs, l'un des meurtriers du gouverneur nommé par le 
sultan en cette ville, Moûsa ben Galindo; Lope fut mis 
à mort et (sa tête) exposée sur les remparts. 

En 257 (29 nov. 870), e Abd el-Ghâfir ben <Abd el- c Aziz, 
qui était à Tudèle, s'avança vers la frontière et s'empara 
de Zakariyyâ ben c Amroûs, de ses enfants et de plusieurs 
de ses parents; il les ramena jusqu'à la porte de la ville 
de Saragosse, où il les fit mettre à mort, et emporta 
leurs têtes à Cordoue. 

En 258 (18 nov. 871), il y eut dans la province frontière 
divers mouvements et soulèvements; entre autres Mo- 
t'arrif et Ismâ c il, l'un et l'autre fils de Lope, et Yoûnos 
ben Zenbàt' se saisirent par trahison d' c Abd el-Wahhâb 
ben Moghith, gouverneur de Tudèle, et de son fils 
Moh'ammed, gouverneur de Saragosse, et devinrent 
ainsi les chefs de la province frontière. Le soulèvement 
de Mot'arrif eut lieu en çafar (18 déc. 871), et Ismâ c il 
entra à Saragosse en rebî I (16 janv. 872). 

En 259 (7 nov. 872), Ternir Mohammed en personne se 
rendit à la frontière M; en route il s'arrêta [P. 104] à 
Tolède, où il se fit livrer des otages et accorda aux habi- 
tants l'amnistie pour la deuxième fois en leur imposant 
le versement annuel entre ses mains d'une partie des 
dimes. Ces gens n'étaient pas unanimes dans leurs préfé- 
rences en faveur d'un gouverneur, les uns demandant la 
nomination de Mot'arrif ben c Abd er-Rahmân, les autres 
celle dé T'oreycha. L'un et l'autre furent nommés, et ils 
se partagèrent dans des limites bien convenues et déter- 



(1) Cf. Annales, p. 244. 



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- 166 - 

minées la ville et les cantons qui en dépendent; mais 
ensuite la discorde s'éleva entre eux, car chacun pré- 
tendait avoir Tolède pour soi tout seul, et ce furent ceux 
qui réclamaient l'attribution du pouvoir à T'oreycha ben 
Màsaweyh et la déposition de Mot'arrif qui remportè- 
rent. L'émir Mohammed eut des occasions de rencon- 
trer, aussi bien au cours du voyage proprement dit que 
pendant les arrêts qu'il fit, les signes avant-coureurs de la 
victoire, les prodromes du succès et du secours divin. Il 
parcourut alors la province frontière les armes à la main 
à l'effet de serrer et de réduire les Benoû Moûsa. Puis il 
marcha sur Pampelune, dont il parcourut et ravagea le 
territoire, dont il abattit l'orgueil des habitants. Il re- 
tourna alors s'installer à Cordoue, emmenant avec lui 
quantité de rebelles qui avaient trahi leurs serments et 
occasionné des troubles. Quand il se trouva tranquille, 
il donna l'ordre d'exécuter Mot'arrif ben Moûsa et ses 
fils, mais de rendre à la liberté leur secrétaire, à qui il 
n'avait rien à reprocher; mais quand ce dernier, nommé 
Açbah'i, fut tiré de prison avec ses maîtres, lui pour être 
remis en liberté et eux pour être envoyés au supplice, il 
s'écria : « Eux morts, la vie n'a plus d'attraits pour moi ! » 
et il s'offrit le premier à la main du bourreau. Il fut pro- 
cédé à l'exposition des têtes de ces victimes. 

En 260 (27 octobre 873), El-Mondhir, fils de l'émir 
Mohammed, partit en expédition, avec Hâchim ben c Abd 
el-^AzîzW comme général, contre Saragosse et Pampe- 
lune. Il s'arrêta à Saragosse, y pilla les moissons, en 
anéantit les arbres et les productions et en transporta 



(1) Des articles lui sont consacrés par la Hollat (p. 73) et par 
Dhabbi (n° 1423). 



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- 167 -■ 

les vivres à Huesca; de là il se dirigea contre Pampe- 
lune, dont il parcourut le territoire les armes à la main 
et où il livra tous les vivres à la destruction. 

En la même année sévit dans toute l'Espagne une 
disette qui emporta la plus grande partie de la popula- 
tion m. 

En 261 (16 oct. 874), Ibn Merwân le Galicien m s'en- 
fuit de Cordoue avec les guerriers de Mérida internés 
avec lui dans la capitale, et ils allèrent occuper le fort 
d'AlanjeW, devant lequel l'émir Mohammed mit le siège 
pendant trois mois et où il les serra de si près qu'ils 
durent manger leurs montures; il intercepta leur appro- 
visionnement en eau et se servit des machines de guerre, 
[P. 105] si bien qu'Ibn Merwân dut se soumettre et 
solliciter l'amnistie. Comme il se plaignait de ses charges 
de famille et de la vie difficile qui lui était faite, il obtint 
de l'émir l'autorisation de fixer son séjour à Badajoz, qui 
était alors une bourgade (*); mais ensuite il en sortit et 
abandonna le [parti du prince] < 5) . 

En 262 (6 oct. 875), El-Mondhir ben Mohammed partit 
en expédition contre Ibn Merwân, ayant Hàchim ben 
f Abd el- c Aziz comme général. Ce dernier avait causé la 
fuite d'Ibn Merwân, à qui un jour, se trouvant avec les 



(1) Cette famine est aussi rappelée dans le T. 1, p. 150, dans les 
Annales, p. 246, et dans Ibn el-Koùtiyya, f. 37 du ms. 

(2) 11 s'appelait 'Abd er-Rahmàn ben Merwân ; cf. Annales, p. 252, 
et ci -dessus, p. 163. 

(3) Ou Kal'at el-Hanech, au S. de Mérida (Annales, 252). 

(4) 11 semble que le texte doive être corrigé d'après Ibn Khaldoun 
(iv, 131, 1. 12) et qu'il signifie « qui était alors en ruines ». 

(5) En 261 il y eut aussi à Tacorona une révolte organisée par Asad 
ben el-Hàrith ben Raf (ou ben Bedi' ?) ; voir Annales, 252 ; Ibn Khal- 
doun, iv, 131. 



L. 



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- 168 — 

vizirs, il avait dit : « Un chien vaut mieux que toi ! » puis 
il l'avait fait frapper à la tête et traiter de la manière la 
plus méprisante^). C'est à la suite de ces faits que ce 
chef prit la fuite, de compagnie avec ses partisans, 
ce dont le récit serait long. Or Ibn Merwân avait trans- 
formé en ui) chàteau-fort la ville de Badajoz où il habi- 
tait, et y avait attiré les gens de Mérida et autres indi- 
vidus qui devaient lui servir dans ses méchants pro- 
jets. A la nouvelle qu'une armée marchait contre lui, il 
quitta Badajoz pour se jeter dans le fort de Caracuel, où 
les gens de Mérida se serrèrent autour de lui. De leur 
côté les troupes khalifales installèrent leur camp à proxi- 
mité. Or Hâchim avait envoyé à Monte Salud un corps 
de cavalerie et d'infanterie pour s'emparer de ce poste, 
tandis que Sa c doûn el-Remâri( 2 ) était entré... [lacune] 
avec des secours fournis par les chrétiens, mais en fai- 
sant courir le bruit qu'il n'avait que peu d'hommes avec 
lui. Le gouverneur du fort de Monte Salud ayant prévenu 
Hàchim, celui-ci crut trouver une occasion favorable 
contre Sa e doûn, et quitta aussitôt le camp avec quelques 
cavaliers sans prendre ni dispositions de combat ni 
provisions. Tantôt marchant en plaine, tantôt s'enfon- 
çant dans les montagnes, il se trouva bientôt assez éloi- 
gné du camp et aux prises avec les difficultés. Il fut alors 
attaqué, nombre de ses compagnons furent frappés à 
mort, et lui-même, atteint de plusieurs blessures, fut fait 



(1) Voir le récît de Mas. d'Esp, n, 183 ; cf. Annales, 252. 

(2) Le nom de ce renégat est orthographié Sa'doùn es-Soronbàki 
dans Ibn el-Koùtiyya, f. 37 v°. On retrouve le nom d'homme Soron- 
bâk dans Dhabbi, n* 86. Ibn Khaldoun parle de Sa'doûn es-Sersâk'i 
comme ayant pendant quelque temps fait cauee commune avec Ibn 
Merwàn el-Djàliki (iv, 133, 1. 13 et s., et 1. d.). 



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J*ï 



- 169 - 

prisonnier. La nouvelle de sa captivité fut cause que 
l'émir Mohammed prononça contre lui des paroles de 
blâme, disant qu'il ne devait ce malheur qu'à sa propre 
faute, à son étourderie et à sa précipitation U). Il en- 
voya alors §on fils pour le remplacer. Hâchim tomba 
ainsi entre les mains d'Ibn Merwân, de celui-là même 
qui, captif à Cordoue,. avait été l'objet de ses violences, 
mais qui maintenant le traita généreusement et dont la 
magnanimité se traduisit, non par des représailles, mais 
par des bienfaits. 

En 263 (24 sept. 876), El-Mondhir ben Mohammed se 
mit en campagne et prit la direction de Mérida. A cette 
nouvelle Ibn Merwàn [P. 106] abandonna Badajoz, qui 
fut occupée par El-Welid ben Ghànim, général d'El- 
Mondhir, et dont les demeures furent livrées à la des- 
truction. Le fugitif passa en pays ennemi < 2 ). 

En 264 (13 sept. 877), El-Mondhir attaqua Saragosse, 
dont il ravagea les cultures autant qu'il put; puis il 
marcha contre Tudèle et les régions occupées par les 
Benoû Moûsa ; il les ruina entièrement, et les troupes 
firent des incursions dans tous les environs (3 h 

En la même année, El-Barrà' ben Mâlik pénétra en 
Galice par la Porte de Coïmbre à la tête de recrues 
levées dans l'Ouest de la Péninsule, et ne cessa de la 
parcourir qu'après y avoir détruit tout ce qui y avait de 
la valeur. 

En la même année, Hàchim fut rendu à la liberté. 

En 265 (3 sept. 878), la guerre civile et les troubles 



(1) Voir à ce propos une anecdote rapportée par Makkari, n, 253. 

(2) Cf. Annalesy 252; Ibn Khaldoun, iv, 131. 

(3) Cf. Annales, 254 ; Ibn Khaldoun, l. I. 



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- 470 - 

éclatèrent dans le district de Malaga, à Algéziras et à 
Tacorona. Hàchim entreprit une expédition contre Yah ya 
surnommé El-Djeziri, (qui dirigeait le mouvement) et 
qui, s'étant soumis, fut emmené par son vainqueur à 
Cordoue. 

En 266 (23 août 879), <Abd Allah, fils de l'émir Moham- 
med, se rendit dans le district de Malaga et les environs 
d'Algéziras ; il y éleva divers châteaux-forts et ensuite 
se retira. 

En la même année, l'émir Mohammed fit construire à 
Cordoue des vaisseaux qu'Er-Ro c ayt'i, connu sous le 
nom dlbn Moghith, devait mener dans l'Océan, vu qu'un 
espion avait rapporté que du côté de la mer la Galice 
était dépourvue de fortifications et que lès habitants, 
s'ils étaient surpris par une attaque dirigée de ce côté, 
ne pourraient se défendre. Quand la construction fut 
terminée, le commandement de cette flotte fut confié à 
e Abd el- H'amid ben Moghith ; mais les vaisseaux arri- 
vés en mer se brisèrent tous et se dispersèrent sans 
qu'il fût possible de les réunir. Ibn Moghith put cepen- 
dant se sauver W. 

En 267 (12 août 880), les affaires des châteaux-forts 
bâtis dans les districts de Malaga, de Tacorona et d'Al- 
géziras prirent une mauvaise tournure. 

En la même année commencèrent les troubles suscités 
par c Omar ben Hafçoûn, qui donna bien des ennuis aux 
khalifes et souleva une guerre civile longue et désas- 
treuse^). C'est à cette époque qu'il se souleva contre 



(1) Cf. Annales, 257; Ibn Khaldoun, îv, 131. 

(2) Cf. Annales, 257; Dhabbi, n* 1161 ; Ibn Khaldoun, iv, 132 et 134; 
Ibn el-Koutiyya, f. 38 v ; Mus. d'Esp., il, 190, etc. 



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- 171 - 

l'émir Mohammed dans le district de Malaga, et e Amir 
ben c Amir, qui fut envoyé contre lui, fut mis en déroute 
et perdit sa tente. Ibn H'afçoûn s'en empara et trouva 
ainsi la première grande tente qu'il put dresser. Tous 
les hommes de désordre se joignirent alors à ce rebelle. 
Mohammed rappela c Amir et confia le gouvernement du 
district de Malaga à e Abd el- e Aziz ben c Abbâs, avec qui 
Ibn H'afçoûn fit la paix. [P. 107] La bonne intelligence 
régnait donc entre eux deux, mais à la suite du rappel 
d' c Abd el- c Azîz, Ibn Hafçoûn s'agita de nouveau, et les 
troubles recommencèrent comme auparavant. Alors Hâ- 
chini ben c Abd el- c Aziz se rendit dans ce district pour 
poursuivre ceux qui avaient ouvertement participé à la 
guerre civile, et il se fit livrer des otages par les habi- 
tants de Tacorona en garantie de leur obéissance. 

Parmi les phénomènes qui marquèrent cette année 
figure ce que racontent Ràzi et d'autres. II y eut à Cor- 
doue un violent tremblement de terre, et le vent qui 
s'éleva au moment de la prière du maghreb amena des 
nuages noirs chargés de tonnerre et d'éclairs : six hom- 
mes foudroyés furent précipités sur le dos et il en mourut 
deux ; tout le monde fut jeté le front contre terre et il n'y 
eut que rimâm qui resta debout. Des deux hommes tués, 
qui étaient les plus rapprochés du prince, l'un eut les 
cheveux brûlés, la face et le côté gauche tout noircis, 
l'autre avait le côté droit noirci. Les quatre autres ne 
bougèrent pas tant que rimâm n'eut pas fini, et quand 
on leur demanda la sensation qu'ils avaient éprouvée, 
ils répondirent qu'ils avaient senti le feu passer sur eux 
comme un flot pesant. Les assistants remarquèrent qu'il 
y avait dans la mosquée une odeur de brûlé, mais on ne 
trouva ni sur les parois ni dans le plafond aucune trace 



L. .»—■*. 




- 172 - 

de la foudre. Ce tremblement de terre ébranla les palais 
et les montagnes, et les habitants se précipitèrent des 
maisons dans les champs en adressant d'humbles priè- 
res au Tout-Puissant. De l'aveu général, ce phénomène 
se fit sentir de la mer de Syrie jusqu'aux pays septen- 
trionaux les plus éloignés et jusqu'à l'extrémité des pays 
habités par les chrétiens. 

En 268 (l pr août 881), El-Mondhir ben Mohammed 
ayant comme général Hâchim ben c Abd el c Aziz marcha 
contre les points les plus reculés de la frontière, porta un 
coup à Saragosse et conquit la place forte de Rota ; de là 
il s'avança contre l'Alava, y conquit de nombreux chà- 
teaux-forts et en fil évacuer beaucoup d'autres... [la- 
cune?] dans la crainte de quelque dommage pour ses 
troupes et parce qu'il s'attendait à rester vainqueur (D. 

En la même année les rapports se tendirent entre El- 
Mondhir et le vizir Hâchim ben 'Abd el- e Aziz. 

En 269 (21 juil. 882), dit Râzi, Mohammed ben Omeyya 
ben Choheyd partit en expédition contre les districts de 
Malaga et d'Elvira, où régnaient le désordre et l'insu- 
bordination ; il ramena le calme chez les habitants, 
[P. 108] rétablit la paix et s'occupa de faire descendre 
des montagnes dans les plaines de Malaga et autres des 
Benoû Refà c a et d'autres populations. 

En 270 (11 juil. 883), Mohammed ben Choheyd acheva 
de ramener dans les plaines les Benoû Refâ'a. Au cours 
de sa campagne, il reçut de l'émir Mohammed un avis 
l'informant de faire d v Abd el- c Azîz ben el- c Abbâs le 
gouverneur du canton d'Elvira; il s'en retourna après 
avoir fait cette nomination. 



(1) Cf. Annales, p. 258, où il faut corriger Fertayâna en Barbota- 
nia\ Ibn Khaldoun, iv, 132. 



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- 473 - 

En la même année, Hàchim fit campagne dans le dis- 
trict de Malaga et put faire descendre de 1^ montagne de 
Bobastro (*) «Omar ben H'afçoûn, qu'il emmena à Cor- 
doue. Ce chef y fut installé par Timàm et traité par lui 
de la manière la plus libérale (*>. 

En 271 (29 juin 884J, 'Omar ben H'afçoûn s'enfuit de 
Cordoue et se réfugia dans la montagne de Bobastro, 
L'émir Mohammed s'occupa avec ardeur de le com- 
battre, et ce chef fut, l ? année suivante, serré de près. 

En 272 (18 juin 885)* c Abd Allah, fils de l'émir Moham- 
med, marcha avec Hàchim le général dans la direction 
de l'Ouest où il alla combattre Ibn Merwân, qui était 
dans la montagne d'AcherghiraM. 

H'ayyân ben KhalafW s'exprime ainsi au sujet d' e Omar 
ben H'afçoûn : Ce rebelle, le plus important d'Espagne, 
s'appelle c Omar ben H'afç, et H'afç, connu sous le nom 
de H'afçoûn, était fils d v Omar ben Dja'far ben Chelim 
ben Dhobyân( 5 ) ben Ferghaloûch ben Adfounch, et des- 
cendait de chrétiens convertis du district de Tacorona 
dans la province de Ronda. Le premier converti de cette 
famille fut Dja'far ben Chetim, dont les enfants prati- 



(1) Sur l'emplacement exact de Bobastro, que Simonet retrouve 
dans les ruines de Las Mesas de Villaverde, voir Dozy, Recherches, 
3- éd., i, 32J. 

(2) Sur d'autres faits des années 270 et 271, voir Annales, 260 ; Ibn 
Khaldoùn, iv, 132. 

(3) Comparez Annales, p. 260, sous Tannée 271, et. p. 262 ; Ibn 
Khaldoùn, iv, 132. 

(4) Il s'agit du célèbre chroniqueur plus souvent cité sous le nom 
d'Ibn Hayyàn, qui mourut en 469 ; voir sur lui notamment Pons, 
Knsayo, n* 114.^ 

15) Damyàn dans Ibn Khaldoùn, iv, 134 ; sur cette généalogie, cf. 
Mus. d'Esp., ii, 190 ; texte du Bayân, t. n, p. 48 des notes. 



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- 174 — 

quèrent aussi l'islamisme ; il eut entre autres fils 'Omar 
et e Abd er-Rahmân, et c Omar ben Dja'far devint père de 
H'afçoûn, lequel eut pour fils ce maudit rebelle d' c Omar, 
qui se révolta d'abord contre Ternir Mohammed et qui 
ensuite lut l'instigateur de guerres et de désordres qui 
dépassent tout ce qu'ont jamais lait des révoltés en 
Espagne. Il fit dès l'abord de la place forte de Bobastro, 
l'une des plus inexpugnables de l'Espagne, le siège et la 
capitale de son insurrection. Cela eut lieu en l'année 
dont nous parlons, où, pour la dernière fois, il y remonta 
et, y installant son autorité, il sut se soustraire au pou- 
voir du sultan, si bien que celui-ci dut accepler la situa- 
tion et le laisser tranquille. L'autorité de l'insurgé fleurit 
librement pendant trois règnes successifs des princes 
descendant de Merwân et imâms de la Communauté 
espagnole, dont Mohammed est le premier en date; 
[P. 109] la mort ne l'atteignit que par la main du qua- 
trième, f Abd er-Rahmân en-Nàçir, ainsi qu'il sera raconté 
en détail plus loin. 

En 273 (8 juin 886), El-Mondhir ben- Mohammed ayant 
pour général Mohammed ben Djahwar entreprit une 
expédition contre le canton de Malaga et marcha sur la 
ville d'el-Hàmma (Alhama), occupée par H'ârith ben 
H'amdoûn des Benou Refâ e a, qui prêtait aide à c Omar 
ben H'afçoûn ; les deux alliés se trouvaient alors réunis 
dans cette ville. El-Mondhir établit son camp sous les 
murs d'Alhama, investit complètement la ville et en 
poursuivit l'attaque pendant deux mois. Quand les assié- 
gés furent à bout, ils firent une sortie par la porte de la 
ville pour tenter la fortune, des armes, tandis que leur 
chef se tenait à l'intérieur; mais il reçut plusieurs bles- 
sures et perdit l'usage de sa main, ses compagnons mis 



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- 175 - 

en déroute furent tués ou mis hors de combat, et le reste 
dut rentrer à Alhama. El-Mondhir était tout à la joie de 
son succès quand il apprit que son père l'émir Moham- 
med venait de mourir dans la nuit du mercredi au jeudi 
28 çafar (4 août 886). Ce prince fut inhumé dans le palais, 
mais El-Mondhir put arriver avant ce moment et pro- 
noncer sur lui les dernières prières. 

QUELQUES TRAITS 
ET ANECDOTES CONCERNANT l/ÉMIR MOHAMMED (*). 

Il avait la parole facile et élégante, beaucoup de rete- 
nue, de l'éloignement pour toutes les choses blâmables, 
de l'amour pour la vérité et les gens de bien; il refu- 
sait d'écouter les violents et se détournait des injustes; 
homme intelligent, d un bon naturel et d'une magnani- 
mité louable, il avait l'esprit prompt et clair, et tous ceux 
qui le fréquentaient ou conversaient avec lui reconnais- 
saient son incontestable talent de compréhension et 
d'intelligence des choses, sa subtilité et sa finesse d'es- 
prit, son haut jugement. Il était le plus entendu du 
monde dans le calcul et dans les détails du service, et 
quand il se présentait quelque difficulté de ce côté c'était 
à lui qu'on recourait; si quelque omission était commise 
par les trésoriers ou par ceux qui avaient à établir les 
comptes, elle n'échappait pas à son regard ni à son exa- 
men. Il releva une erreur d'un cinquième de dirhem sur 
un compte présenté par un trésorier et s'élevant à cent 
mille dinars. Il en ordonna la rectification, mais les em- 



(1) Le Machmua et Ibn el-Koùtiyya parlent assez longuement du 
caractère de ce prince ; cf. Annales, 262; Dhabbi, p.. 16 ; Mus. d'Esp., 
il, 158. 



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-176 - 

ployés du service visé eurent beau réunir leurs efforts, 
ils ne purent retrouver cette erreur tant elle était bien 
cachée et d'importance minime, et, avouant leur impuis- 
sance, ils remirent le compte à l'envoyé du prince en 
avouant qu'ils ne pouvaient découvrir Terreur. Mais 
l'émir retrouva l'endroit où elle avait été commise, 
[P. 110] et elle portait bien sur un cinquième de 
dirhem. 

Hâchim ben e Abd el- c Aziz a dit ceci : « L'émir Moham 
med était plus que qui que ce soit intelligent, rempli de 
discernement et ayant le jugement le plus net. Quand il 
nous consultait, chacun faisait de son mieux pour parler 
et donner une solution : si nous voyions juste il approu- 
vait, mais si quelque chose laissait à désirer, il argumen- 
tait contre le point faible et l'exposait avec une netteté 
telle que nulle intelligence ne trouvait rien à y corriger 
.ou critiquer. » 

On rapporte encore qu'il dit un jour à Hâchim en refu- 
sant d'approuver comme insuffisamment étudiée une 
affaire que ce chef lui proposait: « Sache, Hâchim, qu'en 
agissant précipitamment on s'expose aux chutes, et que 
si nous suivions tes fausses démarches, si nous prê- 
tions l'oreille à tes avis erronés, nous serions tes asso- 
ciés dans la chute et les complices de ta précipitation; 
doucement donc, va lentement, car si tu vas trop vite on 
te rendra la pareille! » D'esprit réfléchi et grave comme 
il était, il remplissait son devoir à l'égard de ses clients 
et de leurs enfants, et nul ne trouvait à reprendre dans 
leurs actes sans qu'il écoutât ou fît écouter la plainte. 

Comme il avait donné le poste de secrétaire (kâtib) à 
<Abd el-Melik ben c Abd Allah ben Omeyya par bienveil- 
lance et pour lui constituer un traitement, il lui adressa 



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- 17? - 

un jour une réponse où il disait : « Nous te connaissions 
et nous n'avons rien fait sans savoir ce que tu valais, 
mais nous avons agi par bienveillance et pour te consti- 
tuer un revenu ; nous te permettons donc de recourir à 
des secrétaires qui soient bien au courant des affaires. 
Choisis-en qui soient de confiance et sur qui tu puisses 
té reposer; nous-raême nous t'aiderons en surveillant 
tes livres et en te dirigeant jusqu'à ce que tu sois au 
courant et en état de faire le seîvice. » L'obtention de ce 
poste élevé provoqua contre e Abd el-Melik la jalousie de 
ceux qui se voyaient, à raison de leurs connaissances, 
mieux qualifiés pour remplir ces fonctions, et il se trouva 
ainsi exposé à des attaques dont les plus vives furent 
celles de Hâchim ben e Abd el- e Azîz, qui faisait mousser 
ses bévues, relevait ses erreurs et exposait son insuffi- 
sance. Mais l'émir Mohammed, d'esprit pénétrant comme 
il était, négligeait ces attaques, et il les supporta long- 
temps; puis un jour il fit appeler Hâchim et lui parla 
en ces termes: « Il y a longtemps que toi et les autres 
fonclionnaires vous accablez ce secrétaire de reproches 
touchant son ignorance et son insuffisance. Or nous lui 
avons adjoint des subordonnés pour l'aider et faire la 
besogne à sa place. Pour notre service et pour les places 
qui dépendent de nous, nous ne faisons qu'en continuer 
Fattribution dans les conditions où y furent nommés à 
l'origine ceux qui en étaient dignes. Si nous ne rempla- 
çons pas vos pères par vous, [P. 1 1 1] que nous ne vous 
remplacions pas par vos fils, pour qui nous montrerons- 
nous bienveillants, sur qui placerons-nous nos bienfaits? 
Sera-ce sur les fils des chaufourniers, des bouchers et 
autres gens semblables ? C'est toi qui devrais le plus 
pousser dans ce sens et redresser l'opinion à cet égard,: 

12 



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puisque tu espères qu'il en sera ainsi pour tes enfante et 
tes descendants ! » Hâchim alors, reconnaissant tout ce 
qu'il devait au prince, se mit à lui baiser les pieds et 
les mains. 

. Il était recherché et aimé en tous pays. Mohammed ben 
Aflah, prince de Tâhert, ne prenait ou n'ajournait aucune 
détermination, ne résolvait aucune difficulté que d'après 
son avis et ses ordres (*); de même les Bénoû Midrâr à Sid- 
jilmâssa. Ferdinand, roi de France, [Charles le Chauve?], 
appréciait hautement son intelligence et lui envoyait des 
présents et de riches cadeaux. C'est ce Ferdinand qui fit 
f^ii*e une figure de Jésus pesant trois cents livres d'or 
fin, entourée de rubis et d'émeraudes, et portée stirun 
pied [koursi] d'or pur également incrusté de rubis et d'é- 1 
meraudes. Quand cette image fut achevée, il se prosternai 
devant elle et en fit faire autant à tous les habitants de 
son pays, ce qui eut lieu v à cette époque ; après quoi il eri 
fit don au préposé à l'Eglise d'or, à Romet 2 ). 

Mohammed soignait les intérêts de son -peuple et veil- 
lait à ses commodités; c'est ainsi qu'il dispensa les Cor* 
doiians de la charge des levées militaires et du service 
obligatoire. D'après Ibn H'ayyàn, le nombre des cava- 
liers destinés à former l'expédition d'été dirigée contre 
la Galice et commandée "par c Abd er-Rahmân, fils du 



(1) Ibn el^Koùtiyya (f. 39) se borne à une allusion aux liens d'ami- 
tié qui unissaient les princes 4 de Tàhert. aux Omeyyades. Notre com- 
pilateur, dans le t. i, n'en parle pas (p. 282 et s.) ; cf. de.Goeje, Ja- 
kubi, p. 102. 

(2) « Interea Karolus rex sancto apostolo optulit purissimo auro et 
gemmis constructam ve,stem, habentem gemmas prasinas, hiacinthi^ 
nas et albas » (Duchesne, Liber pontificaHs, h, 161 ; une note de 
l'éditeur fait remarquer que le Charles en question doit être Charles 
le Chauve, l'événement dont il s'agit étant de 864 ou postérieur). 



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— 179 — 

•priace, se décomposait ainsi : le canton d'Elvirâ enfoui^ 
nit 2900 ; Jaën, 2200; Cabra, 1800; Bâgha (Priego), 900i; 
Tacorona, 297 ; Algéziras, 290 ; Ecija, 1200 ; Carmôna, 185>; 
Sidona, 6790; Malaga, 2600; Fah'ç el-BalIôût', 400; Mo* 
ron, 1400; Todmîr, 156; Rovina, 106; Calatrava et Ourît 
<Of etb),387. Il faut à cela ajouter le nombre,resté inconnu?, 
-des Gordouans qui participèrent également à cette expé- 
dition. Tel fut le total des guerriers qui accompagnè- 
rent e Abd er-Rahmân postérieurement à la suppression 
[F. 1 12] de la charge qui avait incombé jusque là aux 
habitants de Cordoue, des districts ;qui en dépendent, 
etc. Mohammed les déchargea de l'obligation, chaque 
année renouvelée, de fournir des recrues destinées aux 
expéditions d'été dirigées contre les pays chrétiens, et 
leur confia le soin de choisir eux-mêmes les volontaires 
qui partiraient de leur plein gré pour faire la guerre 
sainte. Cette suppression fut envisagée comme un biem- 
fait par les intéressés, qui redoublèrent d'éloges et de 
reconnaissance pour le prince en s'applaudissant de vi^ 
vre sous, son règne. , 

Plusieurs chroniqueurs rapportent, comme le tenant 
de Bak'i ben Mokhalled (1 >, que celui-ci déclarait n'avoir 
conversé, avec aucun autre prince d'intelligence plus 
parfaite ou de mérite plus grand que l'émir Mohammed, 
« J'arrivai un jour, dit-il, à l'audience royale: le prince 
commença par les louanges de Dieu et l'éloge du Pro- 
phète ; après quoi il énuméra les khalifes les uns après 
les autres, donnant à chacun l'éloge qui lui convenait, 



(1) €e juriste célèbre, + 276 H., est l'objet d'une longue notice cPIbn 
el-Faradhi (éd. Codera, n' 281); voir aussi Makkari, notamment i, 812 ; 
U, 1 15 et 120; Goldziher, Die Zahiriten, p. 115. — L'anecdote qui 
suit se retrouve dans V'Ikd, il, 366. 



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- ISO — 

le qualifiant comme il le méritait, rappelant ses actes 
mémorables et ses mérites dans le style le plus clair et 
les paroles les plus éloquentes ; il continua ainsi jusqu'à 
ce que, arrivé à son propre nom, il se tut. » 

Au commencement du règne de Mohammed d^s dénon- 
ciations lui furent adressées contre ce savant, qui, à la 
suite de son long voyage, revenait d'Orient en en rap- 
portant de vastes connaissances, des traditions d'une 
authenticité incontestable, la science des points de droit 
et de religion controversés. Cela souleva la colère des 
juristes de Gordoue partisans du ra'y et des opinions 
toutes faites W, attachés à la tradition, dépourvus des 
sciences critiques et manquant de connaissances éten- 
dues ; poussés par l'envie, ils parlèrent de lui en termes 
injurieux, l'accusèrent formellement d'hérésie, le rendi- 
rent odieux au peuple, et beaucoup d'entre eux, allant 
même jusqu'à l'accuser d'hétérodoxie et d'athéisme, dé- 
posèrent solennellement en justice pour demander sa 
mort. Ils s'entretinrent à ce sujet avec l'émir Moham^ 
med, le mirent au courant de ce qui le concernait, char- 
gèrent leur ennemi de tout ce qui pouvait pousser le 
prince à ordonner sa mort et réclamèrent de lui une 
prompte décision. Baki, excessivement effrayé, se cacha 
par crainte d'une exécution capitale, et fit des prépara- 
tifs pour fuir d'Espagne si possible. Sa bonne étoile le 
poussa à rechercher la protection de Hàchim ben c Abd 



(1) Le mot ra'y qui, à cette époque, désigne plutôt la « spécula- . 
tion », paraît ici devoir s'entendre de l'application pratique. On le 
voit, comme dans notre texte, employé en opposition au khilâf et à 
Yikhtilâf dans Makkari, i, 812, 1. 20, et dans Ibn Faradhi, p. 82, 1. 19. 
— Le mot taklîcl n'est rendu qu'approxvmativement par « opinions 
toutes faites ». 



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— 181 - 

el- e Aziz [P. 113] et à solliciter son appui; de plus, il 
s'adressa par lettre à l'émir, le conjurant au nom de 
Dieu d'épargner sa vie, de mûrement peser son cas, et 
de provoquer une réunion contradictoire entre lui, ac- 
cusé, et ses adversaires, de manière à entendre ses 
arguments, après quoi l'émir prendrait la décision que 
Dieu lui suggérerait. Ce fut grâce à l'inspiration divine 
que Hâchim, ouvrant l'oreille aux réclamations du savant 
et s'occupant de son affaire, lui prêta le secours de son 
influence et remit cette lettre au prince en lui exposant 
le véritable état des choses. Mohammed, ramené à l'in- 
dulgence pour Bak'i et se méfiant de ses dénonciateurs, 
accorda un sauf-conduit au savant et organisa une réu- 
nion contradictoire entre lui et ses accusateurs. Lui- 
même y assista et entendit Bak'i réduire par ses argu- 
ments ses adversaires à l'impuissance ; il se rendit clai- 
rement compte que l'envie dont le savant était l'objet 
avait pour cause l'infériorité de leurs connaissances, et 
il fit cesser leurs attaques. Reconnaissant qu'il l'empor- 
tait par sa science solide et étendue, il le fit entrer dans 
le corps des juristes et passer à un rang supérieur. Bak'i 
arriva au degré le plus élevé de science et ne cessa plus 
de jouir, jusqu'au jour où il mourut, d'une haute consi- 
dération auprès du peuple aussi bien que du prince. * 

Au commencement de son règne, en ramadan 239 
(fév. 854), mourut l'homme le plus savant de toute l'Es- 
pagne, e Abd el-Melik ben H'abîb, dont le nom complet 
était Aboû Hàroûn c Abd el-Melik ben Soleymàn ben 
Merwân ben Djahla ben c Abbâs ben Mirdàs SolamiW. Il 
se trouvait d'abord dans le canton d'Elvira, et il fut 



(1) Sur ce savant, -f- 238 ou 239, voir ci-dessus, p. 20. 



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— 182 - 

transféré de là à Cordoue par Ternir Mohammed, mi* 
plutôt par son père c Abd ér-Rahmân ben el-H'akam., 
Mohammed ben f Omar ben LobâbaW disait : a Chez les 
Espagnols, le savant est e Abd el-Melik ben H'abîb ; l'in- 
telligent, Yah'ya ben Yah'ya ; le juriste, c Isa ben Dinar W » . 
Ibn Wad'd'âh' et d'autres ont dit : « Il n'est venu en Es- 
pagne aucun juriste meilleur que Soh'noûn, mais il en 
est venu un plus bavard (?) », faisant ainsi allusion à Ibn 
H'abîb. Celui-ci était lettré, grammairien, poète, savait 
le Koran par cœur, était versé dans les diverses bran- 
ches des réjcits, des généalogies et de la poésie ; il com- 
posa de nombreux et bons ouvrages de droit, de belles- 
lettres et de chroniques, et mourut de la pierre à l'âge 
de soixantenquatre ans. [P. 114] II adressa à l'émir 
e Àbd er-Rahmân ben él-H'akam ces vers sur la nuit 
d'Achoûra (10 moharrem) : 

[Basît] Lors d'Achoûra, n'oublie pas le Miséricordieux, il 
rie t'oubliera pas non plus ; mentionne son nom, le tien sera 
mentionné parmi ceux des gens de bien. Celui qui peut 
veiller la nuit d'Achoûra vivra heureux tout le long de l'an- 
née. Forme doijc un souhait, et puissé-je te servir de rançon 
pour le vœu que nous inspire celui qui, vivant ou mort, est 
le meilleur des hommes ! ( 3 ) 



(1) Makkari cite à plusieurs reprises le nom de ce savant, -f 314, 
(font la biographie figure dans Dhabbi (n° 222), de même que dans IJm 
el-Faradhi (n- 1187); mss d'Alger, n* 851, f. 12 V, et 884, f. 32 v° ; Ibn 
Fàrhoùn, ms 5032 de Paris, f. 107 V ; cf. Pons, Ensayo, p. 51. Ou 
retrouve la citation qui suit dans Makkari (i, 464 et 466) et dans Ibn. 
Khallikan (iv, 31). 

(2) Juriste malékite, -f 212 ; voir Ibn el-Faradhi, n' 973 ; Dhabbi, 
n* 1144; mss d'Alger, n° 851, f. 2 v, et 884, i. 24; ms 5032 de Paris, 
f. 87 V; Kitab el-Oyoun, éd. de Goeje, p. 371, etc. Cf. Ibn Khallikan, 
iv, 31. 

(3) Deux autres vers de cette pièce ont aussi été rapportés par 
Makkari, i, 463. 



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- 183 - 

L'émir Mohammed ben c Abd er-Rahmân alla à Roçàfa 
en partie de plaisir avec Hâchim ben e Abd el- c Aziz(*); il 
y passa la journée à s'amuser et, quand la nuit s'appro- 
cha, il retourna au palais., mais il était quelque peu pré- 
occupé- Un témoin auriculaire a rapporté que Hâchim 
lui disait : « Descendant des khalifes, que la vie de ce 
monde serait agréable s # i la mort ne nous guettait! — 
Fils d'infidèle, repartit le prince, tu te trompes en par- 
lant ainsi l N'est-ce pas grâce à la mort que nous occu- 
pons maintenant ce trône ? aurions-nous jamais régné si 
là mort n'existait pas ? » 

Il mettait beaucoup d'entrain à faire la guerre aux 
chrétiens et aux rebelles ; plus d'une fois il s'enfonça en 
pays ennemi pendant six mois et davantage, brûlant et 
détruisant touU 2 '. C'est lui qui commandait à l'affaire du 
Guadacelete, qui compte parmi les plus remarquables 
et doqt la pareille n'avait pas eu lieu jusqu'alors en 
Espagne. C'est à ce sujet qu' e Abbâs ben Firnâs( 3 ) a fait 
un poème qui nous dispensera de décrire la bataille ; 

[Tawîl] Dans cette armée aux cris divers mais unie dans 
un même esprit, dévorant les espaces, se grossissant des 
tribus et serrant les rangs, on prendrait les épées qui se 
laissent entrevoir pour des éclairs qui apparaissent furti- 
vement dans de sombres nuées, et dans les conversions les 
sommets des étendards sont comme de longues barques aux 



(1) On retrouve cette anecdote dans Vlkd, n, 366 ; elle figure dans 
les Mus. cVEsp.y h, 158. 

(2) Ce passage ainsi que la poésie qui suit sont empruntés à Y'Ikd, 
il, 367. 

(3) Makkari cite encore d'autres vers de ce poète (i, 101 ; n, 91), à' 
qui Dhabbi (n° 1247) a consacré trois lignes. Un court extrait de la 
poésie qui suit et qui se retrouve dans Y'Ikcl (n, 367) a été inséré par 
Dozy in Mus. d'Esp., (n, 163). 



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- 184 - 

avirons impuissants à Jendre la mer. Si elle met en mouve- 
ment les meules du combat, c'est autour d'un axe que forme 
l'intelligence d'un noble et vertueux prince dénommé Mo- 
hammed, tout comme le Sceau des prophètes, et dont les 
possessions dépassent toute description. Par suite de ce qu'il 
a fait le mardi matin, alors que l'aurore avait détaché la 
corde passée dans les boutonnières du rideau nocturne, les 
deux montagnes de Wâdi Salit' oit pleuré puis sangloté sur 
ces nombreuses victimes, chrétiens et incirconcis ; la mort a 
lancé son appel, et tous y ont répondu : tels on voit les sca- 
rabées se jeter sur la fiente qui s'étale sur un monticule. 
[P. 115] Il n'avait pas encore fait d'attaque générale que 
l'ennemi tournant le dos prenait la fuite comme fait un 
homme désarmé, tandis que les clients furieux semblaient 
autant de nobles faucons acharnés à la destruction d'une 
bande de grues, ou plutôt, par ma foi, des loups guerriers 
qui se précipitent en rangs serrés contre une montagne 
bondée de défenseurs. Ibn Youlyos (le fils de Jules) faiblis- 
sant disait à Moûsa : « Je vois la mort partout, devant aussi 
bien que derrière ou sous moi. » Nous leur tuâmes mille et 
mille hommes, puis encore autant ajoutés à deux et deux 
autres mille, en outre de ceux que le fleuve roula dans son 
lit et submergea ou qui de la berge y tombèrent. 

Voici ce que dit Aboû e Omar Sâlimi : « "Dans (l'une de) 
ses premières campagnes en pays ennemi, pour laquelle 
il avait levé et recruté des troupes, étudié toutes choses 
comme il l'entendait, il se trouva en face de l'ennemi, 
dont la cavalerie débordait de la vaste plaine, remplis- 
sait tout, auprès ainsi qu'au loin, et qui, prêt pour la 
rencontre, s'avançait au combat. Alors l'émotion envahit 
l'émir, la peur et la crainte le prirent; il se figura qu'il 
ne pourrait échapper aux infidèles, que les musulmans 
allaient devenir la proie des glaives, et il crut qu'une 



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izedby G00gle . . 



— 185 — 

fermeté attentive, un examen honnête et droit exigeaient 
de reculer devant le combat, conformément aux paroles 
de Dieu : « Ne vous précipitez pas de vos propres mains 
dans l'abîme » (Koran, n, 191). Alors un guerrier s'avan- 
çant lui dit: « Prince, Dieu très haut a dit: « Ceux qui, 
lorsqu'on leur annonce que l'ennemi se réunit pour mar- 
cher contre eux, mettent leur foi en Dieu, reviennent 
comblés de ses grâces » (Koran, m, 167-168). L'émir ré- 
pondit: a J'en prends Dieu à témoin, ce n'est pas à moi 
que je songe; mais on ne peut exécuter un plan si Ton 
n'est obéi, et ce n'est pas tout seul que je puis combattre. 
— Je le jure, dit alors c OtbiW, un ange seul peut avoir 
suggéré ce verset à ce guerrier; ô prince, consulte donc 
Dieu cette nuit, aujourd'hui même ! » Ainsi fit Moham- 
med, et Dieu lui fit voir que le combat était la bonne voie, 
lui suggéra la conduite correcte et bien vue du ciel. 
Alors les hérauts appelèrent les guerriers à attaquer les 
ennemis de la foi et à combattre pour la religion, enga- 
geant chacun à faire de son mieux pour assurer la vic- 
toire attendue ; puis, les étendards étant préparés et les 
cœurs fermement disposés à une lutte héroïque, l'émir 
Mohammed remit le commandement aux mains de son 
fils El-Mondhir, bien connu pour sa bravoure et qu'en- 
tourait l'affection des troupes; [P. 1 16] les musulmans 
se portèrent en avant, les deux armées se rejoignirent 
et la mêlée commença. Dieu donna la victoire aux siens 



(1) Il s'agit du célèbre fakih mort en 254 ou 255 et auteur de VOt- 
biyya ; il s'appelait Mohammed ben Ahmed ben *Abd el-'Aziz (voir 
sur lui Dhabbi, rr 9 ; Ibn el-Faradhi, n* 1102 ; Makkari, i, 603 ; ms 851 
d'Alger, f. 4 v : ms 5032 de Paris, f. 105 v% etc.).— Une version légè- 
rement différente de l'anecdote dans laquelle il joue un rôle est rap- 
portée par Ibn el-Koûtiyya, f. 41. 



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— 186 - 

et remplaça l'angoisse par l'allégresse". L'annonce de la 
prière de midi n'avait pas.çu lieu que déjà, grâce à la 
faveur divine, les têtes de plusieurs milliers d'ennemis 
étaient amoncelées. c Otbi a composé à propos de cette 
victoire un long poème où il chante les louanges de 
Mohammed, et dont voici un extrait : 

[Kàmil] Interroge les sabres au sujet de la frontière, ils te 
diront la vérité, provoque les lances à parler, elles te répon- 
dront : ils ont laissé en ces lieux-là le so.uvenir d'affaires qui 
sont devenues proverbiales en Orient comme en Occident. Il 
a subjugué le territoire des infidèles par une victoire qui les 
a laissés comme des palmiers dévastés par l'incendie ; la 
guerre qu'il leun a faite a lancé sur eux des foudres qui les 
ont réduits en cendre grise. 

Khalifat d'El-Mondhir ben Mohammed. 

Ce prince, dont le prénom était Aboû'l-H'akam, naquit 
à sept mois, en 229 (29 sept. 845) d'une femme nommée 
AyK 11 . Il eut onze vizirs et deux secrétaires, Sa e id ben 
Mobaçhchir et e Abd el-Melik ben e Abd Allah ben Omeyya 
ben Choheyd; son chambellan fut c Abd er-Rahmân ben 
Omeyya ben Choheyd. Il eut pour kâdi Aboû Mo'âwiya 
e Amir ben Mo e àwiya Lakhmi W. Ses généraux furent au 
nombre de sept.' Son sceau portait l'inscription « El- 
Mondhir est satisfait du décret divin. » Il était brun, 



(1) C'est probablement le même nom qui se retrouve dans l'édition 
imprimée de Dhabbi (p. 17) sous la forme ji'\. Il est parlé d'El-Mon- 
dhir par Ibn el-Koùtiyya, f. 43-50 du ms ; Ibn el-Faradhi, p. 9 ; 'Ikd, 
H, 367, etc. 

(2) Ibn el-Faradhi lui a consacré un article, n* 628 ; Ibn el-Koùtiyya 
dit qu'il était remarquable par ses vertus et son mérite,. f. 43 du ms. 



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.<^* 



— 187 — 

avait les cheveux bouclés et employait le henné et le /re- 
tem ; son visage portait des marques de petite vérole. Il 
eut cinq t fils et huit filles W. Lors de son intronisation, 
qui se fit le 8 rebi e I 273 (13 août 886), il était âgé de 
quarante-quatre ans et dix-sept jours, et il mourut dans 
une expédition contre Bobastro le samedi 15 çafar 275 
(29 juin 888), à l'âge de quarante-six ans et après un 
règne de deux ans moins dix-sept jours (*). Il fut inhumé 
dans le palais de Cordoue, et les dernières prières furent 
dites sur lui par son frère e Abd Allah, grand'père d'En- 
Nâçir., 

La nouvelle de la mort de son père le surprit pendant 
[P. 11 7]. qu'il était occupé à assiéger le chàteau-for.t 
d'Alhama contre le maudit renégat e Omar ben H'afçoûn. 
Il regagna alors Cordoue, et les cérémonies d'intronisa- 
tion furent terminées dès le lendemain de son arrivées 
il fit des distributions au djond et se concilia l'affection 
des Gordouans et du peuple par la remise qu'il leur fit 
de la dîme de Tannée courante et de tous les impôts 
extraordinaires en retard. 

Comme la plupart des châteaux-forts du district de 
Malaga reconnaissaient l'autorité d'Ibn H'afçoûn, El- 
Mondhir envoya contre eux des corps de troupes qui les 
firent rentrer dans l'obéissance. . 

Quand Ibn H'afçoûn vit El-Mondhir lever le siège à 
la suite de la mort de son père Mohammed, ainsi qu'il 
vient d'être dit, il se mit aussitôt en mouvement et députa 



(1) Sur le nombre de ses enfants, cf. la note 2, p. 44 de Dozy à 
Tlntr. au Bayân. 

(2) L'avènement et la mort de Mondhir sont fixés à des dates légè- 
rement différentes dans nos sources; voir Ibn Khaldoun, iv, 132; 
*lkd, u, 367 ; Annales, 263 ; Machmua, 1 49, ' • 



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- 188 - 

à toutes les places fortes situées entre Alhama et le lit- 
toral, et toutes reconnurent son autorité: Il se dirigea 
vers Bàgha (Priego) et la montagne de Cheyba, et y prit 
des richesses plus qu'on ne saurait dire ; tout cela sans 
qu'il disposât alors de grands moyens d'action ni de beau- 
coup d'argent ni de troupes; mais il servait de châtiment 
entre les mains de Dieu, qui l'employait pour faire sentir 
sa vengeance à ses serviteurs. Paraissant à une époque 
troublée, alors que des cœurs endurcis et portés au mal, 
que des esprits méchants cherchaient les mauvaises occa- 
sions et ne demandaient que la guerre civile, il trouva, 
sitôt qu'il se révolta, le peuple dans les mêmes disposi- 
tions et prêt à faire cause commune avec lui. Les popu- 
lations se réunirent autour de lui, et il s adressa à leur 
amour-propre : a Depuis trop longtemps, leur disait-il, 
vous avez à supporter le joug de ce sultan qui vous en- 
lève vos biens et vous impose des charges écrasantes, 
tandis que les Arabes vous accablent d'humiliations et 
vous traitent en esclaves. Je ne veux autre chose que 
vous faire rendre justice et vous tirer d'esclavage ». Ces 
paroles d'Ibn Hafçoûn trouvaient toujours un accueil 
favorable et reconnaissant, et ce fut ainsi que l'adhésion 
de tous ceux qui habitaient les châteaux-forts lui fut ac- 
quise. Ses partisans, se composaient de brigands et 
d'hommes de désordre qu'il attirait par l'espoir de con- 
quêtes et de pillage. Il témoignait d'ailleurs de l'affec- 
Jion à ses compagnons et de la déférence à ses intimes; 
tout malfaiteur et impie qu'il était, il respectait les fem- 
mes et observait les règles de l'honneur, ce qui lui con- 
ciliait tous les esprits ; une femme portant avec elle son 
argent et son avoir pouvait aller seule d'une ville à une 
autre sans que qui que ce soit tentât contre elle la moin- 



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- m - 

dre chose. Lé châtiment qu'if employait était la mort ; 
il ajoutait foi au dire d'une femme, d'un homme ou d'un 
enfant quelconque, [P. 1 18] et, sans demander d'autre 
témoin, il punissait celui, quel qu'il fût, dont on se plai- 
gnait ; son fils même devait se soumettre aux prescrip- 
tions de la justice. Il traitait d'ailleurs les guerriers avee 
considération et rendait des honneurs aux héros, à qui il 
pardonnait quand il restait le plus fort ; des bracelets 
d'or étaient la récompense de ceux qui rivalisaient de 
courage. 

Tous ces procédés servirent beaucoup à Ibn Hafçoûn, 
qui poussa ses incursions jusqu'à Cabra et par delà jus- 
qu'à la bourgade d'El-Djâliya, attaqua Alcaudete, dans 
le canton d'Elvira, ainsi que les environs de Jaën, et fit 
prisonnier e Abd Allah ben Semâ e a, gouverneur de Prîego. 
Du côté du château-fort d'Iznajar, dans le canton de Ma- 
laga et non loin de Cabra, se réunirent un grand nombre 
de malfaiteurs partisans d'Ibn Hafçoûn, ce qui effraya 
fort les habitants de Cabra et les empêchait de bouger. 
Quand El-Mondhir fut prévenu de la situation, il envoya 
Açbagt ben Fot'ays à la tête d'un corps considérable de 
cavalerie contre ce fort d'Iznajar, qui fut pris à la suite 
d'un siège et dont les défenseurs furent mis à mort. El- 
Mondhir envoya également de la cavalerie commandée 
par c Abd Allah ben Mohammed ben Mod'ar et par le 
page (/eta) Aydoûn dans le pays de Lucéna,' région de 
Cabra, où se trouvait un corps de partisans d'Ibn H'af- 
çoûn, lesquels furent assiégés et combattus jusqu'à ex- 
termination. 

En l'année où El-Mondhir monta sur le trône, dit Râzi, 
Mohammed ben Lope fit avec des bandes de musulmans 



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— 190- 

une incursion dans le pays d'Alava; Dieu donna la vic- 
toire à ce chef, qui fit un grand massacre de chrétiens. 

En djomâda I de la dite année .273 (oct. 886), El-Môn* 
dhir .fit emprisonner Hâchim ben c Abd el- e Aziz, vizir et 
favori de son père, puis il le fit mettre à mort le même 
moisW. Hâchim; à cause de son influence auprès de 
l'émir Mohammed et de sa qualité de favori, était très 
jalousé, et des dénonciations fréquentes arrivaient jus- 
qu'à El-Mondhir, car tout le monde lui en voulait. El- 
Mondhir, en montant sur le trône, voulut lui rester fidèle 
et continuer de le traiter comme avait fait son père, de 
sorte qu'il lui donna les fonctions de chambellan. Mais 
tout le monde était ligué contre Hâchim, les attaques 
dont il était l'objet redoublèrent et Ton travestit tous les 
faits, de telle sorte que les décrets divins le concernant 
s'accomplirent. Entre autres choses que l'on dénatura se 
trouvent les vers récités par Hâchim lors de l'enterre- 
ment de l'émir Mohammed : 

[P. 119; Wâflr] J'ai bien à déplorer pour moi-même ton 
trépas, ô Mohammed, loyal ami de Dieu, bienfaiteur insigne \ 
Pourquoi d'autres encore en vie ne sont-ils pas morts ej; 
n'ont-ils pas, à ta place et pour mon avantage, vidé la coupe 
empoisonnée?! 2 ) 

On prétendit que les mots encore en vie s'appliquaient 
à El-Mondhir. De sa prison, Hâchim adressa les vers 
suivants â sa jeune esclave f Adj : 



(1) La disgrâce de Hâchim est rappelée assez sèchement par Ibn 
el-Koûtiyya (f. 42), par le Machmua (p. 149) et par ïbn Khaldoûn 
(iv, 132); cf. Hollatyjp. 73. 

' (2) Ces deux vers sont également cités par le Machmua, 1.1.", e 
par la Hollat. .-'.-. \ 



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:tti 



[Tawtl] Ce*qul m'empêche d'aller te voir, c'est çfue je suis 
renferma dans une prison à la porte solide et garnie de ver- 
roux de 1er. Ne sois pas, ô 'Ad], surprise de ce qui m'arrive, 
car les vicissitudes de ma fortune présente n'ont pas de quoi 
étonner : n'ayant pas marché droit quand je le pouvais, j'ai 
rencontra ce que j'aurais dû redouter. Combien m'ont dit: 
« Fuis, malheureux, et va vivre en sécurité et loin de tes 
ennemis dans quelque autre endroit de la terre ! » Mais j'ai 
répondu : « La fuite est un acte vil, et mon âme a assez de 
culture et de valeur pour dominer l'adversité ; j'accepterai 
la décision de Dieu à mon égard ; l'homme, d'ailleurs, peut-il 
se soustraire au décret divin ? « Ceux dont Mer j'avais à 
^upçorter les haineuses injures s'empresseront de porter 
leurs lèvres à ma coupe et de s'y abreuver ! » (*) 

L'émir le fit exécuter de nuit dans sa prison, confisqua 
ses biens et fit abattre son hôtel ; il emprisonna les gens 
de son entourage ainsi que ses enfants, à qui il réclama 
une amende de deux cent mille dinars; il ne leur fit 
grâce ni de celle-ci ni de la prison, et ce ne fut qu'après 
la mort de ce prince que son frère c Abd Allah, lui ayant 
succédé, les remit en liberté, leur rendit leurs terres et 
nomma l'un d'eux vizir et général. 

En la même année eut lieu la bataille perdue par les 
Tolédans, qui avaient enrôlé les Berbères chassés de 
Truxillo ; plusieurs milliers de ces soldats restèrent sur 
le terrain. 

En 274 (28 mai 887), l'émir El-Mondhir marcha à la 
tête de ses troupes contre c Qmar ben H'afçoûn, dont il 
cpnquit les châteaux-forts situés dans le canton de Ma- 
laga, 'ainsi que ceux situés du côté de Cabra. S'avançant 
ensuite contre Bobastro, capitale du rebelle, il en fit le 



(t)La Hollat (p. 76) nous a aussi conservé ces vers". 



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- 192- 

siège et le serra de très près, non saiïs porter le ravage 
dans tous les environs. Ensuite il s'en éloigna pour se 
diriger sur Archidona, où se trouvait ç Aychoûn : il dressa 
son camp sous les murs de cette place, et le siège qu'il 
en entreprit réduisit les habitants à l'extrémité, [P. 120] 
si bien qu'ils finirent par renoncer à soutenir c Aychoûn 
et sa famille, et même qu'ils l'abandonnèrent lui et ses 
partisans (*>. Alors l'émir pénétra dansla place et fit main- 
basse sur eux et sur les Benoû Mat'roûh', qui étaient 
au nombre de trois, H'arb, c Awn et T'âloût'; les châ- 
teaux-forts appartenant à ceux-ci dans la Sierra de Priego 
furent conquis, et ces chefs, devenus captifs de l'é.mir, 
furent envoyés par lui à Cordoue, où il les fit exécuter 
et crucifier avec dix-neuf autres des leurs. Quand à 
'Aychoûn, il fut crucifié entre un cochon et un chien, à 
cause de ce qu'il avait l'habitude de dire que l'émir, s'il 
pouvait s'emparer de lui, n'avait qu'à le faire mettre en 
croix entre un cochon crucifié à sa droite et un chien à sa 
gauche. En effet ce chef avait pleine confiance en sa bra- 
voure et se croyait sûr, grâce à sa force et à sa vaillance, 
de n'être pas pris. Désespérant de venir autrement à bout 
de son ennemi, l'émir'soudoya un habitant d'Archidona, 
qui s'engagea à employer la ruse ; et en effet e Aychoùn, 
étant un jour entré sans armes chez l'un des traîtres, on 
se jeta sur lui, on le ligota et on l'envoya chez l'émir. 

SITUATION D^OMAR BEN h'aFÇOUN PENDANT LE RÈGNE 

d'el-mondhir. 

Dans la seconde année du règne d'El-Mondhir, à la 
date indiquée plus haut, * ce prince marcha avec le plus 

(1) C'est d'après notre auteur, qui donne en effet le plus de détails, 
qu'est rédigé le récit des Mus. d'Esp., u, 202. 



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- 193 - 

de troupes qu'il put contre Bobastro, en commença un 
siège consciencieux et combattit très vigoureusement 
Ibn H'afçoûn qui y était renfermé. Sa cavalerie se répan- 
dit dans ces régions et. s'y empara des plaines et des 
monts. De là il s'avança contre la ville d'Archidona pour 
la détruire et faire passer à ses habitants un terrible et 
calamiteux moment, à raison de l'obéissance qu'ils prê- 
taient à Ibn H'afçoûn et de leur communauté de but 
avec les habitants de ces châteaux-forts. Alors des mes- 
sagers envoyés par eux apportèrent à l'émir des paroles 
de soumission et l'engagement de rentrer dans le sein 
de la communauté des fidèles ; ces propositions furent 
accueillies par le prince, qui traita tous ces gens avec 
douceur et s'empara ensuite de la Kaçba, où il fit pri- 
sonnier le gouverneur nommé par Ibn Hafçoûn. Mais 
celui-ci persista dans la fausse voie et l'erreur, ne chan- 
gea pas son attitude d'ennemi et de rebelle. Alors l'émir, 
l'attaquant de nouveau, [P. 181] l'assiégea étroitement, 
et Ibn Hafçoûn, se trouvant manquer d'aides et de sou- 
tiens, se voyant pris à la gorge par l'émir et privé de 
tout moyen de fuite nocturne, appliqua toutes les forces 
de son esprit à la tromperie et à la ruse pour se dégager 
des cordes qui l'enceignaient, des rets qui l'enlaçaient. 
Il feignit de consentir à se soumettre, et annonça que la 
loyauté serait le but auquel tendraient les efforts de son 
obéissance, à condition qu'il serait auprès de l'émir 
comme l'un des principaux du djond, qu'il habiterait 
Cordoue avec sa famille et ses enfants, que ses deux fils 
feraient partie des clients et que lui-même ne cesserait 
pas d'être traité avec bienveillance. L'émir accéda à 
celte demande, s'engagea par serment solennel et fit 
aussitôt dresser un acte d'amnistie ; il accorda aux en- 

13 



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- 194 - 

farits d'Ibn Hafçoûn tes plus précieux vêtements et fit 
charger des bêtes de somme de l'argent et des objets qui 
leur étaient destinés, déployant en cela une grande gé- 
nérosité et comblant tous leurs désirs et souhaits. Ibn 
Hafçoûn ayant, dans le but de mieux confirmer encore 
sa ruse perfide, demandé cent mulets pour transporter 
ses effets et sa famille, l'émir les lui envoya sous la 
protection de dix centurions et de cent cinquante cava- 
liers, le traitant ainsi des plus honorablement et ajou- 
tant bienfaits à bienfaits. Alors Ibn Hafçoûn expédia tout 
ce monde à Bobastro, où étaient sa famille et ses en- 
fants, ses biens acquis et héréditaires. Les troupes (de 
■ l'émir) étaient parties de ce château, de même que le 
kâdi et les juristes qui avaient rédigé le traité de paix, 
dans la conviction qu'il n'y avait ni ruse ni mensonge et 
# que sans aucun doute toute crainte de troubles de la part 
.du rebelle était écartée. Les troupes s'étant dispersées 
après que le camp fut levé et la tombée de la nuit lui 
facilitant la violation de ses serments, Ibn Hafçoûn s'en- 
fuit de ce château-fort et put sans être inquiété regagner 
Bobastro. Tombant sur les centurions, il les combattit, 
enleva les mulets du convoi et, reprenant le même genre 
de vie qu'auparavant, il déclara aux siens qu'il était 
toujours leur chef suprême (*). Alors l'émir El-Mondhir 
jura de recommencer le siège et de le poursuivre sans 
pitié jusqu'à soumission de son ennemi. Il fit ses prépa- 
ratifs de campagne, réunit de très nombreux guerriers 
et vint camper de nouveau sous les murs de Bobastro, 
[P. ISS] qu'il fit envelopper de toutes parts, et pour 



(1) Cet acte de trahison est aussi raconté dans V*Jkd (n, 367). 



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- 195 - 

l'attaque et le siège de laquelle il prit les dispositions 
les plus rigoureuses \ 

" Ces projets et leur réalisation firent qu'Ibn Hafçoûn 
perdit tout espoir de tenir plus longtemps dans ces châ- 
teaux forts. Pendant quarante-trois jours, l'émir resta à 
le guetter avidement sous les murs de Bobastro; mais 
souffrant déjà d'une maladie qui inquiétait son entou- 
rage, il fit venir son frère c Abd Allah pour le remplacer 
et exercer le commandement. Aussitôt après l'arrivée 
de ce dernier, il rendit l'âme, laissant de vifs regrets à 
tous ceux qui l'avaient approché. Dès qu'il fut mort, ses 
troupes se débandèrent et se divisèrent sans qu' e Abd 
Allah pût les retenir ni les réunir, tandis qu'Ibn Hafçoûn, 
se rendant maître du camp, le pillait entièrement. Le 
corps de l'émir défunt fut transporté à dos de chameau 
à Cordoue, où il fut inhumé à côté de ses ancêtres. Le 
peuple ne regretta que bien peu sa mort, car il devait, 
sur Tordre de l'émir, se transporter sous les murs de 
Bobastro et s'y installer" W. 

En la même année, une grande sécheresse sévit en 
Espagne, et des prières furent faites pour demander de 
la pluie. Le 1" janvier, il tomba une grande quantité de 
neige, mais pas de pluie; on recommença les prières à 
plusieurs reprises, mais sans succès, et le désespoir 
envahit tous les cœurs. La pluie, qui survint dans les 
premiers jours de février, releva les courages; on se 
réjouit de la faveur que Dieu venait de manifester, et on 



(1) La sul)stance de cet amphigourique récit comporte une dizaine 
de lignes de texte dans Y'Ikd, 1. 1. ; j'ai suivi cet ouvrage pour donner 
à la dernière phrase, aussi peu précise que la plupart des autres, un 
sens différent de celui où Ta entendue Dozy, Intr. au Bayân, p. 45. 



.-*-. 



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- 196 - 

lui en adressa des actions de grâces. El- c Akki W dit à ce 
propos, en même temps qu'il fait l'éloge d'El-Mondhir : 

[Kàmil] La pluie vivifiante est venue, et des esprits en- 
vahis par de sombres pensées ont recouvré le calme. Dieu a 
rendu la vie à ses serviteurs alors que le désespoir les livrait 
à de mauvaises suggestions, et un retour de sa grâce a tout 
réparé; faute de ses bienfaits nous étions ensevelis sous les 
calamités ! Que les glorieux noms du Roi des rois soient bé- 
nis, que son saint pouvoir soit glorifié ! 

Ailleurs il dit : 

[P. 123] Notre époque est heureuse grâce au prince sûr 
qu'est El-Mondhir, le bonheur règne dans les cœurs grâce à 
son bon gouvernement ; 

Et poursuit ainsi jusqu'à : 

Reçois ces (vers), loyal ami de Dieu, fils d'un père non 
moins loyal, de la part d'un homme reconnaissant et sincère. 

Ce fut le 15 çafar 275 (29 juin 878) que mourut, comme 
nous venons de le dire, l'émir El-Mondhir pendant cju'il 
était à assiéger à Bobastro le scélérat d'Ibn Hafçoûn ; il 
avait quarante-six ans et avait régné deux ans moins 
quelques jours Œ. 

TRAITS ET ANECDOTES LE CONCERNANT. 

Ce prince aimait et honorait ses frères, fréquentait 
leurs réunions, leur donnait des cadeaux, les invitait à 
ses séances intimes; il distribuait des largesses aux 



(1) Nulle part je n'ai pu retrouver la trace de ce poète. 

(2) Ce prince paraît avoir été empoisonné par son frère et succes- 
seur 'Abd Allah (Dozy, Intr. au Bayàn, p. 44 ; Mus. d'Esp., n, 204). 



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- 197 - 

poètes qui lui récitaient des vers soit pendant qu'il était 
en campagne soit à son retour. Entre autres poètes qui 
s'attachèrent à lui on cite Ah' med [ben Mohammed] ben 
c Abd RabbihiW et El- c Akki. Nul khalife de ses prédé- 
cesseurs ne déploya autant que lui de bravoure ou de 
témérité, de fermeté dans la conception et la réalisation 
de ses projets ; il fit à ce point de vue plus en un an qu'un 
autre dans tout son règne. Les fauteurs de guerres ci- 
viles les plus braves et les plus résolus se soumettaient 
sans peine à lui et lui faisaient parvenir, avant même 
qu'elle leur fût demandée, leur promesse d'obéissance. 
Au dire des gens les plus qualifiés, il ne serait plus resté, 
s'il avait seulement vécu un an de plus, aucun rebelle 
dans le canton de Malaga, et ce que Ton sait de lui le 
prouve. Un trait le montra tout d'abord : la nouvelle de 
la mort de son père ne l'empêcha pas de dévier du che - 
min qui le menait à Cordoue et ne lui fit pas prendre la 
voie la plus courte. Aucun souci, aucune affaire si im- 
portante qu'elle fût ne lui en fit négliger une autre ; il se 
dirigea vers Malaga, y mit les choses en ordre et en 
confia le soin à Soleymàn ben e Abd el-Melik ben Akht'al 
et à c Abd er-Rahmân ben H'oreych, auprès de qui il 
plaça des conseillers (?) choisis parmi les Arabes et dans 
son entourage. Après quoi, en un seul jour il se fit prêter 
le serment de fidélité, fit des distributions au djond, 
examina les remises (?) à faire au peuple, l'abolition des 
dîmes à consentir en faveur des Cordouans pour s'atti- 
rer leurs éloges, l'appel des troupes et leur envoi sous 



(1) Auteur de l'importante compilation intitulée El-'Ikd el-ferhl 
(voir Ibn Knallikàn, I, 92 ; ms 2327 de 'Paris, f. 4; Introduction au 
texte du Bayân, p. 27 ; Pons, Ensayo, p. 51, etc.). Il vécut de 246 à 328. 



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- 198 rr 

la direction d'un général. Il déploya la même activité 
dans toutes ses affaires; aussi commandait-il aux évé- 
nements. 

[P. 124] Khalifat 
d"Abd Allah ben Mohammed ben 'Abd er-Rahmàn (*>. 

Ce prince, prénommé Aboû Mohammed, était né le 
15 rebi c II 229 (11 janv. 844) d'une mère nommée Behàr 
selon les uns, ou c Achâr selon d'autres. Il eut deux 
chambellans, - c Abd er-Rahmân ben Choheyd et Ibn es- 
Selim( 2 ); il eut vingt-six vizirs et trois secrétaires, e Abd 
Allah ben Mohammed Zedjâli ( 3) , c Abd Allah ben Moham- 
med ben Aboû c Abda et Moûsa ben Ziyâd W, Il avait 
le teint clair et coloré, les yeux bleus, le nez aquilin, 
était blond, de taille moyenne et se teignait en noir. Il 
eut onze fils, entre autres Mohammed la Victime (el- 
makioûl), père d ,<r Abd er-Rahmân en-Nâçir, et treize 
filles. Son intronisation eut lieu le jour même de la mort 
de son frère El-Mondhir le samedi 15 çafar 275 (29 juin 
888) au camp installé sous les murs de Bobastro. Il re- 
tourna ensuite à Cordoue en emportant le cadavre de 
son frère, à l'inhumation duquel il procéda après s'être 
lait prêter serment de fidélité en cette ville. Il mourut 
en 300 (18 août 912) à l'âge de soixante-douze ans, après 



(1) On peut voir sur ce prince notamment V'Ikd y n, 368 ; le Mach- 
mua, p. 150; Makkari, i, 226; Ibn Khaldoun, iv, 132 ; Holïat, p. 65; 
Dhabbi, p. 17 ; Ibn el-Koùtiyya, f. 43 du ms ; Ibn el-Faradhi, p. 9 ; 
Mus. d'Esp.., u, 207 et s., etc. 

(2) Son nom était Sa'id ben Mohammed (Ibu el-Koùtiyya, f. 44). 

(3) Qui fut aussi vizir (Ibn el-Koùtiyya, f. 44). 

• (4) Il fut aussi grand kàdi à Cordoue (Ibn el-Faradhi, n* 1456; Ibn 
el-Koùtiyya, f. 43, v). 



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- 199 - 

un règne de vingt-cinq ans et quinze jourâ. Voici sur lui 
des vers d'Ibn e Abd Rabbihi : 

\Tawîl\ Le règne d u Abd Allah est pour les hommes une 
période de pèlerinage ; on ne profère de son temps aucune 
parole honteuse, on ne commet aucun acte libertin. Sa jus- 
tice lumineuse projette la clarté dans les sombreurs de la 
violence: telle l'aurore illumine les ténèbres de la nuit. Il 
a redressé la flèche de la religion en lui donnant pour fer la 
justice, pour coche la crainte de Dieu. Il a mis au jour 
l'attirail de la toi qui remplit son cœur et qui est son seul 
amour : nul obstacle tiré de sa qualité royale ne l'a arrêté 
dans ses pratiques, à la différence d'autres dans sa situation. 

" Le pouvoir, quand il le prit, était rongé par la viola- 
tion des traités, déchiré par la désunion, troué par l'hy- 
pocrisie; la guerre civile sévissait, une obscurité pro- 
fonde régnait, les cœurs étaient divisés, la communauté 
des fidèles déchirée et en révolte, le faux s'étalait, le 
mal s'affichait, [P. 125J les suppôts de Satan s'enten- 
daient pour accabler les fidèles" (*>. Le peuple par suite 
était plongé dans les ténèbres d'une sombre nuit que 
n'illuminait aucune aurore, où ne parvenait même pas 
le scintillement des étoiles; contre les musulmans se 
réunissaient les chrétiens et les fauteurs de troubles 
leurs semblables, qui avaient mis l'épée à la main, et 
qui tuaient, combattaient, opprimaient les fidèles, dont 
la pénible vie finissait par une mort misérable ; on ne 
cultivait plus la terre, et l'espèce semblait près de s'é- 
teindre. Ce prince alors mit tous ses efforts, déploya 
toute son énergie à combattre les ennemis de Dieu et les 



(1) Voyez le tableau que fait Dozy de la situation de l'Espagne 
musulmane à cette époque (Mus. cVEsp., n, 207). 



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- 200 - 

siens propres, transporta le siège de la guerre en pays 
chrétien, les régions musulmanes de l'Espagne eurent 
des frontières respectées, la lutte contre les hypocrites 
et leurs pareils se trouva être à la fois le devoir établi et 
la nécessité la plus urgente. 

La première chose à laquelle il donna ses soins fut 
d'envoyer Ibrahim ben Khamîr W recevoir le serment de 
fidélité d'Ibn Hafçoûn et de ses partisans. Ibrahim se 
rendit auprès de ce chef, qui fit montre de bonnes dis- 
positions et jura fidélité ; l'envoyé du prince se retira en 
emmenant H'afç, fils d' c Omar, et plusieurs autres de ses 
partisans, qui prêtèrent aussi serment et que l'émir ren- 
voya après les avoir traités avec honneur et respect 
pour se concilier leur amitié. Ibn É'afçoûn pendant 
quelque temps resta fidèle à ses promesses et s'abstint 
d'actes hostiles ; mais ensuite il rouvrit les hostilités et 
agit comme auparavant : sans respect pour le droit de 
ceux qu'il devait respecter, il fit main-basse sur les biens 
des habitants des cantons voisins, recommença les mê- 
mes honteux ravages qu'auparavant et dépouilla les 
voyageurs. Cela se passait l'année même où e Abd Allah 
monta sur le trône. 

En 276 (6 mai 889), l'émir en personne marcha contre 
Bobastro et les châteaux-forts de Malaga, et se retira 
après avoir détruit tous les vivres de la région et avoir 
serré celle-ci de près; dans la capitale même il laissa 
le Cordouan Mohammed ben Doneyn. Mais Ibn Hafçoûn 
sortit aussitôt de son repaire avec tous les brigands qui 
se joignirent à lui, et mit le siège devant Ecija, puis de- 



(1) Le nom de ce général ligure aussi dans Ibn Hayyàn {Ib., u, 265). 



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— 201 — 

vant le chàteau-fort d'Estepa» 1 *, qu'il prit. L'émir envoya 
alors contre lui un corps de troupes, et Ibn Hafçoûn, qui 
confessa ses torts, reçut un acte d'amnistie envoyé par 
le prince. 

En la même année, Mohammed, fils de l'émir c Abd 
Allah, fut chargé du gouvernement du canton de Séville. 
Pendant qu'il exerçait ces fonctions, un groupe d'Arabes 
de Séville [P. 126] se rendit à Carmona et mit la main 
sur cette ville. 

En la même année eut lieu la révolte de [Aboû Yahya 
Mohaimmed ben c Abd er-Rahmàn ben] c Abd el- e Aziz 
Todjîbi, connu sous le nom d'El-Ank'arW. 

Ibn Hafçoûn, en violation des traités, marcha contre 
Baëna, qu'il attaqua; il promit aux habitants de les res- 
pecter, mais quand ceux-ci allèrent le trouver, il les tua 
traîtreusement, s'empara de leurs biens et réduisit leurs 
enfants en eSclavage. 

Les habitants de Jaën, sans respect pour l'autorité, 
expulsèrent leur gouverneur c Abbàs ben Lak'it', et ce fut 
Ibn ChàkiH 3 ) qui régna en cette ville. 

En 277 (25 avril 890) naquit <Abd er-Rahmàn en-Nâçir. 

Le kâïd Ibn Aboû c Abda( 4 ) marcha contre Jaën, où s'é- 
tait installé le rebelle Ibn Châkir; il l'assiégea, le com- 



(1) En caractères arabes i--JC*o\ (et À^k*o\ dans Ibn Hayyàn, an. 
Correct., p. 47), à 3 ou 4 lieues à l'Est cTOssuna (£3^io\, qui figure 
dans le Merâcid et dans la Çila, n° 390, mais non dans Edrisi). 

(2) Sur Thisloire des Todjibides, voir l'ai* I ici e de Dozy, Recherches, 
t. i, p. 221 de la 2* éd., p. 211 de la 3s 

(3) Sur Kheyr ben Chàkir, cf. Mus. d'Esp., h, 262 et 276, et plus bas. 

(4) La Hollat parle de trois membres de cette famille (pp. 79, 132 
et 137). Celui qui est ici cité doit être AboùVAbbàs Ahmed ben 
Mohammed, dont la biographie est résumée en une note dans Bekri, 
Description de l'Afrique, 214, 



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- 202 - 

battit, tua un certain nombre de ses partisans et livra 
aux flammes une. grande quantité de maisons de celte 
ville. 

H'afç ben el-Moro fit une expédition contre Sawwàr W. 
Après avoir placé des troupes en embuscade, il fit une 
incursion dans le pays, et Sawwàr, sortant pour le com- 
battre, tomba dans l'embuscade et fut tué. 

Ibn Châkir, le rebelle installé à Jaën, périt dans les 
circonstances que voici. Ibn Hafçoûn, désireux de recon- 
naître de nouveau l'autorité de l'émir et de se concilier 
celui-ci par la mort d'Ibn Châkir, envoya au rebelle des 
cavaliers pour lui faire croire qu'il était disposé à le 
soutenir. Ibn Châkir, s'étant porté à la rencontre de 
cette troupe de renfort, fut assailli et massacré par ceux 
qui la formaient ; sa tète fut envoyée à Ibn Hafçoûn, qui 
à son tour la réexpédia à l'émir e Âbd Allah et qui se 
porta alors sur Jaën, dont il frappa les habitants d'amen- 
des considérables. Jaën et Elvira restèrent quelque temps 
sans être administrées par un fonctionnaire de l'émir. 

En 278 (15 avril 891), l'émir c Abd Allah marcha contre 
Polei, du canton de Cabra, où se trouvait l'ennemi de 
Dieu Ibn Hafçoûn avec un grand nombre de ses parti- 
sans, brigands et renégats, qui avaient poussé leurs ra- 
vages dans la région de Cordoue et avaient été jusqu'à 
enlever les moutons de cette ville même. Parti le 1 er ça- 
far (.15 mai), le prince alla camper vis à-vis de lui et 
engagea un combat acharné où il resta vainqueur r son 
ennemi mis en fuite se réfugia avec une troupe des 
siens dans ce château-fort, mais sa famille même ne 



(1) Sawwàr ben Hamdoùn était le chef des Arabes Kaysites ; voir 
infra, p. 137 du texte; Mus. d'Esp., n, 214; Notices, p. 258. Hafç 
ben el-Moro était un lieutenant d'Ibn Hafçoûn {Mus. d'Esp., n, 2251. 



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- 203 - 

put y pénétrer avec lui, et de tous ceux qui la compo- 
saient pas un ne put échapper aux poursuites. L'émir 
alors s'endormit très satisfait et les musulmans gardè- 
rent bien [P. 1S7] la porte, convaincus que le len- 
demain ils allaient mettre la main sur lui dans Tinté- 
rieur du château. Mais le vaincu parvint à s'échapper 
avec quelques-uns de ses compagnons, et quand, le len- 
demain matin, l'émir fut informé de la chose, il lança 
inutilement des cavaliers à sa poursuite, car on ne re- 
trouva pas les traces du fuyard. Le prince entra un autre 
jour dans le château, qu'il trouva rempli d'approvision- 
nements de toutes sortes. Son armée comptait dix-huit 
mille cavaliers, et l'on dit qu'lbn Hafçoûn, après avoir 
réuni tous ceux qui tenaient les châteaux- forts [lui obéis- 
sant] dans l'Espagne tout entière, marcha contre lui à la 
tête de trente mille hommes. Ce rebelle fut encore mis 
en déroute, et la plupart de ses partisans périrent; il en 
entra un certain nombre dans le camp de l'émir, qui les 
fit rechercher, et ces hommes, au nombre de mille, péri- 
rent sous ses yeux de la main du bourreau. Tel est le 
récit de la Behjat en-nefs. 

e Abd Allah marcha ensuite contre Ecija, qu'il assiégea 
et où quantité d'habitants périrent dans les combats. 
Quand les survivants furent à bout de ressources, ils 
élevèrent du haut des murailles leurs enfants dans leurs 
bras en poussant d'humbles cris de grâce, et ils obtin- 
rent ainsi leur pardon. 

En 279 (3 avril 892), les habitants d'Archidona trahi- 
rent Ahmed ben Hâchim. Ibn Hafçoûn viola de nouveau 
les engagements de paix et d'obéissance qu'il avait pris. 

Eu 280 (23 mars 893), El-Mot'arrif ben c Abd Allah 
commanda une expédition dirigée contre Ibn Hafçoûn à 



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- 204 - 

Bobastro, qu'il assiégea et dont il ravagea tous les en- 
virons. 

e Abd Allah fit bâtir le château-fort de Loja, dont il 
confia la garde à Idrîs ben r Obeyd Allah. 

Alphonse fils d'Ordono entra dans la ville de Zamora (*) 
et la fit [reconstruire ; elle avait eu pour fondateurs les 
barbares de Tolède. 

Kn 281 (13 mars 894) l'émir c Abd Allah confia à c Abd 
el-Melik ben Omeyya le commandement d'une expédi- 
tion dirigée contre les châteaux-forts d'Ibn Mostana< 2 ). 
Cet officier assiégea le château d'Iznajar et, dans les 
combats qu'il livra, tua un grand nombre d'habitants; il 
ruina aussi le château d'Es-Sahla, et regagna ensuite 
Cordoue. 

En 282 (2 mars 895), l'expédition d'été fut confiée à El- 
Motarrif fils de l'émir c Abd Allah, avec c Abd el-Melik 
ben Omeyya comme général. Or ce prince, étant dans le 
voisinage de Séville, s'empara de la personne d' c Abd 
el-Melik, le fit exécutera [P. 1S8] et le remplaça dans 
ses fonctions par Ahmed ben Hâchim. L'armée resta 
pendant quatre jours dans le même lieu, et il adressa 



(1) Le nom de celte ville est ici écrit ï.y+*o ; on trouve ï* }•*■<£> dans 
lbn el-Athir (Annales, 104). C'est la première orthographe que donne 
Edrisi, dans la partie relative à l'Espagne qui a* été publiée par 
E. Saavedra, La geog. de Esp. ciel Edrisi, Madrid 1881, p. 59. I*e 
Merâcid épelle la lecture Sammoura (il, 53). On trouve quelques 
détails sur cette ville dans la Géographie d'Aboulfèda, n, 250. — 
Alphonse III le Grand fut roi des Asturies de 866 à 910 J. C. 

(2) Ce chef exerçait son pouvoir dans les montagnes de Priego et 
était l'un des alliés d'Ibn Hafçoûn {Mus. d'Esp., u, 262, etc.). 

(3) Sur le meurtre de ce général, qui s'appelait, d'après lbn el-Koù- 
tiyya (f. 44), 'Abd el-Melik ben <Abd Allah ben Omeyya ben Yeztd, 
voir cet auteur, f. 44 v% et l'intr. au texte du Bagân, p. 54, ce qui per- 
mettra de comprendre les trop brèves indications de notre auteur. 



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- 205 - 

des promesses d'amnistie aux habitants de Séville et de 
Sidona ; ceux de cette dernière ville acceptèrent de se 
soumettre, lui payèrent l'impôt, et le pays reconnut son 
autorité l 1 ). 11 s'avança ensuite contre les Sévillans, (qui 
avaient refusé), leur livra bataille, les battit et les mas- 
sacra jusque sous les murs de la ville; après quoi il 
traversa le fleuve et livra les bourgades [de l'autre rive] 
à la ruine et à la destruction. 

El-Mot'arrif ben f Abd Allah jeta en prison Ibrahim 
ben Haddjâdj, [Koreyb] ben Khaldoûn et Ibn e Abd el- 
Melik Chidoûni (*), et les fit charger de fers ; il fit couper 
la langue et rompre les reins à Sah'noûn le secrétaire. 

Le tribut de Séville ayant été envoyé, les Benoû Had- 
djâdj (sic), Ibn Khaldoûn et Chidoûni furent, quand il 
arriva, extraits de la prison de Cordoue et remis en 
liberté. 

RÉVOLTE DES BENOU H'àDDJÀDJ A SÉVILLE. 

Ibrahim ben H'addjâdj ayant regagné Séville, sa pa- 
trie, en laissant son fils comme otage à Cordoue, pro- 
céda au partage par moitiés du canton dépendant de 
Séville, Turfe lui étant attribuée et l'autre revenant à Ibn 
Khaldoûn. Cet état de choses dura plusieurs années, 
mais r Abd Allah s'efforçait de semer la discorde entre 
eux en faisant savoir à chacun d'eux le fond des pensées 



(1) D'après Ibn el-Koûtiyya, ce fut Séville qui accepta et Sidona qui 
refusa les promesses de Motarrif. Comparez d'ailleurs Mus. d'Esp., 
il, 298. 

(2) De ces trois chefs les deux premiers commandaient à Séville, le 
troisième à Sidona. Ibn el-Koûtiyya écrit Horeyth le nom que nous 
retrouvons plus bas sous la forme Koreyb, que Dozy a aussi acceptée ; 
voir aussi la Hollat, p. 96. 



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- 206 - 

de son associé W. Il arriva un jour qu'Ibrahim ben Had- 
djâdj et Koreyb ben Khaldoûn écrivirent à l'émir au 
sujet de leurs affaires, en môme temps que Khâlid ben 
Khaldoûn, frère de Koreyb, s'adressait aussi à lui pour 
l'exciter contre Ibrahim, dont, ajoutait-il, lui et son 
frère pouvaient s'assurer à leur gré. c Abd Allah écrivit 
sa réponse sur l'original de -la lettre. Or le messager 
chargé d'emporter les diverses lettres -laissa tomber 
celle adressée par Khâlid à Ternir; un page du palais, 
Tayant trouvée, en prit connaissance et la remit à l'en- 
voyé d'Ibrâfiîm ben H'addjâdj en lui disant de la porter 
au plus tôt à son maître ; et ce dernier, en la recevant, 
fut définitivement fixé sur les sentiments intimes à son 
égard des deux fils de Khaldoûn. Cela se passait en 286 
(17 janv. 899). Alors Ibrahim invita courtoisement les 
deux frères à un repas [P. 1S9] auquel ils se rendirent; 
puis, quand ils se trouvèrent réunis, il leur adressa des 
reproches à l'un et à l'autre, exhiba là réponse que leur 
avait adressée l'émir, et, après leur en avoir fait pren- 
dre connaissance, redoubla d'énergie dans les reproches 
qu'il leur adressait. Alors Khâlid, tirant un poignard 
qu'il portait dans sa manche, en frappa Ibrahim à la 
tête et, déchirant sa coiffure, le blessa au visage. En 
présence de cette agression, Ibrahim appela ses gardes 
présents, qui tuèrent à coups de sabre les deux frères; 
puis leurs deux têtes furent jetées à ceux de leurs parti- 
sans et de leurs guerriers qui les avaient accompagnés 
et qui alors se débandèrent, mais qu'on poursuivit en 
les tuant et les pillant. Quant aux cadavres des deux 
frères, Ibrahim les fit ensevelir et inhumer. 



(1) Voir le récit de Dozy, Mus. d'Esp., il, 303; Ibn Khaldoûn, iv, 135. 



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— 207 — 

I\ "lut alors reconnu par les habitants de tout le canton 
avoisinant Séville, puis il s'adressa à Ternir pour s'ex- 
cuser du massacre des deux frères, en alléguant que 
c'étaient eux qui l'avaient poussé à violer ses engage- 
ments, mais que dorénavant il pratiquerait l'obéissance 
à l'égard du prince, et sollicitait l'investiture du gouver- 
nement de Séville. c Abd Allah condescendit à sa de- 
mande, et Ibrahim se trouva seul maître de Séville, 
" où il préleva les impôts, se constitua une garde, aug- 
menta sa situation, accrut, par ses libéralités, ses espé- 
rances ; ses actes louables et ses beaux faits relevèrent 
au-dessus de ses contemporains, et sa bonne renommée 
s'étendit au loin". 

Ibrahim, toujours occupé à adresser des demandes à 
l'émir, alla jusqu'à réclamer la mise en liberté de son 
fils c Abd er-Rahmân, qui était retenu à Cordoue en qua- 
lité d'otage (*). Le refus que lui opposa c Abd Allah le jeta 
dans la désobéissance, et il se mit, pour nuire à l'émir, 
à faire passer à Ibn Hafçoûn des secours en argent et en 
soldats, ce qui augmenta d'autant la force et les convoi- 
tises de ce rebelle. Ibrahim cependant ne cessait pas 
d'envoyer à l'émir des émissaires secrets pour tâcher 
d'obtenir la mise en liberté de son fils, moyennant quoi 
lui-même rentrerait dans les limites du devoir. Le prince 
finit par y consentir et relâcha c Abd er-Rahmân ben 
Ibrahim, non sans l'avoir comblé de bienfaits ; de plus 
il renouvela l'investiture de Séville en faveur d'Ibrahim, 
qui redevint soumis comme auparavant [P. 130] et sous 
l'administration de qui cette région trouva la prospérité. 
Au dire de H'ayyân ben Khalaf, «Ibrahim ben Haddjâdj, 



(1) Cf. Ibn el-Koûtiyya, f. 47 v. ; Mu». d'Esp., n, 311. 



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- 208 - 

étant devenu gouverneur de Séville, de Carmona et des 
régions avoisinantes, acquit une grande renommée qui 
s'étendit au loin ; il se constitua une armée (djond) à 
laquelle, tout comme le prince, il attribua une paie régu- 
lière; on y comptait cinq cents cavaliers. » Ibràbîm avait 
à la cour de Cordoue des gens qui veillaient à ses inté- 
rêts et qui, le tenant au courant de ce qui se passait le 
concernant, lui donnaient des conseils sur la conduite à 
tenir. Ce fut ainsi qu'il renonça à plus fournir de l'aide à 
Ibn Hafçoûn et à reconnaître loyalement l'autorité du 
chef de la Communauté des fidèles; l'émir de son côté le 
traita sur le pied que méritait son mérite reconnu, et 
Ibrahim jouit ainsi jusqu'à sa- mort de la plus haute 
considération auprès du prince. 

H'ayyàn dit encore : « Ibrahim ben H'addjâdj avait à 
Séville un kâdi chargé de rendre la justice et un préfet 
de police qui appliquait les peines corporelles, tout 
comme le prince dans sa capitale (*). Il était dur pour les 
gens mal famés, implacable pour les scélérats ; on venait 
par terre et par mer solliciter sa générosité et lui pré- 
senter des choses rares et précieuses; il avait à Séville 
des fabriques où son nom était brodé sur les étoffes, ainsi 
que le faisait alors le prince. A Carmona, qui lui obéis- 
sait également, il éleva le château-fort et construisit de 
bonnes fortifications; c'est en cet endroit que se trou- 
vaient les écuries destinées aux chevaux qu'il montait, 
et à tout moment il allait de l'une à l'autre ville. Sa libé- 
ralité lui attirait des louanges auxquelles il se plaisait; 
les poètes étaient l'objet de ses largesses, car il ressem- 
blait dans sa conduite aux plus grands princes. Il veillait 



(1) Sur la situation d'Ibràhîm à Séville, cf. Mus. d'Esp., n, 313. 



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- 209 - 

à ce qu'on distribuât des secours aux anachorètes et aux 
pieux solitaires <*>. Les Cordouans qui empêchaient ses 
troupeaux laissés à eux-mêmes de s'égarer, recevaient 
de lui des honneurs et des cadeaux. Leur plus grand 
poète, Aboû c Omar Ahmed ben e Abd Rabbihi, se rendit 
de préférence, entre tous ces agitateurs qui remuaient 
alors l'Espagne, auprès d'Ibràhîm pour solliciter sa gé- 
nérosité, et celle-ci ne lui fit pas défaut, car Ibràhîm 
reconnut le mérite de son visiteur. » 

Voici en quels termes il décrit les déplacements de 
ce chef entre Séville et Carmona ; 

[Tawîl] Ibrahim n'est pas autre chose qu'une mer de libé- 
ralité qui d'un littoral va se fixer sur un autre : Séville la 
fleurie se pare de sa gloire, et de même la brillante et dis- 
tinguée Carmona. [P. 131] Quand celle-là est illuminée de 
l'éclat de sa face, celle ci ne se montre que dans une toilette 
dépourvue d'ornements; s'installe-t-il dans celle-ci, c'est 
celle-là qui le pleure et lui dépêche messagers et messages î 

Ce n'est là qu'un extrait de ce poème, qui est bien plus 
long. Voici un autre extrait d'une longue pièce consa- 
crée à Ibrahim : 

[Wâftr] Le livre du désir, c'est mon cœur qui le forme T ce 
sont les larmes de mes yeux qui en fournissent l'encre; c'est 
sur mon foie que la main des pleurs en trace les lignes dic- 
tées par l'insomnie. -Gommeût en serait-il autrement quand 
mon cœur transporté s'envole vers celui qui attire tous les 
cœurs? La générosité peut-elle trouver à ne pas s'exercer 
alors qu'Ibrahim est un Hâtim Tay, le généreux par excel- 
lence? Lui rendre visite c'est faire le pèlerinage, le louer 



(1) En arabe, ahl el-boyoûtât ica'eh-ehoraf (voir Dictionnaire Dozy). 

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— 210 — 

c'est faire la guerre sainte en garnison ou en campagne. Je 
serais sans excuse de ne pas aller le voir alors que j'ai une 
monture et du viatique pour la route. 

De nombreuses poésies furent adressées à Ibrahim 
ben H'addjàdj par Ahmed ben e Abd Rabbihi et par d'au- 
tres poètes. Ibn Aboû'l-Feyyâd' W rapporte que le poète 
cordouan Mohammed ben Yahya el-K'alfâH 2 ) se rendit 
auprès d'Ibrahim pour lui présenter le poème en n qui 
commence par : 

\Khafif] Mon départ, qui approche, a mouillé des pau- 
pières... 

Et il continue par des traits satiriques contre ses com- 
patriotes de Cordoue, les grands de cette ville, les prin- 
cipaux de la cour, pour ensuite les injurier grossière- 
ment. Ibrahim, à l'audition de cette pièce, conçut du 
mépris pour lui et le traita d'indigne en termes insul- 
tants, de sorte qu'El-K'alfât' se retira déçu dans son 
espoir de présents et ayant récolté le digne fruit de ses 
actes et de ses paroles. Puis, rentré à Cordoue, il com- 
posa contre Ibrahim la satire qui débute par : 

[KàmiQ Femme, ne me blâme pas si mon voyage me fait 
longtemps pleurer. . . (3) 



(1) Aboû Bekr Ahmed ben Sa'îd ben Mohammed, appelé Ibn Aboù , l- 
Feyyàd' ou Ibn Feyyàd',+ en 459, est connu comme historien et comme 
juriste (Intr. au Bayân, p. 75 ; Çila, n' 124 ; Pons, Ensayo, p. 138). 

(2) Ce poète a fourni à Dhabbi (n° 314) l'occasion d'une courte notice ; 
voir aussi Makkari, n, 199; Hollat, p. 97, et ci-dessous. L'anecdote ici 
racontée est reproduite brièvement in Mus. d'Esp., H, 315. 

(3) Notre compilateur ne donne que le premier hémistiche d'une 
pièce dont Ibn Hayyan cite un plus long extrait, à en juger par ce que 
traduit Dozy, Mus. d'Esp., il, 316. 



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- 211 - 

Ibrahim s'irrita quand il entendit cette pièce, et il 
chargea celui qui la lui avait redite de faire savoir qu'il 
prêtait le serment solennel que si le poète recommençait 
[à médire des Cordouans] il lui ferait couper la tête à 
Cordoue dans son lit même. Aussi El-K'alfàt', pris de 
frayeur, s'abstint-il dorénavant. Ce procédé hautement 
magnanime d'Ibrahim à l'égard des Cordouans [P 132] 
est regardé comme l'un de ses beaux faits, et c'est à ce 
titre qu'il a été rapporté par le kâdi Ibn Aboû'l-Feyyâd'. 
Antérieurement El-'OdhriW était venu du Hedjâz auprès 
d'Ibrâhîm, qui l'avait traité selon son mérite et l'avait 
récompensé somptueusement. Aussi la rumeur publique 
proclamait-elle son nom. 

Aboû c Amir Sâlimi rapporte dans ses Dorer el-tc'alâ'id 
que l'émir, chef, brave, libéral et considéré Aboû Ishâk 
Ibrahim ben Haddjâdj ayant entendu parler d'une jeune 
esclave de Baghdâd nommée K'amar (*), expédia en Orient 
des sommes considérables pour l'acheter, et put ainsi la 
faire venir à Séville. Elle ressemblait à une pleine lune 
radieuse, parlait bien et élégamment, était versée dans 
le chant et les modes musicaux, bref Ibrahim la trouva 
tout à fait digne de son nom. Elle faisait aussi des vers 
que l'on trouvait agréables et qui plaisaient ; voici par 
exemple comment elle réfute ses critiques : 

[Basît] Kamar est venue, a-t-on dit, couverte de vête- 
ments déchirés après avoir conquis des cœurs par ses œilla- 



(1) Je n'ai retrouvé nulle part le nom de ce poète, qui s'appelait 
Aboù Mohammed 'Odhri, d'après les Mus. d'Esp., n, 314. 

(2) Ce nom de Kamar (lune) est souvent donné aux jolies esclaves. 
Sur celle dont il s'agit, on peut voir encore Makkari, n, 97 ; Tekmila, 
n°2114; Mus. d'Esp., H, 314, où figure la traduction partielle des 
vers, cités plus loin, dans lesquels Kamar fait sa propre apologie. 



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- 212 - 

des, alors qu'elle s'en allait dans la boue, courant les routes, 
parcourant les unes après les autres les grandes villes du 
monde ; mais elle ne figure pas parmi les femmes de nais- 
sance de son lieu natal, elle ne sait que faire de la prose 
rimée et des vers. — Plus intelligents, les hommes n'adres- 
seraient pas de reproches à la merveille *que je suis parmi 
eux; est-il donc possible que des hommes bien nés déver- 
sent le blâme sur une esclave ! L'être humain ne peut tirer 
gloire, en dehors d'une sincère piété envers son Créateur, 
que de son intelligence personnelle. Arrière l'ignorance et 
celui qui s'y plaît! l'injure et l'ignominie marchent avec elle. 
Si à l'ignorante seule était réservé le paradis, j'accepterais 
l'enfer imposé parla volonté du Roi des créatures! 

"Tout le temps que vécut Ibrahim, elle resta dans la 
plus haute et la plus grande situation, toujours des plus 
correctement et parfaitement vêtue, servant d'ornement 
à son époque, lui faisant un titre de gloire qui relevait 
au-dessus de ses concitoyens. Nul de son époque ne put 
sous ce rapport en faire autant, ne put obtenir le même 
rang" jusqu'au jour où il mourut subitement en 288 (26 
déc. 900) W. Il eut pour successeur son fils c Abd er-Rah'- 
mân ben Ibrahim ben Haddjâdj, qui gouverna pendant 
treize ans et mourut en 301 (7 août 913). Le frère de ce 
dernier, Mohammed ben Ibrahim, [P. 133] gouverna à 
Carmona tant du vivant de son père que du vivant de son 
frère et jusqu'à la mort de celui-ci ; il ne séjourna pas à 
Séville ni n'y exerça le pouvoir. On dit qu'à son insti- 
gation une jeune esclave versa à c Abd er-Rahmân un 
poison qui mit fin aux jours de celui-ci. 



(1) Plus loin on trouve la date de 298, que Dozy est disposé à accepter 
{Mus. d'Espv il, 321 n.). 



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— 213 — 

Voici ce que dit Ibn Aboû'l-Feyyâcf : « Mohammed ben 
Ibrahim ben Haddjàdj festa seigneur de Carmona après 
la mort de son père; il y gouverna bien et y passa des 
jours heureux; "son nom était avantageusement connu, 
les langues répétaient au loin la reconnaissance qui lui 
était due ; de partout on allait le trouver, et d'excellents 
vers disaient ses louanges, les visiteurs recevaient des 
présents, les louangeurs étaient récompensés". Après 
la mort de son père, ce fut c Abd er-Rahmân, frère dé 
Mohammed, qui, en sa qualité d'aîné, obtint le gouver- 
nement de Séville, " mais Mohammed l'emporta sur lui 
par les actes louables qui lui valurent les éloges de son 
siècle et par ce qu'il montra de ses aptitudes au comman- 
dement, de sorte qu'il fut visé par l'envie ainsi que par 
la gratitude". Sa période de gouvernement à Carmona 
marqua plus et dura pl.us longtemps que celle de son 
frère à Séville ; elle fut de quatorze ans, et il mourut en 
302 (27 juillet 914). » 

Er-Râzi dit ce qui suit : a En-Nàçir li-din Allah se 
rendit maître de Séville en 301 (7 août 913) dans les cir- 
constances que voici. c Abd er-Rahmân ben Ibrahim ben 
Haddjàdj, qui s'était rendu indépendant dans cette ville 
après la mort de son père, étant venu lui-même à mou- 
rir, les habitants s'entendirent pour mettre à leur tête 
Ahmed ben MaslamaM et repousser Mohammed, frère 
d' e Abd er-Rahmân et seigneur de Carmona ; mais celui-ci 
et les siens firent de l'opposition et se rallièrent au prince 
chef de la Communauté des fidèles. Alors En-Nâçir en- 



(1) Qui était le cousin germain de Mohammed et qui fut choisi par 
le parti sévillan désireux de rester indépendant du khalife {Mus. 
d'Esp., H, 332 ; cf. infra, p. 169 du texte arabe). 



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- 214 - 

voya contre Séville des troupes qui livrèrent aux habi- 
tants des combats sanglants ; il lit ensuite parvenir à 
Mohammed ben Ibrahim Tordre de serrer de près les 
Sévillans, lui attribuant le commandement à cet effet et 
lui adjoignant K'âsim ben el-Welîd, alors commandant 
de sa garde et ami de Mohammed. Ces deux chefs parti- 
rent de Cordoue pour Carmona, d'où leurs troupes pous- 
sèrent des attaques dans la direction de Séville: ils con- 
quirent ainsi les districts d'Aljarafe (*), de Tàlik'a, d'El- 
Borr W, etc. Alors Ibn Maslama, seigneur de Séville, se 
voyant près d'être pris à la gorge, réclama du secours 
au- grand chef du désordre, au maudit Ibn Hafçoûn, 
[P. 134] qui vint en personne, le fit sortir de Séville et 
l'emmena de l'autre c<Jté de la rivière. L'armée était donc 
dans le château-fort de Cabra avec Mohammed ben 
Ibrahim et Kàsim ben Welid, qui, se mettant à la tête 
des gens de l'entourage du prince, attaquèrent et mirent 
en déroute Ibn Hafçoûn. Le vaincu, piquant droit devant 
lui, se réfugia dans sa forteresse. 

Alors Ibn Maslama, réfléchissant à la querelle qu'il 
avait avec son cousin Mohammed ben Haddjâdj, au fait 
qu'il était son cohéritier dans la succession de son père 
et à ce qu'il ne pouvait rien contre lui, songea à mettre sur 
un meilleur pied ses rapports avec le sultan En-Nàçir, 
et lui fit offrir par un envoyé de remettre Séville entre 
ses mains. Le chambellan Bedr, à la suite de cet appel, 
vint prendre possession de Séville sans effusion de sang 
et sans combat ; puis, quand il y fut établi, il promit, au 



(1) Sur Aljarafe (ech-charaf) , voir t. i, p. 331 n. 

(2) Cette lecture résulte d'une correction de Dozy, qui a établi l'exis- 
tence d'un district el-horr « du froment » [Rech., 3 # éd., I, 309). 



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- 215 - 

. nom du sultan, aux habitants convoqués à cet effet, toute 
espèce de bienfaits et le maintien avec surcroit des dis- 
tributions ( c awâ'id) qui leur étaient faites sous les Benoû 
Haddjâdj. Ce discours reçut l'approbation des auditeurs, 
et tout marcha parfaitement en ce qui concernait le 
chambellan et Ibn Maslama. Le chambellan ensuite s'a- 
dressa à Mohammed ben Haddjâdj pour lui faire savoir 
que le sultan, ayant pris possession de Séville, lui enjoi- 
gnait d'en cesser le siège. Mais Mohammed, au reçu de 
cette lettre, en goûta peu le contenu et changea de dis- 
positions à l'égard de l'émir. Au mépris de l'obéissance 
qu'il lui devait, il quitta la nuit même le château-forl de 
Cabra, qu'il occupait avec Kàsim ben Welîd, et se diri- 
gea vers Carmona avec ses troupes ; en route, il rencon- 
tra des troupeaux appartenant aux Cordouans, les enleva 
et les emmena à Carmona, où il se prépara ouvertement 
à la résistance. Cependant il les restitua tous à la suite 
des ordres qu'En-Nâçir lui fit transmettre par le major- 
dome *^1 w^Lo. 

Après le retour de ce dernier à Cordoue, Mohammed 
ben Haddjâdj se porta avec ses troupes de Carmona sur 
Séville-, où il arriva le matin, et attaqua cette ville, dont 
les fortifications étaient partiellement détruites et qu'il 
espérait enlever; mais il dut fuir devant la sortie orga- 
nisée par le gouverneur qu'y avait nommé l'émir, et 
regagna Carmona. 

D'autre part En-Nâçir, en apprenant cette attaque, 
envoya des troupes de renfort au gouverneur, qui remit 
la ville en état de défense de manière à ne plus redouter 
les attaques de Mohammed ben Haddjâdj. En présence 
des dispositions hostiles de celui-ci, [P. 135] En-Nâçir 
lui dépêcha, pour le ramener à de meilleurs sentiments, 



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- 216 - 

son ami Ibn Welid, qui réussit enfin à le persuader. 
Mohammed envoya son intime au prince, qui le reçut et 
écouta les propositions faites de vive voix au nom de 
Mohammed, à savoir qu'il quitterait Carmona en y lais- 
sant un lieutenant nommé par lui et viendrait habiter 
Cordoue. Le prince agréa tout et promit de satisfaire 
entièrement aux demandes de Mohammed, qui, après 
avoir reçu son messager, porteur de ces promesses, 
quitta Carmona en ramadan 301 (31 mars 914) et se ren- 
dit à Séville avec les principaux de sa famille et une 
troupe de guerriers. L'émir leur fit distribuer des vête- 
ments d'honneur et des présents proportionnés aux 
rangs et aux places de chacun auprès de Mohammed, et 
les traita très libéralement. Il fit de même pour Moham- 
med, qu'il attacha à sa personne et à qui il donna aussi- 
tôt une place de vizir en le comblant de qualificatifs 
élevés. Puis il entreprit une expédition et se fit accom- 
pagner par lui en cette qualité. 

H'abîb ben c Omar, nommé par En-Nâçir gouverneur 
de Carmona, se fortifia dans cette ville [pour se sous- 
traire à l'autorité souveraine]. Le prince alla l'y assiéger 
et se fit suivre de Mohammed ben Haddjâdj en qualité 
de vizir. Des envieux de ce dernier le dénoncèrent au 
prince comme étant secrètement de connivence avec Ibn 
e Omar et faisant marcher celui-ci. Alors En-Nàçir le des- 
titua du vizirat et le fit emprisonner avec Ibn Welîd, chef 
de la garde; mais ces deux personnages furent ensuite 
rendus à la liberté. Peu de temps après cela, en chawwàl 
302 (19 avril 915), Mohammed ben Haddjâdj mouruU 1 ). 



(1) Ces faits sont exposés d'après notre texte dans les Mus. d'Esp., 
Il, 338. 



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- 217 - 

4 OMAR BEN HAFÇOUN SOUS LE RÈGNE DE L'ÉMIU 4 ABD ALLAH. 

* Quand e Abd Allah, montant sur le trône khalifal, 
reçut des provinces les lettres de fidélité et que tous les 
hommes reconnurent son autorité, *Omar ben Hafçoûn, 
tout rebelle obstiné qu'il était, malgré son orgueil et les 
ravagés auxquels il se livrait, crut devoir rentrer dans 
la Communauté et se soumettre aux lois de l'obéissance 
qu'il devait au prince. Il envoya donc à Cordoue son fils 
H'afç et quelques-uns de ses partisans pour conclure 
avec l'émir un traité de paix solennel et définitif, que 
plus rien rie pût changer, qu'aucune difficulté ne pût 
arrêter, sous la condition que lui f Omar resterait à Bo- 
baslro en qualité de fidèle et obéissant sujet. [P. 136] 
L'émir, agréant ces bonnes dispositions, consentit à le 
laisser à Bobastro, traita magnifiquement son fils et ses 
envoyés, leur fit de nombreux cadeaux et fit partir avec 
eux c Abd el~Wahhâb ben c Abd er-Ra'ouf, nommé gouver- 
neur du canton de Malaga et chargé de participer avec 
Ibn Hafçoûn à l'administration, aux nominations et aux 
révocations. Cette communauté de pouvoirs dura jus- 
qu'au jour où ibn Hafçoûn, prenant le dessus, expulsa 
du canton c Abd el-Wahhâb dépouillé de tout. Alors il 
donna libre carrière à ses crimes, ses hostilités et ses 
méfaits redoublèrent, si bien que les villages furent près 
de se vider et le peuple près d'émigrer ; toutes les bour- 
gades de la campagne de Cordoue étaient couvertes de 
cavaliers, livrées à l'avilissement et au malheur, et le 
maudit, s'étant emparé d'Ecija et d'Archidona, les mit 
en parfait état de défense et y installa toutes sortes de 
machines de guerre". 

^Quand l'étnir c Abd Allah vit Cordoue ainsi cernée et 



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- 218 - 

ses environs victimes d'une guerre néfaste, il fît planter 
la tente royale dans la banlieue du faubourg, à Secunda; 
quand les piliers en furent placés, que les cordes et les 
liens en furent tendus, Ibn Hafçoûn lança de la cavalerie 
contre Secunda dans le but de s'emparer de cette tente, 
de se précipiter sur la ville et de la cerner. Mais aussitôt 
des cavaliers s'élancèrent contre les agresseurs, les éloi- 
gnèrent et, arrivant jusqu'à Hafçoûn, le repoussèrent et 
l'empêchèrent d'avancer par là. Il se réfugia alors dans 
un château-fort, à Cabra, et l'émir, rassemblant les Cor- 
douans au nombre d'environ quatorze mille, marcha 
contre Ibn Hafçoûn et ses recrues au nombre d'environ 
trente mille; son attaque les mit en débandade, les 
sabres leur travaillèrent les reins et coururent sur leurs 
traces au point que la terre s'abreuva de leur sang. 
L'émir c Abd Allah pénétra dans les forts qui avaient 
secoué son obéissance et qui alors repassèrent sous son 
autorité". 

Ibn c Abd Rabbihi a fait à ce propos les vers que voici : 

[Kàmil] Ibn Hafçoûn a cherché à s'échapper, mais l'épée 
le poursuivait et il n'a pu réussir ; |P. 137 1 c'était par une 
nuit obscure, qu'on aurait pu prendre pour celle de l'ascen- 
sion du Prophète. Cette guerre, que chaque année il sème, 
vient de lui donner ce triste produit. Nos ennemis ont dû 
fuir en un petit groupe qui sait par expérience les suites de 
la nuil et des marches nocturnes. Demandez-leur de qui ils 
sont les clients, la réponse sera que toute nuit sombre les 
compte parmi les siens. 

* Après son retour à Bobastro, Ibn Hafçoûn rassembla 
ses compagnons, en fît dresser une nouvelle liste et, 
marchant avec eux vers Elvira, il promena dans cette 



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- 219 - 

région une guerre sauvage, si bien qu'il en resta maître 
et par ruse s'empara du gouverneur. Alors l'émir c Abd 
AUàh envoya contre lui des soldats commandés par Ibn 
Aboù c Abda. Quand les deux troupes se rapprochant 
furent en vue Tune de l'autre, la cavalerie d'Ibn Aboû 
e Abda se précipita sur celle d'IbnHafçoûn, la bouleversa 
et fit disparaître jusqu'à ses traces. Le rebelle, griève- 
ment blessé, dut se retirer sans remporter aucun avan- 
tage, gagner les endroits abrupts, supporter l'humilia- 
tion et l'ignominie et retourner, battu, endommagé et 
avili, dans le fort de Bobastro. Mais il reprit ensuite ses 
anciennes habitudes, ses procédés d'insurgé et de dé- 
vastateur". Cependant l'émir c Abd Allah mettait ses forces 
en déroute, par les coups qu'il lui portait jetait la frayeur 
dans son cœur, si bien que ses ardeurs s'éteignaient, 
que le dégoût prenait ses compagnons et soutiens. c Abd 
Allah étant mort et En-Nâçir étant monté sur le trône, 
il s'empressa d'obéir et de rentrer dans la Communauté 
des fidèles, puis de nouveau il devint traître à ses ser- 
ments jusqu'à ce que le cours du temps amenât sa dispa- 
rition". 

ÉNUMÉRATION DES INSURGÉS QUI, SOUS LE RÈGNE DE L'ÉMIR 

4 ABD ALLAH, SORTIRENT DU SEIN DE LA 

COMMUNAUTÉ ET ALLUMÈRENT LA GUERRE CIVILE. 

Le premier de tous fut Ibn Hafçoûn précité, dont nous 
dirons le reste de l'histoire en suivant l'ordre chronolo- 
gique. 

Sawwâr ben H'amdoûn se révolta dans le château-fort 
de Monte-Xicar 0), d'où il marcha avec ses compagnons 



(1) C'est l'ancien Monte-Sacro, au N. E. de Grenade, près dn Gua- 



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- 220 - 

contre Dja ç d (*), gouverneur d'Elvira, * qu'il battit et fit 
prisonnier, non sans l'avoir fait passer par une journée 
pénible; puis il le rendit à la liberté après l'avoir com- 
blé de dons, [P. 138] et le gouverneur gagna sa ville 
d'Elvira, où habitaient sa famille et ses enfants. Sawwâr 
se dirigea vers Grenade et attaqua les châteaux-forts 
d'Ibn Hafçoûn. Les gens d'Elvira, au nombre de vingt- 
trois mille environ, s'étant alors rassemblés, Sawwâr, à 
la tête d'une faible troupe, marcha contre eux et les 
força de chercher un refuge dans la fuite, les trans- 
forma en atomes semés dans l'atmosphère; la mort pla- 
nant sur eux les cacha de son ombre, et il en massacra, 
dit-on, douze mille." Cette affaire est de 276 (6 mai 889). 
Il y eut entre Sawwâr et Ibn Hafçoûn diverses rencon- 
tres "où celui-ci, mis en déroute, dut honteusement 
tourner les talons, fut grièvement blessé et perdit ses 
officiers. Le rebelle Dja c d, qui était à Elvira, était pour 
Ibn Hafçoûn un compagnon d'hypocrisie, s'entendait (?) 
avec lui pour ravager ces régions^ 2 ). Il ourdit une ruse 
pour se rendre par la trahison maître de Sawwâr et y 
consacra tous les soins d'un adversaire. Il entreprit un 
jour une expédition contre lui après avoir disposé une 
embuscade : il sortit en personne avec une faible troupe, 
se livra au pillage et fit du butin. Alors Sawwâr, dans 
la croyance que son ennemi n'avait pas en arrière des 



dahortuna (Simonet, Desc7 % ipcion, p. 92; Mus. d'Esjy., n, 212 et s., 
dont il faut voir le récit). 

(1) Il est appelé Dja'd ben <Abd el-Ghàflr dans la HoUat (p. 80 ad f.) ; 
l'affaire où Sawwâr le fit prisonnier s'appelle bataille de Dja'd {Mus. 
d'Esp., H, 216). 

(2) Il n'est pas question de cette conduite équivoque de Dja'd dans 
les sources employées par Dozy, qui ne mentionne d'ailleurs pas ce 
passage (Ib., 231 n.). 



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- 221 - 

troupes de renfort ou de secours, poussa du côté de 
l'embuscade; il s'avança donc, se croyant sûr de vaincre 
et de rester le plus fort, à la tête des gens du pays. Mais 
quand il se fut mis à Taise comme un homme joyeux et 
sans contrainte, les soldats embusqués bondirent sur lui 
à l'instar des sauterelles disséminées, les cavaliers l'en- 
tourèrent et il périt, ses troupes battues et dispersées 
opérèrent leur retraite. Dja c d, seigneur d'Elvira, envoya 
alors à Ibn Hafçoûii la tête de Sawwàr en l'informant du 
revers et des pertes de leurs ennemis. * 

"A cette époque, Sa e id ben DjoûdH 1 ) se souleva à la 
tête des Arabes, opposa à Ibn Hafçoûn la guerre et les 
tromperies, le serra à la gorge, le mit hors d'état d'aller 
et de venir à son gré. Le rebelle alors eut recours à la 
ruse et à la fraude à défaut de la force et de la puissance, 
si bien qu'il s'empara d'Ibn Djoûdi, qu'il retint prison- 
' nier et enchaîné à Bobastro pendant plusieurs mois, jus- 
qu'au jour où il reçut [P. 139] des sommes considéra- 
bles contre lesquelles il le relâcha Comme Ibn Djoûdi 
dirigea alors tous ses efforts dans un sens hostile à l'émir 
c Abd Allah, celui-ci, recourant à la ruse, le fit tuer par 
trahison dans la maison d'une juive qui était sa maî- 
tresse ( 2 ). Celui qui alors se trouva placé à la tête des 
Arabes du pays d'Elvira fut Mohammed ben Ad'h'â< 3 ), 



(1) Sa'kl ben Soleymàn ben Djoûdi, après avoir chanté les exploits 
de Sawwàr, fut choisi par les Arabes pour remplacer celui-ci (Mus. 
d'Esp., il, 226). Dhabbi ne lui accorde qu'une sèche mention en deux 
lignes (n* 795) ; mais de longues notices lui sont consacrées par Ibn 
el-Abbàr [Notices, 83) et par Lisàn ed-Dîn (f. 218 V du ms 3347 de 
Paris, article reproduit ib. p. 258) ; cf. ms 3331 de Paris, f. 78 v°. 

(2) Ibn Djoûdi, dont la légèreté et les imprudences avaient écarté 
de lui une portion du parti arabe, fut tué par un mari trompé, d'après 
Dozy {ib., ii, 195). Cf. ci-dessous, p. 225. 

(3) Un article lui est consacré dans la Hollat, p. 98. 



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- 222 - 

qui reconnut ouvertement l'autorité de l'émir e Abd Allah 
et qui n'hésita pas à combattre Ibn Hafçoûn de la lance 
et de l'épée. Mais celui-ci l'ayant vaincu et fait prison- 
nier, les Arabes payèrent pour sa rançon une somme 
considérable, après quoi éechef continua de rester fer- 
mement fidèle à l'émir/ 

Les Arabes se soulevèrent aussi à Séville, s'emparè- 
rent du gouverneur de cette ville, " mirent au pillage ses 
biens acquis et héréditaires, ne respectant que sa famille 
et ses enfants ; ils tuèrent quantité de ses compagnons 
et exercèrent à leur gré, sans souci de son autorité, des 
ravages. Alors les troupes de Carmona et des autres can- 
tons se concentrèrent, entourèrent Séville comme d'une 
sphère circulaire, se rendirent maîtres des rebelles qui 
s'y trouvaient et en tuèrent une partie, dans une affaire 
connue sous le nom de Journée du troupeau_de chameaux 
Ut*/ 

" Ibrahim ben Haddjâdj s'empara de Séville, d'où il 
dirigea ses attaques et ses méfaits contre les environs 
de Cordoue; il se lia avec Ibn Hafçoûn pour commettre 
partout des ravages et (tâcher d')occuper Cordoue cette 
année même. L'un et l'autre emportèrent des places 
fortes et des châteaux-forts, consacrèrent leurs efforts 
aux luttes et aux combats, jusqu'au jour où l'entente qui 
les liait, les contrats solennels qui les unissaient vinrent 
à se rompre. Ibn Haddjâdj conclut la paix avec l'émir 
c Abd Allah, qui le confirma dans sa situation à Séville, 
lui en remettant la direction, lui en confiant les cantons 
ainsi que le droit d'y exercer le commandement. " 

Deysem ben IshâkW excita également des troubles et 



(1) Sur ce chef, voir Ibn el-Koutiyya, f. 46 ; Mus. d'Esp., n, 263. 



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- 223 - 

s'empara des deux villes de Lorca et de Murcie ainsi que 
des portions du canton de Todmir qui les avoisinent. Il 
était aimé des diverses classes de la population, doux à 
l'égard de ses administrés, libéral ; les poètes et les litté- 
rateurs, qu'il traitait généreusement, se rendaient de 
toutes parts auprès de lui. 

c Obeyd Allah ben Omeyya s'empara du gouvernement 
de Jaën et pénétra dans le chàteau-fort de [Cazlona]* 1 ) et 
d'autres encore. 

[P. 140] e Abd er-Rahmân ben Merwân, connu sous 
le nom de Galicien (Djalik'i), s'installa à Badajoz et à 
Mérida et se sépara de la Communauté des fidèles ; il 
protégea et fréquenta les chrétiens de préférence aux 
musulmans. 

c Abd el-Melik ben Aboû'l-Djawâd s'installa à Béja, 
dont il se rendit maître ; il se fortifia dans le château de 
Mertola et se rendit assez puissant par les constructions 
qu'il y éleva et les approvisionnements dont il se munit. 
Des traités le liaient à Ibn Merwân, alors seigneur de 
Badajoz, et à Ibn Bekr, seigneur d'Ocsonobat 2 ), de sorte 
que tous les trois se réunissaient pour tenir tête à leurs 
ennemis. 



(1) Le uom de cette place a été omis dans le texte, et est dû à une 
conjecture de Dozy. Cazlona (Gastulo), à une lieue S. de Linares, est 
un amas de ruines dont le Castro de la Magdalena forme le point le 
plus important (Boletin de la R. Ac, t. 38, p. 458). Quant à 'Obeyd 
Allah ben Omeyya, on verra plus loin qu'il est souvent appelé Ibn 
ech-Châliya, seul nom sous lequel Dozy le cite. 

(2) L'Algarve actuelle, province la plus méridionale du Portugal. 
Les ruines d'Ocsonoba, aujourd'hui Estoy, sont au nord de Faro ; ce 
nom est diversement orthographié en arabe (Dozy, Recherches, h, 277 ; 
de Goëje, Jakubi, p. 112; Merâcid, i, 85). Le nom du chef de celte 
province est Bekr ben Yahya ben Bekr ; il était arrière-petit-fils d'un 
chrétien nommé Zadulpho (ci-dessous; Dozy, Mus. d'Esp., n, 261). 



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- 224 - 

Ibn esrSelim, c" est à dire Mondhir ben Ibrahim befr 
Mohammed ben es-Selim, se souleva à Médinat Ibn es- 
Selîm, dans le canton de Sidona, ville qui tirait son nom 
de son aïeul. Son administration ne mérite aucun repro- 
che, mais il ne montra aucune velléité de soumission 
jusqu'au jour où il périt massacré par son rnamlouk Ga- 
lindo. Il eut pour successeur Welid ben Welid, qui, 
au plein de son pouvoir, fit sa soumission au khalife 
e Abd er- Rahmân en- Nâçir . 

Mohammed ben e Abd el-Kerîm ben Elyàs se fortifia 
dans le fort de Ward^, dans le canton de Sidona, et fît 
de son mieux pour exciter des troubles; cela dura jus- 
qu'au jour où En-Nâçir le força de se rendre, comme il 
fit pour d'autres agitateurs. Il mourut à Cordoue. 

Kheyr ben Châkir s'établit dans le château de Jodar, 
dans le canton de Jaën, et prêta aide au grand agitateur 
e Omar ben Hafçoûn, qui plus tard l'attaqua traîtreuse- 
ment et envoya sa tête à l'émir e Abd Allah < 2 ). 

e Omar ben Mod'imm Benzoûti (ou Hetroûli), connu sous 
le nom de Mellâhi, était un soldat régulièrement inscrit 
sur les listes, qui attaqua le gouverneur de la capitale 
[Jaën] et, après l'avoir massacré, s'empara deUakaçba. 

Sa c id ben Hodheyl se souleva dans le château de Mon- 
teléon, province de Jaën( 3 ); il en éleva et fortifia solide- 
ment la kaçba ; il resta en état d'insurrection jusqu'au 



(1) C'est, d'après Fera. Gonzalez, Alcàla de los Gazules. Hiçn aï- 
Ward est cité par Simonet (Descripeion, 135). 

|2) Les circonstances où il périt sont racontées ci-dessus,, p. 202. 

(3) Ce lieu est mentionné par le Meracid (m, 155), mais non par 
Edrisi. Il en est maintes fois question dans notre auteur ; il paraît se 
trouver du côté d'Iznajar et Luque (Simonet, 129 et 320). 



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- 225 - 

jour où, forcé par En-Nàçir de se rendre, il alla habiter 
Cordoue, et y resta jusqu'à sa mort. 

Sa e îd ben Mastana se révolta dans le canton de Priego, 
dont il occupa les chàteaux-forts. Il acquit une grande 
puissance et fit beaucoup de mal partout. D'entre les 
châteaux qu'il conquit il s'occupa spécialement de quatre, 
auxquels il donna une force et une inexpugnabililé sans 
pareilles. 

Les Benoû Hâbil, qui étaient au nombre de quatre, 
l'aîné Mondhirben H'oreyzben Hâbil, et ses frères Aboû 
Kerâma Hâbil ben H'oreyz, c Amir et c Omar, [P. 141] se 
révoltèrent dans un des châteaux de Jaën sous le règne 
d' e Abd Allah. Ils répudièrent l'obéissance de ce prince, 
se mirent à faire des razzias et provoquèrent ainsi le 
concours des hommes de désordre; mais ensuite ils se 
rendirent contre une promesse d'amnistie, et à partir de 
ce moment se montrèrent fidèles et dévoués serviteurs. 

Ishâk ben Ibrahim ben c AtTâf c Ok'ayli se révolta dans 
le château de Mentesa, qu'il construisit et fortifia ; il s'y 
maintint jusqu'à ce qu'il se rendit au khalife En-Nâçir; 
il fut installé à Cordoue et y mourut. 

Sa c îd ben Soleymân ben Djoûdi fut choisi, pour être 
leur chef, par les Arabes de Grenade et d'Elvira, et tint 
leurs affaires en ordre jusqu'au jour où deux de leurs 
chefs recoururent à une ruse pour le tuer. Lui mort, les 
affaires des Arabes de cette région ne purent plus être 
remises sur pied. 

Mohammed ben Ad'h'â ben c Abd el-Lat'if Hamodâni, 
qui était l'un des plus nobles parmi les descendants des 
Arabes, leva l'étendard de la révolte dans le canton d'El- 
vira et resta dans l'insoumission jusqu'à la mort de l'émir 
e Abd Allah. En-Nâçir l'amena à quitter son château et à 

15 



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se rendre, de même que bien d'autres révoltés. Cet Ibn 
Ad'h'â, en dépit de son caractère mâle, était lettré et 
disert; il tenait sa place dans les réunions littéraires 
chez les khalifes, s'exprimait très bien et savait tourner 
des compliments; il fut le héros d'histoires bien connues. 

Bekr ben Yah'ya ben Bekr s'établit dans la ville de 
Santa Maria du canton d'Ocsonoba, y fit des constructions 
et la transforma en un château-fort qu'il munit de portes 
de fer. Il avait toute une administration, désarmements, 
de braves soldats, d'abondants approvisionnements. Lui- 
même comparait son pouvoir à celui d'Ibrâhîm ben Had^ 
djâdj. Il était entouré d'un conseil et avait une adminis- 
tration des finances; d'après des prescriptions formelles, 
tous ceux à qui il commandait avaient à nourrir les voya- 
geurs, à héberger les étrangers, à veiller à la sûreté des 
passants, de sorte que l'on pouvait voyager sur son ter- 
ritoire avec autant de sécurité que chez soi ou chez des 
proches. 

Les deux fils de Mohalleb, chefs berbères portant les 
noms deKhalîl et de Sa c id, se révoltèrent dans le canton 
d'Elvira, ainsi qu'y firent les autres chefs leurs sembla- 
bles; ils moururent insoumis, mais En-Nâçir amena 
leurs enfants à composition. 

Soleymân ben Mohammed ben e Abd el-Melik de Si- 
dona se souleva à Xérès et à Sidona; il éleva la ville et 
le château-fort de Lebrija. 

Les deux fils de George W se révoltèrent dans le châ- 
teau-fort de BakoûH 2 ) et se livrèrent à des déprédations. 



(1) Ibii Bessàm a consacré une notice de son t. in à un vizir nommé 
Aboû Dja'far ben Djordj (George). 

(2) F. Gonzalez rapproche le nom de cette localité de la région de 
Grenade avec Buccor (voir p. 299) ; c'est aujourd'hui Bacor (Simonet, 
p. 104; cf. p. 307). 




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SF^'V 



— 227 — 

Ils furent chassés de ce fort, puis e Abd el-Wahhàb mou- 
rut; [P. 142] quant à Mohammed ben c Abd er-Rahmân 
ben George, il se rendit auprès d'Ibn ech-Cbâliya, qui 
était lié d'amitié avec lui et qui l'accueillit. Il fit élever 
pour lui, dans le canton de Jaën, le château-fort de Mo- 
rina •*), où ce chef demeura jusqu'au jour où En-Nâçir 
l'amena à composition et l'installa à Cordoue, 

Aboû Yahya [Mohammed ben *Abd er-Rahmân] To- 
djibi, connu sous le nom dTSl-Ank'ar, se révolta à Sara- 
gosse et dans les cantons qui dépendent de cette ville, 
dont il se rendit maître après avoir tué le gouverneur 
qui y avait été nommé par le sultan, Ahmed ben el-Barrà 
Korachi. Cela fait, il se montra disposé à la soumission, 
et s'adressa à l'émir e Abd Allah en accusant Ibn ei-Barrâ 
d'avoir songé lui-même à s'insurger. Le prince accepta 
ses dires et l'investit du gouvernement de Saragosse, où 
Todjibi s'établit solidement W. 

Vers la fin de rebî e I 283 (première quinzaine de mai 
896), l'émir c Abd Allah fit marcher contre le canton de 
Todmir des troupes confiées à Hiéhâm ben e Abd er-Rah- 
mân ben el-Hakam, à qui fut adjoint en qualité de géné- 
ral Ahmed ben Aboû c Abda ( 3 ). Quand il fut campé sur 
la rivière de Bollon (Guadabullon), un parti de cavalerie 
fut lancé en avant; il se rendit maître en cet endroit d'un 
château-fort qu'il mit au pillage, puis, comme de nom- 
breuses recrues du pays se réunissaient, il s'éloigna à 



(1) Parait être aujourd'hui N« S* de Mariena (F. Gonzalez, p. 312) ; 
il n'en est fait mention ni par Edrisi ni par Simonet. 

(2) Cf. Ibn el-KoùJiyya, f. 48, ainsi que l'exposé complet de cette 
affaire in Recherches, 3* éd., i, 217. 

(3) Cette campagne parait bien être celle dont il est question, sans 
que la dale en soit fixée, dans Ibn el-Koutiyya (f. 45 V et 46). 



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- 228 - 

marches forcées et alla camper d'abord à Murcie, ensuite 
près de Lorca. De cette dernière ville Deysem ben Ish'àk 
fit une sortie et lui livra bataille, mais il fut mis en dé- 
route et dut rentrer à Lorca, dont l'investissement com- 
mença. Puis, comme les assiégeants commençaient à se 
retirer, Deysem organisa une sortie et tomba sur l'ar- 
rière-garde; mais lés troupes de Ternir firent volte-face, 
le battirent et le poursuivirent, si bien que son cheval lut 
pris et qu'il ne put que se sauver à pied en se jetant dans 
des endroits abrupts. Les vainqueurs se retirèrent sains 
et saufs, mais ils avaient, au cours de cette campagne, 
été éprouvés par le manque d'eau : trente-deux d'entre 
eux moururent de soif, et un grand nombre de montures 
périrent W. 

En 284 (8 fév. 897), e Abd Allah fit marcher son fils 
Abân contre Niebla, car Ibn H'oçayb s'était révolté de 
ce côté et occupait le château-fort de Mont-Mayor (*). 
Abân investit cette place et l'attaqua avec des machines 
de guerre, si bien que les assiégeants, réduits à merci, 
offrirent de se soumettre, et l'amnistie leur fut concédée. 
Mais dans Pentretemps Ibn Hafçoûn avait pour la se- 
conde fois pénétré dans Ecija, et un ordre de l'émir en- 
joignit aux assiégeants, à cause de cette affaire, de bat- 
tre promptement en retraite, ce qui fut fait. [P. 143] 



(1) Sous Tannée 283, des combats entre Lope ben Mohammed et 
Mohammed et-Tawîl sont encore mentionnés par Ibn Hayyân (ap. 
Codera, Boletin de la R. A., t. 36, p. 320). 

(2) Ce Mont-mayor, situé du côté de Niebla, paraît être diffèrent de 
deux localités qui portent le même nom, Tune près de Coïmbre, 
l'autre non loin de Malaga (Edrisi, p. 222 ; Mus. d'Esp., iv, 278 ; Mak- 
kàri, i, 91 ; Simonet, Descripcion, p. 132). Je n'ai pas retrouvé ailleurs 
le nom d'Ibn Hoçàyb (ainsi vocalisé par Dhehebi). 



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- 229 - 

Cette expédition, qui fut la première d'Abân, avait duré 
deux mois et demi. 

En 285 (28 janv. 898), Abân, fils de l'émir e Abd Allah, 
fit contre Ibn Hafçoûn une expédition où Ibn Aboû e Abda 
lui fut adjoint en qualité de général. 

En la même année aussi, e Abbàs ben r Abd el- e Azîz fit 
une expédition contre le château de Caracuel et la mon- 
tagne dite Djebel el-BerânisW; il tua Ibn Yâmin ainsi 
qu'Ibn Mawdjoûl, et s'empara des châteaux qu'ils occu- 
paient * 2 >. 

En la même année, Lope ben Mohammed s'avança de 
Tolède vers la région de Jaën et investit le château-fort 
de Cazlona, où se trouvaient des chrétiens qui se livraient 
à des attaques contre c Obeyd Allah ben Omeyya, connu 
sous le nom dlbn ech-Châliya. Il s'empara de ce château 
et y massacra les étrangers f?^t qu'il renfermait. Ce fut 
là qu'il reçut la nouvelle que son père Mohammed ben 
Lope avait péri en assiégeant Saragosse< 3 ). 

Une violente disette sévit, qui valut à cette année le 
nom d'année incroyable ^U J 'ù~* . 

En 286 (17 janv. 899), Ibn Hafçoûn fit profession pu- 
blique de christianisme, ce qu'il avait toujours caché 
jusque-là; il conclut des traités avec les chrétiens. 



(1 ) I/indication de notre auteur, répétée plus loin, p. 164 du texte ,ar., 
permet de localiser cette montagne, réputée pour le mercure qu'on y 
trouve ; ce doit être, non Almaden de la Plata, mais la Sierra de 
Almaden. Elle n'est mentionnée ni par Edrisi ni par Abouféda ni dans 
le Merâcid; mais voyez Makkari, i, 91 ; Kazwîni, i, 257, en marge de 
Téd. de Demîri, Boulak, 1302 ; ms 2323 de Paris, f. 115 ; mss d'Oxford, 
965 Uri, f. 74 ; 907 d% f. 98 V ; 892 d% p. 378 ; 900 d% f. 153 V ; Mer- 
râkechi, H. des Almohades, trad., p. 310. 

(2) Je lis U^ji^osw . 

(3) Cf. Recherches, 3* éd., i., 220. 



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Cm*- 



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:^^s 



— 230 — 

complota avec eux et s'éloigna des musulmans, qu'il 
combattit ouvertement. Aussi bien des gens l'abandon - 
nèrent-ils : ainsi 'Awsadja ben eI-Khali c se prononça 
contre lui et éleva le château-fo'rt de K'anît'W, où il sou- 
tint la cause de Ternir e Abd Allah et engagea les hostili- 
tés avec Ibn Hafçoûn. Ce dernier eut, à partir de ce mo- 
ment, d'incessantes attaques à repousser, car tous les 
musulmans reconnurent qu'ils faisaient ainsi la guerre 
sainte ; campagnes d'hiver et campagnes d'été se succé - 
daient sans interruption, les généraux ne se lassant pas 
dans leurs marches et contremarches. C'est à ce propos 
qu'Ibn K'olzom < 2 > a dit à Ibn Aboû e Abda : 

[Motakârib] En toutes circonstances, tu lais deux campa- 
gnes, Tune d'été l'autre d'hiver : celle-là détruit l'ennemi, 
celle-ci remplit le trésor de l'imàm. 

En 287 (7 janv. 900j, la campagne d'été se poursuivit à. 
travers les cantons de Moron, de Sidona et de Malaga. 

Le général Ibn Aboû *Abda tua T'àlib ben Mawloûd* 3 ) 
de Moron. 

Ish'âk' et son compagnon, guerriers d'ibn Hafçoûn, 
furent crucifiés. Ce fut alors que commença à s'employer 
le proverbe «Tu m'as trompé, ô Ish'âk' », parce que l'un 
d'eux, étant sur l'instrument du supplice, adressa ces 
mots à son compagnon. 

[P. 144] En 288 (26déc. 900), on prit des otages d'ibn 



. (1) Canete la Real (F. Gonzalez, p. 301 ; Mus. d'Esp., n, 318; Simo- 
not, Description, p. 128). 

(2) Je n'ai pas retrouvé ailleurs de mention de ce poète, dont le 
nom figure dans Khochani (ap. Mus. d'Esp., h, 297). 

(3) C'était un Maaddite qui occupait les forteresses de Montefique 
et de Monteagudo {Mus. d'Esp., h, 300). 



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— 231 - 



Hafçoûn ; la campagne d'été se poursuivit à Sidona et 
dans les cantons voisins. 

En la même année il y eut une grande inondation à 
Cordoue, où une pile du pont fut emportée. * 

Ahmed ben Mo'âwiyaW, descendant de Pimâm Hi- 
châm, quitta Cordoue pour se rendre au Fah'ç el-Balloût, 
puis se porta jusqu'à Truxillo, où il resta peu de temps. 
Des partisans se groupèrent autour de lui, et il entra 
alors à Zamora, où il fut tué au commencement du mois 
de rebi e I (février 901). 

En 291 (24 nov. 903), une expédition contre Malaga fut 
entreprise par Abàn, fils de Timâm c Abd Allah; (b la 
cavalerie était commandée par Ahmed ben Mohammed 
ben Aboû e Abda. Il se mit en marche le jeudi 5 djomâda II 
(23 avril 904) 6)( 2 ) et poussa jusqu'à la rivière de Nesca- 
nia [près d'Antequera], non loin de laquelle il dressa son 
camp. e Omar ben Hafçoûn marcha contre lui et lui livra 
un combat acharné, où il finit par être battu en subis- 
sant des pertes considérables. Après quoi le vainqueur 
livra aux flammes les bourgades situées sur cette rivière 
el dans les environs &K II transporta ensuite son camp 
près de la rivière de BînechW proche deBobastro, et les 



(1) Ce prince se posa en prétendant et revendiqua la qualité de 
Mahdi. On trouve le récit de cette affaire dans les Mus. d'Esp., m, 27. 

(2) J'encadre entre deux b les passages qui figurent dans le ms de 
Gotha ; voir la note 2, p. 180, du t. i de cette traduction. 

(3) A ajoute ici : « Il se porta ensuite sur Torox du côté de Loja et 
attaqua ce chàteau-fort à l'aide de machines de guerre, de même que 
celui d'Er-Rajdjol (?). Cette campagne se prolongea pendant* trois 
mois», puis il passe à Tan 292. 

(4) Il faudrait entendre par là, selon Simonet (p. J26), le Rio de las 
Vinas, lequel serait le Guadalhorce ; mais dans Ihn Hayyàn, il est 
question de la rivière de Bohastro (voir la trad. Fernandez Gonzalez, 
p. 301 ; Dozy, Corrections, p. 51). 



- 232 - 

combats continuèrent entre ses troupes et celles d'Ibn 
Hafçoûn, qui furent mises en déroute, laissèrent des 
leurs sur le terrain et dont des chevaux eurent les jarrets 
coupés; toutes les bourgades de cette région devinrent 
la proie des flammes. De là il se porta à l'étape de T'al- 
h'ira (*), où il passa quelque temps, livrant chaque jour 
à Ibn Hafçoûn des combats où l'avantage lui restait et 
au cours desquels [P. 145] fut incendiée une métairie 
appartenant à Dja e far ben e Omar ben Hafçoûn. Pendant 
cçtte campagne, des attaques furent également dirigées 
contre Torox et Er-Radjol( 2 ); le frère de Zîni fut tué, 
de même que bon nombre des braves d'Ibn Hafçoûn. Les 
machines de guerre dressées contre Er-Radjol (Er- 
Rah'ai ?) y causèrent du dommage et ouvrirent une brè- 
che dans les fortifications. Ensuite Ahmed ben Moham- 
med ben Aboû e Abda, chef de la cavalerie, arriva du 
château-fort de Loja( 3 ) à la tête de détachements de cava- 
liers équipés à la légère, et se porta contre le château 
d'El-KhochanW, qu'il attaqua, tandis qu'il avait laissé 
Abân ben e Abd Allah campé sous les murs de Loja. Au 
cours des attaques qu'il dirigea contre cette place, il tua 
un certain nombre des habitants et en fit d'autres pri- 



(1) Talhara, dans la province de Grenade, d'après F. Gonzalez, 
p. 314 ; cf. Simonet, p. 127 et 128. On trouve aussi plus loin l'ortho- 
graphe Taldjîra. 

(2) Ce nom est orthographié er-r.clj.l ou er-r.lï.l ; il ne figure pas 
dans la liste dressée par Simonet des châteaux dont il n'a pu déter- 
miner remplacement actuel {Description, p. 127 et 128). 

(3) Place arrosée par le Genil, à 25 milles de Grenade (Edrisi, p. 250 ; 
Simonet, Description, p. 95). 

(4) C'est à dire Ojen, dans le district de Marbella, d'après F. Gon- 
zalez, p. 298; mais Simonet (l. /., p. 96) déclare ignorer à quelle 
localité correspond la dénomination arabe (cf. cependant le même, 
p. 132, « Joœan û Ojen »). 



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- 233 - 

sonniers ; il emmena ces derniers et emporta les tètes 
des victimes à Loja. Ensuite ces troupes regagnèrent 
Cordoue, où elles arrivèrent le vendredi 25 ramadan 
fil août 904), après une absence de trois mois et vingt 
jours. 

Lope ben Mohammed marcha contre BâyechW dans 
la région d'Alava, au mois de ramadan (juillet-août 904), 
et il enleva le château de ce nom ainsi que le territoire 
environnant. Le chrétien Alphonse [III], qui était alors à 
assiéger le château de e Arnoûn (*), déguerpit en appre- 
nant la conquête de Bâyech par Lope ben Mohammed. 

En cette même année, en dhoû'l-hiddja, Lope ben 
Mohammed s'avança du côté de Belyârech [Pallars] et 
conquit les châteaux de Lahrounka ( 3 ), d'iiàs, de Kachtil 
Chant et de Moula W; dans ces diverses places il tua 
environ sept cents renégats (*ildj) et fit un millier de 
captifs. 

Le juriste cordouan Dja c far ben Yahya ben Mozeyn( 5 ) 
mourut; il avait reçu les leçons de son père et d'autres 
maîtres. 

Le kâïd Ahmed ben Hâchim mourut également, à l'âge 
de soixante-quatorze ans, à Grenade, où il fut inhumé. 



(1) Nom d'une région de la province de Saragosse, dit leMeràcict, 
qui orthographie Bayes, v ^^ ; cf. F. Gonzalez, p. 300. 

(2) Lecture très douteuse, ce mot étant dépourvu de points diacri- 
tiques. Le Meracid ne fournit aucun nom de ce genre commençant 
par un c ou l (Alagon ?). 

(3) Nom également dépourvu de points diacritiques (Longares'?). 

(4) Une place dont le nom est orthographié de même, le Mula 
actuel, se trouve non loin de Murcie et est deux fois citée par Edrisi 
(p. 210 et 239). C'est avec elle que F. Gonzalez a erronément identifié 
(p. 312) la localité ici mentionnée. Peut-être Muel ou La Muela? 

(5) Une courte mention, conçue dans des termes presque identiques, 
lui est accordée par Jbn el-Faradhi (n* 316) et par Dhabbi (n # 613). 



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- 234 — 

Mentionnons encore la mort du médecin Ish'âk ben e Abd 
Allah (u, et aussi celle qui arriva, dans le château de 
Nàdjira* 2 ), de e Amir ben Mawçil Açbah'iWA). 

En 292 (13nov.904), (b la campagne d'été, qui fut diri- 
gée contre c Omar ben Hafçoûn, consista en ravages com- 
mis à travers ses châteaux, dont les uns furent abîmés, 
dont les autres durent payer tribut b). Il perdit une 
grande bataille livrée sur la rivière Bollon [Guadabul- 
lon], qui coule non loin de Jaën, car tous les gens de 
désordre et les rebelles s'étaient joints à lui, [P. 146] 
et il avait à leur tête marché contre les musulmans ; il 
fut, grâce à Dieu, mis en déroute, et dut s'enfuir avec 
une faible escorte. La plupart de ses principaux guer- 
riers périrent, ainsi que beaucoup de ses soldats. 

(6 Lope ben Mohammed, étant allé mettre le siège de- 
vant Saragosse, commença par égaliser la plaine voisine 
des fortifications et éleva des constructions près de 
celles-ci. Quand ce double travail fut terminé, il se retira 
en laissant dans les nouveaux bâtiments une garnison. 

c Abd Allah ben K'âsim ben Hilàl W, qui fit un voyage 
d'étude (rihla) et qui introduisit en Espagne les livres 
de Dawoûd el- c Abbâsi ( 5 ) et d'autres encore, mourut 



(1) Je n'ai retrouvé son nom que dans Ibn Aboù 'Oçaybi'a, qui 
(Tailleurs se borne à le citer (éd. du Kaire, u, 42). 

(2) Nâdjira, dit leMerâcid (m, 189), est une ville de l'Espagne orien- 
tale, et fait partie des cantons de Tudèle ; probablement Najera. 

(3) Traditionniste dont il est fait une brève mention dans Dhabbi 
(ir 1248). 

(4) Dhabbi lui consacre une courte notice sous le n° 948, éd. Codera; 
voir aussi Makkari, n, 121. Ce juriste avait un frère nommé Yahya, 
dont il est aussi parlé par Dhabbi sous le n* 1487, ainsi que par le 
ms 851 d'Alger, f. 10, et qui mourut en 272, 278 ou 292. 

(5) Le texte arabe porte el-kiyâsi, leçon inadmissible puisque pareille 
èpithète ne peut s'appliquer à Dàwoùd ben 'Ali Içfahàni, + 270,adver« 



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- 235 - 

cetie année-là, de mêmeque le vizir Soleymàn ben Mo- 
hammed ben Wânsoûs, et e Abd er-Rahmân ben Omeyya 
ben e Isa ben Choheyil connu sous le nom de Dqh'aym, 
ainsi que les deux frères de ce dernier, e Othmân ben 
Omeyya et e Isa ben Omeyya b). 

En 293 (2 nov. 905) la campagne d'été fut dirigée con- 
tre Fihr ben Asad, qui occupait le château de Toch (*) 
dans le canton de Jaën. La place fut emportée, et ce chef, 
fait prisonnier, fut mené à Cordoue où, par ordre de 
Fimàm e Abd Allah, il fut crucifié en rebî e II auprès [du 
quartier] des bouchers. 

(b Mohammed ben Omeyya ben Choheyd se vit enlever 
(le gouvernement) de la ville (capitale] et remplacer par 
Mohammed ben Ghânim, qui fut à son tour remplacé 
au bout de quelque mois par Moûsa ben Mohammed ben 
H'odeyr. 

Le comte H'azmir fut emprisonné et torturé ; on lui 
comprima les pieds, et il finit par mourir b). 

En djomâda II (avril 906), le kâïd Ahmed ben Moham- 
med ben Aboû e Abda pénétra dans le chàteau-fort de 
Kanît (Canete la Real), du canton de Tacorona, et y ins- 
talla une garnison. Il y plaça un de ses pages en qualité 
de gouverneur et en fit sortir ceux des Benoû'l-Khalî e 
qui s'y trouvaient. 

(b En cette année moururent Yoûnos ben Hâchim ben 



sa ire du kiyàs et fondateur de la doctrine zàhirite ; on retrouve au 
contraire l'épithète el-'abbâsi accolée à son nom dans Ibn el-Faradhi 
(p. 17, 1. 12). Ce passage prouve en outre que l'introduction du zàhi- 
risme en Espagne est plus ancienne que ne Ta cru Goldziher, qui la 
fait remonter au célèbre Mondhir ben Sa'îd [et non Ziyâd] Balloùti, 
-f355 {Die Zahiriten, p. 114). 

(1) C'est, d'après F. Gonzalez (p. 314), l'ancienne Tucci, Martos 
dans la province de Jaën. 



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- 236 - 

e Abd el-'AzîzM et Deysem benlshâk, [P. 147] seigneur 
de Todmîr. Alors aussi périrent de mort violente Yahya 
ben Klit'âm, Mohammed ben Ismà e il et Ayyoûb ben 
Soleymân, à Tolède. 

En 294 (22 oct. 906), Abân, fils de l'imâm e Abd Allah, 
commanda la campagne d'été dirigée contre Algéziras ; 
la cavalerie avait à sa tête Ahmed ben Mohammed ben 
Aboû e Abda. Arrivé à Algéziras le vendredi 21 redjeb 
(8 mai 907), il s'avança de là le samedi, dernier jour du 
mois, contre le château de Loûza (*), dont il entreprit le 
blocus et dont il tua un certain nombre de ceux qui y 
habitaient. Il s'avança ensuite sur la capitale Malaga, 
où se trouvait Mosâwir (ou Mochâwir) ben c Abd er- 
Rahmân. A la suite de l'incendie des faubourgs et du 
blocus auquel furent soumis les habitants, Mosâwir de- 
manda la paix et offrit de livrer des otages ; sa demande 
fut accueillie, ainsi que les garanties qu'il offrait de sa 
fidélité. Ensuite le général commandant la cavalerie 
s'avança vers le littoral, qu'il parcourut. Il poussa une 
pointe contre les châteaux-forts d'Elvira, puis retourna 
à Cordoue, où il arriva le samedi 2 dhoû'l-ka e da (21 août). 

Lope ben Mohammed marcha contre Pampelune et 
alla, téméraire comme il était, camper non loin de là; il 
commença à élever des constructions dans le château- 
fort de Horiz ( 3 ). Alors le chrétien (Hldj) Sancho [Sancho I 
de Navarre] levant tous les hommes de son pays, orga- 



(1) La filiation de ce personnage (cf. p. 166), dont je n'ai pas trouvé 
d'autre mention, permet de croire qu'il exerçait quelque haute charge. 

(2) Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs, qui n'a pas été relevé sous 
cette forme par Simonet dans sa Descripcion (Hiznalloz ?). 

(3) Cette lecture, dit Dozy dans ses Corrections, semble être celle 
du ms phitôt que Herîn. On pourrait aussi prononcer Horeyz. 



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- 237 - 

nisa diverses embuscades, après quoi il envoya contre 
son adversaire un petit corps de cavalerie. Lope, sitôt 
qu'il entendit des cris de guerre, se précipita à cheval, 
mais il tomba sur une première embuscade, puis sur une 
seconde, dont il vint à bout ; d'autres alors l'entourèrent 
de toutes parts, et il périt avec ceux de ses compagnons 
qui choisirent le martyre. Cet événement estdul7dholVl- 
biddja (29 septembre); Lope était âgé de trente-huit ans. 
Son frère e Abd Allah ben Mohammed alla alors s'ins- 
taller à Tudèle. 

En cette année commença à se montrer, du côté de la 
Frontière, Mohammed ben e Abd el-Melik el-TawlH 1 ); 
il pénétra dans les châteaux de Barbastro, d'El-K'açr 
(Alquézar) et de BarbotâniyaWô). 

En 295 (12 oct. 907), la campagne d'été dirigée par Abàn 
ben e Abd Allah eut lieu du côté de Malaga; le comman- 
dement de la cavalerie était exercé par Aboû'l- c Abbàs 
Ahmed ben Mohammed ben Aboû e Abda. (b Abân atta- 
qua à Bobastro Ibn Hafçoûn, à qui il causa du dommage; 
il n'épargna pas davantage les châteaux-forts avoisi- 
nants b). 

[P. 148] En la même année, Sa e îd ben el-Welid, 
connu sous le nom dlbn Mastana ( 3 ), trahit la cause mu- 



(1) Voir sur ce chef, qui régnait à Huesca, l'article de F. Codera 
(Boletin.de la R. Ac. de la Historia, t. xxxvi, an. 1900, p. 318). Ibn 
Hayyàn parle de lui dès 276 (ibid.). 

(2) Hiçn el-Kaçr, devenu ici Alquézar (Godera, l. h, p. 320), a pris 
la forme Aznalcazar pour désigner un liçu portant le même nom 
arabe et situé du côté de Séville (Edrisi, p. 209). Barbotàniya, le Bur- 
tina des anciens, paraît être quelquefois Boltana en Aragon (F. Gon- 
zalez, p. 300; Godera, /. I, p. 319; Merâcid, i, 139). 

(3) Sur ce chef, voyez Mus» d'Esp., h, 262 et s. 



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— 238 — 

sulmane; il abandonna te château-fort de BeldaW pour 
aller trouver 'Omar bçn Hafçoûn et lui porter son aide, 
étalant ainsi au grand. jour les sentiments de révolte qui 
couvaient dans son cœur. 

(b Mohammed ben c Obeyd Allah ben Aboû e Othmân 
fut nommé gouverneur de la ville (capitale) un jeudi; le 
lendemain vendredi, il demanda et obtint d'être relevé 
de ces fonctions, qui furent confiées à f Ali ben Moham- 
med', connu sous le nom d'El-Bâsa. Celui-ci fut révoqué 
au bout de trois jours et remplacé par l'ancien titulaire, 
Moûsa ben H'odeyr, qui occupa cette situation jusqu'à la 
fin du règne de Fimàm e Abd Allah et y fut maintenu par 
le successeur de celui-ci jusqu'en 302 (27 juil. 914). 

En moharrem 295 (12 oct. 907), Mohammed ben e Abd 
el-Melik et-T'awll entra dans le château fort de Monte- 
choûn< 2 ) et dans la ville de Lérida. 

Mohammed ben e Abd er-Rahmân Todjibi entra dans 
la ville d'ExeaR 

Mohammed ben c Abd el-Melik et-Tawil marcha con- 
tre Barbot'âniya, conquit de nombreux châteaux et fit 
beaucoup de prisonniers de guerre. 

Alors moururent le juriste Yahya ben e Abd-eI- f Azîz 
ben El-Djerrâr < 4 ), le juriste Mohammed ben Ghâlib ben 



(1) Cette place devait se trouver dans la région de Priego, mais 
Simonet déclare en ignorer remplacement exact (p. 128). Edrisi n'en 
parle pas, et le Merâcid la mentionne en termes peu précis. 

(2) C'est à dire, d'après F. Gonzalez (p. 311, et Codera, 1. 1), Monzon, 
au sud de Barbastro, sur la Cinca. 

(3) La lecture et l'identification de ce nom propre sont dues à une 
conjecture de Simonet (Dozy, Corrections, p. 51). 

(4) Je ne sais si ce savant doit être identifié avec celui, mort en 
297 et dont le nom est presque semblable, qui est mentionné par 
Dhabbi (n* 1482) et par lbn Farhoun (ms 5032 de Paris, f. 139 v). 



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eç-Çaffàr^, et le préposé au marché Mohammed bert 
Yahya ben AA>oû Ghassan ; ce fut alors Yahya ben Sa r îd 
ben H'assàn qui fut chargé de décider les contestations 
surgies au marché. Le trésorier Moûsa ben Mohammed 
ben Moûsa ben Fot'ays mourut également. 

En 296 (30 sept. 908), l'expédition d'été commandée 
par Abân ben e Âbd Allah fut dirigée contre les châteaux-* 
forts de Malaga et autres ; à la tête de la cavalerie se 
trouvait Ahmed ben Mohammed ben Aboû c Abda. Abân 
campa sous les murs-de Bobastro et attaqua Ibn Hafçoûn, 
à qui il causa du dommage. Le kâïd e Isa ben Ahmed se 
porta contre les châteaux de Sa'id ben Mastana, et assié- 
gea également ce chef jusqu'au moment où Ahmed beri 
Mohammed se retira de devant Bobastro. Il mit le siège 
devant le château deLuque^) appartenant à Ibn Mas- 
tana, et poursuivit les opérations [P. 149] jusqu'à ce 
qu'il s'en emparât. 

(b En ramadan (mai juin 909), Mohammed ben e Abd 
el-Melik et-Tawil marcha contre Belyârech (Pallars), où 
il se fit un grand massacre. II reçut un message des 
habitants du château de Roût'aP) lui demandant la paix 
et lui offrant de lui livrer des otages et de payer tribut ; 
mais à la suite de son refus, ces gens durent s'enfuir et 



(1) IbnFarhoun (f. 114) fait mourir en 296 ce savant, qui ne paraît 
pas être le môme que celui qui figure sous les n°» 480 de la Çila et 
250 de Dhabbi. 

(2) En arabe ^X3 . Il ne peut ici s'agir de Lugo de Galice, dont le 
nom s'écrit de même, et qui est cité par Ibn el-Athtr, Annales, p. 49 
et 104. J'ai suivi l'identification de Dozy, Mus. d'Esp., h, 319 : Luque 
est très peu au nord de Priego. 

(3) On trouve orthographiés de même les noms de Rota, peu au 
nord de Cadix (Edrisi, p. 214 ; Marrekochi, tr. fr., p. 270), et de Rueda 
de Jalon (Ann. du Maghreb, p. 497 et 553). Il s'agit ici, d'après M. Co- 
dera {l. I, p. 231), de Roda, près de la rivière Isavena. 



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- 240 — 

évacuer le château, où il entra et qu'il ruina. Il s'empara 
la même année du château de Monte Betroûch (Monte- 
Pedroso), connu sous le nom de « Montagne de Pierre »(*). 

Alors moururent Mohammed ben Soleymân ben Telid 
Ma e âfiri, kâdi de Huesca ( 2 ) — c Obeyd Allah ben Moham- 
med ben Aboû c Abda, qui avait, trois ans avant sa mort, 
accompli le pèlerinage de compagnie avec Yahya ben 
Sa e id ben Hassan, préposé au marché, — la princesse 
fille de Mot'arrif, fils de Ternir e Abd er-Rahmân ben el- 
Hakam — le juriste et professeur^*» Ahmed ben H'afç 
ben Refâ e (?). 

En 297 (20 sept. 909), (b eut lieu sous la direction d'El- 
e Açi, fils de rimâm e Abd Allah, l'expédition connue sous 
le nom de « campagne de Malaga et de Ferreira» ( 3 >, où 
la cavalerie avait à sa tête Ahmed ben Mohammed ben 
Aboû e Abda. Parti le jeudi 20 cha c bân (14 mai 910), ce 
corps d'armée se porta d'abord contre Belda, qu'il atta- 
qua, puis alla camper sur la rivière de T'alhiraW. Alors 
eut lieu un combat livré aux troupes d'Ibn Hafçoûn et où 
les chevaux des guerriers du sultan eurent les jarrets 
coupés, non toutefois sans qu'un grand nombre d'enne- 
mis restât sur le terrain. Se reportant ensuite contre les 



(1) En conséquence de ce qui est dit dans la note précédente, cette 
localité ne doit pas être cherchée dans la région de Cordoue, comme 
a fait F. Gonzalez ; ce serait Nuestra Senora de Pedruy (Codera, /. /., 
321, n. 2). 

(2) Il est cité par Dhabhi (n' 122), qui place sa mort sous Tannée 295. 

(3) Edrisi parle de Ferreira (p. 209 et 246), qui formait un canton, 
et dont le chef-lieu portait le même nom (Merâcid, n, 352 ; cf. Simo • 
net, p. 144 et 306). 

(4) Cette lecture résulte d'une correction très vraisemblable de 
Dozy (Corrections, p. 52) ; voir ci-dessus, p. 232, et plus loin ; Simo- 
net, p. 128. 



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- 241 - 

châteaux d'Elvïra, il établit son camp au pied du château 
de Chobîlech W, où fut livré un combat sanglant dans 
lequel lurent blessés une partie de ses meilleurs guer- 
riers. Parcourant le canton d 'El vira, il campa à la station 
deBeddjâna* 2 ), puis retournant dans le canton de Jaën, 
il assiégea le château de Monteléon le mercredi 27dhoû'I- 
ka e da (8 août 910) pendant quelques jours; il y entra le 
dimanche matin et en repartit le lundi 11 dhoû'l-hiddja 
pour rentrer à Cordoue le mercredi 14 de ce mois (25 
août) b). 

Baëza fut conquise, et Mohammed ben Yahya ben 
Sa'îd ben Bozeyl, qui l'occupait, se rendit. 

[P. 150] Il y eut une grande inondation qui submer- 
gea les colonnes du Temple sacré (à la Mekke), et te 
puits de Zemzem déborda. On n'avait autrefois jamais 
rien vu de pareil. 

c Omar ben Haîçoûn, Sa e id ben Maslana et Sa c id ben 
Hodheyl, réunissant leurs forces dans la région de Jaën, 
y exercèrent des déprédations et enlevèrent du butin, 
puis se retirèrent vers le château de DjerîchaW. Le kâïd 
Ahmed ben Mohammed ben Aboû c Abda se mit à leur 
poursuite, les atteignit çt les mit en déroute non sans 
leur avoir tué un certain nombre d'hommes, entre autres 
Tesrîl l'étranger (el-adjemi), officier d'Ibn Hafçoûn. 

Le dit kâïd Ahmed conquit le château d'Ez-Zebîb et 
édifia celui de Tard'îd' à l'effet de tenir en respect Ibn 



(1) Jubiles, dans la province de Grenade, d'après F. Gonzalez, p. 316. 
C'est une solide forteresse dépendant d'Elvira, d'après le Merâcia, 
(n,94; cf. Simonet, 306). 

(2) Ce nom correspond à celui de Pechina, au N.-E. d'Almeria 
(Edrisi, 240 ; Merâcid, 1, 127). 

(3) Variante, H'arîsa. Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs. 

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.- 242 ~ 

flodheyl. Il fortifia la forteresse d'El-Ach'ab (*) et y laissa 
une garnison. Il hiverna dans la montagne d'Ornîch* 2 ), 
dans le canton de Cabra, et au cours de l'hiver fit plu- 
sieurs expéditions désastreuses pour ses adversaires. 
.. (b Mohammed ben f Abd el-Melik et-Tawîl fit une expé- 
dition du côté des terres incultes de Belyârech; il em- 
porta le ehâteau-fort d'Oûrîwâla( 3 ), fit trois cents captifs 
chrétiens en outre d'un grand nombre de victimes, dé- 
molit et brûla le château. Il se porta ensuite contre les 
châteaux de Ghaltîr (?) et d'El-Ghîrân (?) ( 4 >, qtftt ruina 
l'un et l'autre. La part du Trésor dans cette campagne 
monta à treize mille [dinars]. 

- Ibrahim ben H'addjâdj tua son cousin Ahmed ben 
Seyyid ben 'Omar ben 'Omeyr, qui était âgé de quarante- 
cinq ans. 

Le jeudi 22 dhoiVl-hiddja (1 er sept. 910), Moûsa ben 
Mohammed ben H'odeyr, préfet de la ville [capitale], mit 
en prison Ibrahim, Mohammed et Sa'id, tous, les trois 
fils de l'émir Mohammed, ainsi que leur neveu Moham- 
med ben *Abd el-Melik, petit-fils du feu émir Moham- 



(1) Lecture conjecturale, les deux derniers caractères de ce mot 
manquant de points diacritiques. 

(2) La lecture et la vocalisation de ce nom me sont fournis par le 
Merâcid (i, 51), qui dit que c'est l'un des cantons de Tolède. Mais en 
acceptant ce renseignement comme exact, il faudrait, contre le 
contexte, admettre que le K'abra cité aussitôt après, est autre que 
celui- qui se trouve près deCordoue et dont parlent Edrisi (p. 209 et 
252) et le Merâcid (u, 385 ; m, p. 65, 1. 6). 

(3) Ce nom est orthographié en arabe comme celui d'Orihuela. Il 
paraît désigner ici Oliola, au N. d'Agramunt, province de Lérida 
(Godera, l. I, 321). 

"(4) Ces deux noms, en partie dépourvus de leurs points diacritiques, 
paraissent désigner Gualter et Alguaire, dans la province de Lérida 
ibid.). 



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- 243 - 

med ; [P. 151] il les plaça dans l'hôtel de Mot'arriï, fils 
de Ternir f Abd Allah. Il ne devait, en effet, d'après les 
ordres de l'imâm f Abd Allah, qui avait l'habitude d'aller 
chasser sur l'autre rive du fleuve, laisser franchir le pont 
à personne quand ce prince était à la châsse. Or ces per- 
sonnages étant ce jour-là, où le prince chassait, sortis 
de la ville en partie déplaisir, Moûsa les fit rétrograder 
et emprisonner. Il informa le prince, quand celui-ci ren- 
tra, de ce qui s'était passé ; sa conduite fut approuvée 
et louée, mais il reçut Tordre de rendre les prisonniers 
à la liberté b). 

En 298 (9 sept. 910), l'expédition d'été, sous les ordres 
d'El-'Açi, fils d"Abd Allah, assisté par Ahmed ben Mo^ 
hammed ben Aboû f Abda en qualité de commandant de 
la cavalerie, fut dirigée contre Bobastro et d'autres châ- 
teaux du littoral situés dans le canton de Malàga. Ce 
prince poussa ensuite dans le canton d'Elvira, où il dé- 
vasta les moissons et détruisit les arbres fruitiers. 

En la même année, 'Isa ben Ahmed ben Aboû 'Abda, 
(6 qui occupait la ville de Baëna avec un corps de cava- 
lerie, b) marcha contre 'Omar ben Hafçoûn et Sa'îd ben 
Mastana, qui s'étaient avancés dans la plaine de Cabra W 
et du côté des bourgades dç la région de Cordoue, et s'y 
livraient au pillage. Il engagea la bataille avec eux sur 
les bords de la rivière d*01ya( 2 >; à la suite d'une lutte 
acharnée, les deux chefs rebelles furent mis en déroute 



(1) Sur Cabra, voir p. 242, n. 2. Baëna est, dit Edrisi, à une petite 
journée de Cabra. 

(2) Deux territoires (iklîm) d'Espagne portent le nom d'Olya, l'un 
dans la région de Séville, Tautre dans la région d'Ecija {Meràcid, 
i, 89-90). Une localité du nom d'Alia est citée, d'après Ibn Hayyân, 
par Simonet (Description, p. 137). 



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— 244 — 

et laissèrent sur le terrain une foule de leurs soldais, 
tandis que le reste s'enfuyait dans toutes lés directions. 
A la suite de cette affaire, c Isa fit parvenir [à Cordoue] 
un grand nombre de têtes. 

(b Le vizir c Abbâs ben c Abd el- c Aziz marcha contre la 
ville de Calatrava, dont .les habitants s'étaient mis en 
insurrection contre l'autorité légitime, et il s'en rendit 
maître. Fad'l benSelama, parent par alliance^ 1 ) de Sa c id 
ben Mastana, s'était révolté dans le château d'Iznajar; 
[P>. 152] mais les habitants, désireux de se concilier la- 
faveur de l'imâm c Abd Allah, le mirent à mort, et ils 
déléguèrent quelques-uns d'entre eux pour porter sa 
tête au palais royal < 2 ). Le prince leur exprima sa recon- 
naissance. 

c Abbâs ben Ahmed ben Aboû c Abda, à la tête d'un corps 
considérable de cavalerie, alla attaquer à Monteléon 
Sa c id ben HodheyI. Les Berbères dé Tanger, qui étaient 
partis en expédition avec le kàïd Ahmed ben Mohammed 
ben Aboû c Abda, s'entendirent pour aller rejoindre Ibn 
Hafçoûn dans la ville de Belda, tandis que d un autre 
côté leurs compatriotes qui accompagnaient r Abbûs ben 
Ahmed dans l'expédition contre Monteléon s'entendirent 
pour passer du côté d'Ibn Hpdheyl, de sorte que de part 
et d'autre ils abandonnèrent le camp pour faire cause 
commune avec les infidèles et les révoltés. Mais auprès 
des deux chefs ennemis les actes dont ils se rendirent 
coupables amenèrent des dispositions défavorables, et 
les traîtres, victimes du châtiment divin, furent mis à 



(1) Son gendre, d'après Dozy (Mus. d'Esp., n, 314). 

(2) Le texte porte «au Bai) es-sodda», c'est à dire à la porte, qui 
parait avoir été la principale, du palais. 



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~ 245 - 

mort à Bobastro aussi bien qu'à Monteléon ; ceux qui 
survécurent firent leur soumission. L'expédition d'été 
était commandée par El- c Açi ben c Abd Allah, qui se mit 
en marche le lundi 12 cha'bân ou le 15 avril [911]. Des 
maladies et la peste éclatèrent au cours de cette cam- 
pagne. 

Mohammed ben c Abd el-Melik et-Tawîl se dirigea 
vers l'Aragon dans l'intention de gagner Pampelune et 
d*y opérer sa jonction avec r Abd Allah ben Mohammed 
ben Lope. Il arriva d'abord au château-fort dit H'içn el- 
Berber (*>, dont il livra les environs aux flammes, et ruina 
Jes églises de la région. Cela se passait au mois de rama- 
dan (mai 911). Renonçant alors à son projet de rencon- 
tre avec Ibn Lope et de marche sur Pampeluae, il se 
retira et alla s'établir dans un de ses châteaux, le Chà- 
rat K'achtila( 2 h Mais, sur l'avis qu'il reçut de l'imminence 
d'une attaque du fils de Sancho, il s'esquiva furtivement 
avec quelques-uns des siens.- En présence de cette fuite 
les soldats perdirent toute fermeté, et la conséquence en 
fut la déroute de la garnison de ce château. c Abd Allah 
ben Lope, quand il apprit que la peur avait fait éviter à 
Ibn et-Tawil une rencontre avec Sancho, alla avec les 
musulmans qu'il avait auprès de lui attaquer le château 



(1) Ne ligure ni dans Edrisi ni dans le Meràcid; d'après F„ Gon- 
zalez (p. 297), c'est Bellver, dans la province de Lérida; d'après 
Codera, c'est Santa Barbara (l. l. } p. 321). 

(2) Chàra répond à l'espagnol Sierra. Quant à Kachtîla ou Kach- 
tàla (Castille), il est employé par les Arabes pour désigner la région 
au Nord du principal groupe des Sierras, avec Tolède pour ville 
principale {Meràcid, il, 415; Gëog. dWboulféda, il, 238 et 240; Edrisi, 
p. 208 et 211 ; Saavedra, La Geog. de Espafia del Edrisi, 87). Le châ- 
teau ici désigné est celui de Ruesta, à 10 k. E. S. E. de Sos, autrefois 
Çer Castiello (Codera, l L p. 322). 



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- 246 — 

dit Hiçn LawâzaW, qui faisait partie des possessions de 
Sancho, et y tua un certain nombre de ceux qui le défen- 
daient. [P. 153] Après quoi, comme il s'en retournait, 
il rencontra une troupe de cavaliers que commandait 
Sancho, et en tua ou fit prisonniers plusieurs. 

Ibn Aboû'l-H'oçayb Tot'îli, dont le nom était Ni'ma'l- 
Khalf (*) et qui était un homme supérieur, lettré, juriste 
et traditionnaire, périt de la mort des martyrs. 

Au nombre des morts de cette année figurent : Ibra- 
him fils de Timâm Mohammed — Mo'âwiya ben Moham- 
med ben Hichâm K'orachi — 'Othmân, fils de l'émir 
Mohammed — Mot'arrif ben Ahmed ben Mot'arrif, 
arrière-petit-fils de Ternir f Abd er-Rahmân — Abân ben 
f Abd el-Melik, petit-fils de l'émir f Abd er-Rahmân — 
Mohammed ben f Omeyya ben 'Isa ben Choheyd le vizir, 
préposé à la ville (capitale) — Sa'îd ben f Abd er-Rahîm 
Chidhoûni le secrétaire — Aboû Yahya Yezîd ben Mo- 
hammed Todjîbi le trésorier — Moùsa ben el- f Açi ben 
Tha'leba — Aboû Merwân 'Obeyd Allah ben Yahya ben 
Aboû 'Isa — Açbagh ben f Isà ben Fot'ays — Ibrahim ben 
H'addjâdj, prince de Séville, qui avait soixante-trois ans 
— Omar ben K^ûmes le secrétaire — le page Reyân, 
chef de la [manufacture de] broderie* 3 ) — et Aflah' le 
nègr^ (waçîf). 



(1) Je n'ai pas retrouvé ce nom ailleurs, et il ne figure pas dans 
Edrisi. Le Merâcid mentionne un Laioâta parmi les dépendances de 
Firrich, et il ne peut y avoir eu confusion entre ces deux noms d'une 
orthographe analogue. 

(2) De courtes notices lui sont consacrées par la Çila (n* 1290), et 
Dhabbi (n* 1397) : le premier rappelle Ibn Mohammed ben Yahya 
Ançàri Gharnàti, le second Ibn Aboù'l-Khoçayb Totîli. Je ne sais si 
la manière dont j'ai vocalisé son nom est correcte. 

(3) Je suis disposé à croire qu'il s'agit d'une fabrique gouverne- 



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- 247 — 

En 299 (29 août 911), au commencement de moharrem, 
une expédition conduite par le kâïd Ahmed ben Moham- 
med ben Aboû f Abda contre le chàteau-fort de Fonte- 
djâlat 1 ), dans les possessions d'Ibn Hodheyl, non loin de 
la montagne de Monteléon, aboutit, à la suite d'un siège 
poussé de très près, à la prise de cette place. 

L'expédition d'été, conduite par Abân, fils de l'imâm 
e Abd Allah, et où 'Abbàs ben c Abd el-'Azîz le vizir était 
à la tête de la cavalerie, se mit en marche le lundi 20 
cha'bân (11 avril 912) contre le château de Bobastro, où 
elle attaqua Ibn Hafçoûn et lui fit 'du mal. Ahmed ben 
Mohammed ben Aboû f Abda suivit les traces du corps 
expéditionnaire, où il prit le commandement de la cava- 
lerie en remplacement d"Abbàs ben *Abd el-'Azîz, rap- 
pelé à Cordoue; il poursuivit les hostilités contre les 
châteaux d'ibn Hafçoûn et leurs défenseurs b). 

En cette année, le mercredi 28 chawwâl (18 juin 912), 
une éclipse totale de soleil eut lieu avant le moment du 
coucher de l'astre ; [P. 154] les étoiles apparurent, et la 
plupart des crieurs attachés aux mosquées se précipitè- 
rent pour annoncer la prière du maghreb, qui fut en effet 
prononcée. Mais alors l'astre reparaissant ramena la 
lumière, pour ensuite se coucher véritablement. 

(b Mohammed ben 'Abd el-Melik et-Tawil fit une cam- 
pagne du côté de la rivière de Barcelone [le Llobregat] 
et ravagea la vallée de T'arrâh'atë). Le chrétien Santo 



mentale où se faisait le tiràz (broderie, liseret) employé sur les dra- 
peaux, vêtements et étoffes officiels (cf. p. 148, ad f., et Simonet, l. L, 
p. 140). 

(1) Fuentecilla, dont remplacement actuel ne peut être déterminé 
(Simonet, 128). 

(2) C'est à dire de Tarrega, sur la route de Lérida à Barcelone, cf. 
(suprà, p. 156 ; Annales du Maghreb, p. 233, 



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- 248 - 

» (*) sortit à la tête de ses troupes et occupa les défilés, 
de sorte que les musulmans, quand ils voulurent retour- 
ner, trouvèrent le chemin barré; mais Dieu leur donna 
la victoire et leur permit de faire un grand carnage. 

En cette année moururent e Abd Allah ben Aboû Zeyd, 
préposé à la cavalerie — le juriste et ascète Açbaghben 
Màlik( 2 — le chrétien Alphonse, qui avait régné qua- 
rante-quatre ans et qui eut pour successeur son fils 
Garcia ( 3 ). 

SITUATIONS RESPECTIVES 
DE MOHAMMED ET DE MOT'ARRIF, FILS DE L'ÉMIR 4 ABD ALLAH. 

*Abd Allah avait fait donner à son fils Mohammed une 
éducation en rapport avec la qualité d'héritier présomp 
tif qu'il lui réservait et le traitait d'une manière parti- 
culière. Mot'arrif, un autre de ses fils, supportait avec 
peine cette situation, "de sorte que les deux frères étaient t 
aussi éloignés que possible l'un de l'autre et qu'ils se 
fuyaient réciproquement. Or Mot'arriH 4 ), ayant un jour 
trouvé un cavalier de Mohammed, le tua par trahison; 
puis il quitta son père c Abd Allah pour échapper au 
courroux de celui-ci, de la violence de qui il se méfiait; 
se rendant à la prison il en ouvrit les portes à ceux que 



(1) Codera écrit «Sunier (?) » 

(2) Il mourut en 304, d'après Dhabbi, n° 575. 

(3) Alphonse III le Grand, roi des Asturies, régna de 866 à 910, où 
il fut forcé d'abdiquer au profit de son fils et vainqueur Garcia ; il 
mourut deux ans plus tard. 

(4) Ailleurs le rôle des deux frères est interverti, et c'est Moham- 
med qui fait cause commune avec Ibn Hafçoûn (voir Ibn Khaldoun, 
iv, 136, suivi par Dozy, Intr. au Bayan, i, 47 ; t. h du texte, p. 48 
des notes ; cf. Ibn el-Koùliyya, f. 45 v°, qui se borne à une allusion à 
ces faits). 



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- 249 - 

son père y faisait détenir, se mit à la tète des vauriens 
et des malfaiteurs qui y étaient renfermés, se rendit 
avec eux à Bobastro, capitale de Terreur et de la rébel- 
lion, et rejoignit Ibn Hafçoûn dans une forteresse assez 
gardée pour donner toute sécurité. Alors son père l'émir 
f Abd Allah lui fit savoir qu'il lui pardonnait, en lui di- 
sant : « Que le nom de méchanceté vient mal après la 
loi I » (Koran, xlix, 11), et le transfuge, écoutant son 
père, rejoignit sa famille et les siens. Mais après cela 
Mot'arrif sans relâche excita [son père] contre Moham- 
med, déploya l'hostilité et l'envie, prétendant qu'il cor- 
respondait avec Ibn Hafçoùn et s'entendait avec lui 
[P. 155] pour le pousser et l'aider dans sa rébellion. 
Alors c Abd Allah fit emprisonner son fils Mohammed 
dans le Dâr el-Bak'ik'a (*) et ouvrit une enquête pour 
savoir positivement à quoi s'en tenir ;. mais un examen 
attentif, prolongé soir et matin, n'ayant pu lui faire con- 
naître aucun acte punissable, il donna promptement l'or- 
dre de relâcher le prisonnnier. Alors Mot'arrif, péné- 
trant auprès de celui-ci, l'assaillit brutalement et ne 
l'abandonna que baignant dans son sang, étendu sur la 
face et les mains contre terre. Cette nouvelle surprit 
douloureusement l'émir c Abd Allah, qui voulut d'abord 
faire exécuter le coupable (*) ; mais plus d'un s'employa 
aie calmer #), et il renonça à le châtier". D'autres au 
contraire disent qu'il lui fit payer ce crime de sa tête. 



(1) Ce dernier mot est douteux ; le ms qui est maghrébin, semble 
porter plutôt, dit Dozy à propos du même mot répété plus bas, 
4jLUJ\, el-benîk'a. 

(2) Sur la question de savoir si 'Abd Allah a ou non ordonné la 
mort de Mohammed, voir Dozy, Intr. au Bayàn, 48. 

(3) Sur le-sens que j'attribue à y»$, cL notre texte, p. 78, 1. d. 



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- 25tf - 

Dieu sait ce qu'il en est. Ces faits sont de Tannée 277 (25 
avril 890). 

EL-KASIM FRÈRE DE L'ÉMIR 'ABD ALLAH. 

'Abd Allah soupçonnait son frère de songer à se ré- 
volter contre lui et à le faire périr pour prendre sa place. 
Comme il recevait de nombreux rapports dans ce sens 
et que de toutes parts il en était question, il estima qu'il 
était de son devoir de prince, et conforme aux règles de 
la politique et de l'administration, de le faire interner 
au palais dans le Dâr el-Benik'a jusqu'à ce que la lumière 
fût faite; le prisonnier fut ensuite transféré dans la pri- 
son d'Ed-Doweyra, où il fut pris d'insomnie, et sa mère 
lui ayant adressé un soporifique qu'il devait avaler en 
trois jours, il but le tout en une seule fois, de sorte 
qu'au matin il était mort " W, 

En 300, dans la nuit du jeudi 1 er rebî f I (16oct. 912), 
l'imâm f Abd Allah ben Mohammed mourut à l'âge de 
soixante-douze ans après un règne de vingt-cinq ans et 
quinze jours, (b Les dernières prières furent dites sur 
lui par le Prince des croyants f Abd er-Rahmân ben Mo- 
hammed, et il fut inhumé dans le palais de Cordoue à 
côté des khalifes ses ancêtres. 

Il était de teint clair, blond roussâtre, avait les yeux 
bleus, le nez aquilin ; il se teignait en noir, était d'une 
taille un peu au-dessus de la moyenne et était fort en 
chair. 

[P. 156] Il eut, avant de devenir khalife, les enfants 
que voici : Mohammed, père du Prince des croyants 



(1) Ce récit trahit assez son origine, ainsi que le dit Dozy dans son 
Jntr, au Bayân, p. 61, à laquelle il faut encore se .reporter, 



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- 251 — 

'Abd er-Rahmân ben Mohammed, dont la mère était 
Dorr ; Ahmed, dont la mère était Temmâm i Mot'arrif et 
Soleymân, fils l'un et l'autre de Ghazlân ; Abân, fils 
d'une esclave concubine nommée Chân ; f Abd er-Rah- 
mân et 'Abd el-Melik; EsSeyyida, 'A'icha et une autre 
Seyyida, toutes les trois filles de Ghazlân ; Hachîma, 
fille de K'oreych ; Esmâ, fille de Fityân ; Hakîma, fille de 
Melek; El-Behâ, fille de Dorr ; et Fâtima, laquelle était 
l'aînée de tous. Devenu khalife, il lui naquit El-'Açi de 
Mostat'rif, 'Abd er-Rahmân de Khadî', Mohammed le 
jeune et Ahmed le jeune, l'un et l'autre fils de Malh'a; 
Rok'ayya et Zeyneb, filles de Malh'a; Fâtima, fille de 
Mâdjin ; Zeyneb, fille de Chârik', et Fâtima la jeune, fille 
de Dorr. 

CHAMBELLANS, VIZIRS, SECRÉTAIRES ET CHEFS DE LA GARDE. 

A la mort de l'imàm El-Mondhir, 'Abd Allah trouva 
la place de chambellan occupée par f Abd er-Rahmân 
ben Omeyya ben Choheyd, qu'il confirma dans cette situa- 
tion ; mais ensuite il le révoqua et le remplaça par Sa'id 
ben Mohammed ben es-Selîm qui, plus tard, fut aussi 
révoqué et à qui il ne fut pas donné de successeur dans 
sa charge. Les vizirs furent : Barra' ben Mâlik Korachi 
— c Abbâs ben 'Abd el- f Azîz Korachi — Sa'îd ben Moham- 
med ben es-Selîm — < Abd el-Melik ben < Abd (*) Allah 
ben Omeyya. Le commandant de la cavalerie dans les 
expéditions estivales était 'Obeyd Allah ben Mohammed 
ben Aboû f Abda ; le secrétaire était Ahmed ben Moham- 
med ben Aboû f Abda; le kâïd dans les expéditions esti- 



(1) Le ms porte 'Obeyd, ce qui est certainement une faute (cf. Dozy, 
Corr., p. 52). On trouve encore 'Abd dans Ibn el-Koutiyya, f. 44, etc. 



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- 252 - 

vâles était Selarpa ben 'Ali ben Aboû c Abda — c Abd er- 
Rahmân ben H'amdoûn ben Aboû f Abda — H'afç ben 
Mohammed ben Besil. Comme préfet de la ville il y eut 
Mohammed ben Welîd ben Ghânirn, qui était en même 
temps vizir — Açbagh ben e Isa ben Fotays, qui était eo 
môme temps vizir — c Abd Allah ben Mohammed Zedjâli, 
qui était secrétaire et vizir — Soleymân ben Mohammed 
ben WânsoûsM — Ahmed ben Hâchim. Comme com- 
mandants de la cavalerie il y eut Dja c far ben c Abd el- 
Ghàfir — El- c Açi ben c Abd Allah ben Tha c leba — Tem- 
mâm ben c Amr ben c Alk'ama, qui fut vizir de trois kha- 
lifes — e Abd Allah ben H'àrith ben Bezi c — Ibrahim ben 
Khamir — [P. 157J et Mohammed ben Omeyya ben 
Choheyd. Comme préfet de la ville, il y eut Nad'r ben 
Selama( 2 ); Moûsa ben Ziyâd ( 3 ) était kâdi, il fut aussi 
secrétaire, préfet de la ville et kâdi. Comme chef de la 
garde, il y eut Moûsa ben Ziyâd, qui, étant devenu kâdi, 
fut remplacé par son oncle Yahya ben Ziyâd. La mort de 
celui-ci laissa la place de chef de la garde sans titulaire 
pendant deux ans; puis K'âsim ben Welid Kelbi fat 
nommé à ce poste et l'occupa jusqu'à la mort de l'imâm. 
Parmi ses secrétaires figurèrent le vizir c Abd Allah 
ben Mohammed, c Obeyd Allah ben Mohammed ben Aboû 
c Abda et Moûsa ben Ziyâd; parmi ses kàdis, En-Nad'r 
ben Selama K'aysi, et successivement Moûsa ben Ziyâd 



(1) Dhabbi lui a consacré un article (n* 775), de même qu'Ibn Abbà? 
dans la Hollat, p. 87. 

(2) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n* 1400) et par Ibn 
el-Faradhi (n 8 1496). 

(3) Ce personnage, dont le nom *e retrouve ci-dessous, était Djo- 
dhàmi et originaire de Sidona (lbn el-Koutiyya, f. 43; Ibn el-Faradhi, 
n-1456). 



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- 25â -* 

et Mohammed ben Selama, frère d'En-Nad'r; puis Eïi- 
Nad'r fut nommé de nouveau kâdi et ensuite remplacé 
par Mohammed ben Selama, à la mort de quiW fut 
nommé Ahmed ben Mohammed ben Ziyâd LakhmiW b). 
Pour en venir aux qualités de ce prince < 3 ), disons que 
Tirnâm c Abd Allah était bien pondéré et qu'il en témoi- 
gnait par son costume, son extérieur et en toutes circons- 
tances. Il savait par cœur le Koran, qu'il récitait souvent, 
répandait d'abondantes aumônes et de nombreux dons; 
rempli d'une piété scrupuleuse et d'un grand mérite, il 
aimait le bien et les gens de bien, disait de fréquentes 
prières; humblement et sincèrement soumis à Dieu, 
dont il rappelait souvent le nom, il désapprouvait les 
excès et écartait ceux qui s'y livraient, châtiait sévère- 
ment l'injustice et la violence. Il avait des connaissances 
variées dans les diverses sciences, était versé dans la 
langue arabe, parlait élégamment et en employant des 
images choisies, (b Pendant presque tout son règne, il ne 
manqua pas de siéger avec ses vizirs et les principaux 
de ses guerriers; puis, après avoir fini d'examiner et de 
décider les affaires du royaume ainsi que les moyens 
qu'il souhaitait à l'effet d'arrêter les maux de la guerre 
civile, il se plongeait avec eux dans l'histoire et les scien- 
ces. Il ne figure pas parmi ceux qui se laissèrent aller à 
la volupté ou qui, soit sur le trône soit auparavant, com- 
mirent aucun fait d'ivresse. [P. 158] Il fit construire le 
passage couvert qui relie le palais à la grande mosquée 
de Cordoue, pour pouvoir assister à la prière du ven- 



(1) Sa mort est de 289, d'après Ibn el-Faradhi (n* 1139). 

(2) Voir Ibn el-Faradhi (n* 133). 

(3) Cf. la sévère appréciation de Dozy, Intr. au Bayân, p. 61. 



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^ 254 ~ 

dredi, accomplir les autres prières et obéir à son désir 
de bonnes œuvres. Il s'asseyait dans ce passage couvert 
avant et après la prière du vendredi, et de là voyait le 
peuple, surveillait ses faits et gestes, figurait sans être 
vu dans les réunions, entendait ce que disaient les victi- 
mes d'actes arbitraires, en un mot se mettait entière- 
ment au courant des affaires de ses sujets. Il avait aussi 
l'habitude de se tenir à des jours déterminés à l'une des 
portes du palais, et Ton venait lui dénoncer les injustices 
commises ; les lettres lui étaient remises par une porte 
de fer percée et qu'il avait fait disposer pour cet usage, 
de sorte que le plus faible pouvait lui remettre une lettre 
en mains propres et sans être empêché de parler d'un 
acte arbitraire dont il était victime. Aussi tous les gens 
influents ou fonctionnaires quelconques se gardaient-ils 
de rien faire de nature à soulever des plaintes et s'abs- 
tenaient-ils de surcharger leurs subordonnés, car la 
crainte d'être punis et le désir d'échapper au blâme leur 
faisaient rechercher les procédés employés par le prince 
lui-même. Sous son règne on cessa de se livrer aux 
voluptés, ni grands ni petits ne s'adonnèrent aux diver- 
tissements; la pratique du bien, la manifestation exté- 
rieure de la piété et de la religion étaient générales 
aussi bien dans toutes les classes des gens dépendant 
de la cour que dans le peuple. Il demandait souvent 
pardon à Dieu, s'abstenait de jurer par son saint nom ; 
il ajoutait foi au serment fait au nom de Dieu, agréait 
une intercession où Dieu était invoqué, et de même 
accordait grâce ou pardon à l'apeuré ou au coupable 
qui recourait à lui. Ses faits mémorables sont nombreux 
et le souvenir de ses mérites est fixé dans la mémoire 
des hommes b). 



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— 255 — 

(à II avait fait ouvrir au palais une porte qu'il appela 
« Porte de la justice », où il se tenait à un jour déterminé 
de la semaine pour entendre ses sujets, de façon à com- 
muniquer directement avec eux et à recevoir sans inter- 
médiaire les doléances des opprimés. Il était versé dans 
la connaissance de la langue, savait par cœur les vers 
des anciens Arabes, connaissait leurs journées célèbres, 
ainsi que l'histoire des khalifes, et pouvait citer de nom- 
breuses poésies. Sous son règne on ne s'adonna pas aux 
divertissements, car lui-même ne buvait jamais ni vin 
ni boissons enivrantes. Comme un jour un de ses clients 
s'efforçait de se disculper à ce propos auprès de lui, il 
lui répondit : « Toutes les apparences prouvent le con- 
traire de ce que tu dis et annoncent l'inanité de tes 
excuses ; si tu avouais ta faute et que tu demandasses 
pardon de ton péché, cela serait plus digne et pourrait 
te faire plus facilement pardonner. — [P. 159] J'ai, dit 
son interlocuteur, commis cette faute, je suis coupable 
de ce péché; je ne suis qu'une créature et je suis sans 
excuse W. — Va doucement, dit l'émir, ne te hâte pas I 
Tu as fait ton service d'abord, et tu t'es repenti après; le 
péché n'a pu se glisser entre les deux. Je te pardonne. » 

Il dicta la lettre que voici adressée à l'un de ses gou- 
verneurs : « Après les compliments d'usage ; si ton zèle 
à examiner et à surveiller ce dont je t'ai chargé répon- 
dait à la régularité de tes messages et au soin que tu 
mets à t'occuper de ce que tu regardes comme ta beso- 
gne la plus sérieuse, tu compterais parmi mes auxiliai- 
res les plus utiles, les plus sagaces, les plus résolus. 
Fais moins de lettres sans but et sans utilité ; emploie 



(1) Je forme l'allitération .S* <J, ^yà^ . 



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— 256 — 

les soins, ton intelligence et ton zèle à des affaires où se 
montrera ton talent, d'où ressortira ta capacité. » 

A un vizir qui lui avait écrit à propos de quelque 
affaire, il répondit par ce rescrit sur la lettre même : 

[Khq/îf] Tu es, ô Nad'r, un être de malheur de qui il ne 
faut espérer aucun service utile; tu ne peux qu'approvision- 
ner les cabinets et la table <*). 

C'était un homme pieux et sans tache. Il fit bâtir le 
passage couvert qui reliait le palais à la grande mos- 
quée pour pouvoir par là se rendre aux prières qu'il 
suivait assidûment à côté de la chaire, habitude qu'il 
conserva jusqu'à sa mort. Il était naturellement poète et 
a composé de beauxve^s; c'est ainsi que dans une poésie 
légère il dit en parlant de ses amours : 

[Monsarih'] Que je suis malheureux à cause d'un gazelon 
aux yeux noircis et tel qu'il fait perdre toute retenue ! Ses 
joues semblent une rose entourée de fleurs blanches et de 
narcisses ; c'est une branche de saule qui, en se ployant, 
lance de son œil noir sur fond très blanc un regard circu- 
laire ! Tout mon plus pur amour lui restera acquis aussi 
longtemps que la nuit succédera au jour (2). 

Il dit encore sur le même sujet : 

[Redjez] Que tu souffres, ô âme d'amoureux, que d'humi- 
liation, ô captif de l'amour! Que de célérité à répondre et à 
transmettre, dans cet œil qui a les regards pour messagers, 



(1) Ces vers ont aussi été rapportés par Ibnel-Abbar {Notices,?. 66), 
et par Makkari (i, 227). 

(2) On retrouve ces vers dans les Notices, p. 66, et dans le Machmua, 
p. 153. 



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- 257 - 

qui emporte et rapporte le secret à Tinsu même des assis- 
tants !<D. 

Le détachement des choses d'ici-bas lui a inspiré ces 

vers : 

[Kâmil] Toi à chacun des pas de qui la mort est attachée, 
jusqu'à quand un vain espoir te distraira-t-il? Jusqu'à quand 
ne craindras-tu pas cet anéantissement qui t'a comme déjà 
frappé ? Tu .négliges la recherche de ton salut, alors qu'il 
n'y a pas de salut pour le néglîgent ! Pourquoi te laisser 
absorber par la poursuite de tes vœux, alors que cette pour- 
suite ne peut durer? Ta vie est comme déjà passée, l'annonce 
de ta mort est comme déjà faite I W. 

Dans le même ordre d'idées, il dit encore : 

[Wâftr] Je vois que les choses de ce monde s'acheminent 
à leur fin, et que rien n'y a de durée ; hâte-toi donc, sans 
montrer de faiblesse pour ce qui est sans consistance, de te 
repentir! On dirait que déjà le funèbre brancard t'emporte 
et que la beauté de ton visage soit enfouie sous la terre 
humide ; tends donc tous tes efforts, élance-toi vers la crainte 
de Dieu, rends-toi propice le Maître des cieux (3). 

"Toujours il éleva le flambeau de la religion et marcha 
dans la voie de la vraie direction, sans que les guerres 
civiles pussent le détourner du soin de son âme ni des 
œuvres destinées à lui servir au jour de la nécessité 
et de la descente au tombeau". On le comptait parmi les 
plus vertueux khalifes omeyyades d'Espagne, parmi 
ceux dont la voie méritait le plus de servir d'exemple, 



(1) Ces trois vers, auquels s'en ajoute un quatrième, figurent dans 
les Notices (p. 66) et dans Makkari (i, 226). 

(2) Ces vers se retrouvent aussi dans le Machmua y p. 153. 

(3) Dozy a traduit ces vers dans ses Mua. d'Esp., h, 276. 

17 



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-m- 

dont la : science (religieuse) était le plus complète, dont 
la piété était le plus ferme. Mais sa vie fut agitée par 
des troubles d'une longue durée, par le rétrécissement 
des limites de son territoire, par la diminution du ren- 
dement de l'impôt de la zekât, si biep que J 'hypocrisie 
[s'insinuait en lui, sous un voile de piété ; l'avarice dou- 
nait à ce prince une nature qui ne provenait pas de sa 
valeur propre, et le peu d'importance qu'il attachait à 
« l'effusion du sang dépréciait sa religion, car, en effet, les 
troubles civils suscités même par ses deux fils lui 
avaient, sur un simple soupçon, fait mettre à mort l'aîné 
des deux'' W. Le juriste Abôù Mohammed ben Hazin a 
formellement blâmé cet émir, l'accusant d'avoir versé 
facilement le sang [P. 1Ô1] qui, à ses yeux, n'avait pas 
de valeur, et cela tout en s'adonnant aux bonnes œuvres 
et en évitant les fautes réprouvées par la loi. C'est ainsi 
que, sans respect pour la préférence qu'avait pour lui 
son frère El-Mondhir, il suborna le chirurgien de celui- 
ci, qui empoisonna la lancette employée à le saigner, et 
se débarrassa de cette manière de l'émir, alors occupé 
à une expédition contre Ibn Hafçoûn et dans le camp de 
qui il se trouvait. Il fit en outre périr successivement 
ses deux fils par l'épéè, d'abord Mohammed père d'En- 
Nâçir li-dîn Allah, puis El-Motarrif. Il se débarrassa 
encore simultanément de deux de ses frères, de Hichâm 
par le fer et d'El-Kâsifri par le poison, etc. a) ( 2 ). 



(1) Cette dernière appréciation, dégagée des fleurs de rhétorique 
qui la voilent à peine, a été résumée par Dozy et lui paraît donner 
la note la plus exacte touchant le caractère d 1 'Abd Allah {Intr. au 
Bayàn, i, 62). 

(2) C'est ici que s'arrête le 1. 1, seul publié, de la traduction espa- 
gnole du t. il du Bayàn par Fernandez Gonzalez. 



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.- 259 r- 

'"■" ikhalifai du Prince des broyants 

■Abd er-Rahmân ben Mohammed ën-Nâçir li-dln ÀÏlâh. 



'ff 



Il avait pour pète Mohammed, celui qui iut tué par 
son frère Mot ! arrif fils de l'émir 'Abd Allâhben Mohaiû- 
med beri f Àbd er-Rahmân ben el-Hakam le faubourien 
ben Hichâm Rad'i ben 'Abd ér-Rahmân ed-Dâkhil. Son 
prénom était Aboù'l-Motarrif, son titre honorifique En- 
Nâçir li-dîn Allah; il avait pour mère une esclave concu- 
bine nommée Mouzna. Il vécut soixante-treize ans* et 
sept mois. Le début de son règne et Tintronisation^eurent 
lieu le jour même de la mort de son grând-pèré, le jeudi 
1" rebî' I 300(16 oet. 912); il mourût, le mercredi 2 rama- 
dan 350 (15 oct. 961), après un règne dé cinquante ans 
six mois et trois jours. Il avait la peau blanche et les 
yeux bleu foncé, était de taille moyenne, bien fait de 
corps, beau et élégant; il se teignait en noir (*). 

Il eut pour kâdîs Ahmed ben Mohammed ben Ziyâd, 
qu'ensuite il révoqua et remplaça par Aslem ben 'Abd 
el- f Azîz ben Hâchim* 2 ); puis Ahmed ben Mohammed ben 
Ziyâd fut réintégré ; ensuite Ahmed ben Bak'i( 3 ), à qui 
succéda Mondhir bén Sa'îd Balloût'i ( 4 >. 



(1) Cf. Annales du Maghreb, 311 et 361. Mouzna, mère d'En-Nàçir, 
y est aussi citée soit sous ce nom, soit sous celui de Marta, par 
suite du déplacement d'un point diacritique ; elle est l'objet de notices 
dans Dhabbi (n° 490) et dans là Çila (n° 1414). Sur Eri-Nàçir, voir 
aussi Ibn el-Abbàr, Hollat, p! 98; Makkari, i, 227; 'Ikd, n,368; Ibn 
Khaldoun, ïv, t37, etc., et les Mus. d'Esp., n, 319 et s. 

(2) Des articles, assez développés lui sont consacrés par Dhabbi 
(n° £71) et par Ibn el-Faràdhï (n° ?78). 

(3) De bref s, articles lui sont consacrés par Dhabbi {n° 385) et par 
Ibn el-Faradhi (n° 103).- 

(4) Ce personnage, dont le nom est souvent cité, devint grand 
kàdi de Gordoue en 339> en remplacement de. Mohammed ben 'Abd 



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- 260 - 

Son sceau portait la légende gravée « f Abd er-Rah- 
mân est satisfait du décret de Dieu». Mohammed son 
père avait été désigné par *Abd Allah, dont il était le fils 
aîné, en qualité d'héritier présomptif ; mais Mot'arrif, 
frère de Mohammed, tua ce dernier, et par suite fut à 
son tour mis à mort par leur père commun M. [P. 1 63] 
Ces événements ont donné lieu à bien des paroles. 

En-Nâçir naquit le jeudi 22 ramadan 277 (8 janv. 891), 
vingt-un jours avant la mort violente de son père. Il était . 
le favori de son grand-père 'Abd Allah, qui l'aimait 
mieux que ses propres fils, le distinguait d'une manière 
particulière et lui faisait donner l'éducation convenant à 
un futur souverain. Maintes fois, à de certains jours ou 
lors de fêtes, il le faisait asseoir à sa propre place pour 
recevoir les hommages du djond, de sorte que les espoirs 
des courtisans convergeaient vers lui, et Ton ne dou- 
tait pas qu'il ne fût appelé à régner. A la mort de son 
grand-père, ce fut lui, et non un des fils du défunt, qu'on 
plaça sur le trône, car la volonté de Dieu était la gran- 
deur du royaume, la victoire de l'Islam et l'anéantisse- 
ment du polythéisme, et à ces divers points de vue nul 
prince ni avant ni après lui n'obtint autant de succès. Il 
habitait au palais avec son grand-père et sans ses oncles, 



Allah ben Aboû 'Isa, et mourut âgé de 82 ans, le 28 dhou'1-kada 355; 
la date de 366, donnée par Ibn el-Athîr, est fausse. Le poste de kàdi 
fut après lui confié à Mohammed ben Selim (Khochani, ap. Mus. 
d'Esp., m, 117). Voir sur Mondhir, Ibn el-Faradhi, n° 1452; Dhabbi, 
n° 1357 ; Matmah, p. 37 ; Bekri, Géogr., p. 294 ; Makkari, pass. ; ms 
2074 de Paris, f. 66 ; Merrâkechi, trad. fr., p. 316 ; Annales du Ma- 
ghreb, p. 380; Derdîr, commentaire de Sidi Khalîl, Boulak, 1292, 
t. il, p. 193 ; ci-dessous, p. 266 et 267 du t. ar. ; etc* 

(1) Voir le récit des circonstances dans lesquelles Motarrif périt, 
Jn Dozy, Intr. au Bayân, p. 55, et ci-dessus. 



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- 261 - 

de sorte que son intronisation, qui excluait ces derniers, 
se fit sans difficulté. On dit aussi que son grand-père lui 
jeta le sceau royal pour indiquer qu'il le choisissait pour 
son successeur. 

Ceux qui les premiers lui prêtèrent serment furent ses 
oncles* les fils d' f Abd Allah, savoir : Abân, El- f Açi, *Abd 
er-Rahmân, Mohammed et Ahmed, après qui vinrent ses 
grands-oncles, les frères du défunt, savoir : El-'Açi, 
Soleymân, Sa'id et Ahmed. Ce dernier prit la parole en 
leur nom, et après avoir prêté serment, il prononça 
d' f Abd er-Rahmân un éloge où les plus belles qualités 
étaient attribuées au nouveau prince. 

En-Nàçir lut le premier Omeyyade d'Espagne qui s'at- 
tribua le titre d'Emir el-mou'mintn et qui prit un sur- 
nom honorifique, celui d'En-Nâçir, réservé aux sultans. 
Ses successeurs après lui prirent également ce titre et 
portèrent un surnom honorifique quand la dynastie 
Abbaside s'affaiblissant allaita sa perte et que les dynas- 
ties turque et Deylemite commençaient à se montrer. 
"Ce titre convenait à sa situation, cette épithète fut 
gardée par ses descendants; ce fut le prédicateur Ahmed 
l?en Bak'ï ben Mokhalled qui, le premier, un vendredi 
de 316, employa dans la grande mosquée de Cordoue ce 
ijora destiné à durer". Ahmed ben 'Abd Rabbihi dit 
dans une kaçtda à propos du jour de son avènement (*) : 

[Basit] La nouvelle lune paraît, et il naît un règne nou- 
veau ; que les bienfaits divins s'accroissent, mais toi tu ne 
peux croître ! 

[P. 163] "L'Espagne à son avènement était, grâce à 



(1) On retrouve ces vers, avec variantes dans le dernier hémis- 
tiche, dans Y'Ikd (n, 368) et dans Makkari (i, 227). 



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- 262 - 

la discorde et à rhypofcrisie, un charbon flambant, un 
feu dévorant; mais il sût éteindre ces bûchers et apaiser 
ces troubles". Nombreuses furent les expéditions entre- .. 
prises par ce prince, qui ressemblait à f Abd èr-Rahmân • 
ed-Dàkhil. Depuis le moment où ce dernier, en 138 (16 
juin 755), pénétra en Espagne jusqu'au règne d'En-Nâçir, ? 
il mourut sept khalifes omeyyades, En-Nâçir formant le • 
huitième, et dans la môme période moururent vingt- 
deux princes Afcbâsides. 

(b En 300, le jeudi 1" rebi f I (16 oct: 912), En-Nâçir 
li-dîn Allah monta sur le trône à rage de vingt-trois ans 
cinq mois et vingt-trois jours; il était prénommé Aboû'l- 
Mot'arrif, et avait pour mère une esclave concubine du 
nom de MouznaW. Il prit siège dans la partie réservée 
du grand salon du palais de Cordoue, et la prestation de 
serment des grands et du peuple se fit entre les mains 
de son affranchi Bedr ben A.hmed et de Moûsa ben 
Mohammed ben H'odeyr, préfet de la ville. Il fit appe- 
ler ses oncles et grands-oncles paternels, les diverses 
classes des KoreyGhites, les clients et tout le peuple, qui 
tous jurèrent obéissarice avec plaisir, la face épanouie, 
le cœur joyeux, en exprimant leurs vœux et remerciant 
Dieu de ce qu'il lui avait confié la charge de les diriger, 
le soin de veiller sur eux et de protéger leurs familles. 
Tous se réjouissaient de son heureux caractère et de la 
distinction de son intelligence, et espéraient la réalisa- 
tion des affirmations divines que, sous son règne béni et 
par ses mains, tout marcherait parfaitement, que soa 
application extirperait l'ulcère des guerres civiles et 
ramènerait partout l'obéissance. L'insubordination en 



(1) Cf. suprà, p. 259, n. 1. 



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effet sévissait dans toutes les régions de l'Espagne et 
était pratiquée par le kâdi aussi bien que par le plus 
humble sujet; les hypocrites s'étaient rendus maîtres des 
cantons et des lieux de refuge, grâce à la trêve dont ils 
jouissaient depuis longtemps et, à la longue négligence 
dont ils avaient bénéficié. . Mais Dieu se servit de ce 
prince pour opérer les. amputations dont il sera parlé. , 
, En-Nàçir commença par envoyer dans les divers can- 
tons et provinces une circulaire annonçant son avène- 
ment. Le jour même de la prestation de serment, [P. 1 64] 
il nomma son client Bedr chambellan, vizir et directeur 
de la cavalerie, en outre du service des postes dont il 
était chargé W ; Moûsa ben Mohammed devint vizir en 
même temps qu'il restait préfet de la ville; f Abd Allah 
ben Mohammed ZedjàliW, qui était secrétaire, fut con- 
firmé dans ce poste, de môme qu'Ahmed ben Moham- 
med ben Aboû f Abda fut confirmé dans ses fonctions de 
kàïd; K'âsim ben Welid Kelbi resta aussi investi du, 
commandement du premier corps de la çhorta, mais la 
charge de trésorier, qu'il exerçait, lui fut enlevée et 
confiée à 'Abd el-Melik ben Djahwar. Mohammed ben 
f Obeyda ben Mobachchir et Mohammed ben f Abd Allah 
ben Aboû f Abda, devinrent aussi trésoriers. f Isa ben 
Choheyd, qui était trésorier, fut révoqué et remplacé par 
Sa'id ben Sa'îd ben H'ôdeyr. 'Omar ben Mohammed 
benGhànim, <Abd er-Rahmân ben <Abd Allah Zedjâli, 
et Mohammed ben Soleymân ben Wànsoûs furent char- 



(1) Le même renseignement nous est fourni par Ibn el-Âbbàr, in 
Notices, p. 137. 

(2); Peut-être faut-il lire Zedjâdjeli (voir le Lobb el-albâb el le 
Merâçid). 



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- 264 - 

gés du service des requêtes (*), Mohammed ben 'Abd 
Allah Kharroûbi fut chargé de la garde de l'arsenal et 
du service de la garnison M; le secrétaire Hoseyn ben 
Ahmed devint également gardien de l'arsenal, ainsi que 
Yahya ben Ish'àk et Maslama ben f Abd eMtâhir, connu 
sous le nom d'Ibn ech-Charh'. Ensuite le commandement 
du premier corps de la chorta fut donné à f Isa ben Ahmed 
ben Aboû 'Abd a et enlevé à Kâsim ben Welîd Kelbi. 
La fauconnerie fut enlevée au chambellan Bedr ben 
Ahmed et confiée à Fot'ays ben Açbagh, et ainsi de suite 
pour d'autres places et emplois qu'il donna à ceux de 
son entourage qui étaient dignes de la situation con- 
voitée, ainsi qu'à ses principaux clients. 

Il envoya 'Abbâs ben f Abd el-'Azîz Koracbi avec une 
portion du djond contre les Berbères de Caracuel et la 
montagne d'El-Berânes, ainsi que le kàïd Ahmed ben 
Afioû f Abda, avec ceux du djond qui se joignirent à lui, 
contre le canton de Cabra pour se débarrasser prompte- 
ment des malfaiteurs et des hommes de désordre de ces 
deux régions. f Abbâs ben f Abd el-'Azîz engagea le com- 
bat avec El-Fath' ben Moûsa ben Dhoû'n-Noûn, à Cala- 
trava, le mit en déroute et fit un grand carnage de ceux 
qui avaient rejoint ce chef. Une lettre d* f Obeyd Allah 
ben Fihr, gouverneur de Calatrava, apporta alors la 
nouvelle de la victoire qu'il avait remportée dans sa cir- 
conscription sur Mohammed ben Ardhebolich, qui était 



(1) J?j*à\ Aiaà,. expression qui se présente â plusieurs reprises 
dans la suite de cet ouvrage, et qui a peut-être le sens de « inspec- 
tion des revues » ; voir le Dictionnaire Dozy. 

(2) Le mot Jju, employé aussi à plusieurs reprises, comporte 
divers sens, et il se peut qu'on doive le traduire autrement 



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- 265 — 

en état de rébellion et exerçait le brigandage; il tua 
ensuite ce rebelle, dont il envoya la tête à Cordoue. 
[P. 165] Cette tête d'insurgé, qui arriva le dimanche 
10 rebr II, constitua le premier envoi de ce genre que 
vit le nouveau règne. Ainsi se manifestèrent dès le début' 
les symptômes de la faveur divine et les signes du 
bonheur. 

Le 21 rebî e H (5 déc, 912), le khalife nomma vizir et 
kâïd Ahmed ben Mohammed ben Hodeyr, qui était à la 
tête du dernier corps de la ckorta, et ce dernier emploi 
fut donné à Mohammed ben Mohammed ben Aboû ZeycL 
La solde d"Abd er-Rahmân(*> et d"Abd Allah, l'un et 
l'autre fils de Bedr le chambellan, fut fixée pour chacun 
à trente dinars poids fort( 2 >. Isma'îl ben Bedr fut nommé 
à un emploi de secrétaire particulier. Djahwar ben 'Abd 
el-Melik fut chargé des fonctions de vizir, ainsi qu' f Abd 
Allah ben Mod'ar ; f Abd er-Rahmân ben Bedr reçut la 
direction de la' cavalerie ; f Abd Allah ben Mohammed 
ben • Abd el-Khâlik' ben Sawâda fut nommé kâdi du 
canton d'Elvira; ce fut le premier kâdi qui s'en alla en 
province sous son règne. Le 25 rebi f II (9 déc), il enleva 
à Ahmed ben Mohammed ben 'Aboû f Abda le kâïdat et 
le vizirat, et à son fils f Isa ben Ahmed le commandement 
du premier corps de la ckorta, poste auquel fut nommé. 
Kâsim ben Welid Kelbi. A Mohammed ben Welîd ben 
Ghânim fut enlevé le vizirat et à 'Omar ben Mohammed 
ben Welîd le service des requêtes. 

Le jeudi 19 djomâda I (l or janv. 913) fut emportée la 



(1) Un court article lui est consacré par Inn el-Abbàr {Notices, 
p. 137). 

(2) Ou « trente dinars de poids», ainsi que traduit Sauvaire (/. as., 
1882,1, 72). 



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- 266 -, 

ville cTEcija, où pénétrèrent le chambellan Bedr ben 
Ahmed et le vizir Ahmed ben Mohammed ben H'odeyr. 
A la suite de cette conquête, la première du règne d'En- 
Nâçir, cette ville fut réduite et ses fortifications ruinées; 
le vizir Ahmed ben Mohammed y resta en qualité de 
kâïd pour rétablir le calme chez les habitants, tandis 
que H'amdoûn ben Besil en devint gouverneur. . 

Le samedi 23, («te) djomâda I (5 janv. 913), Mohammed 
ben c Abd Allah ben Omeyya fut nommé vizir. 

Le 6 djomâda II (18 janv.) fut mandé un fauteur de 
troubles du nom de Mohammed ben Yoûnos Djeyyàni, 
qui avait été emprisonné sous le règne précédent, et En- 
Nàçir le fit remettre en liberté, [P. 166] après avoir 
reçu son serment qu'il ne ferait plus le mal ; mais cet 
homme, infidèle à sa parole, ne recouvra la liberté 
qu'avec la volonté de continuer ses désordres. 

Le 20 djomâda II (1 er fév.), Ahmed ben Mohammed ben 
Ziyâd fut, à la suite de certains faits répréhensibles, ré- 
voqué de sa place degrand-kâdi à Cordoue, ainsi que de 
la direction àe la prière; Aslam ben f Abd el- f Azîz fut à 
sa place nommé kâdi, et le soin de la prière fut confié à 
Mohammed ben 'Omar ben Lobâba le juriste b). 

En cette année eut lieu la campagne entreprise par le 
Prince des croyants contre les forteresses de Jaën, et qui 
fut la première qu'il fit* 1 ), (b II quitta le palais de Cor- 
doue le jeudi 13 cha'bân 300 (24 mars 913), et partit en 
expédition contre le canton de Jaën le samedi 7 ramadâq, 
yingt-trois jours après avoir quitté le palais, où il laissa 
comme lieutenant le vizir Moûsa ben Mohammed ben 



(1) Ibn Abd Rabbihi, ainsi que notre auteur le dit plus loin, a com*. 
posé, sur les nombreuses campagnes entreprises par ce prince de 
300 à 322, un long poème qu'il a inséré dans son 'Ikd, n, ,369- . 



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- 267 — 

Hodeyr, préfet de la ville, ainsi qiT'Abd er-Rahmàn ben 
Bedr b). Il emmena des forces considérables et parfaite- 
ment approvisionnées -W» (b II avait, avant son départ, 
été rejoint par Mohammed ben FerwaW, seigneur d'U- 
beda, à la tôte de tous ses cavaliers, les avait très bien 
reçus et leur avait donné la plus complète hospitalité. 
A la tête de son armée, ainsi renforcée, il s'était mis en 
marche et se trouvait dans le château-fort de Mârechentë* 
dans la province de Jaën, quand il apprit qu ,f Omar ben 
Hafçoûn serrait de près la capitale de Regio (Malaga) et 
seflattait de l'espoir que les habitants, ne s'entendant 
pas entre eux, lui permettraient de la subjuguer. Pour 
remédier à cette situation, il envoya un détachement du 
djond sous les ordres de Sa'id ben f Abd el-Wârith, dont 
les instructions étaient de s'avancer à marches forcées 
[P. 167] jusqu'à la ville de Malaga W pour enlever à Ibn 
Hafçoûn tout espoir de réaliser le projet qu'il se flattait 
d'exécuter. Ce général en effet pénétra dans le lieu qui 
lui avait été assigné comme point d'arrivée, et mit cette 
région à l'abri des attaques d'Ibn Hafçoûn et de ses par- 
tisans. 

Le Prince des croyants se dirigea sur le château-fort 
de Monteléon, campa sous les murs le dimanche 15 
ramadan (25 avril 913) et commença à attaquer Sa f îd ben 
Hodheyl ; il resta vainqueur et, le mardi 17 de ce mois, 



(1) Le ms a résume ici en quatre lignes les soixante-deux lignes 
suivantes du texte arabe de b. 
<2) Sur ce nom de Ferwa, cf. p. 247, note 1 de la trad. d'Edrisi. 

(3) Je n'ai pas retrouvé ailleurs ce nom de ^^io.Lo, le même pro- 
bablement que le ^^\U de V'Ikd, h, 369, 1. 14. 

(4) Il s'agit ici d'Archidona, et non de Malaga, qui alors n'était 
pas encore la capitale de la province (Mus. d'Esp., n, 329). •■•-., 



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- 268 - 

il fit descendre de son repaire Sa'îd, à qui il accorda 
l'amnistie, tandis qu'il y nomma en qualité de gouver- 
neur Mohammed ben <Abd el-Wahhâb. Il s'avança en- 
suite vers les chàteaux-forts de ChementânW et reçut 
les demandes d'amnistie d' f Obeyd Allah ben Omeyya 
ben ech-Cbâliya, d'Ish'âk ben Ibrahim, seigneur de Men- 
tesa, d ,f Okkâcha ben Moh'çan, seigneur du Wàdi Benoû 
'Abd AllàhP), de Selama ben < Aràm, seigneur de Bah'ila, 
de Mondhir ben H'oreyz, seigneur de Baghtawîra, 
d'Aflah' ben 'Aroûs, seigneur de Bakoûr, de Fah'loûn 
ben 'Abd Allah, seigneur de Sasâna, qui descendirent 
de leurs repaires et vinrent tous se soumettre en lui 
offrant leur dévouement. L'émir les accueillit favorable- 
ment et leur concéda le pardon ; il leur fit évacuer ces 
diverses localités, envoya les femmes et les enfants des 
chefs à Cordoue et confia le gouvernement des châteaux- 
forts à des gens de confiance choisis parmi ses guer- 
riers. Il amena encore 'Abd el- f Azîz ben * Abd el-A'la 
à quitter son château-fort d'Ech-Châra, ainsi que Dah'- 
wan ben Hichâm à se retirer de. . . @h II se transporta 
ensuite dans le canton d'Elvira, où dès son arrivée les 
habitants des châteaux-forts de Tâdjela W, de Baza< 5 \ de 
Marbît', d'El-Berâdjela et d'El-Esnâd( 6 > rivalisèrent de 

(1) Somontin; ce nom, qui manque dans Edrisi, figure dans Je 
Merâcid (n, 126) ; Ibn el-Abbàr (p. 121) ; Aboulféda (Géog., u, 252) ; Ibn 
Khaldoun (iv, 139, 1. 4 ad f.); Simonet (p. 152). 

(2) Aujourd'hui Vêlez de Benaudalla (Simonet, Description, p. 107). 

(3) Les mots « son château de » paraissent manquer, ainsi que 

le fait remarquer Dozy, Corrections, p. 54. 

(4) Probablement le £Jl^J> d'Edrisi, aujourd'hui Tijola, entre 
Purchena et Seron (voir la note 4 de Dozy ad Edrisi, p. 209). 

(5) Sur Baza, cf. Edrisi, p. 209, 247 et 249 ; le Merâcid et le Moc/i- 
tarik, s. v. ; Aboulféda, Géog., n, 252. 

(6) G'est à dire des Alpujarras et des Sened ou versants de montagnes. 



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promptitude dans leurs offres de soumission et évacuè- 
rent ces diverses places. En-Nâçir remit tout sur un 
bon pied, installa des garnisons à lui dans tous ces en- 
droits et ne laissa rien échapper à son regard attentif. 
De là il se transporta vers les châteaux-forts de Guadix, 
dont la plupart furent évacués par suite de la crainte 
qu'il inspirait. Le jeudi 4 chawwâl (14 mai), il campa au 
pied du château de Finana o>, où se trouvaient des parti- 
sans d'Ibn Hafçoûn qui étaient arrivés à séduire et à 
détourner de ses devoirs la population. Les rebelles, 
loin d'offrir leur soumission, entreprirent de résister, 
car ils avaient confiance dans les difficultés d'accès de 
leur repaire ; mais l'armée commença le blocus et incen- 
dia les faubourgs, [P. 168] de sorte que les habitants, 
revenant à de meilleurs sentiments, offrirent de se sou- 
mettre en livrant les partisans d'Ibn Hafçoùn. Ces offres 
furent acceptées, et les prisonniers qui furent livrés fu- 
rent soigneusement garrottés. 

Continuant sa marche en avant, l'émir parcourut les 
" divers lieux fortifiés situés dans la région et les monta- 
gnes de Bechîra, et poussa avec ses troupes jusqu'au 
Djebel et-Theldj (Montagne de la neige)< 2 >, dont l'accès 
est presque impossible. Ses troupes pourtant y pénétrè- 
rent, grâce à Dieu qui leur en aplanit et facilita le pas- 
sage, et les châteaux de cette région furent conquis sans 
qu'aucun pût résister. 
L'émir, apprenant alors qu'Ibn Hafçoûn marchait avec 



(1) Ce fort est mentionné par Edrisi, p. 246 ; cf. sur cette campagne 
Mus. cUEsp., H, 330. 

(2) C'est à dire la Sierra Nevada. Edrisi ne rappelle pas cette déno- 
mination, qui figure dans Aboulféda (Géog. h, 253), mais seulement 
celle de «Choleyr de la Neige» (p. 246). 



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- 270 - 

des trotipes contre Elvifa, la capitale, dans l'espoir que 
l'occasion était favorable pour s'en rendre maître, ea- 
voya contre lui le kâïd c Abb*às ben *Abd el- f Aziz. Gelui- 
,ci était peu éloigné de Grenade quand Ibn Hafçoûn 
s'avança vers l'objet de ses convoitises ; mais les habi- 
tants d'Elvira, pleins de confiance dans les secours que 
leur amenait le kâïd, firent une sortie dans laquelle ils 
mirent leur ennemi en déroute, lui tuèrent un certain 
nombre de ses guerriers, firent prisonnier son petit-fils 
'Omar ben Ayyoûb et blessèrent grièvement Tun des 
oncles paternels de ce dernier. 

L'émir, sans se lasser, poursuivit la soumission de 
tous les lieux fortifiés de cette région et arriva ainsi au 
château de Juvilès W, qui était l'un des forts d'Ibn Haf- 
çoûn le mieux fortifiés, le plus inaccessibles et dans la 
la position la plus forte ; là s'étaient retirés tous les 
chrétiens qui avaient pu s'échapper des autres places 
que nous avons citées. Le mercredi 15 W chawwâl (25 mai), 
il installa son camp sous les murs de cette place, puis 
coupa les arbres du voisinage, ravagea les champs et 
anéantit tous les vivres qui pouvaient servir aux assié- 
gés. Ceux-ci, au bout de quinze jours d'investissement, 
firent des offres de soumission et, revenant à de meil- 
leurs sentiments, s'engagèrent à livrer les partisans 
d'Ibn Hafçoûn qui étaient dans leurs murs. L'émir 
accepta, et on lui envoya tous les chrétiens qui étaient 
dans la place ; il leur fit trancher le cou à tous sans 
exception et sans autre forme de procès. 



(1) Ce lieu ne figure pas dans Edrisi ; cf. Simonet, Descripcion, 
p. 107 et 306; ci-dessus, p. 241. 

(2) Plus haut, notre auteur a parlé du jeudi 4 chawwâl. 



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- 271 - 

! De ià Fémir s'avaiïça jusqu'à la ville de Salobrena <*), 
où il agit comme il avait fait ailleurs. Dans chacune de 
ses conquête^ il installa des garnisons qui les tinssent 
en respect, de sorte; qu'il cautérisa ainsi lés ulcères 
qui rongeaient le canton d'Elvira, que la concorde fut 
rétablie et qu'une obéissance complète régna partout. 
[P. 1 69] Il se rétira alors en prenant la route des châ- 
teaux-forts de San Estevan et de Pena Forât'àP), qui 
avaient fait tort aux deux villes de Grenade et d'Elvira 
et qui étaient l'un et l'autre des mieux fortifiés par l'art 
et la nature. On dressa le camp au pied des murailles 
de ces places, et le blocus commença avec accompagne- 
ment de combats des plus acharnés et des plus meur- 
triers. Au bout de vingt jours, elles furent emportées, 
et des garnisons y furent installées. Alors l'émir, après 
avoir examiné avec le soin le plus minutieux tout ce 
qu'il vit de nature à se rattacher à l'amélioration des 
cantons de Jaën, d'Elvira et des environs, rentra dans 
son palais de Cordoue le jour de la fête des Victimes 
(17 juil. 913), après être resté en campagne pendant 
quatre-vingt-douze jours. 



(1) En arabe, Gheloûbîna ou Gheloûbîniya (Edrisi, p. 242 ; Merâcid, 
u, 123; Simonet, Description, p. 106; Aboulféda, i, 254). C'est de là, 
nous apprend ce dernier auteur, qu'était originaire le grammairien 
'Omar ben Mohammed Gheloûbîni, ce qui nous permet de corriger 
l'orthographe de ce nom dans la Tekmïla, n° 1829. Sur cet auteur, 
-f 645, voir aussi lbn Khallikân (h, 386) ; de Sacy, Anthologie gram- 
maticale, p. 192, et Pons, Ensayo, p. 287. 

(2) Pour la transcription et l'identification de ces deux noms, j'ai 
suivi Dozy (Mus. d'Esp., n, 331). Le premier présente les variantes : 
Astîn, Achtîn et Achnîn ; c'est probablement le Ochtoûn du Merâcid 
(I, 66), le Istan de Simonet [Description, p. 132). On trouve bien un 
Binna dans le canton d'El-Faradj, autrement dit Guadalaxara, men- 
tionné par le Merâcid (i, 177; cf. n, 342, et Aboulféda, Géog., u, 255); 
mais ce n'est pas de lui qu'il peut être question ici. 



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En la même année mourut Hicbâm ben Mohammed 
Korachi, connu sous le aom dlbn ech-Chebànesiyya tf) 6). 

En moharrem 301 (7 août 913), mourut à Séville f Abd 
er-Rahmân ben Ibrahim ben Haddjâdj, seigneur de cette 
ville, et la population se mit d'accord pour le remplacer 
par le brave Ahmed ben Maslama W. Mais En-Nâçir fit 
marcher contre cette ville, en qualité de général, le vizir 
Ahmed ben Mohammed ben Hodeyr, qui fut le premier 
à l'attaquer et qui remporta des succès. Mohammed ben 
Ibrahim ben Haddjâdj, qui était à ce moment à Carmona, 
se rendit au palais (bâb es-sodda), et offrit à l'émir ses 
services pour combattre les Sévillans. Le prince les 
ayant envoyés à cet effet, lui et K'âsim ben Welîd Kelbi, 
ces deux chefs entamèrent un siège qui dura plusieurs 
mois ; puis le chambellan Bedr ben Ahmed, qui vint les 
rejoindre, entra dans la place le lundi 19 djomâda I 301 
(21 déc. 913); il la démantela, remit les affaires en ordre 
et laissa en qualité de gouverneur Sa'id ben el-Mondhir 
qu'il avait avec lui. 

(b En cette année, Mohammed ben Soleymân ben 
Wânsoûs fut nommé au vizirat, poste qu'occupa égale- 
ment f Isa ben Ahmed ben Aboû * Abda. Mohammed ben 
f Abd Allah [P. 170] Kharroûbi, Mohammed ben Ahmed 
ben Hodeyr, K'and Tainé^et Dorri, affranchi d'En-Nâçir, 
furent chargés des requêtes. L'inspection du marché fut 
enlevée à c Omar ben Ahmed ben Faradj et donnée à 
Mohammed ben f Abd Allah Kharroûbi au mois de rebi' II 
(nov. 913). Ahmed ben Maslama fut chargé du premier 



(1) Je n'ai pu retrouver ailleurs le nom de ce personnage. 

(2) Cf. suprà, p. 213. 

(3) C'était, ainsi qu'on le voit plus loin, un affranchi d'En-Nàçii ; 
il faut probablement lire ici LxJy« « l'un et l'autre affranchis. . . ». 



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— 273 — 

corps delà chorta ; Mohammed ben Ibrahim ben Haddjâdj 
fut rappelé de Carmona et nommé vizir, mais il ne siégea 
avec les autres vizirs qu'un seul jour. Sa'ld ben El-Mon- 
dhir lut rappelé de Séville, où il fut remplacé, au mois de 
cha'bân, par Fot'ays ben Açbagh. Le premier corps de la 
choria fut de nouveau confié à Kâsim ben Welid Kelbi. 
Moûsa ben Soleymân Khawlâni, connu sous le nom 
d'Aboû'l-Kawther, fut nommé gardien du Trésor, et son 
frère f Abd el-Melik ben Soleymân fut chargé de la garde 
de l'arsenal . 

Le mercredi 18 dhoû'l-ka'da (15 juin 914), les habi- 
tants de la frontière conquirent le château-fort de Cala- 
horra, qui était alors entre les mains des chrétiens b). 

Lope ben Mohammed mit le siège devant Saragosse 
(6 et éleva des constructions dans le but de maintenir 
cette place. En la même année fut tué Mohammed ben 
'Abd el-Melik et-Tawil b. 

La seconde campagne entreprise par Ternir fut diri- 
gée contre le canton de Malaga, Algéziras et Carmona. 
Ce prince quitta le palais de Cordoue le jeudi 8 ramadan 
(7 avril 914) et se mit en campagne le 8 chawwâl (8 mai) 
en laissant dans le palais Moûsa ben Mohammed ben 
Hodeyr, préfet de la ville ; les correspondances étaient 
remises entre les mains du jeune Hichàm, fils de l'émir. 
(b Le chambellan Bedr ben Ahmed commença par mar- 
cher avec un corps de troupes du djond contre le châ- 
teau-fort de Belda, dont il surprit les habitants et où 
il fit un grand nombre de prisonniers b). Le premier 
objectif du prince fut le château de ToroxW [P. 171] 

(1 ) Orthographié Tolox in Mus. d'Esp., it, 337. Deux localités, dont 
Ja plus connue est entre Vêlez Malaga et Almunecar, portent le nom 
de Torox ou Torrox {Mus, d'Esp., i, 324 ; Simonet, Descr., p. 107, 
m, 129, 130 et 133). ^ 



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- 274 - 

sous les murs duquel il dressa son catnp (b le mercredi 
14 chawwâl (13 mai 914) b) et qu'il commença à serrer de 
près ; (b pendant cinq jours il ne cessa, soir ou matin, 
de renouveler ses attaques, tandis qu'on coupait les 
arbres des environs, qu'on détruisait les vivres b) et 
qu'on massacrait tout assiégé qui se montrait. Laissant 
alors des troupes pour continuer le siège, il s'avança 
contre les châteaux de Malaga et les refuges d'Ibn Haf- 
çoûn, les attaquant les uns après les autres, y installant 
ses hommes et livrant aux ravages de ses troupes tous 
ceux où il se portait. Il infligea à ce chef et aux chrétiens 
qui s'étaient enrôlés sous ses drapeaux à Torox une 
grande défaite où beaucoup périrent, et leurs tètesiurent 
envoyées à Cordoue. (b Des navires de ce rebelle, qui 
"lui apportaient dés vivres provenant de l'autre côté de 
la mer, furent saisis et brûlés jusqu'au dernier b). Alors 
les habitants de cette région, Ghàner, Feddj, Sîm, K'ala- 
bîra, El-K'açr (Aznalcazar ?) et le territoire dépendant 
•d'Algéziras, s'empressèrent de se soumettre pour échap- 
per à une perte totale. En-Nâçir accepta leurs proposi- 
tions, leur accorda l'amnistie et rétablit l'ordre. 

Il marcha ensuite contre Algéziras même, puis contre ' 
le canton dé Sidona et contre celui de Moron, et installa 
son camp au-dessus de Carmona le mardi 1 er dhoû'I- 
hiddja (28 juin 914). Comme Habib ben Sawâda s'était 
mis en état de rébellion dans cette ville à la suite du 
départ de Mohammed bén Ibrahim ben Haddjâdj pour 
Cordoue, l'armée de l'émir commença le siège et le 
poussa avec une telle vigueur que le rebelle, se trouvant 
au bout de vingt jours réduit à toute extrémité, sollicita 
son pardon en demandant le délai nécessaire pour trans- 
porter sa famille et son mobilier à Cordoue. En-Nâçir 



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- 275 — 

ne voulut pas lui imposer. des conditions par trop péni- 
bles et donna son consentement. Lui-même regagna 
Côrdoûe, où- il fit son entrée [P. 172] le lundi 2? dhoû'l- 
hiddja (25 juil. 914), {b ayant fait campagne pendant 
quatre-vingt-deux jours* 

Au cours de cette expédition, il avait envoyé des 
ordres au sujet de K'âsim ben Welid Kelbi, qu'il avait 
laissé à Cordoue en qualité de chef de la choria, et qu'il 
fit jeter en prison en même temps que Mohammed ben 
Ibrahim ben Haddjâdj, Mohammed ben Woheyb, 'Obeyd 
AJlâh ben Mohammed Ra'bâniW et Sakan ben Djodeyda. 
Il destitua en outre Ibn Màslama du commandement du 
premier corps de la chorta et le remplaça par 'Abbâs 
ben Ahmed ben Aboû f Abda. 

En la même année, En-Nâçir nomma kâïd 'Isa ben 
Ahmed ben Aboû f Abda et le renvoya dans le canton de 
Séville. 

En rebî f I (oct. 913), mourut le vizir et secrétaire <Abd 
Allah ben Mohammed Zedjâli. f Abd Allah ben Bedr reçut 
le titre de secrétaire ; mais l'office de secrétaire continua 
d'être tenu par Sakan ben Ibrahim et par 'Omar ben 
Tadjit, qui remplissaient l'un et l'autre ces fonctions 
auprès de Bedr le chambellan. 

En rebr I'mourut El- r Açi, fils de Timâm Mohammed, 
à Tâge de soixante-trois ans. En djomâda I (déc. 913), 
mourut e Abbâs ben ? Abd el- f Azîz Karachi. Le vizir Aboû ? l- 
Hârith Selama ben f Ali, le vizir Mohammed ben Welîd 
ben Ghânim, le juriste Ayyoûb ben Soleymân bèn Çâlih 7 ( 2 > 



(1) Cet ethnique est écrit indistinctement dans le ms ; je l'ai restitué 
h ypothétiquement d'après le nom de lieu que donne le Merâcid, i, 474. 

(2) Ce juriste, dont la généalogie présente quelques variantes, est 
Tobjet d'articles de Dhabbi (n° 561) et d'Ibn Faradhi (n° 265) ;.ce der~ 



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- 276 - 

et le juriste Sa'îd ben KhomeyrW moururent également. 

A Barcelone fut tué 'Abd el-Melik ben f Abd Allah ben 
Chebrît'. Les chrétiens firent une incursion dans la val- 
lée (wâdi) d'El-Hâmma, vers la frontière W. Le combat 
d'Arnedo ( 3 ) eut lieu le dimanche 19 cha f bân (19 mars 914). 
Garcia, fils d'Alphonse, roi de Galice, y périt; il eut pour 
successeur son frère Ordono, fils d'Alphonse b). 

En 302", le vendredi 1 er redjeb (29 janv. 915), naquit 
El-H'akam- el-Mostançir bi'llâh ben f Abd er-Rahmân 
ben Mohammed, au moment où se faisait l'appel à la 
prière du d'ohr. 

En la même année, En-Nâçir [P. 173] mit à la tête 
de l'expédition d'été son oncle paternel Abân ben f Abd 
Allah, qui, en chawwàl (18 avril 915), se mit en marche 
pour attaquer le canton de Malaga, qu'il parcourut avec 
ses troupes ; il y bloqua les châteaux-forts, abattit les 
arbres et détruisit les cultures. 

La population eut à souffrir de la disette par suite 
d'une sécheresse prolongée et générale, (b Le préposé à 
la prière, Mohammed ben 'Omar ben Lobâba, se rendit 
au moçalla du faubourg et par cinq fois, à des jours dif- 
férents, il fit la prière pour demander de la pluie, maisc 
sans succès. Le prix des vivres monta, et les marchés 
étaient fort dégarnis. Ensuite, le lundi 13 chawwâl, qui 



nier le fait mourir en 302 ; mais on retrouve aussi la date de 301 dans 
lbn Farhoûn (ms 5032 de Paris, f. 48). 

(1) Sa'id ben Khomeyr {var. H'amir) est l'objet d'articles de Dhabbi 
(n« 798), d'Ibn Faradhi (n° 482), et d'Ibn Farhoûn (l. I. f. 61 v). 

(2) C'est dans lbn Khaldoun (iv, 141) qu'on trouve le plus de détails 
sur les diverses guerres qui eurent lieu entre En-,Nàçir et les chrétiens. 

(3) Arnît' ou Arnedo n'est cité par Edrisi (p. 211) que comme nom 
de province; mais le Merâcid (i, 51), un peu plus explicite, parle de 
la ville. 



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— 277 - 

était le 1 er mai [915]> Ahmed ben Ahmed ben Ziyàd sortit 
de la ville pour faire avec la population les mêmes 
prières. Il tomba alors une légère pluie qui fut absorbée 
par une partie des semences, mais la plus grande partie 
de celles-ci ne purent germer. Toutes les régions de 
FEspagne, aussi bien que les frontières, eurent à souffrir 
de cette sécheresse générale b), et partout le prix des 
vivres s'éleva beaucoup. 

(b En-Nàçir fit de Mohammed ben 'Abd Allah Khar- 
roûbi, qui était préposé au marché, le préfet de la ville, 
au lieu et place de Moûsa ben Mohammed ben Hodeyr, 
et l'inspection des marchés fut donnée à Ahmed ben 
Habib ben Behloûl, le samedi 17 chawwâl (5 mai). Le 
môme jour, la charge de secrétaire fut enlevée à *Abd 
AUàh ben Bedr et donnée à *Abd el-Melik ben Djahwar ; 
le commandement du dernier corps de la ohorta fut retiré 
à. Mohammed ben Mohammed ben Aboû Zeyd et confié 
à Yahya ben Ish'âk. 

En la même année, la direction de la cavalerie fut 
enlevée à 'Afcd er-Rahmân ben Bedr, qui fut remplacé 
par c Abd Allah ben Mod'ar. Les deux affranchis de Nâçîr, 
K'and et Dorri, furent chargés des successions. 

Le dimanche 1 er dhoû'l-hiddja (17 juin 915) vit la mort 
violente d' 'Abbâs ben Ahmed ben Mohammed ben Aboû 
e Abda, chef du premier corps de la chorta : il périt d'un 
coup qu'il reçut dans un combat livré pendant le siège 
de Monte RubioW, opération militaire dont En-Nâçir 
l'avait chargé, et où il s'exposa au danger. Le prince mit 
son frère f Abd Allah ben Ahmed ]P. 174] ben Moham- 



(1) II est parlé plus loin de ce château-fort, contre lequel, ainsi 
qu'on le voit ici, Ternir dirigea des attaques dès le début de son 
règne (cf. Mus. d'Esp., n, 345). 



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— 278 — 

med à la tête du premier corps de la chorïa y et Moham 
med ben Mohammed ben Abôû c Abda fut changé de la 
garde du Trésor. 

Le mardi 14 djomâda II (4 janv. 915), mourut Merwân 
ben el-Mondhir, fils de rtmàm f Abd er-Rahmân ben 
el-Hakam. Il avait été, le 24 djomâda I, précédé au tom- 
beau par (son oncle paternel) ? Omar ben f Àbd er-Rah- 
màn. 

Le 4 rebi< II (27 oct. 914), mourut Sa'îd ben es-Selîm, 
qui avait été chambellan de l'imâm c Abd Allah; le mardi 
7 djomâda II (28 déc. 914), mourut En-NadV benSelama, 
qui avait été kâdi du temps de l'imâm <Abd Allah. Le 3 
ramadan (22 mars 915), mourut 'Obeyd Allah ben Mo- 
hammed ben Aboû M3thmân. ITamdoûn ben Besîl mou- 
rut en cha'bân (fév.-mars 915). Le 24 djomâda I (16 déc. 
914), mort d ,f Abd Allah ben Mohammed ben <Abd el- 
Khâlik GhsssàniW, kâdi deSéville. Le dimanche 4 rebi' II 
(27 oct. 914), mort du juriste Khâlid benWahbt*). En 
djomâda II (déc. 914-janv. 915), mort du grammairien 
Mohammed ben Yahya, connu sous le nom dé K'alfâU 3 ): 
c'était un savant qui connaissait le Koran par coeur et 
un poète distingué; il maniait la satire et injuriait les 
puissants; ses vers étaient remplis d'obscénités et de 
sottises b). 

En 303 (16 juil. 915), sévit en Espagne une grande 
disette qui fut comparée à celle de 60 M et qui réduisit la 



(1) Son nom ne figure ni dans lbn el-Faradhi ni dans les autres 
recueils biographiques de la Bibl ar.-hisp. 

(2) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n° 606) et par Ibu 
Faradhi (n° 304). 

(3) Voir ci-dessus, p. 210. 

(4) C'est à dire de Tannée 260 {suprà, p. 167). . 



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— 279 — 

population à un état de détresse dont elle ne connaissait 
pas l'analogue, (b Le kafîz de blé, mesure du marché de 
Cordbue, se vendit à raison de trois dinars [correspon- 
dant à] quarante [dirhems] dokhlWb). Des épidémies se 
déclarèrent, dont les ravages chez les pauvres et les 
besogneux furent tels qu'on fut près de ne pouvoir suffire 
aux inhumations, (b L'émir En-Nâçir distribua, à cette 
joccasion d'abondahtes aumônes aux indigents, et ceux 
de ses conseillers qui songeaient aux récompenses cèles*- 
tes firent de même; le chambellan Bedr ben Ahmed se 
distingua le plus par sa charité et par les secours dont 
il préleva le montant sur ses biens. Les circonstances 
furent cette année-là trop difficiles [P. 175] pour qu'on 
entreprit aucune incursion ou qu'on mit des troupes en 
campagne ; mais En-Nâçir s'occupa avec zèle et fermeté 
de contenir les extrémités du royaume et de préserver 
les musulmans contre les rebelles et insurgés, qui, mal- 
gré la faim dont on souffrait partout, dirigeaient des 
incursions contre leurs voisins et surprenaient les cara- 
vanes musulmanes, ainsi que les gens qui cherchaient à 
se procurer des vivres ou qui en emportaient, lorsqu'ils 
se trouvaient à leur portée. 

Ish'àk ben Mohammed Korachi, homme sage et capa- 
ble, fut nommé aux fonctions de vizir. 

Mohammed ben Mohammed ben Aboû Zeyd, qui com- 
mandait auparavant le dernier corps de la chorta, fut 
promu au commandement du premier corps b). 

Le mardi 2 djomâda II (13 nov. 915) de cette année, 
niourut Abân, fils de L'imâm f Abd Allah, à l'âge de cin- 



(1) Ces cinq derniers mots sont la traduction donnée par Sauvaire 
(/. As., 1882, i, 114 et 315) d'un passage que je ne comprends pas 
plus que Fleischer, Dozy et de Goëje (voir Corrections, p. 54). 



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*«n? 



- 280 - 

quante-cinq ans ; (b il fut enterré au faubourg, dans le 
cimetière de Koreych. 

La mort enleva le premier-né d'En-Nâçir, qui s'appe- 
lait Aboû'i-Welid Hichâm. 

Le vendredi 19 chawwâl (26 avril 916), mourût Ahmed 
ben Hichâm, fils de Timâm f Abd er-Rahmân ben el- 
Hakam, et le lundi 18 ramadan (26 mars), Korachi 'Oth- 
mâni, qui était arrivé d'Orient sous le règne de l'imâm 
c Abd Allah ben Mohammed. 

Mort de Korachi <Abdi, le 13 cha'bân (21 lév.) ; du 
juriste Yahy a ben Ish'âk' ben Yahya ben Aboû 'IsaW, 
qui fit un voyage d'étude où il apprit des traditions ; il 
méritait peu de confiance, mais c'était un homme habile 
et bavard. Mort du juriste Nomeyri, qui s'appelait Ahmed 
ben f Abd Allah ben FaradjW; du juriste Ahmed ben 
Bît'îH 3 ), le jeudi 2 dhoû'l-hiddja (7 juin); de Mofawwiz 
ben <Arîb b). 

L'ennemi fit prisonnier à la frontière Mot'arrif ben 
Mohammed ben Lope ben K'asi. 

(b A la frontière mourut f Abd Allah ben Mohammed 
ben Lope ben Kasi, [P. 176>homme brave et vaillant 
qui faisait beaucoup souffrir l'ennemi. Son fils Moham- 
med ben <Abd Allah tua son oncle Mot'arrif b). Il y eiit 
entre les Benoû Lope des dissensions et des combats 
qui mirent leurs affaires en mauvais état. 

(b Cette année-là vit mourir à Cordoue un grand nom- 



(1) Il lui est consacré des articles par Dhabbi (n° 1459) et par Ilm 
el-Fara,dhi (n° 1571). 

(2) Voir Dhabbi, n° 417 ; lbn el-Faradhi, n° 70. 

(3) Il est consacré un article à ce juriste, dont le nom semble bien 
indiquer son origine chrétienne, par lbn el-Faradhi (éd. Codera, 
n« 77). 



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— 281 - 

bre des notables et des riches de la ville ; il serait trop 
long de les citer, sans d'ailleurs parler des morts tout à 
fait innombrables qui se produisirent dans les cantons 
et les localités éloignées. Du côté de la frontière l'en- 
nemi, à plusieurs reprises, en vint aux mains avec les 
Benoû K'asi *). 

En 304 (5 juil. 916), l'émir En-Nàçir envoya le kâïd 
Ahmed ben Mohammed ben Aboû ( Abda en expédition 
contre le territoire ennemi, (b Cet officier se mit en route 
le samedi 16 moharrem, 18 du mois de juillet (sic), et 
un grand nombre de clients et d'hommes du djond se 
joignirent à lui A). Il pénétra en pays chrétien, où il 
exerça des dévastations, se livra au pillage et fît des 
prisonniers ; après quoi il ramena les musulmans sains 
et saufs et chargés de butin. 

(ô f Abd el-H'amid ben Besil fut nommé trésorier. 

Ish'àk' ben Mohammed Korachi entreprit une campa- 
gne dans le canton deTodmîr; il s'y rendit maître du 
château- fort d'Orihuela et rétablit Tordre dans ce canton, 

Fot'ays ben Açbagh devint pour la première fois tré- 
sorier b). 

Le chambellan Bedr ben Ahmed marcha contre la 
ville de Niebla, devant laquelle il mit le siège et dont il 
se rendit maître (b le lundi 20 ramadan (17 mars 917) b). 

f Abd el-Melik ben Djahwar fut remplacé en qualité de 
secrétaire par f Abd el-Hamîd ben Besîl, mais pendant 
peu de temps, car il reprit bientôt son poste. 

(ô Ismâ f il ben Bedr fut chargé du service des requêtes. 

Le 12 çafar (15 août 916), f Ali ben Hoseyn passa de la 
garde de l'arsenal au service des requêtes. 

Mohammed ben f Abd Allah ben Mod'ar fut nommé au 
service des requêtes. 



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— 282 — 

[P. 177] Le 29 cha'bân (25 fév. 917), mort de Mon- 
dhir, fils de l'imâm El-Mondhir, qui était né six mois 
après la mort de son père; le mardi 9 rebî* II (lOoct. 
916), d"Abd el-Melik ben H'awza Koracbi; de son frère 
El-Ah'dab, dont les calculs astrologiques annonçaient la 
mort sitôt après rebî f II; du préposé aux requêtes et 
aux successions, K'àhd, client de Ternir En-Nâçir, le 
mardi 3 redjeb (31 déc. 916). Ismâ'il ben Bedt le rem- 
plaça dans sa charge des successions. ' 
1 Le vendredi 6 redjeb (3 janv. 917), mourut le profes- 
seur Mohammed bon Ark'amW ; dans le même mois 
mourut le jeune Mohammed, fils de l'émir En-Nâçir, 
ainsi que le jeune Soleymân l'aîné. 

Le 10 chawwâl de cette année (6 avril 917), naquit 
Aboû Merwân 'Obeyd Allah, frère germain du Prince 
des fidèles Hakam EI-Mostançir, que puisse Dieu aider! 

Mort du juriste et pieux Aboû <Abd Allah Mohammed 
ben Ahmed [ben] ez-Zerrâd( 2 V le 4 djomâda I (3 nov. 
.916); né en 242, il avait rapporté les doctrines de [Mo- 
hammed] Ibn Wad'd'âh'. Mort du juriste et tradition- 
naire T'àhir ben f Abd el- f AzîzRo f ayni( 3 >; d'Aboû'l-Kâsiro 
Mohammed ben f Abd es^Selem ben K'almoûk' dans la 
nuit du mercredi au jeudi 16 rebî< II (17 oct. 916) ; c'était 
un homme distingué, auteur de petits traités (?) et bon 
calligraphe ; il avait été trésorier et parlait une langue 
fleurie 6). 



(1) Trois lignes lui sont consacrées dans, la Tekmila, n° 308. 

(2) J'ai ajouté « [ben] » d'après ce qu'on lit ci-dessous, année 309, 
ainsi que dans Dhabbi (n« 11) et dans Ibn el-Faradhi (n°1163). Ge 
dernier place la mort d'Ibn ez-Zerràd soit en 304 soit en 305 ; notre 
auteur donne aussi plus bas la date de 309. 

(3) Il est parlé de lui par Dhabbi (n° 861) et par Ibn el-Faradhi 
(n<> 617). 



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— 283 — 

En 305 (24 juin 91?), 'l'expédition d'été contre les pays 
chrétiens lut faite par Ahmed ben Mohammed ben Aboû 
<Abda, vizir et kàïd, qui partit le lundi 10 çafar (2 août 
917), en compagnie d'hommes de toutes classes désireux 
de faire la guerre sainte, ainsi que de gens de bureau 
(et autres). Après avoir également fait des levées vers la 
frontière, il entra en pays ennemi à là tète de bandes 
nombreuses et installa son camp sous les murs de Ca& 
tro MorosW le 14 rebî* I (4 sept. 917). Les musulmans 
combattirent avec ardeur, et bientôt ils se virent tout 
près de rester vainqueurs des assiégés; [P. 178] mais 
alors les chrétiens firent des levées partout et pour 
secourir leurs coreligionnaires et tenir tète aux musul- 
mans, amenèrent leurs forces tant en cavalerie qu'en 
infanterie. Alors une partie de ceux de la frontière pour 
qui l'Islamisme n'était qu'un masque, s'entendirent pour 
feindre la déroute et ainsi la provoquer chez les musul- 
mans. Beaucoup de ceux-ci s'enfuirent en effet, mais le 
kâïd Ahmed ben Mohammed lui-même tint ferme et 
s'obstina à combattre en homme qui défend son foyer. 
On a même dit qu'il était bien décidé à rechercher la 
mort des martyrs, et il la trouva en effet, à cette date 
du 14 rebi' I 305 (4 sept.), de compagnie avec ceux qui, 
préférant cette fin glorieuse, reculèrent devant la honte 
de la fuite. Ce général ne voulut ni tourner le dos aux 
infidèles, ni reculer, ni fuir. Quant au reste de l'armée, 
il opéra sa concentration et rentra en territoire musul- 
man sans autre dommage et n'ayant perdu ni montures, 
ni bagages, ni tentes. 



(1) Qu'on appelle aussi San Estevan de Gormaz, (infrà, p. 294) ; 
Dozy, Mus. d'Esp*, ni, 34 -et 41.; cf. BeJkri, Descr. de V Afrique, 
p. 214, n. 2. 



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- 284 - 

(* Le vizir Ish'âk' ben Mohammed fit une expédition 
contre la ville de Carmona, où il assiégea H'ablb ben 
'Omar et le réduisit presque à la dernière extrémité. 
Puis le chambellan Bedr ben Ahmed s'avança contre 
cette ville et en continua le siège jusqu'à ce que la force 
l'en rendit maitre, le jeudi 5 rebi' II (25sept.) (1) *)- 

'Omar ben Hafçoûn, l'appui des infidèles, le chef des 
hypocrites, le tison des guerres intestines, le refuge 
des hommes de discorde et de rébellion, mourut cette 
année-là, et cet événement fut regardé comme une cause 
de bonheur, un présage de la faveur divine et de l'inter- 
ruption du règne de l'abomination W. 

Alors aussi eut lieu la conquête d'Ubéda d'Elvira 
(b connu sous le nom d'Ubéda de FerwaW b) t où se trou- 
vait Soleymân ben 'Omar ben Hafçoûn, que Yahya ben 
Ish'âk réussit à en faire sortir et qu'il amena, au mois 
de chawwâl (mars-avril), à Cordoue, où ce fils du rebelle 
fut installé et largement traité W. 

(i Le samedi 11 chawwâl (27 mars 918), <Abd el-Melik 
ben Djahwar devint vizir. 

[P. 170] Mort à Firrîch du juriste Sa'îd ben c Othmàn 



(1) 11 a été plus haut (p. 274) question d'une révolte de Habib ben 
Sawâda dans cette même ville de Carmona, qui fut prise par le prince 
lui-même. Ce personnage est appelé plus loin Habib ben *Omar ben 
Sawàda. 

(2) La mort d'Ibn Hafçoùn eut lieu en 306 (14 juin 918-2 juin 919) 
d'après Vlkd (n, 374, 1. 4 ad f.), aussi bien que d'après lbn Khaldoun 
(éd. Boulak, iv, 135). S'appuyant sur notre texte, Dozyla place en 
Tannée 917 {Mus. d'Esp., h, 339). 

(3) Sur ce nom, cf. Edrisi, p. 247, n. 1 ; Simonet, Description, 
p. 107. 

(4) .Sur la soumission de Soleymân, voir Mus. d'Esp., n, 340; cf. 
infrà, année 309. 



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- 285 - 

ben Soleymân 'Anàk'i (*) à la fin de moharretn (juil. 917); 
- d'El-Behâ, fille de l'imâm 'Abd er-Rahmân ben el- 
Hakam, à l'enterrement de qui personne ne manqua, en' 
redjeb (déc. 917-janv. 918) ; — d' f A'icha, fille d'En-Nâçir ; 
r-de Sa f id ben f Abd el-Wàrith Ayser, brave guerrier 
et fonctionnaire capable; — du juriste et traditionniste 
Mohammed ben Ibrahim HidjâzK 2 ); — d"Omar ben 
Ahmed ben Faradj, secrétaire-conseil ( 3 ) et préposé au 
marché b). 

Ordoûo, fils d'Alphonse, et Sanctro, fils de Garcia, ce 
dernier régnant sur les chrétiens de Galice et de Pam- 
pelune, firent des levées, et s' avançant à la tête de leurs 
bandes et de gens accourus de toutes parts (b contre 
NajeraW, ils restèrent pendant trois jours campés sous 
les murs de cette ville de la frontière citérieure, vers la 
fin de dhoû'l-hiddja (comm. de juin 918) b). Après avoir 
ravagé la région et détruit les cultures, les chrétiens se 
portèrent vers Tudèle et arrivèrent (b à la rivière de 
Kâlès, aux aiguades de Mask'îra et b) au Wâdi Tara- 
zona. Sancho, laissant l'Ebre derrière lui, dirigea ses 
attaques contre le château-fort de Valtierra, battit les 
gens du faubourg et réduisit en cendres la mosquée 



(1) Il lui est consacré des articles par Dhabbi (n° 803) et par Ibn 
«WParadhi (n° 484). J'ai lu, avec ce dernier, le nom du lieu où il est 
mort, Firrich, et non Fawîch (qui est d'ailleurs inconnu), comme Ta 
imprimé Dozy. 

(2) Dhabbi, qui consacre à ce savant un assez long article (n° 43), 
lai donne pour ethnique H'icljâri, de même qu'Ibn el-Faradhi (n° 1 164), 
et non Hidjâzi, comme le porte notre texte. 

(3) Je n'ai pas rencontré ailleurs l'expression ^\^\ u-ofc, dont je 
ne puis donner qu'une traduction approximative. 

(4) Cette ville n'est pas mentionnée par Edrisi, mais l'est par le 
Mer'âcicl (m, 189). 



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- 286 — 

principale. Ce fut' là l'un des motifs qui provoquèrent là 
colère (TEn-Nâçir et le poussèrent à faire la guerre 
sainte pour venger ces injures, ce que nous ràconterohs 
plus loin. 

En 306 (14 juin 918;, le chambellan Bedr ben Ahmed 
dirigea en pays infidèle la campagne dite de Mot'oû- 
niya W. Quand En-;Nâçir apprit les violences auxquelles 
se livraient lés infidèles sur ceux de ses sujets qui habi- 
taient les frontières dans leur voisinage, parce que les 
expéditions d'été les avaient épargnés et n'avaient pu 
s'avancer assez loin lors de la campagne dont nous 
venons de parler, [P. 180] ces faits soulevèrent sa 
colère, exeitèrent sa résolution et lui firent définitive- 
ment arrêter d'attaquer cette année même les ennemis 
de Dieu et de là foi. Il ordonna en conséquence de pro* 
céder partout' à des levées, de rassembler un grand 
nombre d'hommes du djond ainsi que des plus braves 
cavaliers, et il confia au chambellan là mission de se 
mettre en personne à la tête de l'expédition estivale. 
Des dépêches envoyées dans toutes les provinces et. fron- 
tières enjoignirent à la population de rejoindre le camp 
du chambellan et de faire tous ses efforts pour châtier 
les infidèles et leur infliger les maux de la guerre au 
beau milieu de leur pays même, en pleine chrétienté. 

Le chambellan se mit en marche le mardi 25 mûh'ar^ 
rem(8juil.918), et quand la concentration de toutes les 
forces qu'il avait à sa disposition se fut faite dans le lieu 
le plus rapproché de la ligne frontière, il pénétra en ter- 



Ci) Mutonia, dont on ignore remplacement exact, dit Dozy (Mus. 
d Esp., m, 40). On retrouve la même orthographe du nom de cette- 
ville dansun passage d'Ibn.el-Faradhi (n° 1457 -ad f.); on lit A^Âk* 
dans Ylkd (ii, 373, 1. 4 ad f.). 



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- 287 - 

Moire* infidèle» où de leur côté les polythéistes avaient 
fait des levées, s'étaient réunis des extrémités les plus 
éloignées et abrités dans les montagnes les plus inacces- 
sibles. Bedrben Ahmed, en compagnie des saints amis 
de Dieu et des soutiens de sa foi, les attaqua, et les 
combats qu'il leur livra et où Dieu les protégea, permi- 
rentaux musulmans d'assouvir leur soif de vengeance. 
Le nombre des chrétiens d'entre les plus braves, les 
plus héroïques, les plus expérimentés, qui mordirent la 
poussière au Gûurs de cette campagne^ dépasse toute 
énumération ou description. La victoire nous fut acquise 
le jeudi 3 et le samedi 5 rebî c I (14 et 16 août), à la suite 
de nombreux engagements plus terribles que ce qu'on 
avait jamais vu par l'acharnement qui s'y déploya, par 
le nombre des chrétiens qui y furent tués ou faits pri- 
sonniers. L'émir En-Nàçir reçut la nouvelle de la vic- 
toire le vendredi 11 rebî e I (21 août), et se confondit en 
actions de grâces vis à vis du Créateur qui l'avait favorisé 
duh aussi remarquable succès. [P. 181] Il fut donné 
dans les mosquées principales lecture du message de 
victoire, et dans toutes les provinces cette nouvelle fut 
envoyée. 

(b Le samedi 13 rebi* I (22 août), naquit Aboû'l-Açbagh 
f Abd el- f Aziz ben <Abd er-Rahmân, frère germain de 
l'émir El-Mostançir billâh, que Dieu protège f 6). 

CAMPAGNE DE L'ÉMIR EN-NAÇIR CONTRE BELDaW. 

En dhoû'I-hiddja de cette année (mai 919), En-Nàçir 
en personne dirigea une expédition contre Belda, dans le 



(1) Cette campagne est placée en Tannée 307 par Ibn 'Abd Rabbihi ; 
voir plus bas année 307. 



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canton de Malaga. (6 Sorti le jeudi 19 dhoû'l-ka'da [du 
palais], ce fut vingt-six jours après, le mardi 15 dhoû'l— 
hiddja, qu'il se mit en campagne b). Il laissa dans le 
palais de Cordoue, pour le suppléer, l'héritier présomp- 
tif, celui vers qui se tournaient les espoirs après lui, 
l'émir El-Mostançir billàh, que puisse Dieu garder ! ainsi 
que le vizir Moûsa ben« Mohammed ben Hodeyr. En 
approchant de Belda, En : Nâçir envoya des guerriers de 
confiance et des hommes du djond choisis parmi les plus 
alertes pour faire reconnaître le parti qu'il y avait à tirer 
des moissons et l'endroit par où l'attaque devait se faire. 
Mais de ce côté la végétation était en relard, tandis que 
d'autre part il apprit que les cultures de la banlieue de 
Ro'ayn étaient utilisables, ce qui le décida à se tourner 
de ce côté, mais après avoir donné l'ordre d'élever des 
fortifications sur la route de GbawzânW, qui devait ainsi 
commander à la plaine de Belda. Il se porla alors contre 
le château-fort de Dos Amantes, qu'il assiégea et com- 
battit jusqu'à victoire complète ; après quoi il alla établir 
son camp sous les murs de Belda, le mardi 28 dhoû'l- 
hiddja (1 er juin 919), et il la fit cerner par ses troupes. 
Alors les musulmans qui se trouvaient dans cette ville 
s'abouchèrent avec lui et demandèrent de sortir avec la 
vie sauve pour eux et leurs enfants, en alléguant qu'ils 
n'avaient fait jusqu'alors qu'obéir à la force. En-Nàçir 
leur accorda l'amnistie, et continua de combattre les 
infidèles renfermés dans la ville jusqu'à ce que Dieu lui 
donnât la victoire ; il fit alors massacrer les chrétiens 
jusqu'au dernier* 2 ) [P. 182] et installa une garnison 



(1) Aujourd'hui Gaucin (Simonet, Description, p. 130). 

(2) De cette campagne, le massacre seul des chrétiens de Belda est 
rappelé par Dozy {Mus. d'Esp., n, 341). 



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dans sa nouvelle conquête. De là il s'avança contre les 
cbàtéaux-forts du canton de Malaga, où il se porta de 
côté et d'autre en enlevant successivement tous les repai- 
res par bii il passa ; il campa au pied de la montagne où 
S'élève Bobastro, établit le blocus, coupa les arbres des 
environs et fit beaucoup souffrir l'ennemi. Alors Dja f fàr 
ben 'Omar ben Hafçoûn le pria de prendre des otages 
qui garantiraient sa fidélité et le paiement du tribut qu'il 
aurait à payer. En-Nâçir accepta, et les otages fournis 
par Dja'far et ses partisans furent gardés dans son 
camp; après quoi, il quitta la montagne de Bobastro et 
rentra dans son palais le 27 moharrem 307 (29 juin 919). 
Sa campagne avait duré quarante jours. 

En cette année, En-Nâçir fit installer le jet d'eau qui 
est en face de la porte du palais, connue sous le nom de 
Bâb el-'adl (Porte de la justice), et dresser le mihrâb du 
moçalla d'El-Moçâra à CordoueW. 

Mort d'<Abd Allah ben Koleyb ben <Abd es-Selem, le 
5 rêbî< II (15 sept. 918) ; — d'Aboû'l-Kâsim Mohammed, 
fils d'En-Nâçir;— de Rok'ayya, fille de l'imâm Moham- 
med ; — du juriste originaire d'Ecija Moûsa ben Azhar (*), 
homme éloquent, au langage fleuri et bon calligraphe, le 
3rebî< I (14 août) ; — de H'izb Allah ben Robâ'i ben f Abd 
Allah KhochanK 3 ), ascète qui avait une certaine connais- 
sance des traditions. 

En 307 (3 juin 919), (b En-Nâçir alla à Bobastro, ainsi 



(1) Ibn Khaldoun consacre un paragraphe spécial aux constructions 
élevées par En-Nàçir (éd. Boulak, iv, 143). 

(2) Une notice lui est consacrée par Ibn el-Faradhi (n° 1457). 

(3) Ce personnage est mentionné par Ibn el-Faradhi (n° 385), qui 
l'appelle H. A. ben eLWabâ'i, . . . Khochani ; j'ai suivi son orthogra- 
phe, conjecturée par Dozy, de ce dernier mot. 

19 



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— MÛ — 

qu'il a été raconté sotis l'année précédente, et après 
avoir terminé sa campagne, il rentra à Cordoue à la date 
indiquée &). 

On fit la conquête du château-fort de ToroxW, qui lut 
remis par celui qui l'occupait, f Abd er-Rahmân ben 
'Omar ben Hafçoûn, aux troupes de l'émir En-Nâçir. Ce 
personnage se rendit à Cordoue, où il fut installé et large- 
ment traité ; il ne s'était pas, comme son père et ses 
frères, engagé dans la voie de la guerre et des troubles: 
[P. 183] c'était un homme d'esprit faible, qui avait des 
livres et était bon calligraphe. Selon f Arîb, il se fit plus 
tard copiste. 

(ô Le 9 ramadan (2 f év. 920), l'émir nomma Mohammed 
ben f Abd Àllâh ben Mohammed Zedjâli gardien du 
Trésor. 

Mort de Mohammed ben Ahmed ben Ziyâd, le samedi 
14 redjeb (10 déc. 919) : il était voisin du juriste Moham- 
med ben Wad'd'àh ( 2 ), qui lui demanda de prononcer sur 
lui les dernières prières, ce qui valut de la notoriété au 
ditlbn Ziyâd. Mort du vizir Mohammed ben Soleymân 
ben Wànsoûs, le vendredi 10 ramadan (3 fév. 920) ; ainsi 
que de Hamdoûn ben Besîl 6). 

Dans la nuit du (vendredi au) samedi 12 çafar (14 juil. 
919), b l'émir fit mettre à mort Mbûsa ben Ziyâd, qui, en 
qualité de vizir de Timâm f Abd Allâh, avait soulevé 
toute sorte de réclamations contre les sujets, les avait 



(1) Ou Tolox, d'après l'orthographe de Dozy, qui rappelle ce fait 
(Mus. d'Esp., u, 340). 

(2) Il ne peut être question ici que du célèbre juriste de ce nom, 
qui était petit-fils de Bezî', qui mourut en 287, et dont parlent Ibn 
el-Faradhi, n° 1134; Dhabbi, n° 291 ;, le ms n° 851 d'Alger, f. 10 v°, 
et lbn Farhoûn, ms 5032 de Paris, f. 106. 



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dénoncés et tracassés. Il avait aussi lûanifesté de l'ani- 
mosité à l'égard d'En-Nâçir, contre qui il avait porté des 
plaintes par devant le grand-père de celui-ci, et de 
même avait excité Pimâm f Abd Allah contre [plusieurs 
de] ses conseillers. En-Nâçir l'avait fait jeter en prison 
le jour même de son avènement au trône, et l'y laissa 
jusqu'au jour où' il le fit exécuter, de compagnie avec 
H'abîb ben 'Omar ben Sawâda et ses deux fils, ainsi que 
Mohammed ben Welîd, connu sous le nom de Ghalîli, 
qui avaient excité la colère du prince par diverses fautes 
et méfaits. 

En 308 (23 mai 920), En-Nàçir entreprit en pays infi- 
dèle la campagne connue sous le nom d'expédition de 
Muez ; il quitta à cet effet son palais le jeudi 13 dhoû'l- 
hiddja 307 (5 mai 920), et de là partit de Cordoue pour 
se mettre en campagne [P. 184] le samedi 13 mohar- 
rcm 308 (4 juin) (b c'est à dire le 3 du mois de hazîrân, 
trente jours après sa sortie solennelle 6) du palais, où il 
laissa pour le suppléer son héritier présomptif El-Hâkam 
el-Mostançir, que Dieu aide ! ainsi que le vizir Moûsa 
ben Mohammed ben Hodeyr. Le quatrième jour de son 
départ, il était campé au Gué de la victoire, mekhâd'at 
el- fath'.W, quand il reçut une lettre par laquelle le gou- 
verneur de Medinet el-Faradj ( 2 ) lui annonçait une vic- 
toire : les chrétiens de Galice, en très grand nombre, 
étaient venus les attaquer et, se répandant dans la plaine 
de cette ville, y enlevèrent les moutons et les bestiaux 
qu'ils y trouvèrent ; puis se détournant vers un château- 
fort du voisinage nommé El-K'oley f a< 3 ), et obéissant à 



(1) Sur le Guadalquivir, au Nord de Mengibar (cf. suprà, p! 78). 

(2) Ou Guadalaxara, suprà, p. 117. 

(3) Alcolea, sur la Ginca, entre Fraga et Monzon (?). 



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- »2 - 

l'envie qu'ils avaient de s'en emparer, ils en commen- 
cèrent le blocus. Mais alors tous les habitants de la ville 
se levèrent, tant cavaliers que fantassins, et altèrent 
leur offrir un combat où Dieu livra à leur résistance 
surhumaine les épaules des ennemis, de sorte que, la 
victoire leur étant restée, ils tuèrent ou firent prisonniers 
de nombreux chrétiens, et les poursuivirent depuis le 
point du jour jusqu'à la- nuit Tépée dans les reins. Ils 
envoyaient au prince quantité de têtes comme trophées 
de leur succès. Cette nouvelle causa un grand plaisir à 
En-Nâçir, qui tira un heureux présage du nom de l'en- 
droit où elle lui était parvenue b). 

Mettant ensuite son projet à exécution, tandis que des 
recrues et des soldats arrivant de toutes les provinces 
d'Espagne le rejoignaient, il alla camper sous les murs 
de Tolède, dont le prince Lope ben et-T'arbtcha se hâta 
de venir le trouver pour combattre sous ses ordres, en 
affichant une soumission qui n'était qu'apparente. Il se 
rendit de là avec tous ses moyens de transport à Medi- 
net el-Faradj, où, à la suite de l'examen auquel il pro- 
céda et des plaintes des habitants, il destitua les Benoû 
Sàlim et installa comme vizir et kâïd chargé de main- 
tenir cette place, Sa f id ben el-Mondhir ; mais il emmena 
ce chef pour le suivre dans sa campagne, et chargea du 
gouvernement [provisoire] de la ville Ibn Ghazlân K'o- 
rachi, fP. 185] allié du précédent, de même qu'il y 
nomma kàdi le juriste Mohammed ben MosawwarW. 

Tout étant ainsi remis en ordre et la satisfaction étant 
générale, la plupart des habitants marchèrent avec lui 



(1) Sur ce juriste, +325, voir Ibn el-Faradhi (n 6 1211), ainsi que 
Dhabbi (n° 272), qui le fait mourir en 322. 



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- 293 - 

à la guerre sainte. Suivi de guerriers pour lesquels les 
routes étaient trop étroites et qui remplissaient les plus 
vastes espaces, l'émir arriva à la place frontière de Medl- 
naceli et, feignant de continuer sa marche vers la fron- 
tière par delà, il envoya dé ce côté son avant-garde. 
Mais dans la réalité il se détourna avec ses troupes 
vers l'Alava, et faisant trois étapes dans une journée* il 
arriva au Wâdi DoweyrW, où il campa et passa la nuit. 
Le lendemain matin, il fit partir le vizir Sa'id ben el- 
Mondhir avec des cavaliers armés à la légère et choisis 
parmi les plus rapides dans la direction du château-fort 
de Wakhchema W, et ce chef, faisant diligence, arriva à 
proximité de cette place, puis lança ses troupes à gauche 
et à droite pour opérer des razzias. Or les chrétiens 
étaient tranquilles et ne redoutaient rien, (ô car leur 
chef avait écrit au Prince des croyants pour lui faire de 
menteuses promesses et ainsi l'empêcher de venir dans 
cette région. L'émir avait feint d'accepter et n'avait pas 
révélé son plan, de sorte que les chrétiens n'étaient pas 
sur leurs gardes quand ces razzias les surprirent b). Les 
troupeaux et les bêtes de somme paissaient donc libre- 
ment dans la campagne, et les nôtres les enlevèrent tous, 
puis rejoignirent sains et saufs avec leur butin le gros 
de l'armée. Le vendredi matin, 17 çafar (8 juillet 920), 
la cavalerie, en bon ordre et parfaitement disposée en 
rangs serrés, s'avança résolument contre Wakhchema, 
d'où les infidèles s'enfuirent, laissant la place vide pour 
se réfugier dans des fourrés épais et des montagnes 



(1) Le Duero ou Douro, aussi nommé Wàdi Djawfi (Merâcid, m, 
264, n« 8). 

(2) Osma (Mus. d'Esp., ni, 41 K 



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-294 — 

sauvages; [P. 186] les musulmans alors y pénétrèrent 
et, après avoir pillé tout ce qu'elle renfermait', (b la livrè- 
rent aux flammes. L'émir passa dans son camp sous les 
murs de Wakhchema la nuit du (vendredi au) samedi, et 
de là se dirigea le lendemain contre le château de Cas- 
tromoros, ou San Este van, principal centre et capitale 
des infidèles, l'endroit d'où ils avaient coutume de bra- 
ver ceux qui s'introduisaient dans leur pays; mais quand 
ils virent que les défenseurs de la foi arrivaient et que 
les protégés de Dieu s'avançaient contre eux, ils évacuè- 
rent la place et s'enfuirent. Les musulmans alors mirent 
au pillage tout ce qu'il renfermait et ruinèrent, égale- 
ment, dans le voisinage, le château d'AlcubillaW b). Tout 
fut mis au pillage, et les ennemis de Dieu furent laissés 
dans le plus complet dénûment. 

(b Le camp fut dressé à l'Est du château de Castromo- 
ros, et les musulmans y passèrent W la nuit du (samedi 
au) dimanche dans la plus vive allégresse. Le lendemain 
matin, l'émir transporta son camp de l'Est à l'Ouest de 
la place, c'est à dire à un mille de distance, et la journée 
fut consacrée à rechercher ce qu'avaient laissé les infi- 
dèles et à finir de ramasser le butin. Puis on se mit en 
marche vers une ville antique du nom de Cluniatf), qui 
comptait parmi les plus importantes; la route qui y 
conduisait passait par une série ininterrompue de bour- 



(1) J'ai suivi l'identification de Dozy (Mus. d'Esp. y ni, 42) ; ce nom 
ne figure ni dans Edrisi ni dans le Merâcid. 

(2) Le raotuJ, ici et dans de nombreux passages ci-dessous, a le 
sens de « dépenser, gâcher », ce qu'a remarqué avec raison Fleischer 
(Kl. Schriften, h, 762) corrigeant Dozy (Supplément etc., n, 465). 

(3) Cette identification appartient également à Dozy (vbixi.). Le 
Merâcid mentionne cette ville (n, 445). : ; - - :: . 



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- 295 - 

gades et une riche plaine cultivée, où les musulmans 
pillèrent tout et tuèrent ceux qui leur tombèrent entre 
les mains. Mais en arrivant à la ville ils la trouvèrent 
vide, car les habitants s'étaient enfuis dans les monta- 
gnes voisines; les nôtres la mirent entièrement au 
pillage et s'employèrent à en ruiner les maisons et les 
églises. En-Nâçir y passa trois jours [P, 187] occupé 
à malmener les infidèles et à anéantir leurs richesses; 
après quoi il repartit de Clunia le samedi 24 çafar (15 
juillet) pour répondre aux demandes de secours des mu- 
sulmans de Tudèle, place frontière que le chrétien San- 
cho [de Navarre] serrait de près et accablait de ses atta- 
ques. Mais le prince n'opéra ce mouvement qu'aveG len- 
teur pour ne pas accabler ses troupes, qui avaient fait 
campagne sans arrêt, par des marches par trop précipi- 
tées : il mit cinq journées à franchir le grand désert en 
longeant le Wâdi Duero, et établit alors son camp dans 
la région de Tudèle. Il expédia en avant la cavalerie, 
sous le commandement de Mohammed ben Lope, gouver- 
neur de cette ville, contre le château-fort de Carcarf 1 * 
élevé par Sancho pour maintenir la région ; la garnison 
évacua cette place à l'approche de nos cavaliers, qui y 
établirent leur autorité. 

En-Nâçir poussa ensuite contre le château de Cala- 
horra, dont Sancho avait fait son principal repaire et où 
il habitait; mais l'approche inopinée de nos troupes fit 
vider les lieux au chrétien, et tout ce qui s'y trouvait 
tomba entre nos mains. En-Nàçîr y passa deux jours à 
tout ruiner et à dévaster entièrement les environs, puis 



(1) En arabe SjJUl»; celte identification est de Dozy, Mus. d'Esp. 
m, 42. Carcar est sur Hîgà, affluent de TEbre. 



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- 296 - 

repartit le dimanche 4 rebi* (24 juillet) pour Dachero W 
tjL ^ en franchissant TEbre pour y arriver. Alors San- 
cho sortit du château d'Arnedo à la tête de ses bandes 
de chrétiens pour attaquer notre avant-garde ; mais les 
plus braves guerriers se lancèrent sur eux avec la rapi- 
dité de la flèche et les mirent en déroute, puis la cavale- 
rie les poursuivit en les tuant et les blessant jusqu'à ce 
qu'ils gagnassent les montagnes et s'y réfugiassent dans 
les gorges. On coupa un grand nombre de têtes pour les 
présenter à l'émir, qui n'avait aucune connaissance du 
combat qui venait d'être livré. Le camp fut dressé sur le 
champ de bataille même, et les nôtres y passèrent la 
nuit, profitant de leur victoire pour se répandre dans les 
bourgades et les champs de l'ennemi. 

En Nàçir, apprenant alors que les deux chrétiens San- 
cho et Ordono réunissaient leurs forces pour se prêter 
un mutuel appui et dans l'espoir soit d'attaquer Tavant- 
garde [P. 188] soit de surprendre l'ai'rière-garde, fit 
ranger ses troupes en ligne de bataille et bien surveiller 
les ailes, puis continua sa marche en avant dans le terri- 
toire ennemi. Les chrétiens se montrèrent sur des som- 
mets de montagnes peu accessibles, puis attaquèrent les 
flancs de nos troupes en poussant des cris et des hurle- 
ments destinés à ébranler le cœur des nôtres. En-Nàçir, 
arrêtant son mouvement, donna l'ordre de camper et de 
dresser les tentes; puis ses guerriers, se précipitant sur 
les infidèles descendus de leurs montagnes, engagèrent 
la mêlée. Les gens de l'entourage immédiat du prince, 
les guerriers, les héros et les défenseurs de la frontière 
se jetèrent sur eux les armes à la main, et les accablèrent 



(1) Peut-être Echarren, dit Dozy (p. 200 du texte ai\, n. b). 



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- 297 — 

de coups de lance, de sorte que les chrétiens, mis en 
déroute, s'enfuirent sans même se tourner ou se diriger 
du côté de leur camp, tandis que les nôtres, se lançant 
sur leurs traces, tuaient tout ce qui leur tombait sous la 
m ain, et n'arrêtèrent leur poursuite qu'à l'arrivée de la 
nuitW. 

Plus d'un millier des fuyards se. réfugièrent dans le 
château-fort de Muez, où ils espéraient pouvoir résister ; 
mais En-Nâçir fit avancer sa tente ainsi que celles de 
ses troupes, et le château fut investi de toutes parts ; les 
réfugiés furent attaqués, et la place finit par être empor- 
tée. Tous les chrétiens qui s'y trouvaient en furent tirés 
et amenés à En-Nâçir, qui les fit tous décapiter sous ses 
yeux. Dans ce château et dans le camp chrétien qui était 
proche, on trouva, en quantité innombrable, des mar- 
chandises, des tentes, des bijoux artistèment travaillés 
et des vases; environ treize cents chevaux furent égale- 
ment pris. L'émir passa en cet endroit quatre jours à 
détruire toutes les propriétés chrétiennes du voisinage, 
ainsi que les récoltes et les cultures. Le dimanche 11 
rebi' I (31 juillet), il se transporta vers le château-fort de 
Viguera »j^ 2) , que Sancho avait édifié pour maintenir 
cette région, mais il le trouva abandonné par la popula- 
tion*qui s'était enfuie, et il le fit ruiner. Pendant cette 
campagne et jusqu'à son arrivée au château de Viguera, 
Ternir fournit [chaque jour] à ses gens pour les soutenir 



(1) Cette rencontre eut lieu dans la vallée dite Junquera, entre 
Estella et Pampelune ou, plus précisément, entre Muez et Salinasde 
Oro (Dozy, Mus. d'Esp. m, 43). 

(2) Il existe, dit le Meràcid (i, 166 ; cf. Moschtarik, p. 62), deux 
localités de ce nom, Tune dans TEspagne orientale, l'autre dans la 
région de Malaga. Edrisi n'en parle pas. 



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mille mesures ^$^ provenant des approvisionnements 
en vivres des infidèles b). 

Après cela il se dirigea [P. 189] vers les châteaux-* 
forts appartenant aux musulmans pour y installer des 
garnisons et veiller à ce que tout y fût bien en ordre, ne 
manquant pas, chaque fois qu'un repaire chrétien se 
trouvait dans le voisinage, d'y porter la destruction et 
4e livrer la campagne environnante à l'incendre, de sorta 
que le territoire chrétien fut ravagé par les flammes sur 
une étendue de dix milles carrés. Aussi les vivres et 
objets divers étaïenl-ils en trop grosse quantité pour 
qu'on pût les emporter et avaient-ils perdu toute valeur : 
on donnait dans le camp six kafîz de blé pour un dirhem, 
et comme on ne trouvait pas d'acheteurs, on mit les 
vivres en tas et on les brûla. (6 Le mardi 27 rebi f I (16 
août) M, En-Nâçir battit en retraite et arriva à la ville 
d'Atienza, où il passa une journée. Les guerriers de la 
frontière, qui se rendirent auprès de lui, reçurent des 
vêtements d'honneur et des montures, ainsi que la per- 
mission de rejoindre leur pays b). Il expédia à Cordoue 
des têtes d'infidèles tués dans les divers combats que 
nous venons de dire, en telle quantité que les bêtes de 
somme ne purent suffire à les emporter toutes. Il rentra 
lui-même dans son palais à Cordoue le jeudi 13 rebr II 
(2 sept.), ayant fait une campagne qui avait duré quatre- 
vingt-dix jours. 

(b Après son retour En-Nâçir destitua Mohammed ben 
Mohammed ben Aboû Zeyd du commandement du pre- 
mier corps de la chorta et y nomma son affranchi Dorri b). 

Dja'far ben 'Omar ben Hafçoûn fut tué par trahison 



(1) Le 8 septembre, d'après Dozy (A/us, d'Esp., ni, 44). 



-^ I 



par ses propres partisans dans là montagne de Bobastro; 
alors son frère Soleymàn s'y rendit et y établit son auto- 
ritôW. - 

(b Le service des requêtes fut confié à ^Abd er-Rahmân 
ben 'Abd Allah Zedjâli. 

El-Mondât (Monda), qui est. . . de Cordouet*) et appar- 
tient au canton de Malaga, fut conquise. Il construisit le 
château-fort de Castro Dhakwân* 3 ) et y installa une gar- 
nison et les approvisionnements nécessaires. 

Mort à Cordoue, en djomàdal (sept.-oct. 920), du 
juriste Aboû f Amr Sa'd ben Mo<âc(h ben 'Othmàn ben 
Hassan Jt>en Yakhàmeir Cha'bâni, [P. 180] qui étaithau- 
tement estimé par les savants ( 4 >. Mort d' f Abd el-Ghàflr 
ben Hâchim ben <Abd el-'Aziz 6). 

En 309 (12 mai 921), Èn-Nâçir entreprit dans le canton 
de Malaga l'expédition de Torox, pour laquelle il sortit 
le jeudi 7 dhoû'l-hiddja 308, 10 du mois d'ayyàr. Il quitta 
le palais de Cordoue le samedi 8 moharrem 309 (6 ou 10 
hazîràn( 5 ), trente-et-un jours après sa sortie solennelle, 
laissant dans le palais son héritier présomptif El-Mos- 
tançir billâh, veuille Dieu prolonger sa vie! b). Il se mit 
en marche entouré tlé ses troupes et des diverses classes 
de ses conseillers, et alla camper- sous les murs du 



(1) Voir sur ces événements Mus. d'Esp., n, 341 ; Ibn Khaldoun, 
iv, 135. ; • 

(2) Le mot du texte %yst que je n'ai pas traduit (lirer^J^ ?), est 
rendu par Simonet, qui parait avoir compris *jJ&à, par « en los 
terminos de Cordoba» (Description, p. 123 et 124; cf. 135). 

(3) Aujourd'hui Coin, au N. de Marbella (ib. p. 122). 

(4) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n o -786) et par Ibn 
el-Faradhi (n° 535). 

. (5) D'après -les tables de concordance de Wustenfeld, le 7 dhoû'l- 
hiddja 308 répond au 19 avril 921, et le 8 moharrem 309, au 20 mai. 



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-.300 -*-. 

château-fort de Torox, où les chrétiens avaient concen- 
tré leurs levées et s'étaient fortifiés. Il l'investit de toutes 
parts, le fit attaquer et serrer vigoureusement, tandis 
que des mangonneaux dressés sur des hauteurs lançaient 
leurs pierres sur les infidèles. Ceux-ci au début opéraient 
des sorties etopposaient.de la résistance; mais les com- 
bats les affaiblirent, diminuèrent leur nombre et leur 
ardeur; de sorte qu'ils finirent par se tenir renfermés 
dans la place. Le blocus se fit de plus en plus étroit, et 
ils se trouvèrent réduits à une telle extrémité qu'ils en- 
gagèrent des pourparlers avec l'émir en lui demandant 
de leur laisser la vie sauve, moyennant quoi, ils lui 
livreraient le château et se retireraient. Le prince accepta 
ces propositions de soumission : ses guerriers entrèrent 
dans la place, d'où sortirent tous les chrétiens ; les forts 
furent détruits, les matériaux qui en provenaient furent 
jetés dans la rivière, et sur l'emplacement de l'église 
[P. 191] fut édifiée une mosquée principale (djâmi<). 
Pendant qu'il était à assiéger Torox, En-Nâçir s'était 
occupé d'envoyer des troupes contre les châteaux de 
Bobastro et d'Akoût' (Castillo Agudo) ainsi que contre le 
Djebel el-HidjâraW pour y combattre Soleymân (*) et Hafç, 
les deux fils d"Omar ben Hafçoûn, les serrer de près et 
les affaiblir. En-Nâçir repartit de son camp de Torox le 
lundi 14 rebi r I et rentra dans son palais de Cordoue le 
jeudi 17 de ce mois (26 juillet), après avoir fait campagne 
pendant soixante-neuf jours 



(1) Qu'il ne faut pas confondre avec Guadalaxara ou Wàdi'l- 
hidjàra, au N.-E. de Madrid. Cf. Moschtarik, p. 431, et-Simonet, Des- 
cripcion, 128. 

(2) Soleymàn avait commencé par se soumettre eu 305 {suprà, 
p. m et 299). 



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- m - 

{b En cette année durent opérer leur soumission les fils 
tie Sa'id benNâçih'W ben Maslana, qui quittèrent leurs 
châteaux-forts de Priego appelés f Àliya et RabrachW ; 
Moûsa ben Yezid, frère de H'imçi, qui dut abandonner 
le rocher où il se tenait ; les fils de Mohalleb, qui occu- 
paient les châteaux-forts de K'azdlra (ou K'ardhîra ?), 
Achberghîra* 3 * et autres. Toutes ces places furent rui- 
nées. 

Dans la nuit du (mardi au) mercredi 3 redjeb (7 nor. 
921), En -Nâçir fit exécuter El- f Açi, fils de l'imâm* f Abd 
Allah, et Mohammed ben r Abd el-Djebbàr, petit-fils de 
l'imâm Mohammed, qui étaient en effervescence et 
s'étaient accusés mutuellement avec beaucoup d'insis- 
tance de chercher à monter sur le trône et de songer à 
violer leur serment de fidélité. 

Le chambellan Bedr ben Ahmed mourut dans la nuit 
du (jeudi au) vendredi 6 redjeb (10 nov.); Moûsa ben 
Ahmed ben Hodeyr le remplaça. 

Mort du vizir Mohammed ben f Abd Allah ben Omeyya ; 
d ,ç Abd el Wâhid ben Mohammed ben <Abd el-Wâhid 
ben Yezîd Iskenderâni, en chawwâl ; du juriste Moham- 
med ben Ahmed, connu sous le nom d'Ibn ez-Zerrâd, 
dans la nuit du (mercredi au) Jeudi 18 dhoû'l-hiddja 
(19 avril 922) b). 

En 310 (1 er mai 922), En-Nâçir entreprit dans le can- 
ton d'EIvira l'expédition de Monte Rubio. Il sortit solen- 



(1) II faut, je crois, lire «... ben el-Welîd », ainsi qu'il est écrit 
plus haut. 

(2) Ces deux noms sont, si je ne me trompe, transcrits Algalia et 
Riberas par Simonet, Deacripçion, p. 94. 

(3) On pourrait songer à lire Achirguerra; mais lesBenoû Mohalleb 
habitaient, comme le dit Dozy, dans la province d'Elvira {Mus. 
d'Esp., h, 345) ; suprà, p. 226. 



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-.302 - 

nellement à cet /effet [P. 192] le jeudi 3 dhoû'I-hiddja 
309, (6 4 du mois d'avril, et quitta le palais de Cordoue 
le samedi 10 moharrem, 11 du mois de mai, trente-sept 
jours après sa sortie solennelle b), y laissant l'héritier 
présomptif ElrMostançir, (b dont Dieu veuille prolonger 
la vie 1 ainsi que le vizir Ahmed ben Mohammed ben 
Hodeyr ; mais il emmena à sa suite le chambellan Mo usa 
ben Mohammed b). Il campa sous les murs du château^ 
fort de Monte RubioM le lundi 19 moharrem (19^ mai) : 
c'était une montagne dans une situation très forte, d'une 
acquisition difficile, où beaucoup de barbares réfugiés 
constituaient une population nombreuse. Situé entre les 
cantons d'Elvira et de Jaën, sur la route de Pechinà, ce 
château commandait à la route, et aucun de ceux qui s'y 
engageaient dans un sens ou dans l'autre n'était à l'abri 
des brigandages et des meurtres auxquels se livraient 
ces gens, qui étaient maîtres des chemins. Après trente- 
cinq jours de siège, l'émir, qui avait tué beaucoup dés 
assiégés, coupé les arbres et ravagé les propriétés, laissa 
poursuivre le siège par ses soldats et par le dfond, qui 
empêchèrent qui que ce fût d'entrer ou de sortir, tandis 
que lui-même se porta en avant contre les châteaux - 
forts d'Elvira et les endommagea tous. Après quoi il se 
détourna du côté du canton de Malaga, et établit son 
camp au pied de la montagne de Bobastro le samedi 
7 rebr I (5 juillet ; il en poussa très vigoureusement 
l'attaque, lui fit beaucoup de mal et coupa les arbres à 
fruits encore existants sur les flancs de la montagne. Il 
désigna ensuite ses principaux officiers pour poursuivre 
les opérations du siège, et lui-même se rendit dans le 



(1) Voir Mus. d'Esp., n, 345; cf. Simonet, Description, p. 101. 



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f 



- 303 — 

canton de Tacorona, où il s'efforça de rétablir Tordre, 
s'assura de la fidélité des habitants [P. 103] ef fit emme- 
ner à Cordoue ceux dés notables dont il jugea nécessaire 
la présence dans- la capitale, (b II procéda en même temps 
à l'examen de la situation du canton de Moron b). Tout 
en poursuivant sa route, il se rendit compte de ce qui 
se passait dans les cantons de Séville et de Carmona, et, 
après avoir tout reifnis en ordre dans ces régions, il se 
retrouva dans son palais le samedi 6 rebî* II (3 août), 
après une absence de quatre-vingt-cinq jours. 

(b Le Mercredi 16 rebi< II (14 août), Aboû Sa'îd <Abd 
el-Melik ben Mohammed Chidhoûni fut nommé vizir. La 
même charge fut, dans cette même année, confiée à 
Yahya ben Ish'âk, qui commandait le troisième corps 
de la chorta, et ce dernier poste fut confié à Mohammed 
ben Mohammed ben Aboû Zeyd, le samedi 24 chawwâl 
(15 février 923). 

La direction de la cavalerie fut enlevée à Aflah' ben 
'Abd er-Rahmân pour être donnée au préfet de la ville 
Mohammed ben f Abd Allah Khawoûbi ; mais Aflah fut 
renommé à son poste au bout de très peu de jours. 

En chawwâl (janv.-fév. 923), Ahmed ben Moûsa ben 
Hodeyr et Nomâra ben Soleymàn furent nommés gar- 
diens (du trésor). 

Ahmed ben <Abd Allah Kharroûbi fut chargé du ser- 
vice des placets. 

Mort du juriste Sâlim ben *Abd Allah ben 'Omar ben 
*Abd el-'Azîz ben AbbâM ; — du juriste f Abd Allah ben 
Aboû'l-WelidP), fils de la sœur de Mohammed ben eç- 



(1) Dhabbi parle de lui sous le n° 836, et Ibn el-Faradhi sous le 
n» 579. 

(2) Dhabbi lui a consacré un article (n° 956). 



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— 304 - 

Çaffâr le juriste, qui avait reçu tes leçons de Sah'noûu ; 
— de Mohammed ben f Abd el-Hakam; — : d"01eyya, fille 
de l'imâm <Abd er-Rahmân ben el-Hak'am. 

En 311 (21 avril 923), eut lieu une expédition d'En- 
Nâçir contre la ville de Bobàstro et les châteaux-forts de 
Malaga. (b II sortit solennellement le jeudi 6 dboû'I- 
Jiiddja 310, c'est à dire le 27 mars, et se mit en campa- 
gne le lundi 1 er moharrem, c'est à dire le 22 avril, 
[P. 194] ou 25 jours aprèâ sa sortie solennelle b). Il 
alla camper sous les murs du château-fort de Bobastro, 
et aussitôt Soleymân ben 'Omar ben Hafçoûn s'empressa 
de lui écrire dans l'espoir de le détourner de son projet. 
Mais En-Nâçir, évitant de lui répondre et d'accepter des 
offres trompeuses, poursuivit avec ardeur et décision 
son projet de siège, et acheva de couper ce qui restait 
d'arbres fruitiers et de vignobles, et d'anéantir toutes 
les subsistances de son ennemi; il passa sept journées 
entières, du matin au soir, à .tout détruire et ravager 
sans miséricorde, et il agit de même à l'égard des 
autres châteaux du rebelle, (ô K'ardhârech, Beh'ârech, 
Aldjech et Santi Pétri (*). Alors H'afç ben 'Omar ben 
Hafçoûn alla le trouver et déclara renoncer en sa faveur 
au château de R'âmeraW, et En-Nâçir, lui accordant 
l'amnistie, le confirma dans la possession d'une partie 
de ses châteaux, car il reconnut en lui et en son frère 
Soleymân des aptitudes administratives et de bonnes 
dispositions. Puis il s'avança vers le port de Chat' (Gete 



(1) Les trois premières de ces places sont indéterminées; la qua- 
trième répond au despoblado de Santi Pétri, près d'Alora (Simonet, 
Description, 128). 

(2) Le nom de Gamara, entre Antequera et Gasabermeja, est parvenu 
jusqu'à nous (ibid.). 



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- 305 - 

ou Jeté), Almunecar et le château de Machkerîl (Motril ?), 
et pénétra avec ses troupes dans des régions abruptes 
où aucune armée ne s'était encore aventurée b). Tous 
les habitants de ces régions se soumirent et le pays se 
trouva pacifié. 

(6 L'émir ensuite marcha (de nouveau) vers la mon- 
tagne de Bobastro, dont les habitants avaient tenté une 
attaque contre Soleymàn ben Hafçoûn : ils lui avaient 
enlevé la forteresse (kaçba), avaient rendu à la liberté 
ceux qu'il détenait prisonniers et avaient pillé la plus 
grande partie de ses biens. Ce chef cependant parvint 
ensuite, grâce à une ruse qu'il ourdit avec le reste de 
ses partisans, à entrer dans la ville, dont on lui ouvrit 
une porte par où il pénétra voilé. Il excita la populace à 
s'emparer des biens de ceux qui s'étaient soulevés contre 
lui, et avec son concours massacra ceux dont il resta 
vainqueur et qu'il livra presque tous à la mort. Dieu fit 
ainsi s'entre-détruire les infidèles, de manière à faire 
disparaître leurs traces. Soleymàn resta alors dans la 
montagne uniquement occupé à tâcher de sauver sa tète 
et n'ayant aucune confiance dans son entourage. L'émir 
donc y vint établir son camp une seconde fois au cours 
de cette campagne, le dimanche 4 rebî< I (22 juin #23), 
[P. 195] mais aucun infidèle, contrairement à l'habi- 
tude antérieure, n'apparut quand l'armée dressa les 
tentes. En-Nâçir confia le soin de la montagne à des 
guerriers de confiance, qu'il installa dans de nombreux 
endroits b). Puis il se retira, et rentra dans son palais de 
Cordoue le 10 rebî' I (28 juin), après une campagne de 
soixante-neuf jours. 

(b En la même année eurent lieu l'affaire de VigueraW 

(1) Yiguera, emporté en 308 par les musulmans, n'avait donc pas 

20 



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- 306 - 

et le siège par les habitants de Pampelune d' f Abd Allah 
ben Mohammed ben Lope, de qui ils se rendirent maî- 
tres aussi bien que de ses partisans ; le chrétien Sancho 
les emprisonna, puis les fit exécuter. Avec Ibn Lope se 
trouvaient dans le château-fort de Viguera Mot'arrif ben 
Moûsa ben Dhoû'n-Noûn, Mohammed ben Mohammed, 
son cousin paternel, et leurs principaux guerriers, qui 
participèrent tous à cette affaire, dont l'issue fut hon- 
teuse pour En-Nâçir. Celui-ci alors envoya en qualité de 
général à la Frontière extrême El-Hamîd ben Besîl, après 
Tavoir fait vizir, et qui était alors gardien du trésor. Cet 
officier arriva à la frontière avec de nombreuses troupes 
dont les unes lui avaient été confiées, dont les autres, 
venant de la frontière et d'ailleurs, le rejoignirent ; il 
entra dans la ville de Tudèle, dont il se rendit maître. 

La conquête de la citadelle de Moron eut lieu cette 
année. 

Mohammed ben Ahmed ben Hodeyr fut chargé du 
service des requêtes ; le commandement du troisième 
corps de la choria fut enlevé à Mohammed ben Moham- 
med ben Aboû Zeyd et confié à Yabya ben Yoûnos 
Kobrosi (*). 

Mort d' f Abd er-Rahmân, fils de l'imâm El-Mondhir; 
— de Djahwar ben f Abd el-Melik, kâïd de Sidona. Mort 
violente d"Abd Allah ben Mohammed ben Merwân le 
Galicien, gouverneur de Badajoz, qui périt victime d'une 
agression d'une partie des habitants de cette ville. Mort 



été ruiné autant qu'il est dit plus haut. La conquête par Sancho I 
de Navarre est sommairement indiquée in Mus. d'Esp. t ut, 45. 

(1) La prononciation Kobrosi, Chypriote, n'est qu'une hypothèse, 
car ce nom, plusieurs fois répété ensuite, n'est nulle part complète- 
ment orthographié. • 



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- 307 - 

cTOrdono, fils d'Alphonse et prince de Galice, à qui suc- 
céda Fruela [Fruela II, son frère] b). 

[P. 196J En 312 (9 avril 924), En-Nâçir fît en pays 
ennemi l'expédition connue sous le nom de campagne de 
PampeluneM. (b Ce qui était arrivé à Viguera aux Benoû 
Lope et aux Benoû Dhoû'n-Noûn avait excité sa colère, 
de sorte qu'il sortit pour cette campagne d'été avant 
l'époque habituelle, le jeudi 2 dhoû'l-hiddja 311 ou 12 
chebât. Il quitta Cordoue le samedi 16 moharrem (b 312, 
27 avril, quarante- trois jours après sa sortie solennelle b). 
Il établit d'abord son camp à Vêlez ^^W et y passa 
deux jours à y attendre ceux qui allaient avec lui faire 
la guerre sainte, hommes du djond et du peuple aussi 
bien que recrues tirées des provinces. Il laissa dans le 
palais de Cordoue son héritier présomptif El-Hakam 
el-Mostançir, (6 que Dieu garde 1 et le vizir Ahmed ben 
Mohammed ben Hodeyr 6). En-Nâçir se porta d'abord 
dans les cantons de Todmir et de Valence, où il rétablit 
le bon ordre chez les habitants. Il obtint la soumission 
d' e Abd er-Rahmân ben Wad'd'âh', de Ya f koûb ben Aboû 
Khâlid Toûberi, d' e Amir ben Aboû Djawchen et autres, 
qui quittèrent les places où ils dominaient et d'où ils 
s'étaient (jusqu'alors) refusés à sortir, (ô II laissa des 
officiers et des troupes pour surveiller et combattre 
Mohammed ben c Abd er-Rahmân ben ech-Cheykh, qui 
occupait dans la région de Valence Medinat el- c Asker< 3 ) 
et se refusait à en sortir pour prendre part à la campa- 
gne b). 



(1) Voir Mus. d'Esp., in, 46. 

(2) Le Vêlez dont il s'agit paraît être à proximité de Cordoue, et 
doit être autre que les localités de ce nom dont parle Edrisi. 

(3) Ce nom ne ligure ni dans Edrisi ni dans le Meràcid. 



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- 308 - 

En-Nâçir, continuant sa marche à la tête de guerriers 
aussi nombreux que les grains de sable, pénétra dans 
Tudèle, place frontière, et les Todjîbides et autres se 
portèrent au-devant de lui; il fut rejoint par les gouver- 
neurs de la frontière, qui amenèrent des troupes nom- 
breuses et parfaitement équipées, [P. 197] et entra en 
pays chrétien le samedi 4 rebî c II (10 juillet) avec l'inten- 
tion très ferrçie et le projet bien arrêté de venger Dieu et 
sa religion des misérables et impurs infidèles. Le pre- 
mier endroit où il campa sur leur territoire fut le chà- 
teau-fort de Carcar, qui avait été évacué par Sancho ; il 
le fit démanteler et livra aux flammes tout ce qu'il ren- 
fermait, (b De là il se porta au lieu dit Peralta kJI ï^s-j, 
dans les environs duquel se trouvaient des châteaux 
dans de fortes positions; les chrétiens les évacuèrent, 
mais en laissant dans la plaine tous leurs biens et leurs 
vivres, qu'ils n'eurent pas le temps d'emporter. Certains 
d'entre eux se réfugièrent avec leurs femmes et leurs 
enfants dans trois cavernes situées à l'extrémité d'une 
berge dominant la rivière; mais nos soldats ne cessè- 
rent pas leurs attaques et, soit en s'y hissant soit en y 
descendant, finirent, grâce à Dieu, par rester les maîtres: 
ils massacrèrent les hommes, réduisirent les enfants en 
esclavage et s'emparèrent des dépouilles des vaincus, 
trouvant là le premier butin dont Dieu les gratifia au 
cours de cette campagne b). Les châteaux-forts de cette 
région furent ruinés et on n'en laissa pas une pierre 
debout. 

(6 Après s'être arrêté en cet endroit pendant une 
journée, En-Nâçir se porta contre le château-fort de 
Falces u*^', les faubourgs furent livrés aux flammes, 
les cultures et tous les biens des environs furent entiè- 



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tmuA^ w 



- 309 - 

rement ravagés et anéantis. De là il s'avança contre le 
château-fort de Talalla, qui jouissait d'une haute répu- 
tation, et où Ton trouva quantité de vivres et de grandes 
richesses b). Les musulmans mirent tout au pillage et 
ruinèrent méthodiquement toutes les habitations et cons- 
tructions quelconques. Il se porta ensuite contre le châ- 
teau de Carcastillo JU~iji, situé sur la rivière Aragon, 
puis conçut le projet de pénétrer [P. 198] en plein pays 
chrétien, d'arriver au centre même des infidèles, au lieu 
d'où partaient leurs ravages et où ils habitaient en sécu- 
rité. Il fit donc plier bagage, et après avoir donné Tordre 
de bien garder les ailes, il s'avança par le défilé d'El- 
Markwîz (*) en maintenant son armée en ligne de bataille 
et parfaitement disposée (b le samedi 11 rebî c II (17 
juillet). Menant ses troupes dans des lieux où elles n'a- 
vaient jamais pénétré, il livra les châteaux aux flammes 
et ruina les habitations jusqu'à ce qu'il parvint à la bour- 
gade de Biscaye ( 2 ) d'où' le Chrétien était originaire et où 
toutes les constructions furent détruites, tout ce qui s'y 
trouvait livré aux flammes. 

Alors Sancho réunit ses coreligionnaires et fit deman- 
der du secours dans tous les pays chrétiens où il pouvait 
en espérer, si bien qu'il se trouva à la tête de forces 
avec lesquelles il comptait pouvoir tenir tête aux musul- 
mans. Comme, dans la nuit du mardi au mercredi 15 
rebî f II (21 juillet), un parti de cavaliers surveillait des 
montagnes qui dominaient nos troupes, En-Nâçir fit 
prendre les dispositions de combat, resserrer les rangs 



(l)'Sur ce nom, qui est ici orthographié Markwîr, cf. p. 160, n. 2. 
(2) Ce nom est ici écrit Bachkounsa et désigne peut-être la loca- 
lité elle-même. 



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- 310 - 

et organiser une active surveillance. Le matin arrivé, 
il se remit en route et marcha toujours en avant, met- 
tant sa confiance en Dieu et comptant sur son appui. On 
se trouva ainsi entre de hautes montagnes et des pics 
isolés, où les ennemis de Dieu espéraient trouver une 
occasion favorable pour tomber soit sur une aile soit 
sur l'arrière-garde des nôtres. L'armée était engagée 
dans ces lieux resserrés, près de la rivière nommée Ega 
àJut, quand des cavaliers ennemis descendant des hau- 
teurs vinrent engager une escarmouche sans impor- 
tance. L'émir fit abattre sa grande tente, [P. 199] prit 
ses dispositions de combat b), et les musulmans, se 
jetant comme des lions sur leurs ennemis, franchirent 
la rivière pour arriver jusqu'à eux, et les chargèrent 
avec rage jusqu'à ce qu'ils les eussent délogés et mis 
en fuite ; puis à coups de sabre et de lance ils les forcè- 
rent à gagner un endroit escarpé sur une montagne 
isolée. Mais les musulmans les assaillirent, et Dieu leur 
ayant aplani les difficultés d'accès, ils tuèrent un bon 
nombre de leurs ennemis dont les cadavres jonchèrent 
le sol. La cavalerie ravagea la plaine sans relâche et 
enleva du butin, des bestiaux et toute sorte de richesses. 
L'arrnée se retira saine et sauve, n'ayant perdu que 
Ya'koûb ben Aboû Khâlid Toûberi et un petit nombre 
d'hommes de l'entourage du prince qui trouvèrent le 
martyre et pour qui Dieu avait décrété la félicité céleste. 
Il fut réuni un grand nombre de têtes de chrétiens, 
(b que la difficulté des chemins et la trop grande distance 
empêchèrent d'expédier à Co\;doue. 

L'émir arriva ensuite à l'étape de Lumbier *j~d , puis 
à celle de Leguiu ^fi; les troupes, sur leur passage, 
déracinaient tout, consommaient toutes les moissons, 



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- 311 — 

ruinaient les bourgades et les châteaux, et Ton arriva 
ainsi à Pampelune, que Ton trouva abandonnée et vide. 
Le prince en personne y pénétra et, après l'avoir parcou- 
rue, donna Tordre d'en détruire toutes les constructions 
et de ruiner l'église qui s'y trouvait et qui servait de tem- 
ple aux infidèles pour l'accomplissement de leurs pra- 
tiques religieuses; il n'en resta plus pierre sur pierre. 
De là il se transporta à Çakhrat K'aysW, où se trouvait 
une église édifiée par le prince chrétien, qui y avait mis 
tous ses soins et s'était plu pendant un long temps à 
l'orner et à en assurer la défense. Nos troupes étaient 
arrivées et commençaient à la ruiner quand ce chien 
d'infidèle apparut sur une montagne qui en dominait 
l'emplacement et avec l'intention de la défendre; mais les 
serviteurs de Dieu, plus prompts que le regard, [P. 300] 
le chassèrent et le forcèrent à tourner les talons, cou- 
chant dans la poussière ceux de ses cavaliers et de ses 
partisans qui voulurent couvrir sa personne et qui sacri- 
fièrent leur vie pour lui. L'église et ce qui l'entourait 
furent mis en ruine, et la bourgade devint la proie des 
flammes. 

De là l'émir gagna l'étape d'Asâriya en passant par le 
défilé dit de Herk'ala, où la route se resserrait dans un 
passage difficile. Comme les chrétiens voulaient profiter 
de la circonstance, En-Nâçir rangea ses troupes en ordre 
de bataille, fit exercer une surveillance attentive et les 
conduisit par rangs serrés et sans aucun désordre, de 
sorte que le défilé fut franchi sans encombre. L'ennemi, 
posté au sommet d'une montagne, apparut aux yeux de 
l'arrière-garde ; mais la cavalerie l'attaqua, le mit en 

(1) Le nom [de cet emplacement se retrouve dans les Annales du 
Maghreb, p. 165. 



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- 312 — 

déroute en lui tuant du monde, et les autres se dispersè- 
rent, fuyant droit devant notre poursuite et sans chercher 
à se dérober à droite ou à gauche. Les musulmans 
s'avancèrent ainsi dans la puissance de leur supériorité 
et la joie de la victoire jusqu'à l'étape d'Asàriya ; de là 
En-Nàçir repartit pour l'étape fixée à la bourgade de 
Maneru, puis pour celle d'Echarren (?), proche de San 
Estevan W b). Ce fut en cette place, qui constituait le lieu 
de sûreté dans lequel Sancho avait toute confiance, que 
les troupes arrivèrent le mercredi 21 rebî c IL Alors appa- 
rut au sommet de la montagne ce chien de chrétien, 
qui avait réuni toutes ses bandes, levé tous ses guerriers 
et appelé d'Alava des troupes de secours dans l'espoir 
de combattre les musulmans avec un succès qui le relè- 
verait aux yeux des infidèles ses coreligionnaires. Les 
musulmans commencèrent l'attaque et engagèrent une 
mêlée où Dieu leur permit de mettre leurs ennemis en 
déroute ; ceux-ci se concentrèrent au sommet de la mon- 
tagne pour se disperser ensuite dans des fourrés avoi- 
sinants, et les vainqueurs passèrent la nuit dans leur 
camp, [P. 20 1 ] tandis que les f ourrageurs se répandaient 
dans les bourgades du voisinage et y enlevaient tout. 
(b En-Nâçir ensuite se transporta à l'étape dite Rubia 
Sorita(?).^y-Ljj dans l'intention de gagner Calahorra 6). 
Alors le chrétien reparut de nouveau avec ses bandes 
(b sur une hauteur d'où il dominait les nôtres et qui 
augmentait d'autant sa force; mais nos cavaliers se pré- 
cipitèrent aussitôt sur lui b) et lui infligèrent une défaite 
des plus honteuses, non sans lui tuer des fantassins et 
couper les jarrets de ses chevaux. 



(1 ) Sur le nom d'Echarren, voir ci-dessus, p. 296. . 



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- 313 - 

En-Nâçir se rendit (b au château de Calahorra, qu'il 
trouva abandonné et qu'il démantela, et de là au château 
de Valtierra, appartenant aux musulmans et situé dans 
Je voisinage des infidèles : il y fit accumuler des provi- 
sions de vivres et distribua de l'argent à la garnison. Il 
alla de là à Tudèle, où il passa [quelque temps] ; on était 
alors au lundi 26 rebi c II (1 er août) et, continuant b) sa 
marche en arrière, il passa par le territoire des Benoû 
Dhoû'n-Noûn, où Yahya ben Moûsa avait gardé une atti- 
tude louche en s'abstenant de participer à la guerre 
sainte. Les dégâts causés par l'armée provoquèrent sa 
soumission, et il se rendit, craintif et tremblant, auprès 
de l'émir, à qui il confessa sa faute et qui lui accorda son 
pardon, (b II en fut de même de Yahya ben Abo.û'1-Fath', 
fils du frère de ce chef 6). L'émir fit sa rentrée à Cor- 
doue le jeudi 22 djomàda I (26 août), après une campagne 
de quatre mois. 

En 313 (29 mars 925), En-Nâçir fit une expédition con- 
tre le canton d'Elvira, assiégea le château de San Este- 
van (*) et rétablit l'ordre dans le canton de Jaën et lieux 
environnants, (b II sortit le jeudi 11 moharrem 313, 7 du 
mois de nîsân (18 avril 925) b) et se mit en campagne le 
jeudi 21 çafar (b 7 du mois d'ayyâr ( 2 ), c'est à dire qua- 
rante-deux jours après sa sortie solennelle 6), laissant 
dans le palais de Cordoue son héritier présomptif Hakam 
el-Mostançir avec Ahmed ben Mohammed ben Hodeyr 
pour vizir, (b et comme préfet de la ville Mohammed ben 
e Abd Allah Kharroûbi. Il fit venir [P. SOS] du canton 



(1) Transcrit ici ^^^ î cf - P- 271 > n - 2 - 

(2) Le 21 çafar correspondant au 18 mai, il semble que, au lieu du 
7 ayyâr, on doive lire il, étant donné que Terreur d'un jour se pro- 
duit assez souvent, 



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— 314 - 

deTodmîr le vizir Sa e id ben el-Mondhir pour faire cam- 
pagne avec lui, et y envoya pour le remplacer Moham- 
med ben Ish'âk. En route il passa par le château-fort de 
Monteléon dans le canton de Jaën, et en éloigna c Abd 
Allah ben Sa e id ben Hodheyl, qu'il dépouilla également 
de tous les autres châteaux obéissant à ce chef, et mit à 
sa place dans ces différents endroits c Abd el- e Azîz ben 
Maslama et e Abd Allah ben c Amr ben Maslama 6). Il fit 
démanteler la plupart des châteaux et des citadelles de 
Jaën, qui servaient de points d'appui aux vauriens et aux 
fauteurs de troublps, et étaient une cause de dommage 
pour les sujets fidèles et loyaux. Il en fit autant pour les 
châteaux d'Elvira, et arriva ensuite au château de San 
EstevanM (b le lundi 11 rebî c I (6 mai) 6). Comme les 
habitants de cette place couvaient des pensées de trahi- 
son sous une feinte obéissance, En*Nâçir les invita à des- 
cendre et à venir le trouver dans la plaine. Mais alors ils 
s'agitèrent et renoncèrent même à leur [apparence de] 
fidélité. En conséquence l'armée dressa son camp sous 
les murs de la place et en commença le siège avec 
ardeur et résolution. L'investissement fut opéré dans 
toutes les directions, et l'on éleva six châteaux se faisant 
face les uns aux autres et constituant, tant ils resser- 
raient la place, comme un anneau où se trouve enchâssé 
le chaton. Pendant vingt-cinq jours, En-Nâçir poursuivit 
le siège, mais tout en donnant de grands soins au réta- 
blissement du bon ordre chez ses sujets, à la sécurité des 
routes, à l'extirpation des causes de leurs craintes, et 
partout se rendant en personne pour examiner les choses 
sur place. 



(1) Même remarque qu'à la p. 313, n. 1, 



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- 315 - 

Pendant qu'il était en campagne, ce prince fit venir de 
Cordoue son héritier présomptif et enfant chéri Hakam 
el-Mostanç|r,qui avait alors dix ans et huit mois et demi; 
il Tinstalla au camp auprès de lui, car il souffrait d'en 
être éloigné et désirait vivement le revoir. Il fut en con- 
séquence amené par des guerriers et des pages de con- 
fiance, tandis qu'au palais il était remplacé [P. 303] par 
son frère e Abd el- e Azîz, au nom de qui les correspon- 
dances furent expédiées pendant cette absence. Ce rap- 
prochement fut une cause de grand plaisir pour En- 
Nàçir, qui, ensuite, repartit le vendredi 6 rebi c II (l or 
juillet) en laissant aux deux vizirs Sa e id ben el-Mondhir 
et f Abd el-H'amld ben Besîl, en compagnie de beaucoup 
de gens de sa suite, le soin de continuer le siège du 
château de San Estevan. Il rentra dans son palais à Cor- 
doue le jeudi 12 rebî c II (7 juillet) b), après être resté 
cinquante jours en campagne. 

En cette année, le page Khalaf, l'ancien, fut mis à la 
tête des manufactures j!^i>. 

En chawwâl (comra. 20 déc. 925), Yahya ben Yoûnos 
Kobrosi(?) fut chargé des marchés, à raison d'une mala- 
die qui mit Ahmed ben Behloûl hors d'état de se mou- 
voir. Puis en dhoû'l-ka e da (janv.-fév. 926), Yahya ben 
Yoûnos reçut l'inspection des successions, et c Abd Allah 
ben Mohammed Kharroûbi devint gardien de l'arsenal. 

Sur la chaussée, près de la porte du palais de Cordoue, 
fut crucifié l'archer connu sous le nom d'Aboû Naçr, 
dont la renommée de tireur était grande du temps 
d' c Omar ben Hafçoûn. Quand on l'eut attaché à la croix, 
on lui décocha des flèches jusqu'à ce que les parties 
vitales fussent atteintes; son cadavre, après être resté 
plusieurs jours en croix, fut livré aux flammes. 



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- 316 - 

Mort de Mohammed, fils d'En-Nàçir ; — de Thâbit ben 
H'azm c Awfî, en ramadan (nov.-déc. 925) : il était de 
Saragosse, connaissait de nombreuses traditions, était 
un philologue pénétrant, et fit en Orient un voyage 
où il reçut les leçons de juristes W. Mort de Fruela [ou 
FroïlaH], prince de Galice ( 2 ); Alphonse [fils d'Ordono II] 
lui succéda, puis se fit moine et confia le pouvoir à son 
frère Rodmîr [Ramire II] en 319 [24 janvier 931 b). 

En 314 (19 mars 926), En-Nâçir confia à ses officiers le 
soin des expéditions estivales et n'en entreprit pas per- 
sonnellement, à cause d'une disette qui ravageait le 
pays à la suite d'une sécheresse intense. Il envoya le 
vizir c Abd el-H'amîd ben Besîl au point de la frontière 
[P. 204] où se trouvaient les Beno.û Dhoû'n-Noûn, pour 
les châtier de leur désobéissance, des dévastations aux- 
quelles ils se livraient et de leur orgueil vis à vis de 
leurs voisins musulmans ( 3 ). Le vizir mit à mort ceux 
d'entre eux qui le méritaient, (b et conquit la ville de 
Sorita( 4 >, dont les habitants avaient manifesté de l'insu- 
bordination et refusaient d'obéir, de sorte qu'à partir 
de là ils versèrent de gros impôts et que tout y marcha 
aussi correctement que dans les autres cantons b). c Abd 
el-H'amîd se retira de cette province après avoir tout 



(1) Dhabbi, dans l'article qu'il lui consacre (n° 603), assigne à sa 
mort l'une ou l'autre des deux années 313 ou 314. 

(2) Sur ce prince et sa succession, voir Dozy, Recherches, 2 e éd., i, 
152, ou 3 e éd., 150. 

(3) Cette campagne est, d'après Ylkd, de 313. 

(4) Dans le Guadalaxara actuel, non loin de Madrid, ou dans le 
Waladja des Arabes (Edrisi, 210 et 239; Merâcid, n, 23). Dozy iden- 
tifie Sorita avec Almonacid de Zorita, mais M. Saavedra y voit le 
Zorita de los Canes actuel (La geog. de Esp., 45). — Il est fait une 
brève mention de cette campagne in Mus. d'Esp., h, 346. 



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- 317 - 

remis en ordre, et En-Nàçir l'envoya alors à Bobastro 
pour y assiéger Soleymân ben Hafçoûn (b de concert 
avec les autres officiers déjà occupés à cette opération. 
L'émir fit également marcher son client Aflah', directeur 
de la cavalerie, contre Soleymân ben Hafçoûn, et ce chef 
bloqua de près le rebelle, à qui il enleva le château-fort 
de Monte Rubio, qui était l'un de ses repaires les plus 
inaccessibles b). 

C'est en cette année que fut tué Soleymân ben c Omar 
ben Hafçoûn. 11 était sorti à cheval de Bobastro pour 
combattre un parti de musulmans qui s'étaient détachés 
du gros de l'armée pour l'attaquer; mais des cavaliers 
venus du côté où se tenait le vizir f Abd el-H'amîd se 
jetèrent sur lui, et Soleymân, précipité de son cheval, fut 
décapité par Sa'id ben Ya f la, officier subalterne Çartf) 
(b connu sous le nom d'Ech-Chefa ; plusieurs coups de 
lance lui avaient d'ailleurs été portés par l'officier subal- 
terne Mohammed ben Yoûnos et par certains des Benoû 
Motâhir les étrangers (*?^ \)b). On lui coupa en outre 
les mains et les pieds. Cet événement est du mardi l Pr 
dhoû'l-hiddja 314 (7 fév. 927). Le vizir <Abd el-H'amîd 
eirvoya la tête, le cadavre et les deux mains détachées 
du corps à Cordoue, où ces débris furent hissés près du 
Bâb es-Sodda sur une haute potence. Cet important 
succès fut pour tous les musulmans une cause de grande 
joie. 

(b En la même année on reçut la nouvelle de la mort 
du chrétien Sancho, prince de Pampelune b). 

La grande sécheresse qui sévit cette année fut la cause 
d'une disette générale. Le prédicateur Ahmed ben Baki, 



(1) Sancho de Navarre, mort en 926. 



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— 318 — 

préposé à la prière, se mit plusieurs fois à la tète du 
peuple pour dire les prières à l'effet de demander de 
l'eau au ciel, [P. 205] et des lettres furent envoyées 
dans les divers cantons pour y prescrire les mêmes 
cérémonies. L'arrivée de la pluie coïncida avec l'exposi- 
tion sur un gibet du cadavre de Soleymân ben Hafçoûn 
à la porte d'es-Sodda, et les poètes composèrent à ce 
propos de nombreuses poésies, celle-ci entre autres : 

[Tawîl] Là des nuages qui laissent échapper une pluie 
abondante, ici une pluie formée par le sang ennemi qui 
s'écoule et dégoutte ! Ainsi trouvons-nous dans la pluie deux 
aides, mais celle-ci est impure, celle-là pure : d'une part 
un sang noirâtre dont la terre ne veut pas ; d'autre part un * 
liquide bienfaisant qu'elle reçoit et absorbe; souillée par 
l'un, elle purifie (par l'autre) sa surface aussi bien que son 
intérieur. 

(b Le samedi 15 djomâda 1(29 juillet 926), Mohammed 
ben f Abd Allah Zedjàli fut investi du vizirat. 

Aslem ben f Abd el-'Azîz, souffrant d'une maladie qui 
le forçait à rester assis, fut remplacé en qualité de grand 
kâdi de Gordoue par Ahmed ben Baki, qui était déjà 
chargé de la prière. 

Ahmed ben f Abd el-Wahhâb ben f Abd er-Ra'oûf fut 
nommé gardien du trésor ; f Obeyd Allah ben *Abd Allah 
Zedjâli fut chargé du service des placets; H'oseyn ben 
Mohammed ben < Açim, Ahmed ben Yah'ya ben H'assân 
et f Abd el-Wahhâb ben Mohammed ben r Abd er-Ra'oûf 
devinrent gardiens des magasins militaires. 

Mort d'Açbagh, fils de l'émir El-Mondhir; — du juriste 
Mohammed ben c Omar ben Lobâba, dans la nuit du 
dimanche au lundi 24 çha r bân (5 nov. 926): né le l ep 



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r 



- 319 - 

redjeb226, il était versé dans la connaissance de&fettvas, 
avait des croyances bien orthodoxes et ne dévia pas du 
droit chemin depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort. 

Mohammed ben 'Abd Allah Kharroûbi, préfet de la 
ville, mourut également le 1 er çafar (18 août 926), et fut 
remplacé dans ses fonctions, huit jours après sa mort, 
par e Isa ben Ahmed ben Aboû 'Abda b). 

En 315 (8 mars 927), En-Nàçir entreprit une expédition 
contre Bobastro pour y combattre Hafç ben f Omar ben 
H'afçoûn. (b II sortit en pompe le jeudi 13 çafar 615 
(19 avril 927), [P. 206] dix-neuvième jour de nîsân, et 
se mit en campagne le lundi 15 rebi* 11.(19 juin), onzième 
jour (sec) d'ayyàr, trente- deux jours après sa sortie solen- 
nelle 6). Il emmena avec lui dans cette expédition son 
héritier présomptif El-Hakam el-Mostançir, alors âgé 
de douze ans et neuf mois et demi, laissant dans le palais 
f Abd el- e Azîz, frère germain du précédent, Ahmed ben 
Mohammed ben H'odeyr en qualité de vizir, et Ahmed 
ben f Isa, successeur de son père 'Isa ben Ahmed le vizir, 
en qualité de préfet de la ville b). Suivi de ses troupes, 
de sa cavalerie et de ses approvisionnements, l'émir alla 
camper sous les murs de Bobastro le mardi 22 rebî f II 
(26 juin), mettant plus que jamais de la décision à élever 
des constructions offensives et de l'ardeur à bloquer cette 
place. Il laissa des officiers en cet endroit pour poursui- 
vre les opérations sans interruption, et lui-même se 
transporta devant la ville d'El-H'anechW, dont il invita 
les habitants à se rendre; il leur fit évacuer la ville, 
après quoi il en détruisit les murailles et en anéantit 



(i) On en ignore remplacement exact, dit Simone t (Description, 
p. 128); c'est aujourd'hui Alanje (ci-dessus, p. 167). 



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. 



- 320 - 

jusqu'aux traces, (b opération à laquelle veilla l'héritier 
présomptif de concert avec son client le chambellan 
Moûsa ben Mohammed. 

En-Nâçir marcha ensuite contre le château de San 
Pedro (*) et les châteaux avoisinants, qu'il investit b), cou- 
pant les arbres et les vignobles du voisinage et livrant 
aux flammes toutes les subsistances de ses ennemis. De 
là il conduisit ses troupes vers la ville de Malaga, où il 
fit subir le même traitement aux châteaux du voisinage. 
Dans cette ville il nomma gouverneur 'Abd el-Melik ben 
el- c Açi et laissa avec lui un certain nombre d'hommes 
de sa suite pour expéditionner contre ces châteaux, avec 
Tordre de passer par l'épée quiconque en sortirait ou y 
entrerait. De là il retourna à Bobastro, sous les murs de 
laquelle il réinstalla son camp pour la seconde fois, du 
côté de Lemâya( 2 ). [P. 207] Il se rendit alors bien 
compte du tort que les constructions élevées par ses 
ordres causaient à l'ennemi et combien ils en -étaient 
gênés ; il fit en conséquence élever une autre construc- 
tion sur un rocher où avaient construit les anciens et 
appelé la Ville (el-medîna), (b et chargea de ce soin 
Ahmed ben Mohammed ben Elyâs, qui eut à s'occuper 
du. canton de Tacorona et de la portion avoisinante de 
Lemâya. Il assigna au vizir f Abd el-Hamîd ben Besil un 
poste d'où il dominait toutes les routes, de manière à 
pouvoir étendre sa protection sur les gens de l'armée 
qui s'écartaient pour fourrager ou chercher des vivres, 
aussi bien que sur ceux qui, de toutes parts, se ren- 



(1) Aujourd'hui Santo Pitar (Simonet, Description, 124 et 319).. 

(2) Lemàya, dont Edrisi ne parle pas, est donné comme étant une 
forteresse de la région de Malaga (Aboulféda, Géog., n, 250) ou une 
ville de la région d'Alméria {Merâcid, m, t7); cf. Simonet, p. 135. 



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— 32! - 

daient auprès de lui A). Le prince passa sept jours en 
cet endroit et n'y laissa subèîster ni. vivres ni appro- 
visionnements quelconques à l'usage des infidèles, (b II 
gagna de là l'étape de Talad jîra <*), où il fit aussi élevé* 
des constructions dont il attendit l'achèvement et qui 
avaient la tournure d'une r ville; le vi?ir Sa'id ben el- 
Mondhir en reçut le commandement. En-Nàçir jugea 
alors à propos de renvoyer l'héritier présomptif à Côr- 
doue, pour qu'il y fût davantage en sûreté et pût repren- 
dre ses études ; il le fit donc partir sous la garde de gens 
de confiance, parmi lesquels Dorri ben c Abd er-Rahmân, 
chef du premier corps de la chorta, et Mohammed ben 
Ahmed ben Hodeyr le préposé aux placets. Ces person- 
nages le déposèrent au palais, puis repartirent aussitôt 
par le Bâb es-Soddà pour regagner le camp, sans qu'au- 
cun d'entre eux rentrât même dans sa propre demeure 
o?i vtt aucun parent b). L 4 émir ensuite se retira le samedi 
16 djomàda H (18 août), et fut de retour au palais le 
mardi 19 de ce mois, après soixante-cinq jours de cam- 
pagne. 

(b En cette année, En^Nâçir envoya son client Dorri 
ben e Àbd er-Rahmâu, chef de la ckorta, en expédition 
contre Ibn ez-Zeyyât, qui s'enfuit à l'approche des trou- 
ves. Dorri dans cette expédition resta vainqueur de Hà'il, 
officier au service d'Ibn Hafçoûn, ainsi que de soldats 
qui étaient sous ses ordres; il les fit prisonniers et les 
emmena enchaînés à Cordoue, où ils furent crucifiés 
dans la prairie qui est vis à vis le palais, le dimanche 
7 ramadan (5 nov.)* 



(1) L'emplacement exact en est inconnu (Simonet, Description, 128), 
mais doit être cherché non loin de Bobastro, ainsi qu'on peut encore 
le conclure de Y'Ikd, il, 381, 1. 2. Cl. p. 282 et 240. 



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- 322 - 

Fot'ays ben Açbagh fut nommé vizir, son fils 'Isa 
gardien ûu trésor, *Abd Allah ben Mohammed bèn c Abd 
AHâh Kharroûbi [P. 808] préposé aux placets, c Obeyd 
Allah bèn c Abd Allah Zedjâli, préposé aux successions 6 ). 

PRISE DE LA VILLE DÉ BÔBASTRO. 

Comme le siège de cette place -se poursuivait impitoya* 
blement contre Hafç ben c Omar beiïlHafçoûn, qui. était 
de toutes parts entouré d'ouvrages destinés à le conte- 
nir, ce chef reconnut qu'en présence du zèle et de la 
résolution déployés contre lui il ne pourrait se mainte- 
nir dans la montagne où il était fixé: En conséquence il 
écrivit à l'émir pour lui demander 1 quartier et obtenir 
son pardon, promettant de quitter la montagne et dç 
reconnaître et accepter son autorité. En-Nàçir lui envoya 
le vizir Ahmed ben Mohammed ben Hodeyiy lequel, de 
concert avec Sa e ld ben el-Mondhir, veilla à la sortie 
d'Ibn Hafçoûn de Bobastro, qui fut occupée > par des 
soldats et des gens de la suite d*En-Nàçir le jeudi 23 
dhoû'l-ka f da (21 janv. 928). Le vizir Ibh Hodeyr emmena 
Hafç avec sa famille ainsi que tous les chrétiens de là 
ville avec femmes et enfants, à Cordoue, où leur entrée 
eut lieu le 1 er dhoû'l-hiddja:(22 janv.). L'émir 'accueillit 
généreusement Hafç, à qui il- accorda son pardon et un 
oubli complet, et qui fit dorénavant partie de la suite du 
prince et entra dans le djondW. Quant au vizir Sa c ld ben 
el-Mondhir, il resta, à Bohastrô pour contenir cette ville 
et y élever les ouvrages commandés par le prince et des- 
tinés à renforcer la place. 



(t) Cf. Mus. d*Esp>, II, 343.' 



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— 323 - 

(ôlifort à Ecija d'Ahmed;* fils de l'émir Mohammed;' 
'— du vizir Mohammed ben *Abd Allah Zedjâîi, à l'âge 
de cinquante-trois ans, au mois de eha*bàn 5 de Moham- 
med beri Ahmed ben Hodeyr> chargé dés placets, vers l'a 
fin de l'année j bien que jeune> il avait déjà acquis de la 
renommée et de l'influence, et sa perte fut* un coup très 
Sehsible pour son oncle le chambellan et pour son père 
le vizir. En-Nâçir donna sa place au frère du défunt; 
Moûsa ben Ahmed ben Hodéyr, jeune enfant encore 
impubère, pour ainsi manifester ses condoléances ai* 
père et à l'oncle du défunt [P. 209] et honorer le sou-» 
venir de ce dernier. Alors aussi mourut àCordoue Aboû 
Soleymân Dâwoûd bén Hodheyl ben Mennàn, qui était 
de Tolède (*>. Il répétait les traditions de Nesâ'U 2 ) et d'au- 
tres, que plusieurs Cordouans apprirent de sa bouche b)\ 

En 316 (25 fév. 928), l'émir En-Nâçir se rendit dans la 
vHle de Bobastro, postérieurement à la conquête de cette 
place, pour y arranger les choses et en régler définitive- 
ment l'occupation, (b II quitta Cordoue sans cérémonie 
le mardi 15 moharrem (10 mars), sept du mois d'adhâr, 
emmenant avec lui son héritier présomptif El-Môstançir> 
laissant dans le palais son autre fils *Abd ePAziz pour 
recevoir la correspondance, le vizir Ahmed ben Moham- 
med ben Hodeyr, et, en qualité de préfet de la Aille, 
Ahmed ben ç Isa remplaçant son père e lsa hen Ahmed. 
Le chambellan Moûsa ben Mohammed, qui était malade, 
ne participa pas à l'expédition. On fit route d'abord par 



(1) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n° 737) et par Ibn 
el-Faradhi (n« 426). . 

(2) Ahmed ben 'Ali Nesâ'i, -f- 303, a compilé l'un des-grands recueils 
de traditions (Ibn Khallikàn, 1, 58). i 



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- 324 - 

Eôija, puis par Ossunaft). Le prince arriva au château 
de Bobastrô lé dimanche 20 moharrem (15 mars), IL 
entra dans la ville, la parcourut dans tous les sens et 
vit de ses yeux de manière à n'en pouvoir douter que, 
par sa position dominante* ses; défenseis, .son élévation 
et son isolement des autres montagnes, cette place 
n'iavait pas au monde sa pareille pour l'inexpugnabilité 
et l'étendue de son assiette. Aussi se confondH-H en 
actions de grâces à l'égard de Dieu qui lui avait permis 
et facilité cette conquête, et il pratiqua le jeûne pendant 
toute la durée de son séjour. Il prit les mesures néces- 
saires pour l'édification d'une citadelle aussi bien condi- 
tionnée et aussi forte que nulle part ailleurs. IlTépartit 
entre ses soldats la destruction de tous les ouvrages de 
fortification qui se trouvaient à l'entour, ainsi que des 
demeures qui étaient en dehors. Il fit exhumer les cada- 
vres d^Omar benHafçoûn et de son ûte»et leurs tombes 
ouvertes les montrèrent, couchés sur . le dos, selon le 
mode d'inhumation des chrétiens. Tous les juristes qui 
participaient à l'expédition d'En-Nâçir virent la chose, 
et. tous les assistants attestèrent [P. 210] que les deux 
infidèles étaient morts dans la foi chrétienne. En consé- 
quence ils furent retirés de leurs tombes, et leurs impurs 
ossements, transportés à Cordoue, furent exposés au Bâb 
es-Sodda sur des potences élevées à côté de celle de 
l'hérétique Soleymàn ben c Omar, pour servir d'avertis- 
tissement aux spectateurs. Ce fut là pour les musul- 
mans une véritable satisfaction (*). 
(b L'émir confia le commandement et la possession de 



(1) Ce trait déshonorant pour la mémoire du prince qui ordonna un 
pareil acte, est aussi rappelé par Ibn Khaldoun (ïv, 135 ad f.) et par 
r<//?rf(ir,38J). 



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— 325 - 

BôBâstro, ainsi que les ouvrages à y construire, à Sa c îd 
Jien el-M©ndhir. Il força à se soumettre les habitants d^s 
châteaux de San Pedro, de Yemàrech, de H'àt'roûn «t 
autres repaires de èé genre, et ces gens, descendant de 
leurs montagnes, se répandirent dans la plaine, tandis 
que les châteaux étaient entièrement rufnés et renversés 
de fond en comble. Les chrétiens ne cçnservèrent plus? 
de ce côté aucun château connu ni aucun. repaire habité, 
et le canton de Malaga, malgré la Quantité de places 
inaccessibles et de fiers repaires qu'on y comptait, se 
trouva n'avoir plus de montagnes entré les mains d'un 
ennemi : quelque peu redoutable. Les mêmes procédés 
furent employés à l'égard des châteaux de Tacorona et 
de MeghîlaM, sauf pour ceux dont la prise de possession 
était indispensable. II rechercha quels étaient les hom- 
mes qu'il y avait lieu d'éloigner et de transférer à Cor.*- 
doue à raison de leur participation aux troubles, de 
manière à ce qu'il ne régnât qu'un même esprit dans une 
population désormais tranquille et en repos. Il envoya 
le vizir e Abd el-Hamîd ben Besil dans le canton de 
Sidona pour y ruiner les châteaux-forts et réunir les 
habitants de ceux-ci dans la ville de Calsâna, capitale 
de cette région &h. Il fit sortir lés Benoû Dâwoûd de leurâ 
châteaux-forts, dont il attribua le gouvernement à des 
fonctionnaires et à des hommes de confiance destinés à 



(1) Meghlla, que ne cite pas Edrisï, « constitue un vaste canton de 
Sidona ; on y trouve la Kal'at Ward » (Merâcid, m, 128 ; cf. suprà, 
p. 224). Peut-être Benameji, dit Simonet, p. 135 ; et cette identification 
est aussi admise par Dozy (Recherches, i, 2' éd. p. 328, ou 3' éd. p. 326). 

(2) Le nom de cette ville ne ligure pas dans Edrisi, ou plutôt y est 
écrit fautivement Tochâna, mais le Meràcid le donne (n, 440) ; cf. la 
dissertation de Dozy, Recherches, 3* éd., i, 303, et Boletifi de la R. A., 
xxix, p. 364 et 429. 



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— 326 — 

administrer sagement la population de la province. Cette 
expédition du prince, où tout se fit sans aucun danger* 
fut des plus fécondes au point de vue des bons et profi- 
tables résultats : gloire soit à Dieu I II se relira le diman- 
che 5 çafar (30 mars) et rentra à Monyel en-Nâ c oûra ie 
samedi 11 du même mois, après une absence de vingtrsix 
jours. 

En la même année, le kâïd Ahmed ben Ish'àk Korachi 
conquit la ville d'Alicante, dans le canton de Todmir, et 
celle de Callosa ii^ij(*). [P„ 81 1] Il provoqua la soumis- 
sion des Benoû'ch-Cheykh, qui occupaient ces places et 
les forteresses avoisinantes, et les amena à Cordoue le 
samedi 15 cha'bân (23 septembre)» 

Les fils d'Aboû Djawchen, au nombre d'une soixan- 
taine, durent sortir de leurs retraites (des environs) de 
Valence. Ils s'étaient laissé aller à provoquer des trou- 
bles et à provoquer ainsi la vengeance. En-Nàçir recher- 
cha ceux d'entre eux qui étaient coupables, qu'il fit dis- 
perser ; puis on amena dans la prairie, vis à vis le palais 
de Cordoue, ceux qui avaient mérité la mort, et ils furent 
décapités en cet endroit le jour même de leur arrivée. 

Les fonctions de vizir furent retirées à Fot'ays ben 
Açbagh ; celles de préfet de la ville passèrent des mains 
d'*Isa ben Ahmed ben Aboû e Abda dans celles d'Ahmed 
ben c Abd el-Wahhàb ben e Abd er-Ra'oûf. On n'avait jus- 
qu'alors pas vu la destitution simultanée de tous les gar- 
diens du trésor : or les cinq hommes qui remplissaient 
ces fonctions, Sa e id ben Sa e id ben H'odeyr, Ahmed ben 



(1) Le Merâcid écrit ^J^JlB et place celte ville, que ne cite pas 
Edrisi, à six milles cTOrihuela (t. n, p. 447). Sur cette expédition, 
cf. Mus. d*Esp., il, 346. 



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- 327 - 

Moûsa ben Hodeyr, Ahmed ben <Abd el-Wahhàb, le 
même qui fut nommé préfet de la ville, Khàlid beri Omeyya 
ben Gboheyd et 'Isa ben-Fot'ays, furent remplacés par 
d'autres au hombre de quatre, savoir : Mohammed ben 
Djahwar, Ahmed ben c Isa ben Aboû e Abda, e Abd er-Rah- 
màn ben *Abd Allah Zedjâli et Ahmed ben Mohammed 
ben Aboû- K'âboûs. 

En-Nâçir fit installer dans l'enceinte de Cordoue l'hôtel 
des monnaies destiné à la frappe des dinars et des 
dirhems. La direction en fut confiée à Ahmed ben Moûsa 
ben Hodeyr le mardi 17 ramadan (3 nov. 928). A partir de 
là il ne fit plus frapper que de l'or ou de l'argent purs; 
Ahmed ben Moûsa surveilla soigneusement l'essayage. 
Mithkals et dirhems constituèrent donc autant de véri- 
tables étalons (*l 

Le kâïd Ahmed ben Elyâs fit une expédition dans les 
cantons occidentaux, où il conquit sans combat les villes 
de Mérida et de Santarem. Les habitants, ayant obtenu 
l'amnistie, se présentèrent à lui et furent reçus de la 
façon la plus généreuse b). 

Ce fut en cette année qu'En-Nâçir décida de prendre, 
tant dans les pièces émanant de lui que dans les pièces 
ou discours qui lui seraient adressés, [P. 212] partout 
où son nom serait mentionné, le titre d'Emir el-mou'mi- 
nîn (prince des croyants), (b II se jugeait digne de reven- 
diquer .cette épithète, qui lui revenait véritablement, 
tandis que les autres ne se l'attribuaient que faussement 
et métaphoriquement. C'était lui en effet qui était le plus 
juste des Princes des croyants, des directeurs éminents, 



(1) Cet alinéa a été reproduit par Sauvaire («/. As., 1882, i, 287); il 
rend les derniers mots par « ses metqàls et ses derhams étaient du 
titre le plus pur ». . 



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- 328 - 

des pieux observateurs delà religion, parmi tous les plùé 
distingués, tant en Orient qu'en Occident, dés mainte-* 
neurs de la foi et des gens marchant dans la voie droite 
et bien dirigée W ô). Le kâdi Ahmed ben Baki, chargé 
de la prière à Gordoue, reçut donc l'ordre d'agir en con^ 
Séquence au prône du vendredi 1 er dhoû'l-hiddja (15 
janv. 929), et les gouverneurs de provinces reçurent la 
dépêche suivante,. dont nous avons gardé le texte tant à 
cause de sa forme que de la valeur sans réplique du fond 
et de la mise au point des faits eux-mêmes : « Au nom 
du Dieu clément et miséricordieux. Ensuite, c'est nous 
qui sommes le plus méritant de ceux qui ont des droits 
absolus, le plus digne de ceux dont la part est le plus 
complète et qu'a recouverts la munificence divine, à raison 
de ce dont Dieu nous a gratifié, des indices dont il nous 
a marqué, de l'élévation de notre pouvoir, de l'emploi 
qu'il a fait de nos mains pour son service, de la réalisa^ 
tion de sa volonté par notre autorité, comme aussi à rai- 
son de ce qu'il a répandu sur la terre notre nom et notre 
haut pouvoir, s'est servi de nous pour rendre public l'es- 
poir des humains, a ramené à nous ceux qui se déro- 
baient et provoqué -leur préférence en faveur de nôtre 
dynastie. Louange à Dieu, Seigneur dès grâces, à raison 
de ce dont il nous a gratifié, le Maitre des faveurs, à rai- 
son de ce dont il nous a favorisé ! Nous avons jugé à pro- 
pos de prendre l'appellation d'Emir el-mouminîn et 



(1) La traduction de ce passage a été donnée par Dozy dans l'Intro- 
duction au texte du Bayân, p. 33. A. en croire la traduction française 
de Mas'oûdi {Prairies d'or, m, 70), « Abd er-Rahmàn. . » se montre 
digne, par sa science, d'être salué du nom d'Emir el-mouminin » ; 
le texte À^Ji* ^ c^^"0H signifie « à qui l'on s'adresse protocolai» 
rement en le traitant d'Emir el-mouminîn ». 



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(d'en prescrire l'emploi) dans les lettres émanant de 
nous ou à nous adressées, vu que tout autre que nous 
s'attribue ce titre à tort, le prend indûment et se pare dô 
ee qu'il n'a pas droit de revendiquer ; vu encore tee que 
nous avons reconnu, qu'un plus long abandon de ce qui 
nous revient constitue la perte d'un droit etla renoncia- 
tion à un titre dont la propriété est certaine. Tu trans-r 
mettras en conséquence au prédicateur de l'endroit l'or-r 
dre d'employer cette appellation, et tu t'en serviras en 
l'adressant à nous, s'il plaît à Dieu. C'est à Lui qu'il faut 
demander le secours. Ecrit le jeudï'tsec] 2 dhoû'l-hiddja 
316(16janv, 929)». 

[P. 213] (b Le commandement de la cavalerie et 
celui de la chorta furent enlevés à Aflah' et à Dorri, l'un 
et l'autre clients d'En-Nâçir, et attribués, le premier à 
'Obeyd Allah Zedjâli, le second à Ahmed ben Aboû 
K'âboûs. Au bout d'un mois, les deux chefs disgraciés 
furent réintégrés dans leurs postes respectifs. 

Ibrâhîm ben Mohammed ben el-Labarki fut chargé du 
service de la garnison (?). 

Ghàlib ben Mohammed ben c Abd er-Ra'oûf fut rem- 
placé dans l'administration du domaine de la couronne 
par Mohammed ben e Obeyd Allah ben Mod'ar, le 29 djo- 
màda II (19 août); ce dernier fut ensuite destitué et rem- 
placé, le 11 dhoû'l-hiddja (25 janv. 929), par Khalaf ben 
Ayyoûb ben Farad} le secrétaire, qui était employé en 
cette dernière qualité par le chambellan Moûsa ben 
Mohammed. 

Mort de Mohammed, fils de l'imâm El-Mondhir ; — du 
juriste Ahmed ben Yahya ben Jf àsim ben Hilâl, homme 
juste et vertueux qui vivait dans la retraite et était très 



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- 330 - 

versé dans la connaissance des actes et de leurs règles***; 

— du juriste Sa e id ben Ibrahim, préposé à la prière dans 
lé canton de MalagaP); — dans le canton de Sîdona, 
dont il était gouverneur, de Mohammed ben Hichàm 
K'orachi, connu sous le nom d'Ibn ech^Ghebânesiyya b): 

- En 317 (14 fév. Ô29) (b sévit la stérilité résultant du man- 
que de pluie, et le prix des vivres monta. En-Nàçir fit 
dire dans la grande mosquée de Ctfrdoue, le vendredi 
29 moharrem (14 mars), c'est à dire dans le mois d'àdhàr, 
les prières pour demander de la pluie, et les mêmes 
cérémonies se firent simultanément dans le moçalla da 
faubourg et dans celui d'El-Moçâra b). 

En-Nàçir dirigea une expédition contre la ville de 
Bîidajoz pour en combattre les habitants ainsi qu'Ibn 
Merwàn, qui s'y était révolté^), (b II sortit en pompe le 
jeudi 10 rebl e I (23 avril), 23 du mois de nisân, et quitta 
le palais de Cordoue b) le samedi 11 rebî e (24 mai), 24 
du mois d'ayyâr, c'est à dire trente-et^un jours après sa 
sortie, et emmena avec lui son héritier présomptif El- 
Hakam el-Mostançir [P. 214] et son fils Mondhir, lais- 
sant dans le palais son fils e Abd el- e Azîz, (b à qui devait 
être adressée la correspondance, le vizir Ahmed ben 
Mohammed ben Hodeyr, et, en qualité de préfet de la 
ville, Ahmed ben c Abd el-Wahhâb ben e Abd er-Ra'oûf b). 
Il établit son camp sous les murs de Badajoz le jeudi 22 
de rebî e II (5 juin), (b et son entourage engagea le combat 
sur les emplacements attenants aux habitations et sur le 



(1) Mention est faite de ce juriste par Ibn el-Faradtii (n'° 96). 

(2) Probablement le juriste que cite le même biographe sous le 
n° 501. 

(3) 11 doit s'agir d'un descendant du célèbre Ibn Merwàn Djàliki 
dont il a été parlé (cf. Mus. d'Esp., n, 34fc). . 



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- 331 - 

seuil des partes; se précipitant dans les faubourgs,. nos 
soldats massacrèrent, dès le lendemain de leur arrivée, 
une quantité d'habitants dont les têtes furent expédiées 
à Gordoue; coupèrent lès arbres des environs, incendiè- 
rent les habitations qu'ils firent évacuer en dehors des 
fortifications et tinrent enfermés les survivants dans la 
ville môme b). Au bout de vingt jours, En-Nâçir, laissant 
poursuivre les opérations par Ahmed ben Ish'âkà la tête 
d'un détachement du djond, se transporta du côté de 
Mérida, où il remit les choses en ordre, (b et où il 
nomma gouverneur Mohammed ben Ish'âk, qui garda 
sous ses % ordres une garnison composée de gens de l'en- 
tourage du prince b). Celui ci alors retourna à Badajoz, 
installa son camp dans un emplacement autre qu'à son 
premier passage et se chargea, par les dommages qu'il 
causa et par la rigueur du blocus, de faire goûter aux 
ennemis les fruits funestes de leur rébellion et les consé- 
quences dejeur égarement et de leur erreur. Puis, lais- 
sant là Ahmed ben Ish'âk à la tête d'un important corps 
d'armée et de guerriers d'élite parfaitement approvision- 
nés, en lui donnant pour instructions de pousser le siège 
avec la plus extrême vigueur, il marcha lui-même vers 
la ville de Béja, sous les murs de laquellejl installa son 
camp (b le dimanche!" djomâdall (12 juillet) b). Il com- 
mença par adresser au chef de cette place, c Abd er-Rah- 
mân ben Sa e id ben Melek, une sommation pour qu'il 
reconnût son: autorité. N'ayant obtenu qu'une réponse 
dilatoire, les machines de guerre furent dressées et les 
plus vives attaques furent dirigées contre la ville: (b 
[P. 215] un grand nombre, de ceux qui la défendaient 
lurent tués, et l'une des tours de la ville s'étant effondrée 
avec ceux qui s'y trouvaient, c§s derniers furent décapi- 



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— 332 - 

tés devant la tente royale 6). Alors c Abd er-Rahmàn, sa 
famille et tous les habitants de Béjâ demandèrent grâce 
à l'émir, s'engageant à s'incliner devant son autorité et 
à reconnaître son pouvoir. Le prince leur accorda l'ani* 
nistie et les fit sortir de la ville pour les expédier à Gor-> 
doue. 11 fit son entrée à Béja, dont il nomma gouverneur 
c Abd Allah ben e Omar [sic} ben Maslama, soùs les ordres 
de qui il laissa une forte garnison avec les approvfeiont 
neraents nécessaires, et qui reçût pour instructions d'élè^ 
Ver dans cette ville une citadelle destinée à abriter le 
gouverneur seul. 

Après avoir séjourné en tout quinze jours devant Béja, 
(b Ëu-Nàçir en repartit pour se rendre à Ocsonoba, pro- 
che du littoral de l'Océan Atlantique, et arriva sous les 
murs de celte ville le 22 djomâda II (2 août). En route il 
s'était rendu maître de Hiçn el-Wik'à e , où se trouvaient, 
appartenant à Khalaf ben Bekr, seigneur d'Ocsonoba, 
des richesses, des approvisionnements et des armes, dont 
s'emparèrent la suite du prince et les soldats, et qui leur 
furent laissés à titre de butin. Des envoyés de Khalaf se 
présentèrent à l'émir pour lui dire le retour de leur maî- 
tre à de meilleurs sentiments, l'obligation qu'il contrac- 
tait de dorénavant obéir et les excuses qu'il invoquait à 
raison de l'éloignemént de la contrée qu'il habitait; il 
envoya en outre les cadeaux d'hospitalité et des rede- 
vances extraordinaires en s'engageant au versement inté- 
gral d'un fort tribut. D'autre part, les habitants du pays 
manifestaient un vif attachement pour lui et parlèrent 
avec éloge de son administration, de sorte qu'En-Nâçir 
le confirma dans son poste en lui imposant le versement 
annuel du tribut auquel il s'était engagé, l'obligation de 
continuer une sage et douce administration, ainsi que de 



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nfepas recevoir d'insoumis ni accueillir de fugitif s.. Kfaar 
laf prit tous ces engagements et se conforma à ce qui lui 
était imposé. / 

En-Nâçir repartit d'Ocsonoba lé samedi 27 djomâda II 
(7 août) et rentra dans son palais à Cordoue le dimanche 
Î4 rédjeb> après avoir fait eampagne pendant quatre-- 
vingt-treize jours. 

[P. 216] EN-NAÇIR SE REND EN HIVER A BOBASTRO 
POUR EXAMINER CETTE PLACE. 

Le prince fit, en cette année, une absence du palais 
Ën-Nâ e oûra pour aller examiner Bobastro et voir de ses 
yeux à quoi en étaient les constructions et le degré 
d'avancement des mesures qu'il avait prescrites, (b ij 
partit de Monyet en-Nâ e oûra le jeudi 13 cbawwâl (19 
nov.jet arriva à.la montagne de Ôobastro le jeudi 19 [sic ; 
lisez 20] de ce mois. Il pénétra dans la ville qu'il parcou- 
rut,, et résolut les diverses affaires qui avaient provoqué 
son déplacement. Il en repartit le lendemain et rentra 
au palais d'En-Nà'oûra le mardi 25 chawwâj, b) ayant 
fait une absence totale de treize jours. 

Maints succès furent remportés au cours des engage- 
ments qui eurent lieu avec les habitants de Badajoz, et 
Ahmed ben Ish'âk envoya soixante-dix prisonniers .qu'il 
leur avait faits, et qui périrent par la çnain du bourreau 
devant le palais à Cordoue. 

La ville de Xativa, dans la région de Valence, fut con- 
quise; c Amir ben Aboû Djawchen dut apporter sa sou- 
mission (b entre les mains de Dorriben c Abd er-Rahmân, 
chef de la chorta, mais il stipula qu'il continuerait dtia-. 



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- 334 - 

bîtèr à Sôntéèria hj* viJLfi tf). jasqa'â ce qu'il commettait 
à transporter ses meubles et ses enfants à Gordoue. - 

e Abd el-Melik ben c Omar ben Choheyd et e Isâ ben 
Ahrùieé ben Aboû e Abda furent nomoaés vizirs par le 
prinee ; Sa e id ben Sa c îd bçn Hodeyr fut nommé comman- 
dant du second corps de la choria, fonctions qui furent 
créées à ce moment. Khâled ben Omeyya ben Ghoheyd fat 
pour la seconde fois nommé gardien (du trésor); c Abd 
er-Ra'oûf ben Ahmed ben e Abd el-Wahhâb fut chargé 
du service dès plàcetsô). '' •" 

L'année 318 (3 fév. 930) vit la conquête de Badajoz. 
(h Quand les habitants de cette ville et leur chef Ibn Mçr- 
wân se trouvèrent serrés de près et que, pour soutenir 
cette longue lutte, ils eureqt perdu leurs guerriers, 
épuisé toutes leurs ressources, que, d'autre part, tous 
leurs arbres étaient coupés, [P. 217] quand ils recon- 
nurent avoir, affaire à une fermeté sans défaillance, à une 
ardeur contre laquelle ils ne pouvaient rien, ils deman- 
dèrent grâce, et réclamèrent leur pardon à En-Nàçir, 
qui se montra aussi bon pour eux que pour ceux qui les 
avaient précédés dans cette voie 5). Ibri Merwàn le Gali- 
cien, ainsi que sa famille et les plus puissants de ses 
partisans, furent en conséquence éloignés de cette ville 
et installés à Cordoue, où de hauts grades militaires 
leur furent attribués. Quant à Badajoz même, En-Nâçir 
nomma un gouverneur dans sa nouvelle possession, qui 
fut traitée comme les autres cantons. 

En~Nâçir envoya des gens de confiance de son entou- 
rage ainsi que des juristes sérieux et capables; de sa 



(1) Il est parlé de cette ville par le Merâçid (n, 129). Edrisi n'en dit 
rien. 



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- 335 - 

capitale; aux Tolédans pour lés inviter et les sommer 
de rentrer dans l'obéissance et d'agir comme les autres 
membres de la communauté des fidèles-: ils ne payaient 
en effet p$s le tribut, ne s'astreignaient pas à l'obéis- 
sance et ne s'abstenaient ni d'actes défendus ni d'in- 
soumission. La réponse, qui consista en excuses falla- 
cieuses, convainquit En-Nàçir de leur duplicité et de 
leur refus d'obéir, et,- se décidant à faire campagne 
contre eux, il se prépara à les attaquer et à leur faire 
sentir la puissance de son bras. -Il fit donc sa sorfie 
solennelle pour une expédition d'été au commencement 
de rebi* II 318 (mai 930), c'est à dire au mois de nlsàn, 
et se" fit précéder par un important corps d'armée conûé 
au vizir Sa c îd ben el-Mondhir, que suivirent aussi dé 
noiiibreuses bandes. Sa c îd avait ordre de camper soua 
lés murs de Tolède et d'en faire le blocus, en attendant 
d'être rejoint par l'émir à la tête de toutes ses troupes et 
des diverses catégories des gens formant son entourage. 
Parti le samedi 21 rebi e II (23 mai)» le vizir s'avança à 
marches forcées, et sitôt qu'il eut établi son camp dans 
la plaine voisine de Tolède, il entreprit le blocus de 
cette ville, ainsi qu'il en avait reçu Tordre, avec une 
résolution et un zèle extrêmes. Quant à l'émir, il se mit 
en marche le jeudi 2 djomâda II (2 juillet) (b 29 ayyâr, 
emmenant avec lui son héritier présomptif El-Mostançir 
et son fils Mondhir, mais laissant dans le palais son 
autre fils e Àbd el- e Azîz pour recevoir la correspondance, 
ainsi que le vizir Ahmed ben Mohammed ben Hodeyr, 
[P. 218] et, en qualité de préfet de la ville, Ahmed ben 
c Abd eï-Wahhâb ben e Abd er-Ra'oûf . 
t Pendant qu'il était en route et campait à Algodoz (*), 
(1) C'est ainsi que, dans ses Corrections, Dozy lit le nom, de cette 



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- 336 ~ 

proche du chôteau-fort dé Mora ij y, dont les Tolédans 
s'étaient emparés ef avaient fait à là fois une cause d'in- 
quiétude pour les musulmans et un point d'appui pour 
les malfaiteurs, — il envoya au Tolédan qui y comman- 
dait, Mot'af rif ben e Abd ér-Rahmàn ben H'abib, un mes- 
sage* chargé de l'avertir, môrpe, en employant lès-. 'mena- 
naces, qu'il eût à sortir dé ce château et à en opérer la 
remise, Mot'af rif obéit aussitôt sans chercher aucun fau* 
prétexte ni montre}' la moindre velléité de résistance ; il 
quitta la place, qu'En-Nâçir fit occuper. Le prince, pour- 
suivant sa marche à la. tête de ses troupes et toujours 
çtnimé d'une implacable résolution, parvint à l'étape de 
Djarankas W, près Tolède, le mardi 14 djomàda I (13 
juin). Dominant de là la plaine de Tolède, le fleuve, les 
jardins et les Vignobles de cette ville, il chercha l'en- 
droit le meilleur pour en faire sa base d'opérations et lé 
lieu le plus rapproché pour infliger aux habitants toutes 
les angoisses d'un siège rigoureux. Le cimetière, proche 
Ja porte de la ville, lui ayant paru constituer le point 
d'où il pourrait faire le plus de mal et pousser le siège 
de plus près, il s'y installa Je lendemain et commença à 
faire aux rebelles un mal inimaginable b). Jt resta là 
pendant trente-sept jours sans discontinuer ses dévasta- 
tions, coupant les arbres, pillant et ruinant les bourga- 
des, anéantissant toutes les cultures. Puis il donna l'or- 
dre d'élever sur la montagne de Djarankas une ville 
qu'il nomma El-Fath' (la victoire), et confia ce soin au 
vizir Sa e id ben el-Mondhir ; ce fut là qu'il fit transporter 



rivière, qu'il avait ailleurs (Mus. d'Esp., H, 349) orthographié Algodor, 
forme qui figure aussi sur la carte de l'atlas Stieler.. 
(1) Ce nom est ici orthographié ^XjL^.; dans V'Ikd (n, p. 381)» 



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- 337 - 

les boutiques, ce fut là l'endroit qu'il traita eu ville, car 
c'était là que les soldats se procuraient tout ce qui leur 
était utile. Mohammed ben Sa c id ben el-Mondhir (b fut 
placé à la Porte du ponU 1 ) avec des gens de l'entourage 
royal, et ces deux chefs eurent ordre de mettre la plus 
grande ardeur à combattre. Pendant qu'En-Nàçir était 
dans son camp sous Tolède, il reçut la visite des deux 
chefs des châteaux de Canelas et d'Alfamint 2 ), [P. 2 19] 
qui vinrent reconnaître sa souveraineté : il les fit trans- 
férer à Cordoue en donnant Tordre de les traiter géné- 
reusement et de fournir tout ce qui était nécessaire pour 
leur déménagement et leur voyage 6). Le jeudi 23 djo- 
raâda II (23 juillet), lui-môme quitta Tolède pour rentrer 
dans son palais de Cordoue le lundi 4 re.djeb, après une 
campagne d*une durée de soixante-et-un jours. 

(b T'arafa ben c Abd er-Rahmân, préposé à la cuisine 
(royale), fut chargé du service des successions. La con- 
servation des magasins militaires fut confiée à Ahmed 
ben Abân ben Hâchim et à Hafç ben Sa c îd ben Djâbir. 

Mort d'un fils d'En-Nàçir du nom de Mohammed ; — 
d'Omeyya ben Mohammed ben Omeyya ben e Isa ben 
Choheyd ; — de Hâchim ben Mohammed Todjibi ; — de 
Mohammed ben Ibrahim ben el-Djebbâb, juriste préposé 



(1) Dans le texte, bâb el-kantara. M. Amador de los Rios distingue 
à Tolède les deux ponts el-kantara, qui était à arches et en pierre, et 
el-djisr, qui était formé par des bateaux. C'est- de ce dernier, dit-il, 
qu'il est question ci-dessus, p. 112 1. 15, 138 1. 19, et 157 1. 12 {Los 
puentes de la antigua Toledo, in Revista de archivos, 1903, p. 441 et s.). 

(2) Le premier de ces noms est écrit ^JLLwii . Le Merâcid men- 
tionne aussi un ^xJu^i dans la région de Carmona (n, 457 ; cf. 
Simonet, p. 134). Quanta Alfamin ^v^.^.aJ\, il en est' question dans 

Edrisi (p. 211 et 229) et dans le Merâcid (il, 369). 

22 



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- 338 - 

à la rédaction des actes W, le lundi 3 ramadan; — de 
Çoheyb ben Menî e , kâdi de SévilleW; — d'Aboû Ghâlib 
Merwân ben e Obeyd Allah ben Besîl b). 

En 319 (24 janv. 931), (b on sortit les grandes tentes 
(royales) et les tentes ordinaires pour les porter au cam- 
pement situé au Nord du Guadalquivir et connu sous le 
nom de Plaine des tentes royales (fahç es serâdik)®). 
En-Nâçir ensuite se rendit au môme endroit à raison de 
la campagne qu'il projetait contre Tolède ; mais il ne 
donna pas suite à ce dessein, et se contenta de laisser 
poursuivre les opérations par les officiers qu'il avait 
chargés du siège. Néanmoins il leur envoya des renforts 
considérables en cavalerie, en approvisionnements et en 
armes, ainsi que des recommandations d'avoir à faire 
tous leurs efforts et à déployer tout leur zèle et leur 
résolution pour accabler les fauteurs de désordres qui 
résidaient dans cette ville b). 

{a En cette année 319, Moûsa ben AboiVl- c Afiya, prince 
du Gharb, écrivit à En-Nâçir pour lui faire savoir son 
désir de contracter amitié avec lui et de le reconnaître 
pour son suzerain, ajoutant qu'il s'efforçait de lui conci- 
lier les sympathies des populations du Gharb qui l'avoi- 
sinaient. Il fut fait à cette demande le plus gracieux 
accueil, et il y fut répondu par un envoi de vêtements 
d'honneur et de sommes d'argent, secours qui mirent 
Moûsa en état de lutter victorieusement avec Ibn Aboû'l- 
r Aych et d'autres. Aussi à partir de ce moment [P. 220] 



(1) Il ne figure ni dans Ibn Farhoun ni dans la Bihl. ar. hisp. 

(2) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n° 856) et par Ibn 
Faradhi (n à 602). 

(3) C'est un emplacement qui servait de lieu de plaisance et dont il 
est dit quelque chose in Makkari, i, 309. 



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- 339 - 

les affaires de Moûsa dans le Gharb prospérèrent, de 
nombreuses tribus berbères se joignirent à lui, il conquit 
la ville de DjorâwaW et en chassa El-Hasan ben Aboû'l- 
e Aych ben Idrîs TAlide. Entre lui et ce dernier prince il y 
eul de terribles combats ( 2 ). 

En la même année, En-Nâçir se rendit maître de la 
ville de Ceuta, où il mit une garnison et qu'il fortifia par 
des constructions; il employa le tuf dans l'édification des 
murs d'enceinte et installa dans cette place les officiers 
et les hommes du djond qu'il choisit ( 3 ). Ceuta devint 
pour l'Espagne la clef et la porte du Gharb et du littoral 
africain, de la même manière qu'Algéziras et Tarifa for- 
maient pour le littoral africain la clef qui ouvrait la porté 
de l'Espagne. Le prône y fut prononcé au nomd'En-Nâçir 
le 3 rebî c I de cette année (26 mars 931). 

(b Les officiers qui assiégeaient Tolède apprirent que 
leurs ennemis préparaient une sortie pour tâcher de 
tomber sur quelque point faible des pays- frontières mu- 
sulmans. Mais le vizir Ahmed ben Mohammed ben 
Hodeyr, étant parti de Cordoue à la tête d'un certain 
nombre d'hommes de l'entourage royal et de musulmans 
armés à la légère, les ennemis de Dieu, au reçu de cette 
nouvelle, renoncèrent â leur projet et ne bougèrent pas 
de leur ville, de sorte que, grâce à Dieu, nous n'eûmes 
pas à souffrir de leur perfidie. Le kàïd [et vizir] Ahmed 
ben Mohammed ben Hodeyr arriva alors devant Tolède 
et joignit ses efforts à ceux des officiers spécialement 
désignés pour en faire le siège. 



(1) C'est ainsi qu'il faut prononcer le nom de cette ville, et non 
Djeràwa (voir le Merâcid et le Lobb el-lobâb, et cf. Edrisr, p. 91). 

(2) Sur ces événements, cf. le t. i, p. 287. 

(3) Voir le 1. 1, p. 289, et les auteurs cités ; Dozy, Mus. d'Esp., m, 49. 



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- 340 — 

Le samedi 2 djomâda I (23 niai), Ahmed ben Moham- 
med ben Elyâs et Yoûnos ben Sa c id partirent à la tête 
d'une flotte chargée d'approvisionnements et où de nom- 
breux bâtiments transportaient quantité de guerriers et 
de matelots de toutes catégories. Passant par le port 
d'Algéziras, ils allèrent débarquer sur le littoral africain 
et assiégèrent Ibn Aboû'l- c Aych, qui exerçait des hosti- 
lités contre ceux de ce pays qui avaient reconnu la suze- 
raineté du Prince des croyants, et combattait ouverte- 
ment Moûsa ben Aboû'l- c Afiya, partisan de ce dernier et 
soutien de ses droits. Mais l'hiver qui survint empêcha 
la continuation du siège, et ces deux chefs s'éloignèrent 
avec leurs vaisseaux et les guerriers qui s'y trouvaient. 

De préfet de la ville, Ahmed ben f Abd el-Wahhâb ben 
r Abd er-Ra'oûf devint vizir, et [P. 221] Yahya ben 
Yoûnos Kobrosi fut nommé au premier poste, le 1 er djo- 
mâda I (22 mai). Mais comme Yahya se montrait trop 
irascible et trop violent à regard des malfaiteurs, le 
vizir e Abd el-Hamîd ben Besil le remplaça en chawwâl 
(oct.-nov.). 

c Abd el-Wahhâb ben Mohammed ben c Abd er-Ra'oûf 
fut chargé du service des placets, et l'administration des 
domaines royaux fut confiée conjointement à Mohammed 
ben f Abd Allah ben Mod'ar et à e Abd Allah ben Mo'âwiya 
ben Bozeyl. 

Ahmed ben Hâchim ben Ahmed ben Hâchim, client de 
l'héritier présomptif El-Mostançir, fut nommé, sous la 
haute direction de celui-ci, gouverneur d' c Abla et de 
Finana dans le canton d'ElviraW. 

Mort, le mercredi 6 cha c bân, à l'âge de quatre-vingt- 



(1) Ces deux localités sont sur la route de Pechina à Grenade (Edrisi, 
p. 246, reproduit par Simonet, Description, 144). 



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- 341 - 

sept ans, d'Aboû'l-Dja'd Aslem ben c Abd el- c Aziz ben 
Hùchim ben Khâlid ben c Abd Allah ben Hoseyn ben 
Dja c d ben Aslem ben Abân ben c Amr, lequel c Amr était 
client d' c Othmân ben c Affân. Aboû'I-Dja e d Aslem était 
grand kâdi à Cordoue, avait voyagé et suivi les leçons 
de divers savants. Il était peu traitable et appliquait le 
droit à ses chefs; il n'ç^erça pas ses fonctions de kâdi 
jusqu'à sa mort, à raison de son grand âge et de ce qu'il 
n'était plus capable de rédiger les jugements qu'il ren- 
dait (*>. 

Mort du juriste Fad'l ben Selama Bedjâni, qui avait 
reçu les leçons [de bons maîtres] et qui est auteur de 
bons livres (2 ) ; — du juriste et traditionnaire Mohammed 
ben Fot'ays, à ElviraW ; — d'Ahmed ben H'àmid Zedjâli, 
en djomâda I (mai-juin 931). 

Mort, le 21 dhoû'l-hiddja, d'Es-Seyyida, qui était fille 
de l'imâm e Abd Allah. Pendant que le jeune En-Nâçir, 
avant de monter sur le trône, était élevé au palais sous 
les yeux de son grand-père c Abd Allah, cette princesse 
l'avait plus d'une fois accusé et desservi auprès de 
l'imâm c Abd Allah, son père à elle. Aussi s'attendait-elle 
bien à ce qu'En-Nâçic, après son avènement, la punirait 
et lui rendrait le mal dont elle s'était rendue coupable à 
son égard ; mais ce fut le contraire qui se réalisa : En- 
Nâçir la traita avec faveur, et lui accorda une influence 
plus grande qu'à aucune personne de sa famille ou à ses 
cousines, de sorte qu'elle les éclipsa toutes. 

[P. 222] Mort, le samedi 18 dhoû'l-hiddja, d' c Obeyd 



(1) Voir ci-dessus, p. 259. 

(2) Des articles lui sont consacrés par Dhabbi (n° 1283) et par Ibn 
el-Faradhi (n° 1040). 

(3) Voir les articles de Dhabbi (n° 252) et d'Ibn el-Faradhi (n- 1203). 



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— 342 - 

Allah ben Fihr, qui avait été chargé du gouvernement 
de diverses provinces et était général b). 

En 320 (13 janv. 932), En-Nàçir entreprit contre Tolède 
une seconde expédition, (ô qui aboutit à la conquête de 
cette ville. Il fit sa sortie solennelle au commencement 
de djomâda II 320, au mois de hazlràn, et partit le samedi 
14 redjéb (21 juillet), le 11 de tamoûz, en compagnie de 
son héritier présomptif El-Mostançir, laissant au palais 
son fils e Abd el- e Azlz, à qui devait parvenir la correspon- 
dance, et les vizirs Ahmed ben Mohammed ben Hodeyr 
et e Abd el-Hamîd ben Besîl, ce dernier préfet de la 
ville b). 

Quand les Tolédans s'étaient vus bloqués et serrés de 
près par des officiers qui ne lâchaient pas pied, ils 
avaient fait des levées et cherché des recrues chez les 
infidèles dans l'espoir de se procurer ainsi une aide suf- 
fisante M. Mais cela ne leur avait servi de rien, ni n'avait 
pu éloigner le châtiment qu'ils méritaient, et ces efforts 
n'aboutirent qu'à une honteuse déconvenue : les assié- 
geants en effet marchèrent contre les infidèles qui, bat- 
tus et dispersés, durent s'enfuir vers ceux qui avaient 
sollicité leur concours et espéré en leur aide. Alors les 
Tolédans, désespérant de plus trouver personne qui les 
mît à l'abri de la puissance divine ou qui les protégeât 
contre les maux dont Dieu les affligeait depuis longtemps, 
réclamèrent leur pardon à l'émir et lui demandèrent 
humblement l'amnistie. Tel fut le motif pour lequel En- 
Nâçir partit à la date précitée à l'effet de recevoir la 
soumission des Tolédans, d'établir son autorité dans 



(1 ) Allusion au secoure cherché par les Tolédans auprès de Ramire II 
de Léon {Mus. d'Esp., n, 349, et ni, 51 ; Ibn Khaldoun, éd. Boulak, 
iv, 141). 



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- 343 — 

leur ville et de procéder à l'examen des mesures défini- 
tives à prendre, (b II établit son camp â Djarankas le 
mercredi 25 redjeb (1 er août), mais il avait été déjà pré- 
cédé dans cette localité par le chef de la ville, Tha e leba 
ben Mohammed ben e Abd el-Wârith, qui était venu au- 
devant de lui [P. 2S3J pour confesser son ignorance et 
demander le pardon de son # erreur. En-Nâçir se montra 
indulgent et le couvrit de sa grâce; il amnistia égale- 
ment les Tolédans, qui se présentèrent alors au camp 
pour s'y procurer les commodités de la vie et y acheter 
les vivres de la privation desquels ils souffraient depuis 
longtemps, par suite du siège. Ces gens apprirent ainsi 
à connaître les avantages de la sécurité succédant à la 
crainte, de l'abondance à la suite du besoin, de l'expan- 
sion après la contraction b). Le lendemain de son arri- 
vée, le prince monta à cheval et fit son entrée à Tolède, 
qu'il visita dans toutes ses parties : il constata la force 
des fortifications, la hauteur de l'emplacement, l'enche- 
vêtrement des montagnes dans la cité même, les diffi- 
cultés d'accès dans toutes les directions, rivière ou pentes 
abruptes, le grand nombre des habitants, et cet examen 
ne fit qu'augmenter la reconnaissance qu'il devait à Dieu 
pour lui avoir donné cette place au prix d'efforts peu 
considérables ; il dut reconnaître que, sans le zèle et la 
résolution déployés, cette place n'aurait pu être emportée, 
tant à raison de la force qu'elle tenait de la nature et de 
la main de l'homme que de l'habitude des habitants de 
soudoyer les infidèles, de rechercher chez eux protection 
et secours contre leurs propres gouverneurs. Combien 
de rois n'avait elle pas lassés, les armées restant impuis- 
santes et les expéditions devant se retirer sans avoir rien 
pu obtenir! Mais la faveur divine s'étendant sur l'émir 



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— 344 - 

et le fortifiant, lui permit d'en devenir maitre. (b II prit 
ensuite les mesures nécessaires pour assurer l'édification 
de constructions solides et bien conditionnées destinées 
à abriter les officiers qui auraient à y demeurer et à 
maintenir les habitants. Ce fut le kâïd Dorri ben c Abd 
er-Rahmân qui fut chargé de ce soin, et la place reçut 
une forte garnison abondamment approvisionnée d'ar- 
mes et de tout le nécessaire. A plusieurs reppises En- 
Nâçir retourna dans la ville, y fit faire les démolitions 
nécessaires, et pendant huit jours surveilla l'achèvement 
de ce qu'il avait ordonné et l'exacte mise à exécution de 
ses volontés: on jeta les fondements des bâtisses, les 
habitants recouvrèrent la tranquille jouissance de leurs 
demeures, [P. 224] les boutiques se rouvrirent, les 
marchés, aussi bien que le pourtour dés habitations et 
les portes des mosquées purent être fréquentés en toute 
sécurité b). En-Nâçir repartit de son camp sous Tolède 
le samedi 6 cha c bân (12 août) et rentra dans son palais 
à Cordoue le samedi 19 [sic] de ce mois, après une cam- 
pagne de trente-six jours. 

(b En-Nâçir répandit ses générosités sur les diverses 
classes et catégories de guerriers, du djond et des gens 
de son entourage qui avaient assisté avec lui à la prise 
de possession de Tolède. Il procéda simultanément à la 
circoncision de quelques-uns de ses jeunes fils. 

Il révoqua de leurs fonctions de gardiens du trésor 
Mohammed ben c Abd Allah ben Hodeyr et e Abd er Rah- 
mân ben c Abd Allah Zedjâli. De ce même poste Ahmed 
ben c Isa ben Aboû c Abda fut transféré à celui de com- 
mandant militaire de Pechina ajUr? d). Khâled ben Oraeyya 

(1) Ancienne capitale de la province cPAlmeria (cf. Edrisi, 245; 
Simonet, Description, p. 136 et 145 ; Merâcid, i, 127, etc.) 



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-ôo ja 



nrr?w 



- 345 _ 

ben Choheyd et Mohammed ben Djahwar ben f Abd el- 
Melik furent confirmés en qualité de trésoriers, et leurs 
deux collègues révoqués furent remplacés par Seken ben 
Ibrahim et Ahmed ben Mohammed ben Mostanir. 

Sa e id ben el- K'âsim, oncle maternel de l'émir, fut pré- 
posé au service des placets. 

Le 11 chawwâl (15 oct.), Fot'ays ben Açbagh fut nommé 
préfet de la ville. 

Mohammed benK'àsim ben T'amellèsMfut préposé au 
service des placets. 

Le samedi 4 chawwâl (8 oct.), la direction de Phôtel 
des monnaies fut enlevée à Ahmed ben Mohammed 
ben Moûsa ben Hodeyr et confiée à Yahya ben Yoûnos 
KobrosiP). 

Mort d'Ahmed ben Aboû Nawfel K'orachH 3 ), c'est à 
dire d'Ahmed ben Moh'àrib ben K'at'an ben c Abd el- 
Wàhid ben K'at'an ben e Açma ben Anîs ben c Abd Allah 
ben Djah'wân ben e Amr ben H'abîb ben c Amr ben Chey- 
bân ben Motfârib ben Fihr: il vivait à l'écart du monde 
et en ascète, et atteignit l'âge de soixante-quinze ans. 

Mort du chambellan Moûsa ben-Mohammed ben Ho- 
deyr, âgé de soixante-cinq ans, dans la nuit du samedi au 
dimanche 15 çafar (26 fév. 932) après la prière du magh- 
reb; — [P. 225] d"Obeyd Allah ben <Abd Allah Zedjâti, 
préposé aux successions et aux bâtiments, en ramadan 
(sept.), à l'âge de quarante-et-un ans; — d'Ahmed ben 
Mohammed Zedjâli, qui s'était mis au service [du prince], 



(1) J'ai orthographié ce nom d'après le Kamoûs; Dozy récrit 
Tomlos, avec les voyelles qu'indique le ms, et de Slane, Tamlès. 

(2) Cet alinéa est traduit par Sauvaire, qui prononce le mot Ko- 
brosi (?) « el-Qabarty ? » {J. As., 1882, i, 287). 

(3) Il ert l'objet d'une brève mention dans Dhabbi (n° 466). % 



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- 346 - 

et qui avait des connaissances et de la promptitude d'es- 
prit; — d ,e Imrân ben Aboû e Omar le bouffon, qui était 
aveugle; cet homme, qui jouait le rôle de plaisant et de 
bouffon, fréquentait les cours et trouva bon accueil auprès 
d'En-Nâçir, qui l'appelait auprès de lui dans ses moments 
de repos b). 

En 321 (1 er janv. 933), la nouvelle parvint à Cordoue 
qu'Aboû'l-Mançoûr [SemghoûK 1 )] ben el-Mo e tazz, jeune 
garçon de treize ans, était devenu gouverneur de Sidjil- 
mâssa; au bout de deux mois, son cousin paternel Mo- 
hammed ben el-Fath* se révolta contre lui, le chassa et 
s'empara de la ville ; il prit le titre d'emîr el-mou'mintn 
et, au bout d'une vingtaine d'années W, le surnom d'Ech- 
Châkir lillàh. Les dinars châkiriyya sont ceux que fît 
frapper ce prince < 3 ). 

En 322 (22 déc. 933), on apprit à Cordoue la mort du 
prince d'Ifrîkiyya c Obeyd Allah le Chi c ite, surnommé le 
Mehdi, et l'intronisation de son fils Aboû'l-Kâsim, sur- 
nommé El- K'â'im bi-amr Allah <*). 

En 323 (11 déc. 934), le Slave Meysoûr, officier du prince 
d'Ifrîkiyya Aboû'l-Kâsim le Chi c ite, se présenta sous les 



(1) J'ajoute ici ce nom tel qu'il est orthographié dans le t. i # p. 298 ; 
c'est le même, vraisemblablement, qui figure sous la forme Semgou 
dans Bekri et dans YHist. des Berbères. 

(2) En 342, d'après le 1. 1, p. 298. 

(3) Sur ces événements, cf. le 1. 1, p. 298 et 322 et les notes. Ce qui 
a trait à la frappe des dinars a été reproduit par Sauvaire, J. As., 
1880, i, 465 ; cf. Bekri, p. 335 ; le Kartàs, p. 55 du texte ; Berbères, 
i, 264. — Sous Tannée 321, une campagne dirigée par 'Abd el-Hamîd 
contre Yahya ben Dhoû'n-Noûn amena la soumission de celui-ci 
{'Ikd, il, 382). 

(4) Voir t. i, p. 300. — En l'année 322, une campagne fut dirigée 
contre Mohammed ben Hichàm, à Saragosse, contre Pampelune, etc. 
('Ikd, ii, 383 ; Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 142 ; Mus. d'Esp., ni, 51 ; 
Recherches, 3* éd., i, 155). 



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- 347 - 

murs de Fez, dont les habitants luttèrent contre lui pen- 
dant sept mois sans qu'il pût venir à bout de leur résis- 
tance. Il assiégea ensuite Ibn Aboû'l- e Afiya et obtint pour 
cela l'aide desBenoû Idrîs. Ibn AboûVAfiya dut s'enfuir 
dans le désert, et tout ce qui lui appartenait tomba entre 
les mains des Benoû Idris, princes dont nous avons déjà 
tait l'histoire* 1 ). 

En 324 (30 nov. 935), eut lieu en Ifrikiyya la révolte 
contre Aboû'l-Kàsim le Chi'ite de Makhled ben Keydâd. 
Ce soulèvement se produisit dans les montagnes de l'Au- 
rès, où se trouvent de nombreuses forteresses occupées 
par les Hawwâra et autres peuples qui professent les 
doctrines khâredjites ( 2 >. 

En 325 (19 nov. 936), EnrNâtfir donna Tordre d'édifier 
la ville d'Ez-Zahrà, où chaque joyr six mille pierres 
équarries étaient mises en œuvre, en outre des moellons 
employés dans les fondations, ainsi que je le dirai plus 
loin 0). . 

En 327 (29 oct. 938), [P. 226] à l'extrémité du Gharb 
s'éleva, à la suite de la mort de son père, [ c Isa ben e Abd 
Allah] Aboû'l-Ançàr ben Aboû e Afir Berghawât'i (*), qui 



(1) Voir là-dessus le t. i, p. 301 et s. ; Annales du Maghreb, p. 320, 
et les auteurs ci lés. 

(2) Voir le 1. 1, p. 313 et s. ; Annales, p. 323; Mus. d'Esp., m, 66, etc. 

(3) Sur la construction d'Ez-Zahrà, cf. Mus. d'Esp., ni, 92, ainsi 
qu'Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 144. — Ce dernier auteur, sous 
Tannée 325, mentionne aussi la révolte d'Omeyya ben Ish'àk à Santa- 
rem, ainsi que des expéditions contre les villes de Saragosse et de 
Calatayud et contre Tota, reine régente de Navarre (éd. Boulak, iv, 
139 et 140; ci. Dozy, Mus. d'Esp., m, 56; Recherches, i, 182 de la 
2* éd., ou 166 de la 3* éd.). 

(4) Les mots entre crochets sont ajoutés d'après ce qu'on trouve 
dans le 1. 1, p. 324 et 327, cf. 313; voir encore Bekri, p. 301 et 305; 
htibçâr, tr. fr., p. 158; Annales du Maghreb, p. 379. Le nom 'Afîr 
ou 'Ofeyr est écrit Ghofeyr par Bekri. 



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- 348 - 

observait ses engagements et ses promesses. Ce fut lui 
qui envoya en ambassade Zemmoûr Berghawât'i à El- 
Mostançir fils d'En-Nàçir. 

En 329 (6 oct. 940), le kâïd Ahmed ben Mohammed ben 
Elyàs acheva la ville de Sektàn (*), où il mit une garnison 
et qu'il approvisionna de vivres et d'armes. En-Nâçir 
envoya le kàïd Ahmed ben Ya e la ( 2 ) avec des personnes 
de rangs divers provenant de son entourage à l'effet 
d'aller rejoindre le premier chef dans cette ville, où Ibn 
Ya c la arriva en çafar (décembre). Le 1 er djomàda I (1 er fév. 
941), on apprit le succès de celui-ci, gouverneur de la 
ville qui venait d'être bâtie : il avait de là pénétré dans 
le territoire du roi chrétien Rodmir (Ramire II), et y 
avait tué et réduit en captivité un certain nombre d'enne- 
mis. La lettre qu'il adressa à Cordoue était accompagnée 
de deux cents captifs chrétiens. Ce fut là le premier suc- 
cès par lequel Ibn Ya'la rabattit l'orgueil du chrétien 
RodmîrW. 

En 330 (26 sept. 941), au mois de moharrem, la constel- 
lation de Zoubàna (pinces du Scorpion) s'éleva à l'hori- 
zon occidental de Cordoue vis à vis le Scorpion en s'éloi- 



(1) La même que Sekyàn des Annales du Maghreb, p. 24.4 ? 

(2) Cet officier était gouverneur de Badajoz (Dozy, Notices, p. 140; 
Mus. d'Esp,, ni, 65). 

(3) L'année 939 (327 de l'hégire) vit une terrible défaite infligée à 
En-Nàçir par les chrétiens, et sur laquelle notre auteur est absolu- 
ment muet ; voir l'article « Batailles de Simancas et d'Alhandega » 
in Dozy, Recherches, 3* éd., I, 156 ; cf. Mus. d'Esp., ni, 62 ; ce savant, 
sans parler du texte d'Ibn el-Athîr {Annales, p. 323), ni de celui des 
Notices (p. 150 ad f.), a cru qu'Ibn Khaldoun et Mas'oûdi sont seuls 
parmi les auteurs musulmans à rappeler la défaite du khalife omey- 
yade. J'ajouterai qu'on en retrouve encore le récit, dans une rédac- 
tion à peu près identique à celle de Mas'oûdi, dans la portion de 
l'ouvrage géographique de Bekri actuellement conservée à Paris (vas 
ar. 5905, f. 150 ; c'est une copie moderne très médiocre). 



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- 349 - 

gnant de celui-ci et paraissant à la vue tout près de 
toucher la sphère (?) supérieure. Cela fut vu pour la pre- 
mière fois dans la nuit du vendredi au samedi 27 mohar- 
rem ou 16 octobre, et la constellation continua de s'éle- 
ver de plus en plus haut dans le ciel jusqu'à ce qu'elle 
disparût (*). 

En 331, le jeudi 5 çafar (20 oct. 942), le vizir et kâïd 
Ahmed [ben Mohammed] ben Elyâs fit son entrée à Cor- 
doue, de retour de l'expédition qu'il avait entreprise du 
côté de la frontière et pour laquelle il était parti à la fin 
de chawwâl 330 (mi-juillet 942), c'est à dire que son 
absence avait duré trois mois et deux jours. Il avait 
envahi le canton de Todmîr ( 2 ), avait mis fin à la confu- 
sion où se débattaient les habitants et ramenait des 
otages prélevés chez certains d'entre eux. Son influence 
avait exercé les effets les plus favorables. 

Une forte crue du fleuve de Cordoue endommagea le 
pont de celte ville. 

En 332 (4 sept. 943), En-Nâçir envoya le kâïd Ahmed 
ben Mohammed [P. 337] ben Elyâs en expédition con- 
tre la Galice; ce général envahit le territoire ennemi, où 
il enleva du butin et détruisit plusieurs châteaux-forts 
par l'incendie, après quoi il se retira. 

Un violent tremblement de terre se fit sentir à Cordoue 
dans la nuit du dimanche au lundi 9 dhoû'l-ka f da (15* 
juillet 944); jamais on n'avait ressenti d'aussi vives 
secousses non plus qu'on n'en avait ouï parler. Elles 



(1) Il est aussi parlé d'un phénomène céleste en Tannée 939, proba- 
blement une éclipse, et qui ne peut être le même que celui-ci, par 
Sampiro (in Recherches de Dozy, 3* éd., i, 158, n. 1, et cf. p. 162). 

(2) Ce nom de Todmîr, c'est à dire Murcie, me paraît être employé 
ici à tort. 



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- 350 - 

eurent lieu après la dernière prière du soir et durèrent 
une heure. La population, excessivement effrayée, se 
réfugia dans les mosquées, adressant au ciel de bruyan- 
tes invocations pour lui demander la fin de cette épreuve, 
et les prières finirent par être exaucées. Le lendemain 
matin se produisit un ouragan, suivi bientôt d'un autre, 
lesquels déracinèrent une grande quantité d'arbres, oli- 
viers, figuiers, palmiers, etc., et enlevèrent un grand 
nombre de tuiles des toits; après quoi il tomba une pluie 
torrentielle qui inonda le sol et une grêle violente qui 
tua quantité d'animaux sauvages, d'oiseaux et de bes- 
tiaux, de même qu'elle anéantit les récoltes sur lesquelles 
elle éclata, de sorte que les effets en furent désastreux. 

En moharrem 333 (août-sept. 944), un vent d'ouragan 
venant du sud souffla sur Cordoue, et il tomba une forte 
grêle. 

En la même année parut à Lisbonne un individu qui 
prétendait descendre d^Abd el-Mott'aleb et avoir pour 
mère Meryem, fille de Fàt'ima; il se donnait en outre 
pour prophète, et Gabriel, disait-il, lui faisait des révé- 
lations; il donna à ses adeptes diverses prescriptions 
et leur imposa des rites tels que de se raser la tête et 
autres peu raisonnables. Mais quand on voulut le recher- 
cher il disparut. 

En-Nâçir envoya sur le littoral africain K'âsim ben 
Mohammed [ben Tamellès] pour y commander les trou- 
pes destinées à combattre les Benoû Mohammed, Idri- 
sides descendant de H'asan, qui, cette année-là, se mon- 
traient insoumis et violaient leurs engagements de fidé- 
lité^). Il avait préalablement adressé à Mohammed ben 



(1) C'est dans Ibn Khaldoun {Berb., n, 146 ; cf. i, 270, et Téd. Boulak, 
IV, 141) qu'on trouve le plus de renseignements sur ces faits, dont il est 



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•=- 354 ** 

el-Kheyr W, chef des Zenâta, et à ses autres gouverneurs 
dans le Gharb, l'ordre écrit de faire les préparatifs néces- 
saires et de prêter leur concours à son général ; puis il fit 
partir celui-ci pour Ceuta le 15 rebî c I (5 nov. 944). Quand 
le chef des Benoû Mohammed, qui était Aboû'l-'Aych 
ben c Omar ben Idris ben e Abd Allah ben H'asan ben el- 
Hasan ben r Ali ben Aboû Tàleb < 2 ) fut informé de la 
chose, il s'empressa d'affirmer son obéissance |P. 338] 
à En-Nâçir, qui lui garantit la vie sauve. Alors Aboû'l- 
c Aych envoya à Cordoue son fils Mohammed à l'effet de 
bien confirmer sa soumission, et le prince Omeyyade le 
fit recevoir en grande pompe. Mohammed fit son entrée 
à cheval en compagnie du kâïd Ahmed ben Elyàs, qui 
avait été chargé de le recevoir, et la pompe déployée à 
cette occasion ravit le regard et combla tous les cœurs. 
Il arriva ainsi au^palais d'Ez-Zahrâ, où En-Nâçir le reçut 
en audience solennelle, le fit placer auprès de lui et le 
traita avec les plus grandes marques d'honneur ; après 
quoi le nouveau- venu se retira dans le même cérémonial. 
Le même jour que Mohammed ben Aboû'l- e Aych, arri- 
vèrent aussi auprès d'En-Nàçir des envoyés des Idrisi- 
des, cousins de Mohammed et émirs du Gharb. On dressa 
ce jour-là l'acte accordant l'amnistie à Mohammed ben 
Idrîsi 3 ). En-Nâçir adressa en outre une invitation à Mo- 



parlé insuffisamment dans le t. I du Bayân et dans Bekri ; voir aussi 
le Kartàs, p. 51 du texte. 

(1) A Mohammed ben Khazer et à El-Kheyr ben Mohammed, à ce 
que dit Ibn Khaldoun {Berb., u, 146). 

(2) AboùVAych Mohammed ben ldris ben 'Omar, connu sous le 
nom d'Ibn Methala (d'après les Berb., n, 146-7, ainsi que Bekri, où 
on lit lbn Meyala, p. 296; cf. Jakubi, Descriptio, p. 124). 

(3) C'est à dire, si je ne me trompe, le Mohammed ben 'Isa ben 
Ahmed ben Mohammed de Y H. des Berb.,, n, 147. Il règne d'ailleurs 



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•-352 - 

hammed ben Aboû'l- e Aych et le traita avec les plus 
grands honneurs. Ce prince passa à Cordoue le reste de 
Tannée toujours comblé de la même manière. La dépu- 
tation dont nous avons parlé se retira après avoir pris 
rengagement de reconnaître l'autorité d'En-Nâçir. Les 
détails de tout cela seraient longs à raconter. 

A la fin de chawwâl (mi-juin 945), arriva l'envoyé d'EI- 
Kheyr ben Mohammed ben Khazer Zenâti, émir du 
Gharb, accompagné de l'envoyé de H'omeyd ben Yeçel 
Zenâti (*), lesquels annoncèrent à En-Nâçir rentrée de ces 
deux chefs dans la ville de Tâhert, où ils avaient établi la 
suzeraineté du prince Omeyyade. 

Le dernier jour de chawwâl (14 juin 945) arrivèrent 
auprès d'En-Nâçir deux envoyés d'Aboû Yezid Makhled 
ben Keydâd, connu sous le nom de l'homme à l'âne, lequel 
s'était révolté en Ifrikiyya contre Aboû'l-Kâsim le Chi c ite. 
Ce chef annonçait dans son message qu'il s'était emparé 
des villes deKayrawân, deRakkâda et des cantons qui 
en dépendent, qu'il y avait infligé un échec aux partisans 
du Chi'ite, qu'il reconnaissait l'autorité d'En-Nàçir et se 
soumettait à lui en acceptant sa qualité d'imàm. Depuis 
ce moment jusqu'à sa mort, les lettres et les messagers 
d'Aboû Yezîd furent régulièrement envoyés à Cordoue. 

En 334 (13 août 945), En-Nâçir donna une audience de 
congé aux messagers envoyés par les Kayrawâniens et 
par Aboû Yezîd Makhled ben Keydâd Ifreni, qui avait 
surgi en Ifrîkiyya et y combattait le bon combat contre 
les princes chiMtes, qui s'étaient emparés de ce pays 



assez de confusion dans les noms des Idrisides (voir de Goèje, Jalntbi, 
p. 122). 

(1) On prononce aussi ce nom H'amîd, p. ex. dans YHist. dés Ber- 
bères ; cf. t. t, p. 281, et Bekri, p. 184, 288 et 293. 



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- 353 - 

[P. 2S9] et descendaient d ,e Obeyd Allah le pseudo- 
f atimide. Ibn Keydâd leur avait à plusieurs reprises infligé 
des défaites complètes. En-Nàçir reçut ces messagers, 
au nombre de trois et dont le principal était Temîm ben 
Aboû'l- c Arab Temimi, s'entretint avec eux de l'objet de 
leur mission et, après leur avoir donné une réponse pour 
leur maitre, leur permit de retourner auprès de lui, non 
sans leur avoir remis des cadeaux et des vêtements 
d'honneur. 

Cordoue vit encore arriver des ambassadeurs envoyés 
par le grand empereur de Constantinople, Constantin, 
fils de Léon, pour présenter des lettres au prince Omey- 
yade. Celui-ci s'assit sur son trône dans le palais de 
Cordoue pour recevoir ces envoyés, ainsi que les nom- 
breuses et diverses députations qui attendaient audience ; 
il avait d'ailleurs envoyé au-devant d'eux les provisions 
nécessaires ainsi qu'une escorte militaire. Bien installé 
sur son trône, En-Nâçir avait a sa droite son fils El-Hakam 
également assis, tandis que ses autres fils occupaient des 
sièges à gauche et à droite, de môme que les vizirs et 
chambellans rangés en ligne et par rang d'importance. 
Les ambassadeurs, précédés des présents dont ils étaient 
porteurs, firent leur entrée et restèrent interdits en 
voyant de leurs yeux cette manifestation intimidante 
de la grandeur royale et cette foule de monde ; ils vou- 
lurent se prosterner le front contre terre, mais En-Nàçir 
leur fit signe de n'en rien faire. Ils remirent alors le 
message dont les avait chargés Constantin, calligraphié 
en lettres d'or sur papier azuré (*). 



(1) Cette ambassade serait de 336, d'après ce que dit Ibn Khaldoun 
dans le chapitre qu'il a consacré aux relations entretenues par En- 
Nàçir avec les puissances étrangères (éd. Boulak, îv, 142) ; ci-dessous, 

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— 354 — 

Il y eut à Cordoûe une grande inondation; Peau mofata 
dans la tour connue sous le nom de Tour du lion (bordj 
el-asad), ce qui restait du pont fut détruit, une brèche 
fut faite au quai et ailleurs encore. 

En-Nàçir reçut la visite de Mohammed ben Moham- 
med ben Koleyb, qui vint de Kayrawân lui annoncer 
qu'Aboû'l-Kàsim ben e Obëyd Allah le chi c ite était mort 
à Mehdîyya pendant qu'il y était assiégé par Aboû Zeyd, 
et que ses adhérents avaient choisi pour le remplacer son 
fils Ismâ f îl, brave et fier cavalier qui avait marché contre 
Aboû Zeyd, Pavait attaqué dans la ville de Sousse, battu 
et forcé de s'enfuir à Kayrawân. 

A la fin de çafar (comm. d'oct. 945), la garde des maga- 
sins militaires fut confiée à r Abd el-A'la ben Hàchim 
[en remplacement de. . . ?], mort au mois de moharrem. 

En 335 (2 août 946), on commença à élever la ville de 
Sâlem (Medinaceli) à la Frontière moyenne. [P. 230] 
On lit dans le livre d'Ibn Mas'oûdW : « En 335, En-Nàçir 
rebàtitla ville de Medinaceli, depuis longtemps abandon- 
née, située à la Frontière moyenne orientale, vis à vis 
le pays de Castille, que Dieu veuille anéantir ! Elle était 
à cette époque déserte et abandonnée, et le prince char- 



année 338. On trouve ailleurs des détails sur les ouvrages de médecine, 
d'histoire, etc., qui furent alors envoyés de Constantinople en Espa- 
gne (lbn Aboù 'Oçaybi'a, n, p. 47, éd. du Kaire, traduit par deSacy, 
Ahdalîatif, p. 495; cet auteur parle de l'empereur Romain, c. à d. 
Romain II, qui régna de 948 à 963, et place l'envoi de ces ouvrages à 
une date qu'il croit être, dit-il, 337 de l'hégire. A la date de 965 indi- 
quée par lbn Adhari, Constantin Porphyrogénète venait de remonter 
sur le trône). 

(1) Il n'y a, à ma connaissance, aucun chroniqueur ayant acquis 
de la notoriété sous ce nom ; peut-être s'agit-il du célèbre lbn Bach- 
kowal, qui s'appelait Khalaf ben <Abd el-Melik ben Mas'oùd (Pons, 
Ensayo, p. 246). 



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- 355 - 

gea du soin de la relever son client Ghâlib, qui quitta à 
cet effet la capitale avec un corps de troupes. Les kâïds 
de la Frontière reçurent aussi l'ordre de prêter leur con- 
cours à Ghâlib pour ce travail, et l'empressement qu'ils 
mirent à obéir permit une reconstruction dans les meil- 
leures conditions. Les maçons de toute la frontière y 
furent réunis pour bâtir l'enceinte et la garnir de caser- 
nes; les travaux furent achevés en çafar (sept. 946), et 
les musulmans purent dès lors y habiter en toute sécu- 
rité ; l'achèvement des constructions et le peuplement de 
la ville furent une question de temps. Dieu fit de cette 
ville une aide pour les musulmans et une poire d'an- 
goisse pour les infidèles. » Le même auteur dit encore : 
« On lit à la suite de la lettre envoyée par le kâïd Ibn 
Hodeyr et par Ibn Hâchim, les mots que voici, écrits 
par e Amir ben Mot'arrif ben Dhoû'n-Noûn à En-Nàçir à 
propos des victoires qu'il avait remportées sur les infi- 
dèles, du grand carnage qu'il en avait fait et de l'envoi 
des têtes des victimes : "Les victoires sont complètes, les 
réjouissances universelles ; puissant est l'Islam, joyeux 
Sont les hommes, fortunée l'époque. Louange à Dieu, 
dispensateur des bienfaits, de qui est attendu un bonheur 
parfait; puisse-t-il être glorifié!" » 

La sécheresse fut grande à Cordoue. 

On vit arriver en cette ville Ayyoûb ben Aboû Yezîd 
Makhled ben Keydâd l'Ifrenide et Ibâdite, qui était en- 
voyé en ambassade par son père (*). En-Nâçir tint une 
audience pour le recevoir, le prit à son côté et lui fit 
honneur. Il le fit héberger dans le palais de Roçâfa, où 
avaient été préparés à son intention les tapis, cadeaux, 



(1) Ayyoûb joua aussi auprès de son père un rôle militaire dont il 
est parlé dans les Annales du Maghreb, p. 337 et s. 



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- 356 - 

Vases et ustensiles habituellement offerts aux ambassa- 
deurs ; Ayyoûb y reçut une large hospitalité et des mar- 
ques toujours renouvelées de considération. 

En 336, le vendredi 9 moharrem (31 juil. 947), arriva 
un message de K'and, client d'En-Nâçir et alors kâïd à 
Tolède, annonçant une victoire pour laquelle Dieu s'était 
servi de lui, et remportée sur les Galiciens; il envoyait 
en même temps les têtes dés ennemis et les chevaux 
qu'il leur avait enlevés. Lecture fut donnée de ce mes- 
sage dans la grande mosquée de Cordoué et à Ez-Zahrà (*>. 

En-Nàçir révoqua et emprisonna c Abd Allah ben Mo- 
hammed, directeur de la Monnaie, [P. 83 1] dont l'in- 
capacité avait excité sa colère. Il le remplaça par e Abd 
er-Rahmàn ben Yahya ben Idrîs le sourd, et l'hôtel des 
monnaies fut transféré de Cordôue à Ez-Zahrâ. 

Le secrétaire Djà c far ben c Othmân Moçh'afiW se trans- 
porta à Mayorque et dépendances, pour y rétablir Tor- 
dre troublé. 

Homeyd ben Yeçel Miknâsi vint du Gharb, son pays, 
à Cordoue auprès d'En-Nâçir, qui envoya au-devant de 
lui une escorte militaire pour le recevoir en pompe. Il 
fut accueilli avec honneur et de magnifiques promesses 
lui furent faites. 

En 337, le 15 moharrem (25 juil. 948), En-Nâçir tint 
dans le palais d'Ez-Zahrâ une pompeuse audience à 
laquelle se présenta Homeyd ben Yeçel ; après celui-ci 
arrivèrent Mançoûr et Aboû'l-'Aych, l'un et l'autre fils 



(1) Ramire II s'était alors aliéné son vaillant vassal Ferdinand 
Gonzalez {Mus. d'Esp., m, 72). 

(2) Sur ce personnage, dont le nom reviendra plus loin, voir Notices, 
p. 141 ; Matmah, p. 4 ; Dhabbi, n° 614 ; ms 2327 de Paris, I. 5 ; Mak- 
kari, etc. 



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- 357 - 

d'Aboû'l-'Afiya, accompagnés de H'amza ben Ibrahim, 
seigneur d'AlgerW. Tous reçurent des cadeaux et des 
vêtements d'honneur, puis ils furent autorisés à rentrer 
dans leur pays. 

A Cordoue fut mis et} croix, après qu'on lui eut coupé 
les pieds et les mains, f Ali ben r Achra, de Lisbonne, 
qui avait fait de grandes dévastations et exerçait le bri- 
gandage sur les grandes routes. 

L'affaire d'Artak'ira < 2 >, où l'ennemi fut battu, est aussi 
de cette année. 

En 338 (l cr juil. 949), des ambassadeurs du grand empe- 
reur de Constantinople vinrent trouver En-Nàçir pour 
lui offrir rétablissement de relations amicales et d'une 
correspondance régulière. En-Nâçirfit de grands prépa- 
ratifs pour les recevoir, après leur avoir envoyé une 
escorte militaire et des approvisionnements. L'audience 
qu'il leur accorda est restée célèbre, car jamais prince 
avant lui ne déploya une telle pompe et ne fit ainsi res- 
sortir sa puissance ; aussi la description en serait-elle 
longue. La lettre que remirent ces envoyés au nom de 
leur souverain était écrite en lettres d'or sur du parche- 
min teint en azur ; elle portait un cachet en or pesant 
quatre mithkâl, et sur l'une des faces duquel se trouvait 
l'image du Messie, tandis que l'autre face portait les 
effigies de l'empereur Constantin et de son fils ( 3 ). 



(1) En arabe, Djezà'ir Mezghanna. Or, ce fut vers cette époque que 
Bologgîu ben Zirî reçut de son père l'autorisation de fonder la dite 
ville (Hist. des Berbères, n, 6). 

(2) Je n'ai pas vu ce nom ailleurs, et j'ignore même dans quelle 
direction est située la localité qu'il désigne. Le dictionnaire de Madoz 
relève, du côté de Pampelune, deux localités portant les noms d'Ar- 
tacoz et d'Artariain.* 

(3) Cf. ci-dessus, p. 353, n. 1. 



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- 358 - 

Conformément à Tordre d'En-Nâçir, Ahmed benYa'la 
et H'omeyd ben Yeçel Miknàsi marchèrent contre les 
Benoû Mohammed, Idrisides Hasanidesqui étaient émirs 
du Maghreb. Ces deux chefs quittèrent [P. 232] Cordoue 
pour Algéziras avec ceux des soldats qui se joignirent à 
eux, le 15 redjeb (8 janv. 950). A la fin du même mois, 
En-Nâçir reçut l'envoyé d'un des princes Hasanides, 
lesquels faisaient savoir qu'ils reconnaissaient son auto- 
rité et acceptaient son ordre de ruiner Tetuan, dont il 
leur avait interdit l'édification. Le 1 er cha'bân (24 janv.), 
il accepta ces offres et donna Tordre de leur adresser 
une réponse. Ensuite Mohammed ben Aboû'l- f Aych Ha- 
sani vint trouver En-Nâçir au nom de son père Aboû'l- 
'Aych, et le prince Omeyyade, se portant au-devant de 
lui, le reçut avec les plus grands honneurs. Puis, comme 
on apprit la nouvelle de la mort d'Aboû'l-'AychW, En- 
Nâçir fit venir Mohammed auprès de lui, lui offrit ses 
condoléances à l'occasion de la perte qu'il venait de faire, 
l'investit du pouvoir dans le territoire qu'il occupait, lui 
fit des cadeaux, distribua à lui et à ses compagnons des 
vêtements d'honneur et les congédia. Mohammed repar- 
tit en toute hâte pour son royaume du Qharb. En effet, 
après la mort de son père AboûVAych, son cousin 
paternel K'annoûn était arrivé sur ce territoire et y avait 
fait main basse sur ses biens et sa famille, à lui Moham- 
med. Quand les Berbères apprirent que celui-ci revenait 
porteur de l'investiture d'En-Nâçir, ils se retournèrent 



(1) C'est à dire d'AboûVAych Mohammed ben Idrîs ben 'Omar (Ibn 
Methàla ou Ibn Meyàla), lequel mourut en 338, et qu'il ne faut pas 
confondre avec son contemporain et parent Aboû'l-'Aych ben K'an- 
noûn, descendant d^Omar ben Idrîs, lequel tomba en 343 en faisant 
la guerre sainte en Espagne {Berbères, n, 147-149; Jakubi, Descriptio, 
p. 122 ; Kartâs, p. 54). 



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- 359 - 

contre f Isa ben K'annoûn, qui avait déjà abandonné Tiki- 
sàsW; ils tombèrent sur lui, le battirent, lui enlevèrent 
les biens de son cousin qu'il emportait, et tuèrent pres- 
que tous ses partisans* à ce point qu'il ne se sauva qu'a- 
vec sept cavaliers. 

On vit arriver à Cordoue Ahmed ben Tarabolsi, envoyé 
d'El-Boûri< 2 ) ben Moûsa ben AboûVAfiya, porteur d'une 
lettre où El-Boûri disait savoir positivement qu'El-Kheyr 
ben Mohammed ben Khazer Zenâti était arrivé près de 
Tàhert pour attaquer cette ville et que les habitants, 
ayant demandé et obtenu du secours de Meysoûr, géné- 
ral du Chi f ite, une rencontre avait eu lieu, au début de 
laquelle Ibn Khazer avait eu le dessous; mais qu'ensuite 
les Zenâta ayant repris l'avantage, leur émir El-Kheyr 
était entré à Tâhert et en avait pris possession le 1 er 
dhoû'l-ka'da (22 avril); qu'il avait fait prisonniers le géné- 
ral chi f ite et nombre de ses soldats; qu"Abd Allah ben 
Bekkâr IfrenU 3 ), qui voulait, avec la tête d'Ayyoûb ben 
Abou Yezid, rejoindre le Chi f ite, était tombé entre ses 
mains; qu'il l'avait envoyé à Ya'la ben Mohammed ben 
Çâlih Ifreni pour qu'il l'exécutât et vengeât ainsi la mort 
de son père, après lui avoir d'ailleurs enlevé tout ce qu'il 
avait ; mais que Ya f la n'avait pas accepté, [P. 333] 
disant que, s'il ne voyait pas en Ibn Bekkâr l'équivalent 
de son esclave, bien frioins encore pourrait-il le mettre 
en parallèle avec son père; qu'alors Ya f la avait adressé 



(1) Edrisi, qui écrit ^LuJLJ, dit que ce port, dans le pays des 
Ghomàra, est à une demi-journée d'Enzilân (p. 204). Cf. t. i, p. 279 
et 323. 

(2) Sur ce chef, voir Berbères, i, 269 et s. ; Bekri, 183, 205, 265 et 
318 ; Fournel, n, 317. 

(3) Cf. le récit des Berbères, m, 213. 



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le prisonnier à un Berbère, qui l'avait mis à mort pour 
venger le meurtre de son fils par Ibn Bekkâr ; enfin que 
Ya'la était entré à Oran et s'en était rendu maître. 

En cette année eut lieu l'affaire % d"Abd Allah ben En- 
Nàçir, qui fut une épreuve à laquelle Dieu soumit l'émir W. 
Mais celui-ci attaqua brusquement, vers la fin de Tannée, 
r Abd Allah et les siens ; ces derniers furent sur le champ 
mis à mort de la manière la plus cruelle. Cependant le 
supplice d' f Abd Allah fut différé, et il n'eut la tête tran- 
chée qu'à la fin de l'année 338 (juin 949). Son frère Hakam 
l'avait accusé de songer à se révolter contre leur père, et 
son témoignage fut accepté. f Abd Allah était un homme 
savant, fin et capable. 

En 339 (20 juin 950), En-Nâçir envoya son kâïd Ahmed 
ben Ya f la contre la Galice dans l'espoir de réussir par 
surprise. Grâce à Dieu, son attente se réalisa : trois châ- 
teaux-forts furent conquis, et un millier de prisonniers 
tombèrent entre les mains d'Ahmed, qui se retira à la fin 
du mois de redjeb (comm. de janv. 951). 

On reçut la nouvelle de la mort du prince de Galice 
Rodmir ben Ordono ( 21 , que les Galiciens remplacèrent 
par son fils Ordono; mais Garcia < 3 >, frère de ce dernier, 
s'insurgea contre le nouveau prince, et par ces discordes 
Dieu permit aux musulmans de remporter la victoire. 



(1) Il s'agit d'une tentative de révolte de ce prince à laquelle Mak- 
kari fait aussi allusion, mais qu'il place en l'année 339 (u, p. 396). 
Ibn el-Abbar, un peu plus explicite, parle aussi de 338 {Notices, p. 105); 
cf. ci-dessous, et Ibn Khaldoun, éd.Boulak, iv, 143. 'Abd Allah était 
un lettré dont il est parlé encore dans Dhabbi (n° 932) et dans la 
Tekmila (n° 1250); Pons, Ensayo, p. 58. 

(2) Ramire n mourut en janvier 951, d'après Dozy {Rech., 2* éd., 
I, 186; 3' éd., 170). 

(3) Ordono III fut combattu par son frère utérin Sancho {Mus. 
d'Esp., m, 73). 



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- 361 - 

On vit arriver à Cordoue les deux fils d'El-Boûri ben 
Moûsa ben Aboû'l-* Afiya, émir du Gharb, ainsi qu'El- 
Kheyr, chef des Zenâta et le principal des émirs du 
Gharb. Ce dernier, conformément aux décrets divins, 
était entré àTâhert, et avait battu Meysoûr et r Abd Allah 
ben Bekkâr Ifreni, généraux du Chi c ite. Il fut donné lec- 
ture de la lettre rapportant ces faits dans la mosquée 
principale tant à Cordoue qu'à Ez-Zahrà. On reçut ensuite 
une lettre où <Abd er-Rahmân ben f Abd Allah Zedjàli 
annonçait, de la province de Sidona, que les Benoû 
Mohammed, Idrisides du Gharb, avaient marché contre 
Homeyd ben Yeçel, officier d'En-Nàçir, mais que leur 
attaque avait tourné contre eux et qu'ils avaient dû se 
retirer en désordre. 

En 340 (9 juin 951), plusieurs expéditions dirigées par 
les musulmans contre les chrétiens furent couronnées 
de succès. Citons la honteuse déroute infligée aux Gali- 
ciens par le commandant militaire de Badajoz : une 
quantité [P. 234] de leurs plus braves guerriers restè- 
rent sur le terrain, et plus de trois cents femmes et 
enfants, tombés entre les mains des vainqueurs, furent 
envoyés à Cordoue, où ils arrivèrent le 3 moharrem (11 
juin). Ahmed ben Ya'la, officier d'En-Nâçir, remporta 
également une victoire, comme aussi Rechik', autre offi- 
cier d'En-Nàçir, resta victorieux à Talavera, et de même 
Yahya ben Hâchim Todjîbi. 

Le 1 er djomâda II, c'est à dire le 8 octobre* 1 ), un oura- 
gan éclata sur Cordoue : les éclairs se succédaient sans 
interruption et provoquaient une vive terreur ; la foudre 



(1) Le 5 octobre, d'après nos concordances. 



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- 362 - 

tomba sur la demeure d'Ahmed ben Hâchim ben f Abd 
el-'Aziz, y tua une femme et en estropia une autre. 

En 341 (29 mai 952), les musulmans firent contre les 
chrétiens une campagne où ils restèrent plusieurs fois 
victorieux. 

A la fin de djomâda I (mi-oct. 952) arriva la nouvelle 
que Zîrî ben Menâd ÇanhâdjH 1 ), qui gouvernait à Tàhert 
au nom du ChHte, avait fait prisonnier Sa'id ben Khazer, 
principal chef des Zenâta. 

A la môme époque, une lettre d'Ibn Ya f la, qui com- 
mandait la flotte, annonça qu'il avait entre les mains des 
otages de Mohammed ben Idris Hasani, le principal 
émir Idrisite. 

A la fin de djomâda II (mi-novembre) arriva à Cordoue 
Fotoûh' ben el-Kheyr ben Mohammed ben Khazer, 
principal chef des Zenâta du Gharb, qui était accompa- 
gné des notables de Tâhert et d'Oran. Il apportait les 
têtes coupées aux officiers chi'ites et aux principaux 
guerriers d'Ismâ'il le chi e ite, notamment celles de l'eu- 
nuque Meysoûr, de Mohammed ben Meymoûn et d'au- 
tres chefs, plus dix étendards qui figurèrent dans le 
cortège la hampe en l'air, et une quantité de tambours. 
Ces trophées de trois espèces furent exposés à la porte 
du palais de Cordoue, et Fotoûh' ainsi que ses compa- 
gnons reçurent de grands honneurs. 

En 342 (18 mai 953) arrivèrent des envoyés adressés 
par Othon( 2 ), roi des Slaves, à En-Nâçir. 



(1) Sur ce chef, dont il n'est parlé qu'en passant dans le t. i du 
Bayân, voir notamment le t. n de VH. des Berb. et les Annales dû 
Maghreb. 

(2) Texte \^3yb. Dozy suggère qu'il peut s'agir, moyennant une 
légère correction, d'Otton, c'est à dire d'Otton ou Othon I le Grand, 



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Le kâïd Ahmed ben Ya'la fit contre la Galice une expé- 
dition où Dieu lui permit de tuer des guerriers, de réduire 
des femmes et des enfants en captivité, de brûler des 
bourgades et d'anéantir les richesses des infidèles. Le 
vendredi 28 rebî' (13 août), on donna à Cordoue lecture 
de la lettre qui annonçait ces succès, [P. 235] en môme 
temps que de celle où le kâïd Ghàlib annonçait les grands 
succès qu'il avait remportés sur les infidèles et le mal 
que Dieu lui avait permis de leur faire. Ensuite arriva 
à Cordoue un convoi de croix et de cloches dont l'entrée 
fut pour les musulmans une cause de joie. 

En 343 (7 mai 954), En-Nâçir rappela de Tolède Moham- 
med ben e Abd Allah ben Hodeyr et nomma gouverneur 
de cette ville le kàïd Ahmed ben Ya e la. 

Le kàïd Homeyd ben Yeçel, qui était venu demander 
protection à En-Nàçir, retourna dans le Gharb avec le 
corps de troupes qui lui fut donné. Avec lui aussi partit 
KorachiSoleymâni, qui était venu trouver En-Nâçir dans 
la môme intention, et qui était émir de Ténès (*), d'Arch- 
goûl et du territoire d'If rlkiyya qui s'étend entre ces deux 
villes: ce chef, nommé e Ali ben Yahya, et qui faisait 
remonter son origine à e Ali ben Aboû Tâleb, avait été 
expulsé de son pays par les officiers du Chiite. L'un et 
l'autre quittèrent En-Nâçir après avoir reçu de lui les 
vêtements d'honneur du départ et alors que, la veille W 



empereur d'Allemagne, qui régna de 936 à 973 ; voir en effet lbn 
Khaldoun, éd. Boulak, iv, 143 ; Makkari, i, 235. 

(1) L'orthographe v- j*ôy du ms n'a pas attiré l'attention de Dozy, 
mais n'est cependant pas admissible. Je suis porté à croire qu'il faut 
lire ^yM-o Ténès; voir en effet Berbères, n, 570. Le mot Ifrîkiyya 
paraît être employé abusivement. 

(2) Peut-être faut-il lire U-^J^o» ^J*** et traduire « la veille de leur 
départ *, 



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- 364 - 

de leur arrivée, il leur avait été donné des tuniques 
(dorrâ c ) en brocard et en soie écrue, des turbans en toile 
fine rayée et tissue d'or, etc. L'émir remit aussi àHomeyd 
dix-sept mille [pièces d'or] pour subvenir à l'entretien du 
djond et sept charges de vêtements. 

Il arriva à Cordoue une députation de la tribu berbère 
des Azdâdja, qui avaient fait leur soumission à En-Nàçir, 
et ce prince lui distribua des vêtements d'honneur et des 
présents* 1 ). On reçut aussi un message de victoire par 
lequel Homeyd ben Yeçel, gouverneur Omeyyade du litto- 
ral africain, annonçait la conquête que Dieu lui avait 
permis de faire de la ville d'Aslàn ( 2 ) et la reconnaissance 
de l'autorité Omeyyade dans le territoire qui en dépend. 

Les pèlerins à leur retour annoncèrent qu'un violent 
incendie avait ravagé Fostàt en Egypte et y avait con- 
sumé seize mille maisons et habitations M. 

Kn 344, le 7 rebî e II (31 juil. 955), arrivèrent à Cordoue 
les kâïds des frontières, entre autres Ghâlib, Mot'arrif, 
Mohammed ben Ya e la, c Obeyd Allah ben Ahmed ben 
Ya e la, Hodheyl ben Hàchim Todjibi, Merwân ben Rezin 
et <Amir ben Mot'arrif ( 4 ) ben Dhoû'n-Noûn. Ils avaient, 
racontèrent-ils, pénétré en pays ennemi se dirigeant 
contre un château-fort [P. 236] de Castille, s'y étaient 
rendus maîtres des faubourgs et avaient tué beaucoup 
d'habitants; comme ensuite ils se retiraient, des bandes 



(1 ) Les Azdàdja ou Ouzdàdja, tièdes partisans des Omeyyades, furent 
écrasés par Ya'la ben Mohammed {Berbères, i, 284; Bekri, 167). 

(2) Aslàn ou Aslen était à 8 milles E. de l'embouchure de la Tafna 
(Bekri, 183, 188, 208). 

(3) Le souvenir de cette catastrophe n"a été conservé ni dans le 
Nodjoûm ni par Ibn el-Alhir. 

(4) Le texte porte us Je> , que Dozy propose de lire <*_3 Ja-o (?). 



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*S*TT" 



chrétiennes tombèrent sur eux, mais elles furent, grâce 
à Dieu, mises en déroute, poursuivies à une distance de 
dix milles et massacrées parles vainqueurs à discrétion, 
de sorte que le nombre des victimes était évalué à une 
dizaine de mille; cette affaire était du 28rebî e II w. Il fut 
donné lecture à Cordoue de la lettre qui relatait cet 
important fait d'armes. Environ cinq mille tètes des vic- 
times arrivèrent ensuite, et elles furent, par ordre t du 
prince, exposées sur les potences qui entouraient les 
fortifications. 

Le 7 djomâda I (29 août), un violent et bruyant trem- 
blement de terre se fit sentir à Cordoue; une autre 
secousse analogue eut lieu le samedi 11 du même mois, 
vers l'heure de midi( 2 ). 

En-Nâçir réorganisa les services administratifs et les 
répartit entre les vizirs : le vizir Djahwar ben Aboû 
r Abda fut chargé de la surveillance des lettres de tous 
les services, le vizir e Isa benFot'ays des lettres des habi- 
tants des frontières, du littoral, des provinces, etc. ; le 
vizir et secrétaire c Abd er-Rahmân Zedjâli eut dans ses 
attributions la mise à exécution des traités et rescrits 
auxquels il devait ajouter le qu'il soit fait, jugé bon, etc.; 
le vizir Mohammed ben Hodeyr eut à examiner les 
demandes et les affaires du peuple, ainsi que la mise à 
exécution des rescrits le concernant. Chacun eut ainsi à 
s'occuper d'une besogne déterminée, le travail fut équi- 



(1) Il vient d'être dit que le retour de ces officiers à Cordoue est 
du 7 du même mois. Une allusion à cette affaire se retrouve in Mus. 
d'Esp.,u\, 74. 

(2) En Tannée 344, mais sans indication du mois, un long et violent 
tremblement de terre fut ressenti en Egypte, à ce que nous apprend 
le Nodjoûm, n, 339. — En cette année, des expéditions maritimes 
sont signalées par Ibn el-Athir {Annales, p. 358). 



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tablement réparti et les affaires concernant les sujets 
furent plus facilement traitées. 

Un message de Ya e la ben Horneyd <*>, gouverneur du 
littoral africain au nom d'En-Nâçir, annonça la victoire 
que, par la grâce de Dieu, il avait remportée sur le kàïd 
du Chi'ite Ma'add ben Ismâ'il, prince d'Ifrîkiyya, qu'il 
avait mis en fuite en lui faisant subir des pertes W. Le 
coysin paternel de Homeyd ben Yeçel arriva à Cordoue 
avec trente- six notables des Kotâraa et d'autres repré- 
sentants des tribus qui demandaient à être protégées 
contre les armées du Chi c ite. En-Nâçir les fit héberger 
et tint à leur intention une audience où il figura sur son 
trône dans le palais d'Ez-Zahrà [P. 837] le mardi 4 de 
ce mois («te; 26 août?). Ces hommes assistèrent à une 
séance dont ils purent admirer la pompe et, après avoir 
fait leur discours, entendirent une réponse pleine de 
belles promesses; il leur fit distribuer des vêtements 
d'honneur et de magnifiques cadeaux, après quoi on les 
renvoya auprès du kâïd Homeyd ben Yeçel. 

Par ordre d'En-Nâçir, des malédictions furent pronon- 
cées contre les princes chi'ites du haut de toutes les 
chaires d'Espagne, et les gouverneurs de toutes les 
provinces reçurent des messages en conséquence. 

En 345(15 avril 956], Ghâlib, amiral de la flotte d'En- 
Nâçir, exerça des dévastations sur le littoral d'Ifrîkiyya 
relevant du Chi<ite( 3 >. 

Mohammed ben Hoseyn, qui avait été envoyé par En- 



(1) Lire Ya'la ben Mohammed ? (voir Berb., i, 284; il, 7, 11 et 542: 
m, 213 ; Kartâs, p. 54, etc.) 

(2) Il n'a pas été question de cette affaire dans le t. i. Il s'agit pro- 
bablement des rencontres brièvement indiquées in Berb., m, 213. 

(3) Cf. Berb. y n, 542, ou Ibn Khaldoun, éd. de Boulak, iv, 46. 



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— S67 - 

Nâçir en ambassade auprès du roi chrétien de Galice 
Ordono ben Rodmîr, revint en compagnie du juif Has- 
day ben ChebroûU 1 *, porteur d'une lettre demandant la 
paix. L'émir acquiesça, avec l'aveu de son fils El-Hakam, 
à cette requête, mais en imposant diverses conditions 
que les messagers du prince chrétien transmirent à leur 
maître < 2 ). 

Mohammed ben Aboû'l- c Aych Tldrîside, prince du 
Gharb, fut tué cette année-là. 

Kâsim ben c Abd er-Rahmàn partit de Cordoue condui- 
sant à Homeyd ben Yeçel, kâïd d'En-Nâçir dans le Gharb, 
onze charges d'argent et des charges d'approvisionne- 
ments pour faciliter à ce chef les moyens de défendre la 
dynastie Merwânide [ou Omeyyade] dans cette région. Le 
5 çaf ar (19 mai 956) eut lieu ce départ, et le 15 une lettre 
de Homeyd annonça qu'il avait pénétré à Tlemcen( 3 ). 

En 346 (4 avril 957), les émirs des Benoû Rezîn et de 
ceux qui s'étaient ralliés à eux vinrent trouver En-Nâçir, 
et parmi eux le principal, Merwân ben Hodheyl ben 
Rezin, qui s'était révolté dans la plaine qui dépendait 
d'eux [Albarracin]. Ils furent bien reçus et traités hono- 
rablement. 

Le kâïdGhâlib Nâçiri se transporta au Fahç es-Serâdik 
pour partir en guerre contre les chrétiens. Il remporta 
en effet des succès contre eux, enleva des châteaux-forts 
dont il massacra les défenseurs, ravagea entièrement 



(1) Sur ce savant juif, voir Mus. d'Esp., ni, 75 et 84; Ibn Abou 
'Oçaybi'a, éd. du Kaire, n, 47, dans Tarticle consacré à Ibn Djoldjol 
et traduit par de Sacy, Abdallatif, p. 495 ; Munk, Mélanges de philo- 
sophie juive, p. 480, et les auteurs cités. 

(2) Cf. Mus. d'Esp., III, 75. 

(3) La conquête de ïlemcen par En-Nâçir en 345 est aussi rappelée 
par le Kartâs, p. 62. 



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les plaines qui obéissaient à Garcia fils de Sancho, et, 
après en avoir mis les bourgades en ruines, revint vic- 
torieux. De môme le kâïd Ahmed ben Ya e la opéra sa 
sortie solennelle après Ghâlib pour aller aussi combattre 
en pays chrétien. [P. 238] Le dimanche 24 rebî f II 
(25 juil. 957) arriva une lettre annonçant qu'il avait pu 
remporter une grande victoire W au cours de son expé- 
dition contre la Galice, massacrer un grand nombre 
d'ennemis, couper quatre cents têtes et ramener avec lui 
une quantité innombrable de bêtes de somme et de 
chevaux. 

En 347, au commencement demoharrem(fin mars 958), 
le kâïd Ahmed ben Ya'la, chef de la chorta, reçut d'En- 
Nâçir l'ordre d'aller à la tête de la flotte attaquer leterri- 
toire de Ma'add ben Ismâ'il, prince chi c ite d'Ifrîkiyya. Ce 
chef eh conséquence se rendit solennellement au campe- 
ment du faubourg le jeudi 8 moharrem (l or avril) pour 
préparer cette expédition. Sa sortie, qui eut lieu en 
grande cérémonie, provoqua la curiosité des Gordouans 
qui se précipitèrent tous à ce spectacle, hommes, fem- 
mes et enfants, en foule innombrable. Selon leur cou- 
tume, ils se répandirent aux abords du faubourg, puis 
la populace commença à se lancer des pierres et à se 
partager en deux camps, comme dans un véritable com- 
bat. Il arriva ensuite de ce côté des Tangitains du djond 
du sultan, et, grâce à leurs excitations, ce qui n'était 
qu'un jeu devint une véritable bataille, sous les yeux 
d'une foule de spectateurs, hommes, femmes et enfants, 
rangés autour des deux partis. Soudain uae volte donna 



(1) Où fut battu Sancho, frère et successeur (TOrdofio III, roi de 
Léon {Mus. ct'Esp., m, 79). 



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le dessus à l'un d'eux, qui tomba sur l'autre et se livra 
à des violences. Alors les Tangitains, donnant libre cours 
à leurs mauvais instincts et à leur grossièreté, commen- 
cèrent à piller les vaincus, puis passèrent de ceux-ci aux 
spectateurs qui les entouraient, brutalisèrent les fem- 
mes à qui ils enlevèrent leurs vêtements et en violèrent 
un grand nombre ; alors celles d'entre elles qui se trou- 
vaient nues se cachèrent dans les cultures assez touf- 
fue^ 1 * pour les faire échapper aux regards des hommes 
et attendre qu'ils se séparassent. Tout cela serait long à 
raconter. 

En djomâdall (juil.-août), un message du kàïd Ahmed 
ben Ya f la, qui commandait la flotte, arriva d'Aslân, 
dans la province de Tlemcen, annonçant que Djawher, 
général au service du prince d'Ifrikiyya Ma'add ben 
Ismâ'îl, avait tué par trahison Ya f la ben. Mohammed 
ben Çàlih' Ifrenit 2 ), seigneur de la ville d'Afekkàn* 3 ), 
lequel avait été remplacé, par suite de la désignation 
des siens, par son cousin paternel. [P. 839] Le dit offi- 
cier revint à Cordoue accompagné de Weled ben K'orra; 
cousin paternel de Ya'la ben Mohammed précité, choisi 
par ses contribuas les Benoû Ifren pour remplacer ce 
dernier. De très grands honneurs furent rendus à ce 
chef. 

En 348, le 1 er rebî< II (11 juin 959), <Ali ben Yahya 
Hasani se rendit, avec ceux de l'entourage royal qui se 



(1) Cette traduction tient compte de l'époque de Tannée où se 
passent les faits relatés. 

(2) Sur la mort de Ya'la, cf. H. des Berbères, u, 543, et m, 214. 

(3) Afekkàn, Fekkàn ou Ifgàn, à 5 ou 6 1. S.-E. de Mascara, avait 
été fondée par Ya'la ben Mohammed (Edrisi, 95; Bekri, 167 et 485; 
H. des Berbères, m, 2t3, et Table géog., s. v. lfgan ; Istibçâr, trad. 
fr.,p.43). ^ 



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- 370 - 

joignirent à lui, à Cherchel, localité du littoral africain 
où il résidait, pour, en qualité dégénéra], combattre les 
partisans du prince chi f ite d'Ifrîkiyya. 

Lel pr de dhoû'l-ka c da (3 jany. 960), En -Nâçir. réunit 
autour de lui H'arlz ben Môndhir ainsi que quantité des 
principaux clients, officiers et guerriers du djond, pour 
leur dire de se rendre à Ceuta, sur te littoral africain, 
avec l'eunuque Bedr l'ancien, le porte- épée (çâhib es- 
seyfW), à l'effet d'y introduire les approvisionnements 
nécessités par les mouvements dans cepaysdeDjawher, 
le général de Ma'add, le Chi c ite régnant à Kayrawân. Ils 
obéirent à cet ordre et ne se retirèrent que. quand tout 
fut en sûreté. Leur retour avec le kâïd Bedr eut lieu le 
30 dhoû'l-hiddja de cette année (l e r mars 960). 

En 349, le mercredi 11 çafar (12 avril 960), En-Nâçir 
tomba malade, au milieu du jour, à la suite d'un courant 
d'air froid ; son état paraissant grave suscita un grand 
émoi, et Ton craignit de le perdre; mais, grâce aux soins 
empressés des médecins, une amélioration se manifesta, 
si bien que dans la première décade de djomâda 1(29 
juin-8 juil.) il prit sur lui de donner audience à ses inti- 
mes, et il réunit les principaux eunuques «Lx?, le direc- 
teur de la manufacture, les chefs favoris des esclaves 
noirs, tels que Moz'affer et ses gens. Les courtisans se 
réjouirent de cette amélioration apparente et demandè- 
rent au ciel le rétablissement complétée leur maître; 
mais Dieu avait décrété le caractère mortel de cette 
maladie, qui, avec des hauts et des bas, ne le quitta plus 
et l'emporta en Tannée 350 [le 15 oct. 961, tuprâ, p. 259]. 



(1) J'ignore te sens précis, s'il y en a un, qu'il faut attacher à cette 
expression, que je n'ai pas rencontrée ailleurs et que n'a pas relevée 
le Dictionnaire Dozy. . a . 



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- 871 - 

VUE d'ensemble du règne d'en-nàçir. 

* Ce fut un prince qui arrêta la fortune contraire, mit 
fin aux ulcères rongeurs, dompta l'ennemi, répandit la 
justice sur le sédentaire et le nomade, fonda et planta, 
[P. 240] édifia forteresses et palais et laissa des traces 
encore existantes quand retentira la trompette du jour 
suprême. Voyez Ez-Zahrà, et comparez combien il reste 
de palais élevés, ce que des princes héroïques ont laissé 
de traces ! Et les demeures où ils habitaient se sont 
après eux effacées, les traces en ont disparu ; sur leur 
emplacement les vents font tourbillonner la poussière; 
les nuages versent leurs eaux. Par l'avènement d'En- 
Nâçir le pilier de la foi fut consolidé, les droits des 
musulmans furent protégés, la guerre sainte fut remise 
sur pied, le feu de l'insoumission et de la discorde s'étei- 
gnit, les peuples sq soumirent par troupes, reconnurent 
son autorité soit isolés soit par groupes. Ne suffit -il .-pas 
de rappeler les faveurs qu'il leur accorda, la justice dont 
il les entoura et couvrit, la générosité avec laquelle.il 
les traita, l'allégresse sans mélange qu'il leur fit goûter? 
Il conquit Ceuta et le territoire voisin, et, semblable au 
jour qui dissipe la nuit, en chassa les princes Idrisides* 
il y envoya de côté et d'autre ses gouverneurs et ses offi- 
ciers, partout les Berbères y reconnurent son autorité, 
s'enchaînèrent dans les liens de son pouvoir, se réfugié^ 
rent dans sa faveur et sa justice. Il avait porté son choix 
sur son client Bedr, dont il fit le soleil et la lune de sa 
souveraineté en lui donnant la place de chambellan et le 
droit de refuser et d'accorder. La puissante main dé 
Bedr raffermit tout; puis ce fut Moûsa ben Hodeyr, qui, 
nommé au premier rang, acheva et compléta l'œuvre, 



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-m - 

déploya le zèle que Ton sait, commanda de nombreuses 
armées et remua la terre entière". 
Ibn Ç AW Rabbihi s'exprime ainsi (*) : 

[Basît] Dieu a montré une (nouvelle) voie à l'Islam, et les 
peuples par troupes viennent à notre foi. Le monde a main- 
tenant revêtu pour celui qui y habite une parure qu'en 
prendrait pour du brocard orné de dessins en couleur. O fils 
des khalifes ! les nuages, s'ils connaissaient ta générosité, se 
montreraient moins prodigues d'eau; la guerre elle-même, 
pi elle connaissait la vigueur de tes attaques, ne monterait 
yas ton ardeur au degré où elle est. L'hypocrisie est morte, 
l'impiété a offert tribut, la cavalerie n'a plus selles ni brides 
qui vaillent, car la victoire est attachée à des étendards qui 
sillonnent les routes jour et nuit. Le khalifat ne sera satisfait, 
et je le souhaite, que du jour où tu l'auras ceint du diadème 
en posant celui-ci sur ta tête. 

[P. 841] Il faut dire à sa louange que, dans le palais 
œuvre de ses ancêtres et monument élevé par ses parents, 
il ne laissa aucune construction sans y appliquer sa 
marque personnelle, soit par reconstruction soit par 
agrandissement. Il faut encore rappeler son exception- 
nelle générosité, dont on n'a vu l'analogue ni avant ni 
depuis risiâm, et c'est ce qui a fait dire W ; 

[Kâmil] O fils des khalifes, glorieux et illustre auprès des 
glorieux, dont le mérite est reconnu par les plus méritants ! 
Tu as glorifié le nom des khalifes, ou plutôt tu les a éclipsés, 
si bien que le plus excellent d'entre eux semble auprès de 



(1) Cette pièce, que Ton retrouve avec des variantes dans Y'Ikd 
(h, 368), est de seize vers, dont les six premiers et le dernier figureut 
ici. Elle a été composée à la suite de la campagne contre Monteléon, 
ci-dessus, p. 267. 

(2) La pièce qui suit est encore d'Ibn- 'Abcf Rabfetfti { l tkd, n> 3flty. 



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- m ~ 

Joi. perdre toute valeur; ttt as remémoré ou plutôt ré/614 
dans l'oubli ce qu'on disait de leurs actes, qui sont main* 
tenant comme inexistants. Venu le dernier d'entre eux, ton 
opulence, égale à celle de tes prédécesseurs, manquera à tes 
successeurs : nui de ceux-ci ne pourra répéter tes actes, de 
ceux-là ta générosité n'a rien à réclamer. 

"Combien ce prince n'a-t-il pas fait d'expéditions bieti 
connues, remporté de victoires célèbres dont la gloire 
lui restera dans l'avenir sans que le cours des siècléà 
la puisse effacer I " 

Ibn c Abd Rabbihi a composé une ardjoûza cjttt traité 
des expéditions entreprises par En-Nàçir de 301 à 322 W. 
Les poètes ont longuement chanté ses louanges et copieu- 
sement témoigné leur reconnaissance. N'était le fait 
qu'on se contente de ce qui circule de cette ardjoûxà; 
nous la répéterions en tout ou en partie ; mais la règle 
que nous suivons est d'être bref et concis. 

Voici une anecdote rapportée par Hayyân ben Khalaf 
et qui montre sa généreuse conduite à l'égard d'un de 
ses fonctionnaires. Mohammed ben Sa e id, connu sous 
le nom d'fbn es-Selim( 2 ), s'était constitué une grosse 
fortune grâce à ce qu'il avait géré pendant longtemps 
des charges importantes, et En-Nâçir le savait. A plu- 
sieurs reprises, le prince lui adressa [sans succès] des 
invites à l'y faire participer de son plein gré, car il était 



(1) Poème du mètre redjez dont il a été parlé plus haut et où Ton 
trouve beaucoup plus de verbiage que de renseignements utiles. 
Notre compilateur aurait dû dire 300, et non 301. 

(2) Ce personnage ne paraît pas devoir être confondu avec le kàdi 
connu aussi sous le nom dlbn es-Selîm. Du rapprochement de Y 'Ikd 
(il, 381 1. 3) et de notre texte, p. 321, 1. 6, il faut conclure que Sa'id 
ben el-Mondhir était aussi appelé ïbn es-Selim ; il ne semble pas 
qependant qu'il puisse être ici question de lui. 



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— 374 — 

son souverain, et pourrait, s'il le voulait, s'en emparer; 
mais la générosité de ses sentiments s'y opposait. Alors 
il dit un jour à son audience : « A quoi peuvent penser 
certains courtisans qui,^ se trouvant largement pourvus 
par nous des biens de ce monde, se sont mis à amasser 
de l'argent sans se soucier de nous servir, qui voient 
les grosses dépenses auxquelles nous astreignent nos 
affaires, et qui y trouvent, parce que nous pouvons les 
faire, la tranquillité de leur situation et les aises de la 
vie? Ils savent pourtant que le Prince des croyants 
[P. 843] c Omar ben el-Khattâb imposa à ses gouver- 
neurs le paiement d'une portion déterminée d'après les 
bénéfices qu'ils avaient réalisés dans leurs fonctions, et 
la fit verser au trésor, Qu'était ce chef et qui étaient 
ceux à qui il s'adressait ? C'est un exemple à suivre. » 
Ibn es-Selim, sans répondre sur ce point, se mêla à la 
conversation comme si un autre que lui eût été visé. 

Cependant la colère et les mauvaises dispositions 
d'En-Nàçir croissaient. Un jour que, à une de ses audien- 
ces privées, il venait de recevoir du vin de sa main et 
qu'il coupait une pomme avec un couteau: « Je voudrais, 
s'écria-t-il, couper de même la tête de celui que je sais 
avoir acquis une grosse fortune à notre détriment et qui 
n'en verse rien au trésor I » Cette fois, Ibn es-Selim resta 
tout interdit et ne douta plus qu'il ne s'agît de lui ; alors, 
se dressant devant son maître, il lui parla ainsi : « Prince 
des croyants, il y a longtemps que tu fais allusion à moi, 
et je me suis tu. Oui, je l'affirme, j'ai une grosse fortune, 
mais qui n'est pas ce que tu penses ; c'est par l'économie 
que je l'ai acquise, pour faire face à des revers possibles, 
et je ne t'en donnerai ni un dirhem ni, partant, davan- 
tage. Tu as un jugement parfait, sauf quand tu déclares 



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= 375 - 

licite [ce qui ne Test pas] ; à Dieu de plaise que tu rtiettes 
la mairi sur mon bien sans que je réclame contre toi ! 
Les âmes des hommes sont livrées à l'avarice W.» Alors 
En-Nàçir, tout honteux, baissa la tête en récitant les 
paroles sacrées : S'il vous demande vos biens et qu'il vous 
presse, vous montrerez votre avarice, et Dieu dévoilera 
vos haines (Koran, xlvii, 39). Puis, s'approchant d'Ibh 
es-Selim et lui parlant amicalement, il le rassura, de 
sorte que la réunion continua tranquillement. Mais ce 
courtisan, dans le but de chasser la frayeur dont il avait 
été saisi, se mit à boire assez pour trouver l'ivresse. En 
vain En-Nâçir lui disait : « Doucement, Mohammed, on 
ne peut te faire entendre raison I » l'ivresse arriva, et 
notre homme se mit à vomir. Les esclaves se précipitè- 
rent pour lui apporter une cuvette et des serviettes, 
tandis qu'En-Nâçir, lui soutenant la tête, lui disait : 
« Débarrasse-toi l'estomac et fais doucement. » Ibn es- 
Se|im n'avait d'abord pas distingué sa voix de celle de 
ses serviteurs, mais en tournant la tête il vit que c'était 
le prince lui même; alors, n'y tenant plus, il se jeta à ses 
pieds et les lui embrassa en s'écriant : [P. 243] « flls 
des khalifes, c'est ce degré de bonlé que tu as pour moi ! » 
El il se mit à lui adresser toute sorte de vœux et à mani- 
fester très vivement sa reconnaissance. « Il n'est que 
juste, repartit le prince, que je compense ma conduite 
de ce soir à ton égard, en te rendant en prévenances la 
peur que je t'ai donnée et en amabilités, ma dureté. »> 
Il lui fit ensuite remettre un vêtement, et cet homme 
rentra chez lui. Voilà un des traits de magnanimité et 
de bonté de ce prince. Or, au bout de quelques jours, Ibn 



(1) Allusion au Korau, iv, 127. 



•-Tfcv- . 



« 376 » 

es-Selim lui envoya cent mille petits dinars [valant le 
quart du dinar ordinaire], qu'En-Nâçir accepta en le 
remerciant et en lui assignant par contre de hautes 
fonctions. Jusqu'à sa mort d'ailleurs il ne cessa de se 
montrer très généreux à son égard. 

En-Nâçir étant un jour à plaisanter avec son vizir 
Aboû'l-Kâsim Lope, lui dit de faire la satire du vizir <Abd 
el-Melik ben Djahwar, et comme Lope s'en défendait, il 
dit à Ibn Djahwar de faire la satire de Lope ; mais à son 
tour Ibn Djahwar objecta que de ce dernier dépendait 
son honneur et qu'il ne voulait pas mettre sa vie entre 
les mains de Lope : « Alors, dit En-Nâçir, c'est moi qui 
vais le satiriser !» et il prononça ce vers : 

[Sarî'] Aboû'l-Kâsim Lope a une longue barbe, longue 
d'un mille. 

Puis, s'adressant à Ibn Djahwar, il lui dit de ne pas 
s'excuser davantage et de donner une suite à ce vers ; 
alors le vizir continua : 

Coupée, elle serait large de deux milles, ce qui confond et 
renverse la raison ; s'il avait besoin de la lotionner, toute 
l'eau du Nil n'y suffirait pas ! 

Alors En-Nâçir, éclatant de rire, dit à Lope : « Ibn 
Djahwar t'a forcé à parler; vas-y donc!» Alors Lope 
continua : 

Le fidèle ami de Dieu a dit de lui-même : Je possède une 
barbe qui dépasse toute longueur, et le fils d'un petit âne a 
parlé comme doit faire celui qui se nourrit de chardons et 
de fèves. Sans le respect que j'ai pour Timâm de la vraie 
direction, j'aurais de mon aiguillon piqué son derrière. 



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- »77 - 

Lope s'arrêta après le mot son, et ce fut En-Nâçir qui, 
ajoutant le mot derrière, acheva le vers en ajoutant le 
mot sous-entendu : a C'est toi, Seigneur, lui dit alors 
Lope, qui as satirisé Ibn Djahwar. » Le prince se mit à 
rire £t lui fit un présent W. 

Un jour En-Nâçir était sorti sur un cheval pie et ses 
vizirs l'entouraient. Ibn e Abd Rabbihi a dit à ce propos 
dans une kaçîda : 

[F. 244 ; Sarî'] Voilà que vient d'apparaître une pleine 
lune que porte un cheval pie et que TOrient envie à l'Occi- 
dent. Si cet animal savait qui il porte, combien ne serait-il 
pas fier de cette glorieuse charge ! Car c'est l'imâm juste 
dont Dieu emploie la main toujours ouverte pour distribuer 
ses bienfaits; par lui le temps passé revient, par lui, j'en 
atteste le ciel, le vieux redevient neuf ! 

Quand son fils El-Hakam ben «Abd er-Rahmân com- 
mença à grandir, il en fit son héritier présomptif. Cela 
excita contre celui-ci la jalousie de son frère 'Abd Allah, 
qui, soutenu par des adhérents, voulut tuer El-Hakam; 
mais le complot fut découvert, et tous ces fauteurs de 
troubles furent, comme il a été dit, mis à mort. Quant 
au jeune f Abd Allah, on rapporte que son père le fit 
extraire de prison le lendemain de la Fête des victimes 
et qu'il le fit égorger sous ses yeux (*). 

C'est à En-Nâçir que sont dus les agrandissements 
bien connus de la grande mosquée de Cordoue, parmi 



(1) Cette anecdote figure aussi dans Makkari (11, 417 ; éd. Boulak, 11, 
346). Elle prouve que le prince et les courtisans avaient au moins 
quelques notions de la langue espagnole, car les mots « son derrière» 
sont écrits en espagnol (Recherches, 2 a éd., 1, 93 ; 3' éd., 87). 

(2) En 338, suprà, p. 360. 



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- 878 - 

lesquels figure la grande arcade voûtée devant laquelle 
se rangent les muezzins le vendredi pour faire Fappel à 
la prière, et qui est une construction des plus remarqua- 
bles. Puisque la mention de cet édifice se présente ici, 
nous devons rappeler brièvement quels sont les princes 
omeyyades qui l'ont fondé et qui se sont occupés de le 
construire. 

Râzi rapporte, comme provenant dii juriste Moham- 
med ben 'IsaW, ce que voici. Les musulmans, à la suite 
de' leur conquête de l'Espagne, tirèrent argument de ce 
qu'avaient fait Aboû 'Obeyda [ben el-Djerrâh] et Khâlid 
[ben el-Welîd], de l'aveu du Prince des croyants c Omar 
ben el-Khattàb, touchant le partage par moitié des églises 
chrétiennes intervenu dans les pays qui s'étaient rendus 
à composition, pour l'église de Damas par exemple, et 
pour d'autres. encore ( 2 >. En conséquence, les musulmans 
s'entendirent avec les barbares de Cordoue pour pren- 
dre là moitié de leur plus grande église, qui était située 
dans l'intérieur de la ville; dans cette moitié ils élevè- 
rent une mosquée principale (djâmi*), tandis qu'ils lais- 
sèrent l'autre moitié aux chrétiens, mais en détruisant 
toutes les autres églises. Cependant quarîl le nombre des 
musulmans s'accrut erl Espagne et que Cordoue prit des 



(1) Ràzi étant mort vers 344, il ne peut s'agir de Mohammed ben 
'Isa ben Mozeyn, qui vivait au XI e siècle, à la cour des Abbadides 
(Dozy, Intr. au Bayân, 76; Script.. de Abbadidis, n, 123; Pons Boigues, 
Ensayo bio-bibliog., 171). Celui, parmi les juristes qui portent ce nom, 
dont il est fait mention, doit probablement, à raison de son époque, 
figurer parmi ceux dont il est question dans Dhabbi, n° 212 (== Ibn 
Faradhi, n° 1100), dans la Tekmila, n° 304, ou dans Ibn Faradhi, 
n" 1241, 1243, 1356, 1662, 1664 et 1708. — Tout le passage qui suit 
figure également, avec quelques variantes et un peu plus au long, 
dans Màkkari, i, 368, 1. 7 et s. ; éd. Boulak, i, 262. 

(2) Voir notamment à ce sujet Beladhori, p. 125. 



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- 37Ô - 

développements dus à ce que les émirs arabes et leurs 
bandes s'y installèrent, cette mosquée devint insuffisante: 
on dut y ajouter des galeries (S^i-), mais on resta néan- 
moins fort à l'étroit. Quand *Abd er-Rahmân ben Mo f â~ 
wiya fut arrivé en Espagne et se fut installé à Cordoue, 
il examina la question de l'agrandissement [P. 245] et 
de la consolidation des bâtiments de la mosquée. Il fit 
appeler les barbares de la ville pour leur demander de 
lui vendre la portion de l'église qu'ils détenaient encore; 
leur en offrant d'ailleurs un prix très élevé pour respec- 
ter les termes du traité conclu lors de leur soumission, 
et leur permettant de relever les églises qui, en dehors 
de Cordoue, avaient été abattues lors de la conquête. Ce 
fut ainsi que les chrétiens abandonnèrent la moitié qui 
leur avait appartenu jusqu'alors, et qui fut jointe au 
djâmi". Ce fut en 169 (14 juil. 785) qu' c Abd er-Rahmân 
ed-Dâkhil commença la démolition de cette moitié et 
l'édification de la grande mosquée ; en 170, c'est à dire 
en une seule année, la construction était achevée, les 
nefs terminées et tous les murs extérieurs debout. La 
dépense d"Abd er-Rahmân pendant cette période monta, 
dit-on, à 80.000 pièces fortes de poids, et c'est à ce pro- 
pos qu'El-Balawi M s'exprime ainsi : 

[Tuwîl\ Pour Dieu et par amour pour lui, il dépensa qua- 
tre-vingt mille pièces d'argent et d'or, employées dans une 
mosquée qui a pour fondement la piété et qui sert à l'exer- 
cice de la religion prêchée par le Prophète Mahomet. 



(1) On retrouve ici deux des trois vers que cite Makkari (i, 369), 
qui leur donne pour auteur Dih'ya ben Mohammed Balawni, poète 
dont je n'ai pas retrouvé le nom ailleurs. La lecture Balaioi est cor- 
recte ; elle figure dans l'édition de Makkari publiée à Boulak; cf. le 



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Hichàm, fils du précédent, ajouta à l'endroit d'où se 
criait l'appel à la prière un minaret haut de quarante 
coudées, éleva en arrière de la mosquée des galeries où 
les femmes pussent faire leurs prières et installa le bas- 
sin à ablutions qui est à Test dû djâmi*. L'ensemble du 
monument resta dans cet état jusqu'à 'Abd er-Rahmân 
ben el-Hakam ben Hichàm ben 'Abd er-Rahmân ed- 
Dâkhil, qui y ajouta la portion ornée de pilastres qui a 
cinquante coudées de long sur cent cinquante de large, 
où Ton compte quatre-vingts colonnes, et dont l'édifica- 
tion fut terminée en djomàda I 234 (déc. 848). L'émir 
Mohammed ben f Abd er-Rahmân fit perfectionner les 
côtés du monument, l'orna de sculptures et édifia la 
makçoûra (tribune), à laquelle il donna trois portes. 
Quand tous ces travaux furent terminés, il pénétra dans 
le temple et y fit de ferventes prières de plusieurs rek'a, 
ce qui a fait dire à Moûsa ben Sa'ld : 

[Tawîl] J'en jure par ma tête, l'Imàm vient de manifester 
son humilité, mais en prouvant à la fois sa piété et sa fortune. 
Il a construit une mosquée qui n'a pas sa pareille au monde, 
et y a prié pour témoigner sa gratitude au Maître du trône. 
[P. 246] Heureux celui pour qui l'émir Mohammed a inter- 
cédé dans les prières qu'il y a faites ! 

L'émir El-Mondhir ben Mohammed ajouta air dfâmi c 
la salle dite du trésor, où il déposa l'argent provenant 
des wakf (fondations pieuses) et destiné à secourir les 
fidèles, de même qu'il remU le réservoir wliw à neuf et 

Lobb el-lobâb, p. 44, et le Merâcid, i, 173, qui cite le nom de lieu 

J^Jb « dans le canton d'El-Balloût, en Espagne ». Le même ethnique 

est porté par le poète El-Àbrach (f. 124 v° du ms 2327 de Paris), et par 
Ahmed ben Mohammed Ichbtli (f . 41 v° du ms 3340 de Paris). 



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-88i - 

fit restaurer les galeries. Son frère Ternir f Âbd Àllâh 
ben Mohammed ajouta un passage couvert formé d'ar- 
cades IjUx reliées entre elles (H et faisant communiquer 
le palais et la mosquée du côté ouest de celle-ci ; il fit 
aussi installer une sitâra (garde-corps, parapet) qui, 
partant du bout de ce passage couvert, arrivait jusqu'à 
la niche (mihrâb); il ouvrit encore une porte qui donnait 
accès à la tribune et par où il passait pour se rendre à 
la prière. II fut le premier prince omeyyade d'Espagne 
qui introduisit cet usage. 

Pour en rovenir à En-Nâçir, on prétend qu'il dépensa 
pour la construction du minaret P), la régularisation de 
la mosquée et la construction de la façade des nefs, au 
nombre de onze, sept mody et deux keyl et demi de 
dirhems kâsimiV). Le même prince dépensa pour cons- 
truire la ville d'Ez-Zahrâ vingt-cinq mody de dirhems 
kâsimi, plus six kafîz et trois keyl et demiW. L'édifica- 
tion de cette ville fut commencée sousEn-Nàçir au début 
de l'année 325 (19 nov. 936). On y mettait en œuvre quoti- 
diennement six mille pierres équarries, en outre des 
moellons employés dans les fondations. Le marbre était 
importé de Carlhage, en Ifrîkiyya, et de Tunis par les 
soins d'hommes de confiance, à savoir f Abd Allâh ben 



(1) L'expression arabe doit être rapprochée de celle que cite Dozy 
{Dictionnaire, n, 149 a, 1. 26), et la correction proposée par Fleischer 
île semble pas devoir être admise (Kleinere Schriften, n, 641). 

(2) Sur ces travaux, voir aussi Makkari, i, 369. 

(3) Sauvaire, qui cite ce passage, le seul à sa connaissance où il 
soit question du dirhem kàsimi, est disposé à croire que cette mon- 
naie tira son nom d'Aboû'l-Kàsim el-Kà'im le Fatimide (J. As., 1881, 
H, 509). Il faut d'ailleurs en rapprocher le passage parallèle qui figure 
dans Makkari, t, 374, L 15 et 16. 

(4) Sur la construction d'Ez-Zahrà, voir ci-dessus, p. 347 ; Mue. 
d'Esp., in, 92, et les auteurs cités. 



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- 382 ~ 

Yoûnos, Hasan [ben Mohammed] Kortobi et e Alï ben 
Dja'Iar Iskenderâni. En-Nâçir leur payait chaque pièce 
de marbre trois dinars, chaque colonne huit dinars 
sidjiltnassi ; or la construction absorba 4313 colonnes, 
dopt 1013 provenant d'Ifrikiyya, et 140 envoyées par Je 
roi des chrétiens (melik er-roûm); le reste fut tiré de 
l'Espagne même. Quant au magnifique bassin sculpté et 
orné d'images dorées, [P. 247] dont la valeur est ines- 
timable, il fut amené de Constantinople par l'évêque 
Rebi'W, qui le traîna d'un lieu à un autre jusqu'au bord 
de la mer. En-Nâçir le plaça dans la chambre de repos 
du salon oriental connu sous le nom de Mou'nes. Il était 
orné de douze statues d'or rouge incrusté de perles d'un 
haut prix, [statues] travaillées dans râtelier du palais 
de CordoueW. Celui qui était chargé de surveiller lès 
travaux de construction était El-Hakam, car En-Nâçir 
n'avait donné pour cela sa confiance à personne autre 
que son fils. Sous le règne de ce prince, huit cents pains 
étaient quotidiennement employés à nourrir les poissons 
des étangs ; ce détail est des plus importants, mais d'au- 
tres le sont encore davantage. Des tributs (djebâya) qu'il 
recevait, En-Nâçir faisait trois parts égales, l'une pour 
le tfjond, la seconde pour des constructions, et la trot* 
sième était mise en réserve. Le tribut de TEspagne,4arrt 
des cantons que des bourgades, était alors de cinq mil- 
lions quatre cent quatre-vingt mille dinars; le revenu 
des domaines princiers et des marchés était de sept cent 
soixante-cinq mille dinars. 



(1) Ce personnage est aussi cité par Makkari, qui lui associe Ahmed 
K le philosophe grec ">*. 

(2) Cf. Makkari, r, 346 et 374. 



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A propos des monuments de Gordoue et de la grandeur 
de cette ville lorsqu'elle eut atteint tout son développe- 
ment sous les OmeyyadesW, on dit. que l'intérieur des 
murs renfermait, rien que pour les sujets et non compris 
les demeures habitées par les vizirs et les hauts fonc- 
tionnaires, 113.000 maisons ; que les mosquées étaient 
au nombre de 3,000; que les hOtels renfermés dans l'en- 
ceinte du palais d'Ez-Zahrâ et destinés au logement, du 
sultan, de son entourage et de sa famille, étaient au nom- 
bre de 400 ; que le nombre des eunuques ^l~s esclavons 
était de 3.750; que, dans le palais d'Ez-Zahrâ> le nombre 
des femmes,: vieilles et jeunes, et des servantes était de 
6.300; que pour tout ce monde il fallait 13.000 livres de 
viande réparties à raison de dix livres et moins par tête* 
non compris les poules, les perdrix, les oiseaux et pois- 
sons de toutes espèces ; que le nombre des bains était 
de 300. Elle était, disait-on, le lieu par excellence d'exhi^ 
bition (?) des femmes. [P. 248] Elle avait alors, veuille 
Dieu la rendre à l'Islam! vingt-huit faubourgs, parmi 
lesquels les deux villes d'Ez-Zahrâ et d'Ez-Zâhira. Quant 
à la perle extraordinaire qui figurait dans le salon mer- 
veilleux, elle provenait du César grec de Constantinople, 
qui l'avait envoyée à En-Nâçir avec de nombreux et pré- 
cieux cadeaux. Louanges à Celui dont l'empire ne passe 
pas et dont la puissance persiste toujours ! 
* En-Nâçir mourut au commencement de ramadan 350 
(oct. 961), On trouva une liste dressée de sa main et où 
il disait, par ordre chronologique : « Les jours de ma 



(1) On peut voir le tableau qu'a fait Dozy de Cordoue à cette époque 
{Mus. d'Esp., m, 91), en suivant principalement notre texte; cf. Mak- 
Vari, i, 366 et 373 ; Ibn Haukal, p, 76, et Merrâkechi, Hist. des Almo- 
hades, p. 315 de la tr. fr. 



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-384- 

vie où j'ai joui d'une joie pure et sans trouble sont tel 
jour de tel mois de telle année. » Or le total en était de 
quatorze I Que l'homme dissipé juge donc de ce qu'est ce 
monde et combien il manque de sécurité et de stabilité 
même pour ceux qui sont comblés de ses faveurs : le 
khalife En-Nâçir, après un règne de cinquante ans, sept 
mois et trois jours, n'avait joui que de quatorze journées 
sans nuage 1 Louange soit au Tout-Puissant, dont l'em- 
pire ne passe pas! Que Son nom soit béni, que Sa gloire 
soit exaltée I 

Entre autres poètes qui ont déploré la mort de ce 
prince, Dja'far ben 'Othmàn Moçh'afl a dit : 

[Tawîl] Un injuste arrêt de la fortune vient donc de ravir 
l'Imâm de l'époque ! Mais le sort n'afflige de ses plus forts 
coups et de ses surprises que les cœurs des plus, grands. 
Examine s'il est personne dont l'ascension ne décline sous 
ses coups, si nul, quand ils se dressent, peut rester assis ; 
regarde s'il est un homme qui, s'allaitant au sein de [la for- 
tune], ne trouve la mort quand il en est sevré ! La vie du 
peuple paraissait attachée à celle de ce prince, et par la mort 
de celui-ci, celui-là ne peut plus douter de son propre trépas ; 
le désespoir de trouver aucune consolation le met hors de 
soi, et la résignation est impuissante à calmer ses sanglots et 
sa fièvre (*). 

Khalifat dEl-Hakam el-Mostançir billâh, fils d"Abd er-ttahmân. 

La généalogie de ce prince s'établit ainsi : El-Hakam 
ben f Abd er-Rahmàn ben Mohammed ben 'Abd Allah 
ben Mohammed ben 'Abd er-Rahmân ben cl-Hakara ben 



(1) D'autres fragments de celte pièce figurent dans la Hotktt d'Ibn 
el-Abbar (Notices, p. 145). 



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- 385 - 

Hichàm bea <Abd er-Rahmân ed-Dâkhil. [P. Ô40] Il 
portait le prénom d'Aboû'l-Motarrif, sa mère s'appelait 
MihrdjànW, et il vécut soixante-trois ans et sept moisP). 
Il reçut la prestation de serment de fidélité à la suite de 
la mort de son père le 3 ramadan 350 (15 oct. 961), et 
mourut dans la nuit du samedi au dimanche 3 çafar 366 
(30 sept. 976), de sorte qu'il régna quinze ans, sept mois 
et trois jours. Il portait le titre d'El-Mostançir billàh. Il 
était d'un blond roussâtre, avait de grands yeux noirs, 
le nez aquilin, la voix forte, les jambes courtes, le corps 
gros, les avant-bras longs et la mâchoire supérieure en 
saillie. 

Il eut comme kàdis, d'abord celui de son père Mondhir 
ben Sa'id Balloût'i, puis Aboû Bekr Mohammed ben 
es-Selîm( 3 ). L'inscription de son cachet était « El-Hakam 
accepte l'arrêt divin » (*). 

Dès son avènement il s'occupa de l'agrandissement de 
la mosquée principale de Cordoue; ce fut même le pre- 
mier ordre qu'il rendit, et il en confia l'exécution à son 



(1) On lit Mordjàna dans Makkari (i, 232) et Marh'àn (Mordjàn?) 
dans Dhabbi, p. 18. Ce dernier nous apprend que Hakam, ennemi 
déclaré de l'usage du vin, songea à faire arracher toutes les vignes 
en Espagne, ce que relate aussi la Hollat y p. 103. 

(2) Ibn el-Abbàr lui a consacré un article (Notic s, p. 101); voir 
aussi Makkari, i, 247; Ibn Khaldoun, iv, 144. 

(3) Le nom complet de ce kàdi, +en djomàdal 367, est Mohammed 
ben Ishàk ben Mondhir. . . ben es-Selim (Ibn Faradhi, n° 1317 ; Dhabbi, 
n°57 ; Makkari, notamment i, 606); il est souvent appelé Ibn es-Selim. 
C'est en décembre 966 qu'il remplaça Mondhir ben Sa'id (Khochani, 
ap. Mus. d'Esp., m, 117). 

(4) Sur les goûts littéraires de ce prince et la riche bibliothèque qu'il 
forma, voir Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 146 ; Notices, p. 101. Une 
histoire des Francs, qui n'est pas parvenue jusqu'à nous, fut composée 
pour Hakam par Godmar, évêque de Gérone (Mas'oùdi, Prairies d'or, 
m, 70 ; Reinaud, Invasions des Sarrazins, p. xv). 

25 



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chambellan et principal officier Dja'far ben e Abd er-Rah- 
màn Çak'labi .(*), le 4 ramadan de cette année, lendemain 
de son intronisation, lui enjoignant d'avoir tout d'abord 
à se procurer des pierres, comme étant l'élément le plus 
important de la construction. Dès le mois de ramadan 
même, on commença à en apporter. En effet, le palais de 
Cordoue abritait un nombreux personnel, et il en résultait 
un encombrement fatigant dans la mosquée, insuffisante 
à contenir tout ce monde, de sorte qu'El-Mostançir s'em- 
pressa de'la faire agrandir. Pour tracer le plan et arrêter 
les détails des travaux, il se rendit sur les lieux en se 
faisant accompagner par les cheykhs et les architectes, 
qui arrêtèrent d'agrandir depuis l'extrémité sud de la 
mosquée jusqu'à l'extrémité de la cour Ua?, la prolon- 
geant ainsi de onze nefs, soit, dans le sens de la longueur 
nord-sud, quatre-vingt-quinze coudées et, dans le sens 
de la largeur est-ouest, de la largeur totale de l'édifice. 
De celui-ci on retrancha le passage couvert employé par 
le khalife pour se rendre du palais à la prière et qui 
aboutissait à côté de la chaire, dans l'intérieur de la tri- 
bune. Ces travaux comptent parmi les plus beaux agran- 
dissements que reçut ce monument ( 2 >. 

Il constitua aussi des fondations au profit de la mos- 
quée- Après l'achèvement des travaux il réunit les juris- 
tes, les témoins judiciaires, les notables et chefs des 
habitants, [P. 250] les kâdis et les imâms, fit devant 
eux l'éloge et proclama la gloire de Dieu en lui renou- 



(1) Maintes fois cité dans Makkari sous le simple nom de « Dja'far 
Çaklajn ». Son souvenir est d'ailleurs rappelé dans l'inscription du 
mihrâb de la grande mosquée de Cordoue (Dozy, Rech. 3 8 éd., h, 434). 

(2) Au sujet de ces agrandissements, voir Tanecdote rapportée par 
Merrâkechi, p. 316 de la trad. fr. 



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-38? - 

vêlant l'expression de sa reconnaissance de ce qu'il lui 
avait permis de mener à bonne fin ce noble travail, et 
ajoutant que, pour reconnaître cette insigne faveur, il 
consacrait le quart des revenus annuels de toutes les 
propriétés, etc., qu'il avait héritées de son père dans leâ 
divers districts et provinces de l'Espagne à l'effet de 
secourir les malades des provinces frontières, avec cette 
seule réserve que, en cas de disette survenant à Cor- 
ci oue, cette ville profiterait des dits revenus jusqu'à ce 
que Dieu y eût amélioré la situation. Il désigna pour 
prendre possession de cette fondation, en même temps 
qu'il l'en constitua administrateur, son chambellan et 
principal officier Dja'far,. et chargea son vizir et secré- 
taire *Isa ben Fot'ays d'en opérer la remise. Il prit tous 
les assistants comme témoins de cette fondation, et 
aussi de l'affranchissement de tous ses esclaves mâles 
achetés à prix d'argent. Il partit ensuite pour faire cam- 
pagne contre les infidèles. 

En 352 (30 janv. 963), Hakam fit contre les pays chré- 
tiens une campagne où il conquit de nombreux châteaux- 
forts et des villes importantes. Il rentra victorieux, 
chargé de butin et traînant des captifs à sa suite M. 

Aboû Çâlih' Zemmoûr Berghawât'i vint à Cordoue en 
qualité d'ambassadeur d'Aboû Mançoûr 'Isa ben Aboû'l- 
Ançâr, roi des Berghawâta. Le khalife lui adressa, au 
sujet des origines et des croyances de ce peuple, des 
questions auxquelles furent faites les réponses que nous 
avons rapportées dans la première partie ( £ ). 

(1) Voir Mus. cïEsp., m, 105; et plus bas. p. 389. Cet alinéa et le 
suivant, qui ont trait à Tannée 352, paraissent déplacés ; cf. Dozy, 
Correctiohs, p. 60 ; Mus. d'Esp., m, 102 n. ; Ibn Khaldoun; éd. Bou- 
]ak, iv, 144, 1. 7 ad f. 

(2) Voir ci-dessus, p. 348, et t. i, p. 324. 



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En moharrem 351 (&fév. 962), Hakam avait envoyé à 
tous les gouverneurs, kâïds et fonctionnaires de toutes 
les localités d'Espagne des ordres écrits d'équiper de la 
cavalerie, de la nourrir, et de tenir prêts les approvision- 
nements, armes et machines de guerre nécessaires pour 
entreprendre la guerre sainte. 

Il enleva à <Abd Allah ben Bedr le commandement de 
la chorta de Cordoue et le confia, par un rescrit autogra- 
phe, à Mohammed ben Djahwar. 

Dja'far Çaklabi Nàçiri le grand eunuque ^ fut nommé 
chambellan. 

[P. 251] Hakam reçut la visite d'Ordono (*) fils d'Al- 
phonse le Bossu, qui était [de la famille] des rois de 
Galice et en lutte avec son cousin paternel Sancho fils de 
Rodmir, par lequel il s'était laissé supplanter sur le 
trône. Le khalife le reçut avec les plus grands honneurs, 
qu'il serait trop long de décrire. Les gens diserts rédi- 
gèrent à ce propos des séances {makâmât) et des poésies 
qui grossiraient trop notre livre. Voici un extrait d'une 
kaçlda d'<Abd el-Melik ben Sa'idW : 

\Kâmiï\ Le r£gne du khalife a pour marque la prospérité, 
et son bonheur est ininterrompu : aussi les musulmans sont- 
ils puissants et glorieux, les infidèles avilis et abaissés. Sa 
bonne fortune lui a soumis les barbares, qui redoutent sa 
tempétueuse attaque, et voici que leur prince vient le trouver 
pour recevoir de lui des liens qui enchaînent leur liberté. 



(1) Il s'agit d'Ordono IV le Mauvais, fils d'Alphonse IV, cousin ger- 
main de Sancho fils de Ramire, et gendre de Ferdinand Gonzalez 
(Mus. d'Esp., m, 81 et 96; Ibn Khaldoun, iv, 145). 

(2) Au lieu des quatre vers cités par notre auteur de cette pièce 
cT'Abd el-Melik ben Sa'id Moràdi, on en retrouve dix-huit dans Mak- 
kari (i, 255). Dhahbi dit quelque chose de ce poète (n' 1067); voir aussi 
la Yetîmat ed-dahr, éd. Damas, i, 364. 



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Il arriva à Cordoue des envoyés de Sancho fils de 
Rodmîr, qui était en désaccord avec le prince infidèle de 
Galice Ordono, son cousin paternel. Ces gens, qui avaient 
entre autres avec eux 'Abd er-Rahmân ben Djah'h'âf, 
kâdi de Valence, et Ayyoûb ben et-T'awîl, arrivèrent en 
rebi< II (mai) et transmirent à El-Mostançir la lettre par 
laquelle Sancho ben Rodmir répondait à ce qui lui avait 
été écrit et annonçait longuement que lui et tous ses 
sujets reconnaissaient l'autorité du Prince des croyants. 

Il naquit au khalife de sa concubine, qu'il nomma 
Dja'farM et qui devint ainsi esclave-mère, un enfant 
mâle à qui il donna le nom d' f Abd er-Rahmân W. Comme 
c'était là son premier-né, il ressentit une joie très vive 
de cet événement, que les poètes et les littérateurs célé- 
brèrent de toutes les manières. 

Les Galiciens violèrent de toutes parts leurs promes- 
ses (de fidélité). . ' 

Le fleuve de Cordoue arriva à son point de déborde- 
ment. 

En 352 (30 janv. 963), El-Hakam el-Mostançir dirigea 
en personne l'expédition de San Esteban [de Lerin] ( 3 >. 

En 353 (19 janv. 964), une famine intense sévit à Cor- 
doue, et Hakam prit soin des malades et des indigents, 
aussi bien de la ville que des faubourgs et d'Ez-Zahrâ; il 
pourvut à leur nourriture, et il leur sauva ainsi la vie. 

Il fut, dans les deux mosquées principales de Cordoue 
et d'Ez-Zahrâ, donné lecture de la lettre par laquelle 
[P. 252] Sa'd DjVferi, client du khalife et kâïd d'El- 



(1) Elle s'appelât en réalité Çobh', queDozy a traduit par Aurore; 
voir sa note de là p. 133, t. ni des Mus. d'Esp. 

(2) Ce prince mourut tout jeune {infrà, p. 391). 

(3) C'est de cette expédition qu'il a été parlé plus haut, p. 387, n. 1. 



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Djawf W, annonçait les succès que Dieu lui avait fait rem- 
porter sur les Galiciens et le butin dont, par laveur pour 
Tirnâm à l'âme pure, il avait gratifié les musulmans. 

La presse de la population dans la mosquée principale 
était telle, grâce à l'affluence des fidèles, que plusieurs 
faillirent y périr, ce qui détermina El-Mostançir à y 
ordonner des agrandissements et additions. Le kâdi 
Mondhir ben Sa'îd, accompagné du préposé aux fonda- 
tions pieuses, des juristes et des témoins instrumentai- 
res, se rendit dans le temple pour y étudier les travaux 
d'agrandissement à exécuter à l'aide des fonds existants 
et provenant des biens de main-morte. 

El-Mostançir donna à Ahmed ben Naçr (*) l'ordre de 
construire dans la province frontière de Tolède une ville 
solidement bâtie et bien organisée ; il mit à cet effet plu- 
sieurs charges d'argent à sa disposition. 

Le khalife se transporta de Cordoue à Alméria, poussé 
par la crainte de ce que pouvait tenter le prince d'Ifrî- 
kiyya contre les habitants de la Péninsule, pour y voir 
de ses yeux l'état des considérables travaux de défense 
qu'il avait fait exécuter, examiner le couvent-caserne 
d'El-K'abt'a* 3 ) et se rendre compte de la situation des 
habitants de cette région. 



(1) Cette région n'est pas mentionnée par Edrisi. D'après le Merâcid 
(i, 273), « c'est un pays situé dans la partie ouest de l'Espagne et domi- 
nant l'Atlantique ». On voit par le dire d'Ibn Faradhi (n, p. 17 1. 13) 
qu'il a Mérida pour ville principale. Il fut le siège de la révolte d u Abd 
er-Rahmàn ben Merwàn Djàliki (Makkari, n, 218 1. 17 ; ce nom a été 
omis dans l'index). Un autre endroit du même nom se retrouve encore 
du côté d'Ocsonoba, d'après le Mo'djem de Yakofit, n, 158. 

(2) Son nom est encore rappelé dans l'inscription de la mosquée 
de Cordoue {Recherches, 3* éd., n, 434). 

(3) Je n'ai retrouvé nulle part le nom de £k*JL)\ £L>\. ; je note 
seulement les noms de Cobda, Cobda de Andarax, Cobdar y Albanche? 



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■wpt*' 



- 3Ô1 - 



En chawwàl (octobre), se répandit la nouvelle du vol 
commis au détriment du trésor conservé dans l'intérieur 
de la grande mosquée de Cordoue et destiné à [l'édifica- 
tion de] la fontaine. 

En 354 (7 janv. 965), il tomba à Cordoue des pluies 
abondantes qui détrempèrent la terre, et la bonne récolte 
qui en fut la suite procura une satisfaction générale. 

Hichâm ben el-Hakam naquit cette année-là. Au dire 
d'Ibn Hayyân, le khalife était très anxieux d'avoir un 
fils, car il était d'un âge avancé; aussi fut-il bien joyeux 
quand une esclave avec qui il avait cohabité vint à con- 
cevoir. Il attendit (impatiemment) le terme de la gros- 
sesse, mais l'enfant, qui naquit dans les premiers jours 
de son règne, mourut tout jeune, et il en éprouva du 
chagrin. Une nouvelle grossesse le combla de joie, et 
son vizir Dja'far ben c Othmàn, prenant part à sa satis- 
faction, lui adressa ses félicitations dans les vers que 
voici : 

[Wdflr] Mes congratulations aux humains et à l'Imâm! 
Voilà qu'un être magnanime est rejointe) par un autre, un 
khalife futur encore £ Télat d'embryon, mais sur qui repo- 
sent de grands espoirs, et qui projette sa lumière sur sa noble 
mère, ainsi soustraite à l'obscurité. [P. 253] Et pourquoi ne 
t serait-on pas éclairé par les flancs de celle qui porte une 
pleine lune dans son sein ? 

Quand, continue cet auteur, la concubine Dja c far eut 
accouché de ce fils, c'est à dire de Hichâm surnommé 



dans Simonet {Description, etc., p. 303 et 301; cf. p. 152, « Gobdaa, 
boy Cobdar»). 

(1) Le mot JwcblXuo, si cette leçon est correcte, paraît avoir le 
sens de juu . 



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- 392 - 

El-Mo'ayyed, le khalife Hakam fut saisi de joie, et Djalar 
ben e Othmân, qui à ce moment se trouvait en tête à tète 
avec lui, se réjouit également de cet heureux événement ; 
il complimenta le prince en lui adressant cet impromptu: 

[Monsarih] La plaine lune vient de surgir de derrière son 
voile, le sabre vient de sortir de sa gaine, et l'héritier des 
plus hautes qualités nous arrive pour que l'empire reste dans 
la même lignée. Le Seigneur des créatures c^use notre joie 
par l'octroi du bienfait dont Dieu parle dans son saint Livre, 
et je donnerais ma vie au porteur de cette bonne nouvelle 
que je ne lui verserais pas encore son dû pour ce message ! 

En djomâda II (juin 965) fut achevée la coupole domi- 
nant le mihrâb, travail qui faisait partie des agrandisse- 
ments de la mosquée. 

On commença les incrustations de mosaïque de cet 
édifice. El-Hakam avait écrit au roi des Roûm à ce sujet 
et lui avait ordonné (sic) de lui expédier un ouvrier capa- 
ble, à l'imitation de ce qu'avait fait El-Welîd ben c Abd 
el-Melik lors de la construction de la mosquée de Damas. 
Les envoyés du khalife lui ramenèrent le mosaïste, ainsi 
que trois cent vingt quintaux de cubes de mosaïque que 
le roi des Roûm lui envoyait à titre de présent. Le prince 
hébergea et traita largement le mosaïste, auprès de qui 
il plaça plusieurs de ses mamlouks en qualité d'appren- 
tis, et ces esclaves travaillant avec lui acquirent un 
talent d'invention qui leur fit dépasser leu.r maître ; ils 
restèrent ensuite à travailler seuls quand le maître mo- 
saïste, de qui l'on pouvait dorénavant se passer, eut 
quitté le pays, non d'ailleurs sans avoir reçu du prince 
de riches cadeaux et des vêtements. Les ouvriers habiles 
venaient à l'envi et de toutes parts travailler au monu- 
ment. Dans la seconde décade de chawwâl (9-19 oct.), 



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EI-Hakam se rendit à cheval d'Ez-Zahrâ à la mosquée, 
où il entra pour examiner les agrandissements et leur 
degré d'avancement : il fît enlever les quatre magnifiques 
colonnes [P. 254] qui se trouvaient dans les jambages 
de l'ancien mihrâb et qui n'ont pas leurs pareilles, et les 
fit mettre de côté pour les replacer dans le mihrâb nou- 
veau quand le degré d'achèvement de celui-ci le per- 
mettrait. 

En moharrem 355 (28 déc. 965), il fit placer l'ancienne 
chaire à côté du mihrâb et érigea (à nouveau) l'ancienne 
tribune (makçoûra). Dans la kibla des agrandissements 
il fit ériger une tribune de bois sculpté intérieurement et 
extériehrement et couronnée d'un chapiteau; longue de 
soixante-quinze coudées et large de quarante-deux, sa 
hauteur jusqu'au sommet de ce dernier était de huit 
coudées. C'est en redjeb (juin-juil. 966) que fut terminé 
cet agrandissement et que fut érigée la tribune. 

Le vendredi 8 de ce moisW, lecture fut donnée du mes- 
sage où Sa c àda Djo e ayferi, kâïd de Medinet el-Faradj (*), 
faisait part des victoires où Dieu s'était servi de lui 
comme instrument pour abattre les infidèles. 

Le mercredi 4 rebî e I (28 févr. 966), il fut adressé aux 
gouverneurs des Frontières citérieure et ultérieure des 
ordres pour préparer une nombreuse cavalerie et veiller 
à ce que tout ce qui la concernait fût parfaitement orga- 
nisé, car on comptait faire bientôt la guerre sainte. 



(1) Faut-il entendre de moharrem, c. à d. le 5 janvier 966, — ou de 
redjeb, 30 juin ? 

(2) C. à d. Guadalaxara, voir ci-dessus, p. 117. Quant à Sa'àda 
Djo'ayferi, c'est probablement le même gouverneur dont le nom est 
écrit quelques lignes plus haut et plus bas « Sa'd Dja'feri ». 



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- 394 - 

Le vendredi 3 de ce moisW, il fut donné à Cordoue et 
à Ez-Zahrâ lecture de lettres de victoire émanant du vizir 
Yahya ben Hâchim, de Sa c d Dja'feri et de H'ariz ben 
Hàbil : ces chefs annonçaient les victoires où ils avaient 
servi à Dieu d'instruments pour battre les infidèles, et 
disaient s'être avancés droit chacun dans le pays qu'il 
avait devant soi, y avoir semé la mort, le pillage et la 
désolation et en être revenus sains et saufs porteurs de 
butin. 

Le 1 er de redjeb (23 juin 966), El-Mostançir reçut, 
venant du fort d'Aboû Dânis' 2 ), une lettre du gouver- 
neur lui annonçant l'apparition dans la mer bornant 
l'Algarve, à proximité de ce lieu, de la flotte des # païens 
(madjoûs), forte de vingt-huit bâtiments, et le trouble 
ainsi jeté dans toute la population du littoral, car ces 
barbares avaient la coutume d'envahir la Péninsule. 
[P. 855] Des messages successifs arrivèrent ensuite 
de la même région, annonçant les ravages causés par ces 
infidèles et leur arrivée dans la plaine de Lisbonne. Les 
musulmans marchèrent contre eux, et dans une bataille 
qu'ils leur livrèrent, un certain nombre des nôtres trou- 
vèrent le martyre, de même que les envahisseurs lais- 
sèrent des morts sur le terrain. La flotte de Sévi lie mit 
à la voile, attaqua l'ennemi dans la rivière de Silves, lui 
détruisit plusieurs bâtiments, rendit à la liberté les 
musulmans qui y étaient détenus, et les barbares, à la 
suite des pertes en hommes qui leur furent infligées, 
furent mis en déroute. On continua néanmoins de rece- 



(1) Il faut probablement lire «le vendredi 13», le 13 rebi* I tombant 
en effet le vendredi; un peu plus haut, il a été question du « mercredi 4». 

(2) Le Kaçr Aboù Dànis correspond à Alcacer do Sal, dans la pro- 
vince actuelle d'Alenlejo (Edrisi, p. 211 et 219), 



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voir à chaque instant à Gordoue des nouvelles venant du 
littoral occidental et concernant ces Madjoûs, jusqu'au 
jour où Dieu daigna les éloigner W. 

El-Hakam envoya contre les infidèles une expédition 
commandée par le kâïd Ghàlib, qui obtint des succès et 
revint sain et sauf avec le butin qu'il avait conquis. 

D'après les ordres du prince, Ibn Fot'ays tint la flotte 
dans le fleuve .de Cordoue et construisit des navires de 
la môme forme que ceux des Madjoûs, dans le but de 
faire croire à ceux-ci qu'ils pouvaient s'approcher [de 
leurs compagnons de rapine]. 

En 356 (17 décembre 966), El-Hakam fît adresser aux 
gouverneurs des divers cantons d'Espagne des ordres 
très sévères pour réprimer leurs agissements audacieux 
et les menacer de tout le poids de ses châtiments, car 
il avait appris que certains d'entre eux commettaient de 
honteux abus dont souffrait le peuple. Ses ordres prohi- 
baient tout acte arbitraire. 

Diverses expéditions entreprises par les musulmans 
contre les infidèles tournèrent à notre avantage, et la 
victoire nous resta. 

El-Hakam investit Mohammed ben e Abd Allah ben 
Aboû 'Amir, qui arriva plus tard au pouvoir sous le sur- 
nom d'ENMançoûr, de la gestion des affaires d'Aboû'l- 
Welld Hichâm ben el-Hakam et lui confia tout ce qui 
regardait le jeune prince. Aussi la situation de Moham- 
med devint-elle considérable à la cour ( 2 ). 



Jl) Ce paragraphe ainsi que deux autres ci-dessous, où il est parlé 
des Normands, ont été traduits et employés par Dozy pour expliquer 
les invasions des pirates en 966-971 {Recherches, 2* éd., u, 300 et s. ; 
3' éd., 286; cf. Mus. d'Esp., m, 107). 

(2) Il s'agit du célèbre ministre bien connu chez nous sous le nom 



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A la mi-chawwâl (21 sept.), El-Hakam tint à Ez Zahrà 
une audience solennelle et où se déploya une grande 
pompe. Assis sur son trône, il reçut deux ambassadeurs 
envoyés par les émirs Idrisides du Gharb et porteurs de 
lettres dans lesquelles ces princes protestaient de leur 
amitié sincère et solide, s'engageaient à lui obéir et 
reconnaissaient sa suzeraineté. A la suite de cette récep- 
tion, il fît dresser des réponses très aimables (*>. 

Le vendredi 25 chawwâl (3 oct. 967}, il fut donné lec- 
ture d'une lettre de victoire où le kâïd Ghâlib annonçait 
combien la faveur divine lui avait permis de faire de vic- 
times et de prisonniers chez les infidèles de Castille. 
[P. S56] Les têtes qu'il envoyait arrivèrent à Cordoue, 
et le khalife fut très satisfait de cette heureuse nouvelle. 

Le samedi suivant, El-Hakam adressa des lettres à 
tous les kâïds et gouverneurs de l'empire pour leur 
signifier sa désapprobation des faits parvenus à sa con- 
naissance, concernant des effusions de sang survenues 
entre certains d'entre eux, sans ordre ni avis ; il disait 
toute l'importance qu'il attachait à ces faits et déclinait, 
quand il aurait à sévir, toute responsabilité devant Dieu. 

L'eau commença à remplir les réservoirs o^ de la 
mosquée principale et les deux bassins à ablutions occi- 
dental et oriental. C'était une eau pure provenant d'une 
source située dans la montagne de Cordoue et pour 
laquelle on avait fouillé la terre ; elle était amenée dans 
une conduite de pierre solidement et artistement cons- 
truite, dans laquelle se trouvaient des tuyaux de plomb 
pour éviter que l'eau se souillât. Elle commença à couler 



(TAlmanzor (Mus. cl'Esp., ni, 111 et s. ; voir aussi l'article que lui 
consacre Ibn el-Abbàr, Notices, p. 148). 
(1) Cf. Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 146. 



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- 3Ô7 - 

le vendredi 10 çafar (25 janv. 967), et c'est à ce propos 
que Mohammed [ben Motarrif] ben Chokheyç dit dans 
une kaçîda (*) : 

[Basît] Tu as déchiré les flancs de la terre pour y trouver 
des flots de l'eau la plus pure que tu amènes au temple tant 
pour purifier les corps, quand ils sont souillés, que pour 
abreuver les humains quand ils sont assoiffés. Tu as ainsi 
fait à la fois, chose rare, un acte glorieux et une bonne oeuvre 
à l'intention d'un peuple dont tu es le pasteur et le protecteur. 

Il fit construire à l'ouest de cette mosquée une maison 
de secours qu'il affecta à la distribution des aumônes. 
Entre autres actes de bienfaisance et bonnes oeuvres de 
ce prince, il faut citer l'affectation qu'il fit dç maîtres 
destinés à enseigner le Koran aux enfants des infirmes 
et des indigents dans les alentours du temple et dans les 
divers faubourgs de Cordoue. Des traitements étaient 
assignés à ces maîtres, à qui, dans son désir de plaire à 
Dieu, il adressa des recommandations de déployer les 
plus sincères efforts. Ces diverses écoles étaient au nom- 
bre de trois autour de la grande mosquée, et vingt-quatre 
autres étaient réparties dans les divers faubourgs de la 
ville. C'est à ce propos qu'Ibn Chokheyç s'exprima ainsi : 

[Basit] Le parvis du grand .temple a une couronne formée 
d'écoles destinées aux orphelins des environs. Si les sourates 
du Koran pouvaient parler, elles te diraient que c'est toi qui 
les lis et les retiens le mieux ! 

On a trouvé écrit de la main du khalife El-Mostançir : 



(1) Dhabbi, sôus le n° 276, a consacré quelques lignes à ce poète, 
mort, dit-il, avant Tan 400. Son nom est aussi cité, sans plus, pa* 
Makkari, n, 121. 



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a L'édification de la grande mosquée, [P. 957] commen- 
cée le dimanche 4 djomàda II 351 (19 juill. 962), a été 
terminée en 355 (28 déc. 965) ; il y a été dépensé 261.537 
dinara et 1 1/2 dirhem (*) a. (a Le chiffre un demi ne figu- 
rait pas dans l'original d'où ceci est tiré, et [le copiste] 
dit Tavoir transcrit, bien qu'il fût effacé; mais il sut 
ensuite, par le témoignage de gens de confiance, qu'il 
devait y figurer, et ajouta que cela figurait dans l'auto- 
graphe d'El-Hakam.a). 

En 357, dans la dernière décade de ramadan (fin août 
968), les deux vizirs et kàïds Ghâlib ben e Abd er-Rahmân 
et Sa e id ben El-Hakam Dja c feri, à la tête des troupes de 
la frontière, allèrent camper au cours de la campagne 
d'été sous les murs du château-fort de Calahorra, et 
restèrent dans les environs de cette place le temps néces- 
saire pour élever l'enceinte de murailles et exhausser le 
huitième bastion (bordj) qui en couronne le sommet. 
Après avoir mené à bonne fin ce qu'ils voulaient, et 
avoir ainsi assuré la sécurité de ce château, ils se retirè- 
rent avec leurs troupes. 

En moharrem 360 (4 nov. 970), le khalife, assis sur son 
trône dans le palais de Cordoue, tint une audience avec 
la pompe et le luxe habituels pour recevoir e Isa ben 
Mohammed, Mohammed ben el- e Alî et Hasan ben c Ali, 
qui étaient députés par les Benoû Mohammed, émirs 
Hasanides du Gharb, et apportaient un message où ces 
derniers affirmaient leur obéissance à El-Hakam et 
réclamaient l'envoi d'archers pour être mieux en état de 
résister à une attaque prévue du général de Ma c add le 



(1) Le même chiffre, qui a pour garant Ibn Bachkowàl, figure dans 
Makkari, i, 369. 



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— 399 — 

Chi e ite. Les cadeaux envoyés par ces émirs pour se con- 
cilier les faveurs du khalife consistaient en chevaux, 
chameaux, etc., et furent bien accueillis. 

Au commencement de ramadan (fin juin 971), il circula 
des bruits inquiétants à cause des mouvements des 
Madjoûs normands^) qui s'étaient montrés en mer et 
voulaient, comme d'habitude, attaquer le littoral occi- 
dental d'Espagne. Le khalife fit immédiatement partir le 
chef de la flotte pour Alméria, à l'effet d'armer les bâti- 
ments pour les amener à Séville ainsi que de réunir 
toutes les forces navales, pour ensuite se porter sur le 
littoral occidental. 

MORT DE ZIRI BEN MENAD, OFFICIER DU CHI'ITE, SOUS LES MURS 
DE TAHERT. 

Le samedi 18 ramadan (15 juil.), [P. 258] El-Mostan- 
çir reçut la nouvelle que Zîrî ben Menâd, qui était au 
service de Ma c add le Chi e ite en qualité de kâïd du Gharb, 
avait été tué par Dja c far et Yahya, l'un et l'autre fils 
d' f Ali connu sous le nom dlbn el-Andalosi( 2 ). Ces deux 
chefs, qui luttaient contre Ma'add avec ceux des Zenâta 
qui leur obéissaient, trouvèrent dans le Gharb Zirî 
occupé à une guerre à laquelle prenaient part les Benoû 
Khazer et d'autres chefs des tribus hostiles à Ziri et favo- 
rables à la cause d'El-Hakam. L'affaire où périt Zirî 
constitua une victoire des plus importantes, et le secré- 



(1) ^toX\ ordemâni; sur ce mot, cf. Recherches, h, 315 et 356; 
3 e éd., p. 300 et 337. Ce paragraphe a été traduit dans le même ouvrage, 
t. n, p. 313 ; 3* éd., p. 298. 

(2) Sur la mort de Zîri, voir notamment Berbères, n, 7 et 8, et 555 ; 
m, 234. Cf. également les Annales du MaghreB, index. 



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- 400- 

taire 'Ali BaghdâdU 1 ) apporta au khalife une lettre où 
Dja e f ar relatait ce succès et parlait de l'ardeur de la lutte 
à laquelle se livraient les deux partis dans le Gharb. 

Voici comment s'opéra la scission de Dja e far, qui était 
fils d"Ali, connu sous le nom d'Ibn el-Andalosi, et sei- 
gneur de Mesîla, au nom du Chi'ite Ma'add ben Ismâ'il, 
prince d'Ifrîkiyya, et son rapprochement avec El-Hakam 
el-Mostançir; comment il se joignit aux Zenàta ralliés 
à la dynastie omeyyade; comment, tous réunis contre 
Zîrî beh Menâd Çanhâdji, chargé par le Chi'ite Ma'add 
dés opérations militaires du Gharb, ils firent périr ce 
chef dans une attaque qu'il dirigea contre eux. 

Les Zenâta, renonçante à la voie qu'ils avaient suivie 
jusqu'alors, cherchèrent dans sa mort un moyen de se 
concilier les faveurs d'Èl-Hakam ; les deux frères Dja'far 
et Yahya ainsi que leurs partisans se hâtèrent de passer 
en Espagne pour y porter la tête de Zirt, rompant ainsi 
avec la dynastie chi'ite et reconnaissant l'autorité des 
Ômeyyades orthodoxes, ce qui leur valut un bon accueil 
et de grands honneurs auprès du khalife. 

Les faits sont ainsi exposés par Mohammed ben Yoû- 
sof el-Warrâk ( 3 ). Ces deux chefs étaient fils d' r Ali ben 
H'amdoûnW et avaient pour grand-aïeul 'Abd el-H'amid, 
qui, ayant émigré de Syrie en Espagne, se fixa dans le 



(1) Je lis dans le texte ***a- «_*o£. Le chef de cette mission était, 
d'après Ibn Khaldoun {l. I), Yahya ben 'Ali en personne; cf. ci- 
dessous. 

(2) Le texte, qui est corrompu, a été l'objet de deux corrections suc 
cessivesde Dozy ; ni l'une ïii l'autre ne semblent admissibles, et je lis 

(3) Il a été parlé de cet auteur, t. I, 189 et 339. 

(4) Voir le 1. 1, 272 et 311 ; Berbères, n, 553, etc. 



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- 4M - 

canton d'Elvira. Hamdoûn, petit-fils de ce dernier et 
grand-père de Dja'far, émigra à Bougie et devint un des 
compagnons du missionnaire chi'ite Aboû f Abd Allah, 
dont il embrassa les croyances. Quand le Chi'ite eut 
conquis l'Ifrikiyya, 'Ali ben H'amdoûn commença à se 
faire connaître; sa réputation et son influence ne firent 
que grandir pendant le règne d ,f Obeyd Allah le Mahdi, 
qui rattacha à son fils et héritier présomptif Aboû'l- 
Kâsim. Dans cette situation, son influence s'accrut en- 
core, et il partit avec ce dernier prince pour le Gharb. 
[P. 859] Sur Tordre d'Abpû'l-Kâsim il bâtit la ville 
(TEl-MesîlaM et en fut nommé par lui gouverneur; ce 
fut là qu'il périt en 334 (13 août 945), lors des troubles 
excités par Aboû Yezîd, des suites d'une chute qu'il fit 
d'une chaussée élevée et dans laquelle il se brisa les bras 
et les jambes ( 2 ). Son fils Dja'far devint après lui gouver- 
neur de Mesîla et, toujours jouissant d'une grande 
influence auprès de son souverain, le resta jusqu'au jour 
où Zirî ben Menàd mit à mort Mohammed ben el-Kheyr 
ben Khazer Zenâti, partisan de la dynastie omeyyade. 
Alors Dja c far, redoutant les suites de la colère du prince 
d'Ifrîkiyya ( 3 ) et désireux de sauver sa tête, s'enfuit pré- 
cipitamment en 360 (4 nov. 970) en emmenant son frère 
Yahya et toute sa fortune, auprès des Benoû Khazer, 
émirs des Zenâta. Il se mit alors avec ces derniers chefs 
à battre le pays à la recherche de Zirî et, dans une 
bataille où le succès fut chèrement acquis, ils finirent 



(1) Cf. t. i, p. 272 et 312. 

(2) Sa mort est placée sous Tannée 326 d'ans le t. i, p. 312 ; mais on 
trouve aussi la date de 334 in Berbères, n, 554. 

(3) Car une rivalité d'ambition le séparait de Zirî, et il avait témoi- 
gné de la partialité en faveur des Zenàta {Berbères, 1. 1.). 

2Ç 



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- 402 - 

par tuerZîrî et bon nombre de ses partisans; les Zenâta 
l'emportèrent sur leurs ennemis et purent exercer sur 
eux de sanglantes représailles. L'affaire s'étant ainsi 
terminée au gré des souhaits des émirs Zenâta et de 
Dja'far ben e Ali, celui-ci s'empressa d'envoyer un mes- 
sage à El-Hakam, prince d'Espagne, pour se déclarer 
son homme et s'attacher à la fortune de sa dynastie. II 
lui dépêcha ensuite son frère Yahya, puis il se rendit lui- 
même à la cour et y jouit de beaucoup d'influence. 

Voici ce que dit Ibn HammâdaW. En rebî f II 360 (fév. 
971), Yoûsof ben Zirl Çanhâdji, plus connu sous le nom 
de Bologgin, livra à Mohammed ben el-Kheyiyémir des 
Zenâta, une bataille où il resta vainqueur et où il tua 
des parents et des partisans de son ennemi. Ce dernier, 
voyant que Bologgîn le cernait, se jeta sur sa propre 
épée et se tua avant que son vainqueur pût s'emparer de 
lui ( 2 ). Les résultats de cette victoire furent considéra- 
bles pour Bologgîn, dont le nom se répandit dans le 
Gharb; il conquit ensuite ce pays, massacra les Zenâta, 
ruina la ville d'El-Baçra et s'obstina contre celle de 
Ceuta ; mais celle-ci marqua la limite de ses succès, car 
il dut se retirer sans avoir pu s'en rendre maître. 

En dhoû'l-ka'da (sept.-oct.), le khalife fit savoir aux 
kâïds et gouverneurs des divers cantons d'Espagne d'a- 
voir à lui envoyer les notables et les principaux guer- 
riers pour les faire assister à rentrée de Yahya ben f Ali 
ben H'amdoûn [P. 260] et des Benoû Khazer, émirs 
des Zenâta, qui apportaient les têtes de Zîrî ben Menâd 
Çanhâdji, kâïd du Chi f ite Ma'add ben Ismâ e ll, et de ses 



(1) Sur cet auteur, plusieurs fois cité, cf. t. i, p. 314 n. 

(2) On retrouve les mêmes détails in Berbères, il, 7. 



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- 403 - 

principaux partisans. Le mardi 11 dhoû'l-ka'da, l'inspec- 
teur de la Monnaie, préposé aux successions et kâdi de 
Séville, Mohammed ben Aboû 'Amir (*), se porta à la 
rencontre de DjVfar ben f Ali et de son frère Yahya ; il 
avait avec lui quatre chevaux magnifiques et \\n mulet 
gris choisis dans les écuries du khalife, sellés et bridés 
comme les montures royales, ainsi que les tentes de 
brocard, etc. Ibn Aboû f Amir installa son camp dans le 
port, voisin de Malaga, où Dja'far était débarqué ; puis il 
arriva ensuite des chevaux et des mulets envoyés par le 
khalife pour les nouveau-venus, ainsi que des palanquins, 
des vêtements et des litières destinés aux femmes de 
Dja'far. On se mit alors en marche en grande pompe 
vers Cordoue, et cette troupe fit auprès du khalife une 
entrée solennelle et magnifique. Les poètes ont décrit 
comment Dja'far et Yahya se séparèrent de leur prince 
Ma'add ben Ismâ f il et se rendirent auprès du khalife 
El-Hakam pour reconnaître le bon droit de celui-ci ; ils 
se sont longuement étendus sur ce point en faisant 
Téloge d'El-Hakam. C'est ainsi que Yoûsof ben HâroûnW 
a dit : 

[Kâmil] J'admire la facile aisance d'El-Mostançir à rassem- 
bler une si prodigieuse armée pour faire honneur à Dja'far. 
S'il était quelqu'un qui, abattu par lui, voulût relever la tète, 
ses seuls regards joueraient le rôle d'une armée. 



(1) Il était devenu titulaire de ces diverses charges en très peu de 
temps (ci-dessous, p. 415 ; Mus. d'Esp., m, 122). 

(2) Sur ce poète, mort en 404 et plus connu sous le nom de Ramàdi, 
voir Mus. d'Esp., m, 172 ; Çila, n° 1376 ; Dhabbi, n° 1451 ; Matrnah, 
p. 69; Merràkechi, H. des Almoh., p. 18 ; ms 2&7 de Paris, f. 5 v°; 
Makkari, index ; Yetîmat ed-dahr, î, 365. 



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- 404 - 

Le samedi 28 dhoû'l-ka f da (22 sept.), El-Hakam, ins- 
tallé sur son trône, tint une grande audience où il admit 
auprès de sa personne les djond des provinces et les 
notables habitants qu'il avait fait venir pour voir Dja e far 
ben f Ali et les émirs Zenàta arrivés avec lui. Puis il leur 
donna congé et tous rentrèrent dans leurs pays respec- 
tifs, c'est à dire le djond de Damas à Elvira, le djond 
d'Emesse dans le canton de Séville, le djond de Kinnes- 
rîn à Jaën, le djond de Palestine à Sidona, et ainsi de 
suite W. 

En 361 (24 oct. 971), divers combats eurent lieu dans le 
Gharb entre H'asan ben K'annoûn Hasani, émir du 
Gharb( 2 >, et les officiers d'El-Hakam, dans les circons- 
tances que voici. [P. 261] Le khalife fît appeler Moham- 
med ben K'àsimf 3 ) le majordome, et lui donna Tordre, 
en ramadan (juin-juil. 972) de cette année, de se rendre 
à Ceuta en qualité de commandant et à la tête des déta- 
chements des djond qu'il lui confierait. En effet, H'asan 
ben K'annoûn se montrait disposé à violer ses engage- 
ments, inclinait à reconnaître l'autorité de Ma'add, sou- 
verain d'Ifrikiyya, convoquait ses partisans les plus rap- 
prochés pour s'en faire des auxiliaires dans ses projets 
félons contre El-Hakam, et publiait que Ton eût, dans 
les chaires de sa province, à invoquer la bénédiction 
divine sur la tête de Ma'add le Chi f ite. Le khalife en 
conséquence recommanda à son général de déployer 



(1) En cha'bàn 360 arriva à Cordoue une ambassade envoyée par 
le comte de Barcelone Borrell I (voir Godera, 'Boletin de la R. Ac, 
xiii, 453 = p. 95 de la Mision historica en la Argelia y Tunes). 

(2) Sur cette guerre, voir entre autres Mus. d'Esp.,m, 124; Ber- 
bères, H, 149; iu, 215. 

(3) Dont il est parlé l. I. sous le nom dlbn Tomlos (ou Tamlès) ; cf. 
p. 345, n. 1. 



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- 405 — 

tous les efforts et le zèle nécessaires, ajoutant que, si 
Dieu bénissait cette entreprise, il eût à employer le par- 
don et l'indulgence, à remettre le pays sur pied et à 
chercher le bien de la population, en cherchant d'ailleurs 
à s'appuyer sur les partisans de la dynastie omeyyade. 
Le 18 chawwâl (2 août 972), le kâïd franchit le détroit, et 
la flotte et l'armée opérèrent leur concentration à Ceuta. 
Le samedi 4 dhoû'l-ka'da (17 août), le khalife reçut une 
lettre annonçant la conquête de Tanger par son amiral 
f Abd Allah ben Riyàh'in, qui était, disait-il, arrivé le 
1 er de ce mois devant la ville et avait d'abord invité les 
habitants à se soumettre et à rentrer dans le sein de 
l'orthodoxie; mais ils avaient donné une réponse néga- 
tive et grossière, soutenus d'ailleurs qu'ils étaient dans 
ces dispositions par H'asanben K'annoûn qui se trouvait 
dans la ville. Le jeudi, ce dernier avait opéré une sortie 
centre l'armée qui, partie de Ceuta, marchait vers Tétuan 
pour venir lui livrer bataille; mais malgré le nombre 
considérable de ses soldats maghrébins du djond et de 
ses auxiliaires, il avait été mis en déroute et avait tourné 
le dos devant les troupes d'El-Hakam; il avait échappé 
avec quelques-uns de ses intimes et avait piqué droit 
devant lui sans se détourner ni s'occuper des biens, 
tentes et objets divers appartenant à lui et à ses parti- 
sans, et. restés à Tanger. Quand il se fut ainsi beaucoup 
éloigné et que les Tangitains.se trouvèrent livrés à eux- 
mêmes, leur cheykh Ibn el-Fâd'il, accompagné de quel- 
ques-uns des notables habitants, sortit dans la direction 
d'Ibn Riyàhîn, [P. S6S] en déclarant hautement qu'ils 
étaient prêts à obéir à Dieu et au- Prince des croyants 
El-Hakam. Puis il se présenta en personne au kâïd, solli- 
cita et obtint Y aman pour les habitants. Les vainqueurs 



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- 406 - 

entrèrent ensuite à Tanger et y mirent au pillage tout ce 
qui appartenait à Hasan ben K'annoûn et à ses parti- 
sans. Tel était l'exposé des faits que renfermait la lettre 
du kâïd adressée au khalife. 

Celui-ci reçut, le 21 dhoû'l-ka'da (2 sept.), une lettre 
où le kàïd Mohammed ben K'àsim annonçait les succès 
qu'il avait remportés et que voici. Une rencontre ayanl 
eu lieu avec H'asan ben K'annoûn, celui-ci avait, à la 
suite d'un combat acharné, fini par être mis en déroute 
en laissant nombre des siens sur le terrain et s'était, avec 
les survivants, réfugié dans une montagne dont la posi- 
tion était très forte ; mais, poursuivi et chargé par le 
djond, un nouveau combat, d'ailleurs peu important, 
s'était engagé, à la suite duquel il avait dû fuir de nou- 
veau, abandonnant ses bagages et ne s'occupant de rien 
sinon de s'échapper, de sorte que cette montagne était 
restée aux mains du djond, qui avait livré au pillage les 
objets qui y avaient été réunis. Le lendemain, les vain- 
queurs avaient marché sur la ville de Deloûl (*), dont 
Dieu leur avait permis la conquête, et Mohammed ben 
Kâsim, avec les troupes régulières^£~e, s'était joint à 
eux. Puis celui-ci s'était dirigé sur la ville d'Açila^, y 
était entré et avait pénétré dans la. mosquée principale, 
où il avait trouvé une chaire neuve et marquée au nom 
du.Chi'ite Ma'add ben Ismâ f il; il l'avait fait jeter au feu, 
après en avoir enlevé à la partie supérieure la planche 



(1) Je ne trouve que dans Bekri (p. 164) une place de ce nom, située 
à cinq parasanges de la mer et à deux journées de Mostagauem. Il 
ne peut être ici question de cette ville, dont Dozy se borne à enre- 
gistrer le nom sans observation {Mus. d'Es])., m, 125). Il n'en est pas 
question dans le récit, d'ailleurs bien moins détaillé, du Kartàs 
(p. $6 du texte). 

(2) Sur Açila ou Azila, voir t. i, p. 337. 



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- 407 - 

où était incrusté le nom de Ma'add et dont il y aurait 
beaucoup à dire pour en faire apprécier le prix; il l'en- 
voyait au khalife en même temps que sa lettre. L'armée 
alors se retira vers Deloûl, dont il fit abattre les fortifia 
cations et brûler les maisons pour en faire un exemple; 
l 'armée s'empara de ce C[ui s'y trouvait et fit un riche 
butin des vivres et de ce qu'y avait abandonné Hasan. 

En 362 (12 oct. 972), Mohammed ben Kâsim succomba 
dans la banlieue de Mehrân (*) sous les coups de H'asan 
ben K'annoûn. Dans cette affaire, qui eut lieu le diman- 
che 23 rebî f I (22 déc), il périt avec lui quantité de gens 
du djond, c'est à dire environ cinq cents cavaliers anda- 
lous d'entre les plus braves et environ mille fantassins. 

Le 1 er djomâda II (9 mars 973), soixante-dix Maçmoû- 
dites qui avaient jusqu'alors suivi H'asan ben K'annoûn 
et qui venaient faire leur soumission, [P. 263] arrivè- 
rent à Cordoue. 

Le khalife fit venir Ghâlib ben 'Abd er-Rahmân et lui 
donna des ordres pour combattre H'asan ben K'annoûn 
Hasani, car la situation de ce côté, par suite de la défaite 
du djond et des pertes qu'il avait subies, devenait grave. 
Alors arriva une lettre de victoire émanant des kàïds 
d'Açila, qui annonçaient qu'ayant marché contre H'asan 
ben K'annoûn, ils lui avaient livré un combat acharné, 
l'avaient mis en déroute et lui avaient tué un grand 
nombre d'hommes. A Cordoue arrivèrent H'annoûn ben 
Idris, seigneur du quartier espagnol de Fez, et un envoyé 
d"Abd el-Kerîm ( 2 ), seigneur du quartier kayrawanite de 



(1) Je ne retrouve pas ce nom ailleurs, et Ton ne peut, semble-t-il, 
songera lire ^\ybj Oran. D'après le Kartâs {l. h), cette-bataille eut 
pour théâtre le Fahç Benoû Miçrakh, dans le district de Tanger. 

(2) [Abd el-Kerîm ben Tha'leba Djodhami (Berbères, u, 151). 



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- 406 - 

cette même ville, qui venaient manifester leur désir de 
se soumettre au Prince des croyants et de soutenir sa 
souveraineté. Ils furent reçus avec de grands honneurs, 
et de belles promesses leur furent faites. 

En cha'bân (mai 973), le kâïd Ghâlib fut avisé de l'ex- 
pédition qui lui était faite de dix mille dinars à distribuer 
à ceux des partisans de H'asan ben K'annoûn, propor- 
tionnellement à leurs rangs, qui se joignaient à lui. Cet 
envoi comprenait également un grand nombre de riches 
vêtements et de sabres enrichis de pierreries, pour ser- 
vir de récompenses honorifiques. 

Le khalife envoya le vizir Yahya ben Mohammed To- 
djibi dans le Gharb à la tête de troupes destinées à ren- 
forcer Ghàlib et pour qu'il prêtât à cet officier son con- 
cours contre le rebelle H'asan ben K'annoûn, affaire dont 
le récit exigerait de grands développements. 

Vers la fin de dhoû'l.-ka f da (fin août), une lettre de 
Ghâlib annonça au prince la faveur que Dieu lui avait 
faite en lui laissant conquérir le château-fort d'El-KeremM 
et en réduisant à la fuite le misérable H'asan ben K'an- 
noûn, son parent par alliance f Ali ben Khaloûf, et d'au- 
tres encore. 

A la mi-dhoû'1-hiddja (mi-sept.), une lettre du chef de 
la chorta et grand kâdi du Gharb Mohammed ben Aboû 
c Amir< 2 ) annonça que l'on avait célébré dans ce pays, le 
jeudi, la fête du Sacrifice et que dans les moçalla le prône 
y avait été dit au nom d'El-Hakam, à la grande joie et 
allégresse des musulmans (orthodoxes). 



(1) Je n'ai pu retrouver ailleurs le nom de cette place; peut-être le 
Kaçr ibn ' Abd el-Kerîm ? 

(2) Sur l'attribution de ces fonctions à Ibn Aboù 'Amir, voir Mus. 
d'Esp., m, 122 et 127 ; ci-dessous, p. 416. 



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- 409 - 

Divers combats, trop longs à raconter, furent livrés 
aux Hasanides et finirent par le massacre d'un grand 
nombre [P. 264] des partisans de H'asan ben K'annoûn 
Hasani. On coupa les têtes décent des principaux, mais 
le plus grand nombre resta sur le champ de bataille. 
Dans la déroute fut tué Mohammed ben Aboû'l- e Aych 
Kenâni, que Hasan considérait tantôt comme son frère 
tantôt comme son fils. 

En 363 (2 oct. 973), le kâïd Ghàlib se rendit maître de 
la ville d'El-Baçra, dont s'était emparé Mohammed ben 
H'annoûn Hasani (*>. Les habitants se soulevèrent et, 
après avoir mis à mort le lieutenant qu'il avait nommé 
'dans cette ville, s'empressèrent d'écrire au kâïd Ghàlib 
pour lui demander de venir les trouver. Cet officier, se 
rendant à leur appel, prit possession de la ville, et il 
annonça ces événements au khalife en insérant dans sa 
lettre celle que les habitants lui avaient adressée. 

Le jeudi 15 çafar (15 nov. 973), une lettre de Ghàlib 
annonça au khalife que, après s'être fait livrer des ota- 
ges, il avait évacué El-Baçra ; que tous les habitants du 
Gharb et la généralité des tribus berbères avaient fait 
leur soumission, à l'exception toutefois du traître H'asan 
ben K'annoûn, qui était serré de si près qu'il était réduit 
au désespoir. Une députation fut envoyée à Cordoue par 
les habitants d'El-Baçra, qui répudiaient leur chef Hasan 
et rentraient dans l'obéissance. 

Le khalife reçut l'agréable nouvelle que H'asan ben 
K'annoûn s'était soumis et que, cessant toute opposition, 



(1) Qui paraît être le fils du chef de la famille Idriside à ce moment; 
voir p. 410 et cf. p. 351 n. 3 ; t. i, p. 303. Son nom ne figure pas dans 
les recherches consacrées à la généalogie des Edrisides in Jakubi, 
Descriptio, p. 122 et s. 



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- 410 - 

il avait participé à la prière du vendredi 29 djomâda II 
(27 mars 974). Il tint en conséquence, dans la grande mos- 
quée de Cordoue, une audience où il annonça aux vizirs 
la soumission du rebelle du Gharb, dont Ghâlib l'infor- 
mait par une lettre qui lui faisait part également de 
l'envoi du fils du dit chef, 'Ali ben Hasan, et de la célé- 
bration du prône dans le fort de Hadjar en-Nesr w. Les 
vizirs accueillirent cette nouvelle avec plaisir, présentè- 
rent leurs félicitations au prince et adressèrent à Dieu 
leurs témoignages de reconnaissance et des vœux pour 
leur maître, toutes choses qui durèrent longtemps W. 

En 364 (21 sept. 974), Ghâlib ben f Abd er-Rahmân, de 
retour du littoral africain, se présenta au khalife; il était 
accompagné de H'asan ben K'annoûn et de sespartisans 
hasanides, les Benoû Idrîs, princes du Gharb qui avaient 
dû quitter leurs repaires et venir en Espagne ; [P. 268] 
ite faisaient cortège à leur cheykh connu sous le nom de 
H'annoûn et dont le nom était Ahmed ben c Isa, prince de 
la ville d'EI-Ak'lâmf 3 ) et du territoire voisin de cette 
ville, lequel avait avec lui ses frères et ses cousins pater- 
nels accompagnés de leurs fils et de leurs femmes. Le 



(1) Le Rocher des aigles (Hadjar en-nesr ou Çakhrat en-nesr) cons- 
tituait le principal réduit des Idrisides; voir 1. 1, 278. Ce fut la dernière 
place qu'assiégea Ghâlib, et sa chute entraîna la soumission de Hasan 
{Kartàs et H. des Berb.). 

(2) Sur les relations de Hakam et de Garcia, comte de Gastille, en 
Tannée 363, voir Godera, Mision historica, p. 119. 

(3) Je ne retrouve le nom d'El-Ak'làm (pourtant cité par de Goëje, 
Jakubi, 127, probablement d'après Ibn Haukal), que dans le Merâcid 
(i, 84) : « C'est, dit-on, uue montagne dans la campagne de Fàs, non 
loin de Ceuta». Cette montagne est aussi donnée comme étant pro- 
che de Fàs ou Fez par le ms 2327 de Paris (f. 117, article consacré à 
Mohammed ben Soltàn, poète dont le nom est également rappelé par 
Yakoùt dans son Mo'djem à propos d'El-Ak'làm). 



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- 411 - 

khalife fit emmener tous ces nobles personnages, dans 
la soirée du jeudi 4 moharrem (24 sept.), du camp aux 
habitations de Cordoue qui avaient été évacuées à leur 
intention. Les nouveau-venus, qu'accompagnaient leurs 
eunuques et affranchis de confiance, furent conduits jus- 
qu'aux demeures préparées pour les recevoir et dont 
les salons avaient reçu des décorations trop longues à 
décrire (*). 

En rebî f I (nov.-déc), le khalife tomba malade et ne 
reçut plus personne jusqu'au jour où sa situation s'amé- 
liora; il ne se montra à ses intimes que le vendredi 28 
rebi' II (5 janv. 975). Le 29 de ce mois, il affranchit une 
centaine de ses esclaves, les uns au titre posthume, d'au- 
tres purement et simplement ou à terme, sans qu'il y eût 
d'autres réserves. De ces. libérations il fut dressé des 
actes auxquels Aboû'l-Welîd Hichâm ben el-Hakam 
apporta le premier son témoignage, et après lui les juris- 
tes membres du conseil vJm j^Jl J*'> puis ' es témoins 
inslrumentaires. 

El-Hâkam immobilisa les boutiques des selliers à Cor- 
doue au profit des maîtres chargés d'enseigner les enfants 
pauvres. 

Il fit remise du sixième de tous les impôts extraordi- 
naires (meghârim) payés par les sujets de tous les can- 
tons d'Espagne, à l'effet de témoigner à Dieu sa recon- 
naissance pour les faveurs qu'il avait reçues de lui. 

L'ennemi s'agita et mit le siège devant quelques-uns 
de nos châteaux-forts, mais Dieu le confondit. 



(1) En 365, tous ces Idrisides furent embarqués pour Tunis, d'où 
ils se rendirent en Egypte {Kartâs, p. 58'du texte; cf. Ibn Khaldoun, 
éd. Boulak, îv, 146). — En 364, Ghàlib dirigea contre Gormaz une 
expédition dont on trouve le récit, d'après Ibn Hayyàn, dans Codera, 
Mision historica, pi 127. 



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— 4Î2 — 

Aboû'l-Ah'waç Ma f n ben f Abd el- f Azîz Todjîbi ayant eu 
le dessous^), Rechik s'assura de sa personne et l'envoya 
enchaîné à Cordoue avec dix de ses partisans. Cet homme 
assistait les infidèles et les renseignait sur les points 
faibles du territoire musulman, mais Dieu mit un terme 
à ses trahisons. 

En 365 (10 sept. 975), Dja e far et Yahya, l'un et l'autre 
fils d ,c Ali ben Hamdoûn ben el-Andalosi, sortirent de 
Cordoue précédés des étendards et des tambours, pour 
se rendre sur le littoral africain en qualité de kâïdset 
remplacer le vizir Yahya ben Mohammed ben Hâchira( 2 ). 

Le 1 er djomàda II (5 fév. 976), il fut annoncé qu'on eût 
à prêter le serment de fidélité à Aboû'l-Welîd Hichâm 
ben el-Hakam, que cette cérémonie aurait Heu, tant pour 
les grands que pour le peuple, à Cordoue et dans le reste 
de l'Espagne [P. 266] et des portions soumises du 
Gharb, et que son nom figurerait dans le prône débité du 
haut des chaires les vendredis et jours de fête. Le Prince 
des croyants tint à ce sujet une audience dans son palais, 
commença son discours en annonçant sa résolution d'in- 
vestir son fils du pouvoir pour lui succéder, puis ordonna 
la prestation de serment : on exhiba des copies de ce ser- 
ment pour que chacun de ceux qui y étaient astreints y 
apposât son témoignage, et ceux qui eurent à les présen- 
ter aux assistants dans l'ordre assigné par leurs rangs 
respectifs se nommaient El-Mançoûr Mohammed ben 
Aboû c Amir, alors chef de la choria et préposé aux succes- 
sions, et l'eunuque (fêta) et secrétaire Meysoûr Dja c feri. 



(1) Du côté de Saragosse {Mus. d'Esp., m, 131). 

(2) (Je rappel de Yahya et son envoi à Saragosse (cf. plus bas) furent 
le fait du vizir Moçh'afi pendant la maladie du khalife et étaient moti- 
vés par des raisons d'économie {Ibid.). 



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tr 413 - 

Le vizir Yahya ben Mohammed ben Hâchim partit de 
Cordoue précédé des tambours et des étendards pour se 
rendre en qualité de commandant à Saragosse. 

Un rescrit d'El-Hakam adressé au vizir Dja c far ben 
c Othmân Moçh'afi, préfet de la ville, lui fit savoir que le 
pardon était accordé à Aboû'l-Ahwaç Todjîbi et à ses 
compagnons et qu'il eût à les tirer de Ja prison souter- 
raine pour les rendre à la liberté. 

En 366 (30 août 976), mourut Aboû f Ali [Ismâ'îl ben 
el-Kâsim] Baghdâdi, auteur des Nawâdir, connu sous le 
nom d'El-K'âli, c'est à dire originaire de K'âlik'ala, en 
Orient* 1 ); Mohammed ben Yahya le grammairien (*), et le 
littérateur Aboû Merwân Morâdi e Abd < 3 > el-Melik ben 
Sa'id moururent également, et Ton appela cette année 
« année des littérateurs ». 

En 365 (lOsept. 975), la construction de la mosquée fut 
achevée. La chaire que fit faire El-Hakam était incrustée 
de bois de santal rouge et jaune, d'ébène, d'ivoire et 
cTaloès ; elle lui coûta 35.705 dinars, et on mit cinq ans à 
rétablira. 



(1) Ce littérateur est l'objet d'articles d'Ibn-Khallikàn (i, 210) et de 
Dhabbi (n° 547), qui le font l'un et l'autre mourir en 356 ; cf. aussi 
Merràkechi, H. des Almohades, p. 20 et 25; Makkari, Index; lbn 
Khaldoun, éd. Boulak, îv, 146 ; Pons, Ensayo, n° 33. Kàlikala est située 
dans la Grande Arménie, du côté de Khelàt {Merâcid, n, 381 ; Belà- 
dhori, etc.). 

(2) Parmi les nombreux personnages ayant porté ce nom, je ne 
trouve comme grammairien de cette époque que Rebàh'i, dont la 
mort est placée sous Tannée 358 par lbn el-Faradhi (n° 1290). 

(3) J'ai corrigé le texte en supprimant le^ de sX>^ : en effet, je ne 
trouve qu'un seul personnage nommé Aboû Merwàn 'Abd el-Melik 
ben Sa'id Moràdi, dont nous avons vu plus haut une poésie, et dont 
le nom figure dans Dhabbi (n° 1067) et dans Makkari (i, 256; n, 121;. 

(4) Sur cette chaire, cf. Makkari, i, 367. La date de 365 (en chiffres 
dans le texte imprimé), qui est ici donnée comme étant celle de l'achè- 



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^ 414 — 

On a trouvé écrite de la main de ce prince Tannée de 
la mort de celui qui fut son kâdi et le kâdi de son père, 
Mondhir ben Sa c id Balloût'i, lequel mourut le jeudi 28 
dhoû'l-ka e da 355, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, puis- 
qu'il était né en 273. Ce kâdi avait un caractère enjoué 
dont il donnait des manifestations, lesquelles provo- 
quaient des ripostes : or quelques effrontés plaisants lui 
adressèrent ces vers : 

[P. 267 ; Khafif] Dis au grand kâdi Balloûti : Que penses- 
tu d'une jeune vierge semblable à un tendre rameau avec 
qui ont couché, à titre d'œuvre pie, des gens spirituels? 
Vois-tu là, Seigneur, une faute ? 

Il écrivit au bas de ce papier: « Non spécial à notre 
école (*). » Un assistant lui demandant ce que cela signi- 
fiait, il répondit ne pas vouloir donner d'avis ; et comme 
son interlocuteur lui disait qu'on attendait de lui toute 
autre chose, le kâdi reprit : « Chacun répond selon sa 
croyance. » Il est le héros de jolis traits et a dit bien des 
choses spirituelles. 

comment mohammed ben abou 'amir entfia au service 
d'el-hakAm. 

Au dire d'un chroniqueur, qui déclare tenir ces faits 
du secrétaire Ibn Hoseyn, du littérateur Aboû Ishâk ben 
Mohammed Aflîli W et d'autres cheykhs encore, le cham- 



vement de la mosquée, est en contradiction avec ce qui est dit p. 398, 
et paraît être un lapsus. 

(1) Sur le sens que j'ai donné au mot ib.-*-*, cf. entre autres Gol- 
dziher, Die Zahiriten, p. 86. 

(2) L'auteur en question doit être, sauf erreur, celui qui est appelé 
Aboû'l-Kâsim Ibrahim ben Mohammed ben Zakariyyà, surnommé Ibn 
el-Aflîli,+441 (Çila, n° 195; Dhabbi, n° 485; Makkari, I, 893; il, 118). 



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- 415 — 

bellan Dja'far ben Othmân Moçh'afi, qui était chargé du 
gouvernement sous El-Hakam, était un jour à causer 
en tête à tête avec le kàdi Mohammed ben Ish'âk ben 
es-Selîmi 1 ), qui lui exposa ses ennuis à propos de Mo- 
hammed ben Aboû e Amir et lui dit la situation où il se 
trouvait. Quand El-Hakam demanda à Dja'far un inten- 
dant pour son fils r Abd er-Rahmân, qui venait de naître, 
le ministre lui parla en termes avantageux d'Ibn Aboû 
f Amir et fournit à la mère du jeune prince des rensei- 
gnements sur plusieurs candidats; le choix de la prin- 
cesse fut décidé par l'opinion favorable de Dja'far, et 
El-Hakam l'attacha au service de la mère et de l'enfant. 
Après la mort d ,f Abd er-Rahmân, il continua de servir 
cette princesse, et quand elle devint mère de Hichâm, 
lui-même fut nommé intendant du nouveau-né. Quand 
il était devenu intendant du jeune f Abd er-Rahmân, le 
samedi 9 rebî c I 356 (22 fév. 967), le traitement qui lui fut 
alloué montait à quinze dinars forts par mois (*). Mais il 
se fit avantageusement connaître par sa loyauté et par sa 
bonne administration, et quand ensuite Dieu rappela à 
lui f Abd er-Rahmân, il fut nommé intendant de Hichâm 
le mercredi 4 ramadan 359 (11 juillet 970), après avoir 
d'ailleurs été nommé déjà inspecteur de la Monnaie le 
samedi 13 chawwâl 356 (21 sept. 967). En outre de sa 
place d'intendant, il fut nommé trésorier, puis curateur 
aux successions [P. 868] le jeudi 7 moharrem 358 (l or 



(1) Qui avait succédé à Mondhir ben Sa'id le 13 moharrem 356 (Ibn 
el-Faradhi, n° 1317, etKhochàni, ap. Mus. d'Esp., ni, 117; cf. l'anec- 
dote rapportée par Merràkechi, H. des Almohades, p. 22 ; ci-dessus, 
p. 373 et 385. 

(2) C'est principalement d'après notre texte que Dozy décrit les 
rapides étapes de la fortune d'El-Mançoûr (Mus. d'Esp., ni, 117 et s.). 



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— 416 — 

déc f 968); le mercredi 12 dhoû'l-hiddja 358 (27 oct. 969) 
il devint kâdi du canton deSéville et de Niébla et dépen- 
dances; en djomâda II 361 (mars-avril 972), El-Hakam 
lui confia le commandement du deuxième corps de la 
chorta. Il l'appela au contrôle des fonds secrets (*) à dé- 
penser dans l'Afrique septentrionale, où Ibn Aboû f Amir 
fit régner Tordre et se concilia l'esprit des populations, 
de sorte que le khalife le nomma grand-kâdi de la partie 
occidentale du littoral africain, en enjoignant aux gou- 
verneurs et kâïds de ne rien trancher sans en référer à ce 
magistrat; puis, pendant l'attaque de paralysie dont il 
mourut, il le chargea des fonctions de majordome. 

On dit aussi que ce qui le mit en lumière fut son service 
auprès de la princesse Çobh' [AuroreJ la Basque, mère 
d' f Abd er-Rahmân et de Hichâm, et que ce fut par elle^ 
surtout qu'il arriva si vite et si haut. Il sut se concilier 
cette femme par ses bons services, les plaisirs qu'il lui 
procura, les sommes considérables qu'il mit à sa disposi- 
tion, si bien qu'il la fascina et domina son cœur. Or elle- 
même dominait son maître, et Ityi Aboû f Amir faisait 
tous ses efforts pour lui témoigner son respect et ne 
jamais interrompre ses attentions pour elle, inventant et 
faisant à son intention des choses inouïes : ainsi il fit 
pour elle, pendant qu'il [lui] était [encore] subordonné, 
un [petit] palais d'argent auquel il consacra beaucoup de 
temps et de grosses sommes, qui était une chose extra- 
ordinaire et plus belle que ce qu'on avait jamais vu; on 
l'exposa en dehors de la demeure d'Ibn Aboû c Amir à 



(1) Cette expression toute moderne me parait ici être le sens de 
Cj^L»^)\ , car on sait qu'à ce moment, tout comme ailleurs et à 
d'autres époques, l'or servit à l'Espagne pour 'acheter des défections 
en Afrique (cf. Mus. d'Esp., m, 127). 



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~ 417 - 

l'admiration du public, qui se pâma à ce spectacle et qui 
en causa longtemps. En un mot, il régnait en maître 
absolu dans le cœur de cette femme, qui de son côté 
lui adressait des preuves multiples d'estime et s'inquié- 
tait tant de lui que l'opinion publique s'occupa du pen- 
chant qu'elle manifestait en sa faveur. El-Hakam dit un 
jour à un de ses affidés : « Par quels habiles procédés ce 
garçon attire-t-il toutes mes femmes, que leur cœur lui 
appartienne? Elles ont beau être entourées de tout le 
luxe du monde, elles n'apprécient que les cadeaux venant 
de lui, ne goûtent que ce qu'il apporte. C'est un sorcier 
savant ou un serviteur bien entendu ! Mais j'ai peur pour 
ce qu'il a entre les mains I » [P. 269] Le khalife reçut 
des délations, et le favori fut accusé d'avoir rapidement 
dissipé les sommes qui, avant lui, étaient immobilisées 
à la Monnaie. El-Hakam, voulant s'assurer qu'elles 
6' nient intactes, ordonna qu'elles lui fussent représen- 
tées; Ibn Aboû 'Amir, qui en avait dépensé une grande 
partie, feignit un grand empressement à obéir, mais se 
précipita chez son intime ami le vizir lbn Hodeyr pour 
lui en demander le prêt et ainsi combler le déficit. Le 
vizir y consentit, et l'argent qu'il lui fit aussitôt porter 
prit la place de celui qui manquait à la Monnaie. Tout 
soupçon fut ainsi écarté, et El-Hakam, regardant comme 
mensongers les bruits qui étaient parvenus jusqu'à lui, 
ne fit qu'admirer davantage le fonctionnaire soupçonné 
et le confirma dans sa situation. Ibn Aboû e Amir rendit 
aussitôt l'argent prêté par son ami, resta attaché à El- 
Hakam et figura au nombre de ses ministres. 

Vers la fin de son règne, ce prince se préoccupa des 
affaires du littoral africain et des détachements de trou- 
pes qu'il avait à y expédier pour combattre les Idrîsides 

27 



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- 418 - 

et autres ennemis ; il voyait en effet d'un œil chagrin les 
sommes qu'il devait dépenser de ce côté. Il nomma donc 
Ibn Aboû e Amir grand-kàdi de cette Région et en fit l'ins- 
pecteur général de l'armée, avec mission de veiller à 
toutes les affaires importantes la concernant. Le nouvel 
inspecteur se rendit à son poste, où ses services furent 
appréciés et où il se trouva en contact avec les princi- 
paux officiers et avec les cheykhs et chefs de tribus. Ce 
fut cette affaire qui le mit [véritablement] en lumière, et 
après son retour il ne cessa de déployer toute son habi- 
leté et de croître en influence. Cela ne l'empêchait pas 
cependant de se rendre matin et soir chez Dja e far ben 
c Othmàn Moçh'afi, qui était le principal vizir, de le fré- 
quenter et de faire montre de fidélité. 

Dans la nuit du samedi au dimanche 3 ramadan [lisez 
çafar] 366 (1 er oct. 976), El-Hakam el-Mostançir billàh 
mourut des suites de sa maladie qui ne lui laissa aucun 
répit et pendant laquelle le pouvoir fut exercé par Dja e far 
ben c Othmân. 

Khalifat de Hichâm ben el-Hakam ben 'Abd er-Rahmân en-Nâçir, 
et pouvoir de la dynastie 'Amiride. 

Ce prince, dont la généalogie est connue par ce que 
nous avons dit de son père et de son aïeul, avait pour 
prénom Aboû'l-Welid et pour surnom El-Mo'ayyed billâh. 
Sa mère était une esclave concubine, Çobh' la Basque, 
que son maître El-Hakam appelait Dja e far, [P. 270] 
et qui, habile chanteuse, exerçait sur lui une grande 
influence (*) ; elle mourut pendant le règne de son fils 
Hichâm. Le serment de fidélité fut prêté à celui-ci, qui 



(1) Sur cette femme, voir ci-dessus, p. 389; cf. Mus. d'Esp., in, 133. 



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- 419 - 

était l'héritier désigné par El-Hakam, le Iundi4çafar366 
(2 oct. 976) ; il avait alors onze ans et huit mois. Déposé 
le mercredi 16 djomâda II 399 (15 fév. 1009), son premier 
règne, antérieur à la période de troubles, fut de trente- 
trois ans quatre mois et dix jours; son second règne fut 
de deux ans et dix mois, soit un total de trente-six ans 
deux mois et dix jours. Il était blond, avait les yeux bleu 
foncé et à large prunelle, les joues minces, la barbe rou- 
geàtre, le corps bien fait et les jambes courtes; il était 
porté à la dévotion et à la vie retirée, s'adonnait à la 
lecture du Koran et à l'étude des sciences [religieuses], 
et distribuait d'abondantes aumônes aux gens pieux 
frappés par la maladie ou l'indigence. 

Ses kâdis furent Mohammed ben es-Selîm, qu'il trouva 
en place à la mort de son père et qu'il confirma dans ce 
poste ; Aboû Bekr [Mohammed ben Yabk'a] ben Zerb (*), 
puis Mohammed ben Yahya Temîmi, connu sous le nom 
d'IbnBerfâl», etc. 

La devise de son sceau était a Hichâm ben el-Hakam 
cherche son refuge en Dieu». Celui qui dressa l'acte de 
prestation du serment de fidélité fut son intendant, chef 
du second corps de la chorta, directeur de la Monnaie et 
des successions, Aboû e Amir Mohammed ben Aboû 
f Amir, après que le grand-kâdi Mohammed ben Ish'âk 



(1) A ce kàdi, mort en 381, Ibn Faradhi consacre un article (n° 1361), 
de même queDhabbi (n* 325) et Ibn Farhoun (ms 5032 de Paris, f. 115). 

(2) Ibn Faradhi parle de lui (n' 1388). Les trois vers cités par Mak- 
kari (n, 304) sont probablement du même kàdi, bien qu'il y soit pré- 
nommé « Aboù Dja'far », tandis que le nôtre est « Aboù 'Abd Allah ». 
Le kàdi avait un frère, connu également sous le nom d'Ibn Bertàl 
(Ibn Faradhi, n° 449) ; un autre Ibn Bertàl, grand-père maternel du 
célèbre Almanzor, s'appelait Yahya ben Zakariyyà {Notices, p. 152: 
infrà, p. 426. 



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- 420 - 

ben es-Selim l'eut recueilli de la boache de ceux qui 
assistaient à l'audience, oncles et cousins paternels, 
vizirs, employés de divers grades du palais, principaux 
Koreychites et notables de la ville. 

Le samedi 10 çafar 366 (7 oct. 976), sixième jour de 
Tavènement de Hichàm, ce prince confia le poste de 
chambellan (hâdjib) au vizir favori de son père, Aboû'l- 
Hasan Dja c far ben c Othmân Moçh'afi ; le même jour, il 
appela du commandement du deuxième corps de la 
chorta au poste de vizir Mohammed ben Aboû c Amir, et 
le donna comme collègue à Dja c far pour participer à 
l'administration du royaume ; mais Mohammed prit le 
pas sur Dja'far et se lança vers le but avec une vitesse 
qui laissa son rival loin en arrière. 

[P. 271] Aboû'l-Hasan Dja c far ben e Othmân ben Naçr 
ben Fawz ben c Abd Allah ben Koseyla K'aysi était bien 
vu d'El-Hakam el-Mostançir, dont il était un vieux et 
intime camarade, ce qui avait pour première origine le 
fait que son père c Othmân ben Naçr M avait été le pro- 
fesseur d'El-Hakam pendant l'enfance de celui-ci. Ce 
prince l'attacha à son service du vivant de son propre 
père En-Nâçir, en fit son secrétaire, puis lui donna de 
l'avancement, le fit nommer commandant du second 
corps de la chorta et inspecteur dans plusieurs gouver- 
nements et cantons. Trois jours après son avènement 
au khalifat, il le nomma vizir, le fit passer.au secrétariat 
particulier et ensuite joignit à cette dernière charge celle 
du secrétariat supérieur, tandis qu'il nommait ses fils à 
des gouvernements importants. Dja c far ben f Othmân 



(1) Quelques lignes lui sont consacrées par Ibn el-Faradhi (n* 896), 
qui lui attribue une généalogie un peu différente de celle qui figure 
dans notre texte ; cf. aussi Notices, p. 141. 



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vrw- n 



- 421 - 

figure parmi les bons poètes espagnols; il a pratiqué 
divers genres, la louange, la description, l'ode, et partout 
s'est placé au premier rang par sa finesse, sa faculté 
d'invention et le fini de ses vers. Nous avons cité plus 
haut deux de ses impromptus, et on en pourrait citer 
d'autres. 

Au dire d'Ibn Bessâm (*), "Dja e far ben c Othmân atteignit 
le point extrême, et pendant un long temps put réaliser 
ses désirs. Rameau provenant d'un arbre jusqu'alors 
dépourvu de notoriété et de gloire, ce fut de l'aurore au 
soir de sa vie qu'il grandit; bien que sans antécédents, 
il s'éleva et monta à un rang peu en rapport avec celui 
de sa famille; toujours à la hauteur de la situation et 
toujours poursuivant son ascension, il arriva à briller à 
l'horizon du khalifat, et alors, comme ivre d'un vin nou- 
veau, il s'enleva dans un allègre essor vers le khalifat 
même. Devenu chambellan de l'Imâm, sa sagesse fit cre- 
ver ce nuage, et il obtint ainsi ce que l'on sait, en ten- 
dant des lacs et des filets pour réaliser ses désirs; il 
acquit et thésaurisa, dépréciant et méprisant autrui. 
Mohammed ben Aboû c Amir, alors que son étoile était 
sous l'horizon [P. 272] et que le secret de son avenir 
était encore caché, rechercha la bienveillance du minis- 
tre sans qu'aucun accueil répondît à ses efforts, sans 



(1) Aboû'l-Hasan 'Ali ben Bessàm est l'auteur de la Dhâkhira fi 
mehâsîn ahl el-djezîra y anthologie poético-historique à la rédaction 
fort boursouflée, dont trois volumes, sur quatre qui la composent, 
sont parvenus jusqu'à nous («7. As., fév. 1861 ; Pons, Ensayp y n* 171 ; 
Dozy, Loci de Abbad., m, 38; Cat. des mss arabes de Paris, n oi 
3321-23; Cat. des mss d'Alger, n° 1615, 2°, etc.). Le passage cité n'est 
pas d'Ibn Bessàrn, ainsi que l'a fait remarquer Dozy, mais d'Ibn 
Khàkàn (voir le texte, qui présente des variantes, du Matmah, éd. 
Gstp., p. 4 ; cf. Makkari, î, 261 et 389). ... 



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— 422 - 

pouvoir, dons le parterre de sa puissance, prendre ni 
cueillir aucune des fleurs qu'il espérait. Moçh'afi, chargé 
de l'administration de l'Espagne* parcourait un vaste 
hippodrome de félicité et s'abreuvait à même le bassin 
rempli de l'eau potable du pouvoir. Lettré de premier 
ordre et ayant le don de rimer facilement les beaux 
faits, voici entre autres choses ce que, pour divertir et 
égayer ses contemporains, il écrivit quand sa Selma ou 
sa So e àd (*> excitait sa bonne humeur" : 

[Tawîl] Mon cœur doit avoir plusieurs gardiens pour sur- 
veiller ton œil, et des chagrins divers rongent mes flancs ( 2 ). 
Mon corps a beau être usé par la main de la passion, ton 
amour est un rameau toujours frais que garde mon cœur 0). 

"Un matin que, tout plein des ardeurs de l'ivresse, 
provoquant le monde à lui répondre, humant le liquide 
d'une lèvre familière et en aspirant le parfum, alors que 
le suprême pouvoir lui lançait de morbides regards 
amoureux et que dans cet état — car de quel diadème 
la félicité ornait-elle son front! — il réalisait l'impossi- 



(1) L'auteur fait probablement allusion à Selma bent Sa'id ben 
Khàlid, dont la mort provoqua les regrets versifiés de son mari 
Welîd ben Yezîd {Aghâni, index). Une chanteuse dont les charmes 
ont inspiré deux poètes, s'appelait So'àd (ibid.), mais ce nom me 
paraît plutôt rappeler celui qui figure dans le poème appelé Bànat 
So'âd. Il se peut d'ailleurs que ces noms soient employés dans un 
sens tout à fait général : c'est ainsi que le poète Aboùl'-Welid Mos- 
lim chante Zeyneb et Asmà, comme d'autres parient de So'âda, de 
Salma ou de Hind {Mostatref, trad. Rat, n, 442, 465, 468, 470, etc.). 

(2) Le texte comporte un double sens intraduisible. 

(3) Ces deux vers figurent également dans le Matmah, p. 5 ; voir 
aussi Makkari (i, 262 et 390; éd. Boulak, i, 188 et 277), et les Notices, 
p. 145. 



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«. 423 — 

foie, il se mit à décrire la couleur du vin et ce que, au 
repentir près, il en savait' 7 . Voici ces versW : 

[Kàmil] Ce liquide jaune qui scintille dans la bouteille 
s'insinue, une fois versé, dans le corps comme un serpent à 
la morsure cuisante. Gomme le temps se riait de sa beauté, 
il a, pour échapper à ses regards, pris un vêtement parfai- 
tement lumineux; il se dérobe ainsi à la vue de ceux qui 
l'absorbent, et qui trouvent, dirait-on, la satiété dans un 
vase vide. 

"Il resta dans sa situation de chambellan, ne cessant 
de se rendre aux appels de la fortune, tandis que les 
grands, l'esprit troublé par sa haute situation, restaient 
confondus devant la réalisation de son bonheur. Sans 
interruption il resta ceint du baudrier dukhalifat, trai- 
tant successivement les affaires les plus épineuses jus- 
qu'au jour où, par la mort d'El-Hakam, sa situation bien 
assise fut ébranlée, que les épreuves fondirent sur lui, 
que la mauvaise fortune lança contre lui des flèches bien 
dirigées, que l'indolence l'envahit, que les pointes et les 
épines se précipitèrent vers lui, que les plaies se succé- 
dèrent les unes aux autres et que des misères qui comp- 
tent l'assaillirent. Le pouvoir alors passa à El-Mançoûr, 
qui le fit aussi sien que [P. 273] le libéral se rapproche 
de son frère le généreux ( 2 ), qui domina cette situation 



(1) On retrouve encore ces vers dans les Notices, p. 144; Makkari, 
I, 390, ou éd. Boulak, i, 277 et 282 ; Matmah, p. 5. 

(2) J'ai tâcbé de rendre par un à-peu-près le sens des deux mots 
Yezîd et el-Ghamr, qui peuvent aussi être employés comme noms 
d'homme. Je n'ai en effet rien trouvé qui autorise à croire qu'ils figu- 
rent, dans ce style amphigourique dont le cliquetis et l'allitération 
des mots font toute la valeur, autrement qu'avec leur signification 
primitive. Le fond de tout ce passage se trouve résumé en trois 
lignes in Merràkechi, Hist. des Almoh., p. 20. 



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- 424 - 

de la môme manière que, autrefois, e Amr était devenu 
trop grand pour porter son. collier (*) ; il se ceignit de ce 
baudrier (*) et en monopolisa l'usage à l'exclusion des 
autres grands personnages. Déjà favorisé par un bonheur 
remarquable, mais depuis longtemps insuffisant à son 
gré, il s'attaqua à Moçh'afi, qui avait excité sa colère, 
le perdit et le dépouilla de toute influence, lui rendit le 
mal qu'il lui avait fait et lui serra la gorge de toutes 
façons, lui fit flamber les côtes de tristesse et le dépouilla 
de tous ses trésors et réserves, lui détruisit ce qu'il gar- 
dait et le bourra, Dieu sait comme ! pour ses actes blâ- 
mables. Le vaincu passa ainsi des années dans le défilé 
de l'adversité et la consomption du chagrin, El-Mançoùr 
le traînant à sa suite dans ses expéditions et le retenant 
prisonnier entre les griffes ou dans le gosier de la gêne; 
malgré ses efforts pour se concilier ou adoucir son vain- 
queur, il n'y avait réellement pour lui ni espoir ni encou- 
ragement. Cela dura jusqu'au moment où le soleil de ses 
jours se coucha, où son âme s'exhala sous les morsures 
des épreuves: il fut mis à mort en prison, et l'heure 
marquée par Dieu l'atteignit prématurément". 

DÉBUTS D'EL-MANÇOUR MOHAMMED BEN ABOU 'AM1R. 

Aboû c Amir Mohammed était fils d'Aboû Hafç c Abd 
Allah ben Mohammed ben c Abd Allah ben c Amir ben 



(1) Dans ce passage, qui forme la moitié d'un vers tawtl, il est fait 
allusion à 'Amr hen <Adi, à qui son oncle Djodheyma parla ainsi 
(voir G. de Perceval, Essai. . ., n, 22, et les auteurs qu'il cite; Hariri- 
de Sacy, p. 436; Meydani, H, 319). Au mot Iraduit par collier, Cheri- 
chi donne le sens de « vêtement d'enfant dépourvu de poche ». 

(2) Je conserve la leçon ^i^ du ms, corrigée en v^XJlXj par Dozy; 
ce membre de phrase ne figure ni dans le Matmah ni dans Makkari. 



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Aboû e Àmir Mohammed ben el-Welid ben Yezîd ben 
c Abd el-Melik U). Ce dernier était arrivé en Espagne avec 
Târik ; c'était un homme de marque parmi les siens et 
qui joua un rôle important dans la conquête. Il a été cité 
par le poète Mohammed ben HoseynP), qui était versé 
dans l'histoire de l'Espagne, et qui dit, dans une des 
pièces consacrées par lui à louer El-Mançoûr : 

[Tawîl] De tous ennemis tu détruis la tribu, de toute vic- 
toire tu as le mérite. Tu descends bien d' 'Abd el-Melik, que 
signalent la prise et le pillage de Carteyatë) ! Aboû Merwân 
y prélevait l'impôt pendant que ton ancêtre la saisissait d'une 
main qui a pour qualité héréditaire de frapper d'estoc et de 
taille. S'il est survenu en pays infidèle d'autres victoires 
après la sienne, c'est à toi que la récompense en est due. 

[P. 274] Son aïeul c At)d el-Melik, arrivé en Espagne 
avec Târik, s'établit dès le début de la conquête à Algé- 
ziras, où il devint le chef des habitants et où il laissa de 
nombreux descendants. A plusieurs reprises, ceux-ci 
acquirent de la considération et de l'autorité ; plusieurs 
d'entre eux se rendirent à Cordoue auprès des khalifes, 
notamment Aboû e Amir Mohammed ben el-Welid, qui 
donna son nom à toute la famille, et dont le fils c Amir se 
fit ensuite remarquer, car il fit son chemin à la cour, 
devint gouverneur de diverses provinces et mourut à 
Cordoue. [Le sultan] Mohammed fit graver son nom sur 



(1) Sur cette généalogie, voir des détails, principalement tirés de 
notre texte, in Mus. d'Esp., ht, 114. 

(2) Aboû 'Abd Allah Mohammed ben Hoseyn ben Mohammed Tobni, 
+ 395, est l'objet d'articles dans la Çila, n* 1188; Dhabbi, n # 84 ; Ibn 
Faradhi, n # 1404. 

(3) Cf. ci-dessus, p. 14, et Notices, p. 152. 



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- 426 - 

les monnaies et le fit inscrire sur les étendards. Aboû 
H'afç c Abd Allah, père de Mohammed el-Mançoûr, était 
un homme religieux vivant à l'écart du monde et ne fré- 
quentant pas la cour, qui étudia les traditions et pratiqua 
la prescription divine [du pèlerinage] ; il mourut, à son 
retour, à Tripoli de Barbarie M. Il était devenu parent 
par alliance des Temîmites connus à Cordoue sous le 
nom de Benoû Bert'âl, par suite de son mariage avec 
Boreyha bent Yahya ben Zakariyyâ, qui lui donna deux 
enfants, Aboû c Amir el-Mançoûr et Yahya. La mère 
d' c Abd Allah, père d'El-Mançoûr, était fille du vizir 
Yahya ben Ishàk( 2 ), qui fut à la fois vizir et médecin 
d'En-Nâçir li-din Allah. 

Quant au dit Mohammed, il avait reçu une bonne édu- 
cation, avait un talent qui s'imposait et le désignait pour 
le premier rang. Il suivit d'abord la voie de la magistra- 
ture, marchant ainsi sur les traces de ses oncles pater- 
nels et maternels; il commença dans sa jeunesse par 
étudier les traditions et la littérature et prendre note 
des expressions de choix aous la direction d'Aboû c Ali 
Baghdàdi ( 3 ) et d'Aboû Bekr ben el-K'oûtiyyaW, étudia 
les traditions avec Aboû Beki- ben Mo c âwiya Korachi ( 5 ), 



(1) Des articles lui sont consacrés par Makkari, i, 904, et le Tekmila, 
n« 1251. 

(2) Le nom de ce personnage, en tant qu'auteur de livres de méde- 
cine, est rappelé par Makkari (n, 119) et par Dhabbi (n* 1460). Ibn Aboù 
'Oçaybi'a lui a également consacré un article (t. n, p. 43, éd. Boulak). 

(3) Autrement nommé Kàli, ci-dessus, p. 413. 

(4) Il est dit un mot de ce savant par Dhabbi (n° 1518; cf. n° 223 ; 
mais Ibn Khallikàn parle de lui plus longuement, t. m, p. 79; cf. 
Matmah, p. 58). Trois frères sont connus sous le nom d'Ibn el-Koû- 
tiyya ; celui dont il s'agit ici est Mohammed ben 'Abd el-'Azîz, + 367 
(ms 2327 de Paris, f. 131 v). 

(5) Mohammed ben Mo'àwiya, connu sous le nom çTIbn el-Ahmar, 



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r* 427 — 

celui qui a le mieux redit les traditions de Nesà'i, et 
avec d'autres grands maîtres orientaux. Il arriva ainsi à 
un talent qui, ses antécédents et la chance aidant, le rap- 
procha d'El-Hakam el-Mostançir : ce prince lui accorda 
sa faveur et l'employa dans les affaires de confiance les 
plus importantes et de diverses natures. Grâce à ses 
efforts, Mohammed sut toujours se tirer convenablement 
d'affaire et se montra à la hauteur de outes les tâches 
qui lui furent confiées. 

El-Hakam, qui étudiait avec beaucoup de soin la science 
des pronostics, s'imaginait rencontrer dans Ibn Aboû 
e Amir la plupart des conditions de race et de ville d'ori- 
gine requises d'un futur usurpateur, et trouvait que cet 
originaire d'Algéziras avait la paume des mains jaune (*). 
v Quand il faisait cette remarque aux courtisans et qu'on 
lui disait de ne pas s'en préoccuper, il répondait : « S'il 
avait une blessure à la tête, tous les signes caractéristi- 
ques seraient réunis en lui I » [P. 275] Or Dieu voulut 
que, postérieurement à la mort d'El-Hakam, Mohammed 
reçut cette blessure à la tête par le fait de Ghâlib Nâçiri, 
de sorte que le signalement fut complet. El-Hakam savait 
aussi sous quelle influence se trouvait le lieu où fut bâtie 
[plus tard] Ez-Zâhira, et ce pronostic était redouté par 
les princes Omeyyades. Or ce fut par El-Hakam que 
cette circonstance vint au jour, car ses recherches lui 
apprirent qu'il s'agissait d'Alech, écrit par un e, lieu 



-+- 358, étudia les traditions avec Ahmed ben 'Ali benCho'ayb Nesà'i, 
-f- 303, et introduisit le recueil Sonen de ce dernier en Espagne (Dhabbi, 
n° 271 ; Ibn el-Faradhi, n° 1287; cf. Makkari, où il est cité sous l'un 
et l'autre d^s noms par lesquels il est connu). 

(1) D'après une autre prophétie, l'usurpation devait se produire 
quand la succession ne s'opérerait pas en ligne directe (Makkari, 
H, 59). 



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- 428 - 

situé à l'ouest de Gordoue et appelé à devenir le siège de 
la royauté. Il donna en conséquence Tordre à sonhâdjib 
Dja e far de s'y transporter aussitôt pour y commencer là 
construction d'une ville, dans le désir de bénéficier de 
l'avantage attaché à cet heureux augure et de ne pas 
laisser échapper des mains de son fils l'autorité suprême. 
Des sommes considérables furent même dépensées dans 
cette entreprise. Or, par un merveilleux concours de 
circonstances, Mohammed ben Aboû c Amir, alors jeune, 
besogneux et inconnu, se trouva figurer parmi ceux qui 
veillaient à la direction des travaux. Gloire à Celui qui 
donne le pouvoir à qui il veut ! 

Le hasard apprit ensuite à El-Hakam que l'endroit 
visé était situé ailleurs et à l'est de Cordoue. Son homme 
de confiance, Mohammed ben Naçr ben Khàlid, envoyé 
par lui à l'effet de le reconnaître, arriva à Menzil Aboû 
Bedr, connu sous le nom d'Aloch, écrit par un o, et y 
trouva une vieille femme qui lui confirma en ces termes 
que tel était bien le but de ses recherches : « Nous avons 
autrefois ouï dire qu'ici sera fondée une ville, et que c'est 
auprès de ce puits que s'installera le prince qui doit y 
régner». Mohammed ben Naçr reporta ce témoignage 
positif à son maître, et pas bien longtemps après, Ibn 
Aboû f Amir éleva une ville en cet endroit et eut soin de 
s'installer auprès du puits, dans l'espoir que la prophétie 
se réaliserait à son profit. En effet, il était plein de con- 
fiance dans la prompte transmission du pouvoir souve- 
rain entre ses mains et n'avait aucun doute que cela ne 
se réalisât, car il était arrivé à connaître les prophéties 
qui étaient entre les mains d'El-Hakam, et il sut ensuite 
comment elles étaient confirmées par le dire positif de la 
vieille. 



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D'autre part, El-Hakam ne cessa pas de promouvoir 
et de distinguer Mohammed, puis Hichàm fut reconnu 
comme héritier présomptif. Alors l'autorité d'El-Mançoûr 
continua de croître à cause de son intimité avec ce jeune 
prince et de la considération dont il jouissait auprès de 
la mère de celui-ci : le peuple s'adressait à lui et affluait 
à sa porte ; il y trouvait une large hospitalité, un accueil 
généreux, une facilité d'accès, un agrément de carac- 
tère qui lui firent oublier les ministres antérieurs. Son 
influence s'élargit ainsi dans de grandes proportions, sa 
porte était toujours encombrée, son hôtel à Roçàfa reçut 
des agrandissements, il prit comme secrétaires les hom- 
mes les plus importants, s'entoura des personnages les 
plus distingués; il tint table ouverte [P. 276] pour ceux 
qui fréquentaient chez lui, mais son ambition n'était pas 
encore satisfaite. Pendant toute cette période il fréquen- 
tait lui-même chez Dja c far ben c Othmân Moçh'afi, à la 
porte de qui il se rendait soir et matin et dont il recher- 
chait l'intimité. . 

Pendant qu'El-Hakam souffrait sans interruption de 
sa paralysie, ce fut Dja c far qui exerça Pautorité ; puis, la 
mort du khalife ayant causé un grand émoi, Mohammed 
ben Aboû f Amir conseilla à Dja'far de faire monter à 
cheval l'héritier désigné Hichâm et de le promener le 
jour même M au milieu des troupes pour intimider les 
opposants. Conformément à cet avis, Hichàm fit une sor- 
tie qui est restée célèbre et où Ibn Aboû c Amir, après 
lui avoir fait revêtir un vêtement de soie et laine (Ma**), 
marcha devant lui et le présenta aux principaux fonc- 



(1) On a vu que la mort cPEl-Hakam arriva le 3 çafar (p. 385, cf. 
418, et Mus. cTEsp., n, 133, n. 3) ; on voit un peu plus bas que cette 
promenade solennelle est du 10 de ce mois. 



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— 430 — 

tionnaires. Ce jour-là, 10 çafar 366 (8 oct. 976), Hîchâm 
abolit l'impôt dont l'huile était frappée à Cordoue, et la 
disparition de cette charge impopulaire excita la plus 
grande joie; on en fit remonter le mérite à Ibn Aboû 
c Amir, qui, disait-on, avait conseillé cette mesure, et on 
lui en sut beaucoup degré. L'ambition poussait toujours 
cet homme, la chance le sollicitait, le sort le favorisait, 
son habileté ne se démentait pas, "et il parvint enfin à 
exercer le pouvoir khalifal, à en écarter ceux qui y 
avaient la haute main; il administra de la manière la 
plus personnelle, régit toutes choses de façon supé- 
rieure ; grâce à lui tout fut mis en ordre dans les pro- 
vinces, par lui les routes restèrent sûres ; sur nul che- 
min il n'y eut rien à redouter, toutes les caravanes con- 
nurent le bonheur". Il provoqua aussi la chute de Dja'far 
Moçh'afi et le traita comme il lui plut. 

Le premier des rouages de l'Etat auquel il s'attaqua 
fut celui des Slaves, qui, servant au palais, mais régnant 
en maîtres, constituaient l'élément le plus brillant et le 
plus intime de la défense de l'empire. Les khalifes avaient 
eu à cœur de les réunir en grand nombre; En-Nâçir, 
puis El-Hakam avaient fait d'eux leurs intimes, si bien 
que sous ce dernier il avait été commis par eux des excès 
honteux sur lesquels ce prince avait fermé les yeux, bien 
que d'une manière générale il fût partisan de la justice 
et réprimât la violence : « Ce sont pour nous, disait-il, 
des gens sûrs et à qui l'on peut se fier pour surveiller le 
harem; le peuple doit donc se montrer tolérant à leur 
égard et les traiter avec douceur ; il n'aura alors à redou- 
ter aucun méfait de leur part, [P. 277] car il ne nous est 
pas possible d'intervenir à chaque instant contre eux* 1 '. » 

(1) Ce passage, relatif au rôle des Slaves, est reproduit in Mus. 
d'Esp. (ni, 134). 



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- 431 - 

A la mort d'El-Hakaai, les Slaves, formant le groupe 
le plus important et le plus audacieux, croyaient que 
personne ne pourrait l'emporter sur eux et que l'empire 
serait dans leurs mains. Ils étaient au nombre de plus 
de mille eunuques, et Ton peut ainsi juger de la foule 
qui gravitait autour d'eux. Le principal était Fâ'îk', connu 
sous le nom de Niz'âmi, grand-maître de la garde-robe 
et des manufactures (tirâz), qui avait pour second son 
camarade Djawdher, grand-orfèvre et grand-fauconnier; 
l'un et l'autre commandaient, en dehors du palais, le 
corps des gardes non eunuques. Sitôt après la .mort d'El - 
Hakam, il arriva entre ces deux chefs et le chambellan 
Dja'far Moçh'afi ce que voici. Comme le khalife était 
malade depuis longtemps et qu'il y avait des hauts et 
des bas dans son état de santé, l'instant précis de sa 
mort échappa au vizir Dja'far et aux autres ministres, et 
ne fut d'abord connu que des deux eunuques qui l'appro- 
chaient constamment M. Ceux-ci prirent leurs précau- 
tions pour cacher l'événement, firent garder le palais et 
se consultèrent ; ils résolurent de transmettre le pouvoir 
à El-Moghira, fils d'En-Nâçir et frère du khalife défunt, 
car ils craignaient qu'il ne périclitât entre les mains de 
Hichâm tant à cause de sa jeunesse que du faible goût 
du peuple pour son avènement, — mais en lui imposant 
d'assurer sa succession à son neveu Hichâm. De la sorte 
Moghîra, qu'ils auraient fait khalife, devenait leur obligé, 
ils restaient fidèles à leur maître défunt en attendant 
l'arrivée de son fils à l'âge d'homme, et l'autorité restait 
tout de même dans leurs mains. Le plan était bien ima- 
giné, m*ais il eût fallu que Dieu en permit la réalisation. 



(1) On trouve dans Makkari (n, 59) le récit par Ibn Hayyàn des péri- 
péties consécutives à la mort d'El-Hakam. 



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Les choses étant ainsi convenues, Djawdher dit à 
Fâ'ik' : « II nous faut maintenant faire venir le chambel- 
lan Dja'far pour lui trancher la tête, et tout ira bien. — 
Quoi, frère M 1 ) s'écria Fâ'ik', tu veux tuer le secrétaire de 
notre maître, l'un de nos cheykhs, sans qu'il ait rien fait 
pour mériter la mort ! Peut-être bien ne fera-t-il aucune 
opposition à nos projets et n'aurons-nous pas à débuter 
par une effusion de sang ? » Ils firent en conséquence 
venir Dja'far, lui annoncèrent la mort du prince et le 
mirent au courant du plan qu'ils avaient conçu : « C'est 
là certes, répondit Dja'far, le projet le meilleur et le plus 
convenable; c'est à vous de commander, moi et d'autres 
nous vous appuyerons. Réalisez ce que vous voulez, mais 
en vous assurant du consentement des grands pour 
éviter toute opposition. Quant à moi, je vais me rendre à 
la porte du palais que je garderai en personne, et où vous 
me ferez parvenir les ordres qu'il vous plaira. » Il les 
quitta pour aller garder la porte, [P. 278] et convoqua 
ses amis Hâchemites, tels que Ziyàd ben Aflatf, client 
d'El-Hakam, K'âsim ben Mohammed, Mohammed ben 
Aboû f Amir, Hichâm ben Mohammed ben 'Othmân et 
autres personnages analogues. Il fit aussi venir les Benoû 
Berzâl, qui étaient de tout le djond ceux sur qui il pouvait 
le plus compter, ainsi que les autres principaux officiers 
du djond, de sorte qu'il constitua avec ces divers élé- 
ments des forces suffisantes pour lui permettre d'agir. Il 
fit part à ses amis de la mort du khalife et du projet des 



(1) Les Arabes s'interpellent couramment ainsi quand ils sont entre 
eux, et sans qu'il soit lait allusion à une parenté naturelle ou autre, 
comme semble le croire Dozy (Mus. d'Esp., ni, 136 n.). On peut voir 
d'ailleurs, sur l'usage de ce mot, les remarques d'Ismà'il Hakki dans 
son commentaire adKoran, xxiv, 60 (t. îv, p. 162 1. 23 de Téd. impri- 
mée). 



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— 433 — 

Slaves de ne pas respecter le serment de fidélité prêté à 
Hichâm; il leur adressa des paroles d'encouragement et 
continua en ces termes : « En maintenant la transmis- 
sion du pouvoir en laveur de Hichâm, nous n'aurons rien 
à redouter pour notre sécurité personnelle et l'autorité 
sera entre nos mains; si Moghîra l'emporte, il nous 
enlèvera nos situations respectives et cherchera à satis- 
faire ses haines. » Ses auditeurs lui conseillant d'exécu- 
ter Moghîrar avant que celui-ci connût la mort d'El- 
Hak&m, il reconnût la nécessité de ce meurtre et se ran- 
gea à leur avis; mais ils se rejetèrent cette tâche les uns 
sur les autres et chacun recula devant son accomplisse- 
ment. Alors Mohammed ben Aboû 'Amir s'avançant 
parla ainsi : « Amis, je crains que votre affaire ne se 
gâte ; puisque tous nous appuyons le chef que voici », — 
il voulait dire Dja'far — « il ne faut pas que nous lui 
fassions opposition; C'est moi qui, s'il m'en charge, vais 
remplir cette mission à votre place ; quant à vous, soyez 
tranquilles! » Cette proposition plut à Dja'far et aux 
autres, et on lui confia cette besogne en lui disant: 
« C'est toi qui es le plus qualifié pour cette importante 
affaire à raison de ton intimité avec le khalife Hichâm 
et du rang que tu occupes à la cour. » Dja'far en consé- 
quence le fit partir avec un escadron formé des princi- 
paux du djond qui avaient sa confiance. 

MEURTRE DE MOGHIRA BEN 'ABD ER-RAHMAN EN-NAÇIR. 

Ibn Aboû 'Amir montant aussitôt à cheval avec le kâïd 
Bedr, client d'En-Nâçir, et cent gardes du corps, se 
rendit à l'hôtel de Moghîra. Il posta ces derniers à la 
porte, fit cerner la demeure par d'autres troupes et fit 
irruption chez ce prince, qu'il trouva tranquille et n'ayant 

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- 434 - 

fait aucuns préparatifs de défense : il lui annonça la 
mort de son frère El-Hakam et l'avènement de Hichâm, 
ajoutant que les vizirs craignaient de l'opposition de sa 
part et l'avaient chargé, lui Mohammed, de savoir à quoi 
s'en tenir. Moghîra, d'abord terrifié, [P. 279] reprit 
ensuite courage et manifesta sa joie de l'avènement de 
son neveu : « Dis aux vizirs, ajouta-t il, que je ne demande 
qu'à obéir et à tenir le serment que j'ai prêté à Hichâm; 
exigez d'ailleurs de moi toutes les garanties que vous 
voudrez I » Puis il chercha à attendrir Ibn Aboû <Amir, 
le conjurant au nom de Dieu de respecter sa vie et de 
revenir sur ses projets homicides, si bien que Moham- 
med, pris de pitié, écrivit à Dja'far pour lui annoncer la 
sincérité des dispositions du prince, l'état de calme et 
de confiance où il l'avait trouvé, et demandant de l'épar- 
gner. Dja'far lui répondit en le gourmandant de ces 
retards et l'invitant à accomplir sa besogne : « Tu nous 
en as fait accroire sur ton compte, lui disait-il ; fais ce 
que tu dois, ou bien va-t-en, et nous enverrons quel- 
qu'un pour te remplacer I » Mohammed, ainsi piqué au 
jeu, remit ce billet au prince et se retira; puis il fit 
entrer les soldats, qui étranglèrent Moghîra dans son 
propre salon et suspendirent son cadavre dans un cabi- 
net contigu, comme s'il s'était suicidé. Tout cela se passa 
sous les yeux des femmes de la victime. Les meurtriers 
annoncèrent ensuite que le malheureux s'était pendu 
parce qu'ils voulaient le forcer à se rendre auprès de son 
neveu. Ainsi périt ce prince, alors âgé de vingt-sept 
ans. Alors Mohammed, pour cacher ce qui s'était passé, 
ordonna d'enterrer le cadavre dans le salon et fit fermer 
les portes, pour que les gens de l'hôtel préservassent 
ainsi les enfants et les biens du défunt. 



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- 435 - 

Il se rendit alors auprès de Dja*far> à qui il rapporta 
ce qui venait de se passer. Le ministre, tranquillisé, fit 
asseoir Mohammed à côté de lui et lui exprima sa recon- 
naissance. Mais Djawdher et Fà'ik' apprirent bientôt le 
sort de Moghîra ; ils en restèrent stupéfaits, et le regret 
les prit : « Je t'avais bien prévenu, dit le premier — 
beaucoup plus astucieux — au second, mais tu n'as pas 
voulu m 'écouter! » Néanmoins ils se rendirent l'un et 
l'autre auprès de Dja e Iar, et lui manifestèrent leur satis- 
faction de ce qu'il avait fait, en s'excusant du plan qu'ils 
avaient eux-mêmes formé : « Dans notre trouble, nous 
n'avions pas songé à ce que Dieu t'a inspiré ; puisse Dieu 
te rendre en bien ce que tu as fait pour le fils de notre 
maître, pour l'Etat et pour les musulmans 1 » Il leur 
répondit de son côté par quelques paroles de satisfaction. 

Pendant quelques jours, Dja c far fut entièrement ab- 
sorbé par les soins de l'intronisation, mais ses senti- 
ments pour les Slaves ne le laissaient pas digérer tran- 
quillement, et ceux-ci également avaient le cœur étreint 
de haine. 

[P. 280] Dans la matinée du lundi 4 çafar 366 (2 oct. 
976), Dja c far avait fait installer Hichàm ben el-Hakam 
sur le trône à l'effet de recevoir la prestation de ser- 
ment. C'était Ibn Aboû f Amir qui procédait à l'appel, et 
il n'y eut pas deux personnes qui se refusèrent au ser- 
ment. Ce fut pour lui un résultat qui produisit un grand 
effet ; on se redit la chose, sa situation et son influence 
grandirent et son nom se répandit partout. 

LES SLAVES ET IBN ABOU *AMIR. 

Comme un certain froid commençait à régner entre 
Dja'far et les Slaves, ceux-ci se tinrent à l'écart de celui- 



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- 436 - 

là et se montrèrent peu favorablement disposés pour le 
gouvernement de Hiohâm, de sorte que Dja f far prit tou- 
tes les précautions nécessaires. Les espions qu'il avait 
mis en campagne lui apprirent que Djawdher et Fà'ik' 
travaillaient contre le gouvernement et entretenaient des 
intelligences secrètes avec ceux des chefs des gardes du 
corps et des guerriers qui dépendaient d'eux. Gomme la 
Porte de Fer servait à ces ailées et venues, le chambel- 
lan la fit murer, et Ton ne put plus entrer au palais que 
par la Porte d'Es-Sodda, ce qui arrêta les Slaves dans 
leurs méchants projets et les mit sous sa surveillance. Il 
résolut en outre de détacher des deux chefs slaves, avec 
le concours de Mohammed ben Aboû 'Amir, les gardes 
du corps non-eunuques, et envoya secrètement celui-ci 
à ceux d'entre eux sur qui il voulait agir. Mohammed put 
ainsi attacher à sa fortune cinq cents d'entre eux, ce qui 
augmenta d'autant sa force et son autorité ; il assura le 
logement et la solde à ses nouvelles recrues. Les Benoû 
Berzàl embrassèrent également le parti de ce chef et se 
mirent sous ses ordres, de sorte que, par la réunion de 
ces deux groupes, il se trouva à la tête de forces supé- 
rieures à celles de ses ennemis ; tout le djond le suivit 
également, et dès lors il n'eut plus à compter avec les 
Slaves. 

Dans cette situation, Djawdher demanda au khalife 
l'autorisation de rentrer chez lui et de se retirer du ser- 
vice. Il comptait bien sur un refus, mais il fut fait droit 
à sa requête. Alors ses compagnons proférèrent des me- 
naces et se répandirent en de longs discours. Le plus 
violent d'entre eux était Dorri, son sous-ordre, qui se 
signalait par sa turbulence et sa sottise. Pour le mettre 
à la raison et se débarrasser de lui, Ibn Aboû c Amir, à 



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- 437 - 

Tinstigation de Dja e far, fît dire secrètement aux habi- 
tants de Baëza qui vivaient sur les terres dô Dorri de 
porter plainte contre lui et ses intendants, leur promet- 
tant qu'on prononcerait contre lui et qu'ils Sauraient 
plus à souffrir de ses violences. Leur plainte fut aussitôt 
déposée, et le chambellan soumit l'affaire au prince ; 
mais déjà Ibn Aboû 'Amir [P. 281] avait préparé les 
voies contre lui, et un rescrit ordonna la confrontation 
de Dorri et des plaignants à l'effet d'examiner ces récla- 
mations. Dorri fut appelé à l'hôtel du vizirat ; mais quand 
il arriva à la porte et qu'il vit les soldats «rassemblés 
dans l'intérieur, il comprit ce qu'il avait à redouter et 
voulut se retirer. Ibn Aboû c Amir l'en empêcha et le 
saisit; ils se colletèrent, et Dorri prit son adversaire par 
la barbe. Alors Mohammed appela à lui les soldats pré- 
sents ; les Espagnols respectèrent Dorri, mais les Benoû 
Berzàl répondirent aussitôt à cet appel et se jetèrent 
sur Dorri, qu'ils frappèrent. Un coup de plat de sabre 
lui fit perdre connaissance, et il fut aussitôt emporté 
chez lui, où la nuit môme il fut achevé. Fâ'ik' et plusieurs 
des principaux Slaves reçurent l'ordre de se retirer dans 
leurs demeures et de n'en pas sortir ; ils obéirent, et la 
puissance des Slaves se trouva ainsi brisée. Ibn Aboû 
c Amir s'appliqua à leur faire rendre gorge et leur extor- 
qua des sommes considérables. Quant à Fâ'ik', il fut 
envoyé dans les îles orientales [Baléares], et il y mourut* 

Le poète Sa c id de Santarem W parle en ces termes de 
leur expulsion du palais : 



(1) Ce poète, dont j'ai vainement cherché le nom ailleurs, est pro- 
bablement le Sa'idben 'Abd Allah à qui Dhabbi consacre une mention 
d'une ligne et demie (n° 804). 



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- 438 - 

[Sari'] Du .palais de l'Imâm de la direction ont été chassés 
tous les eunuques hautains et violents, d'entre lesquels ceux 
que nous avons vus ont dit : « Ne touchez à l'esclave qu'après 
en avoir touché d'autres! 1 ) ». Alors le dos du roi s'est trouvé 
allégé, bien allégé de ce poids manifeste. L'eau de la science 
s'est mise à découler de sa face depuis qu'il a écarté leur 
épais vinaigre, et dans son palais il a assidûment fréquenté 
l'hippodrome (des affaires) en compagnie du vizir éminent 
et pur. 

Après s'être débarrassé de ces eunuques, Dja'far confia 
le soin du palais et du harem à Sokr, l'un d'entre eux; il 
les calma, les maintint dans la soumission et obtint leur 
obéissance jusqu'au jour où leur chef Djawdher excita 
leurs ressentiments lors du mouvement qu'il méditait ( 2 >. 

Après avoir réglé la question des Slaves, Ibn Aboû 
'Amir s'occupa d'arriver au commandement de l'armée 
et d'avoir, à l'exclusion de tous autres, la direction de la 
guerre sainte. L'ennemi en effet parcourait sans relâche 
les possessions musulmanes, toujours à l'affût d'un bon 
coup, [P. 282] et cet état de choses l'indignait. Il sug- 
géra donc au chambellan d'armer et d'équiper une armée 
et d'en offrir la direction à tous les grands. Comme aucun 
n'osait accepter cette responsabilité, Ibn Aboû e Amir 
s'empressa de se présenter, mais en réclamant la liberté 
de choisir les guerriers qui marcheraient avec lui, ainsi 
que cent mille dinars. L'un des assistants s'étant alors 



• (1) La lin de ce vers, peut-être corrompue, est restée inintelligible 
à Dozy, à Fleischer et à de Goeje ; elle semble signifier que l'esclave 
ou le mercenaire, en sa qualité d'instrument, est le dernier de ceux 

qui ont à être maltraités. Je lis ^g-^LàJi pour ,j;.5LïJl. 
(2) Allusion à ce qui est raconté in Mus. d'Esp., in, 172. 



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- 439 — 

récrié sur Pénormité de cette somme : « Prends-en le 
double, dit Mohammed, pars et tires-en bon parti ! » 
Mais son contradicteur se déroba, et Mohammed reçut 
le commandement des troupes et l'argent qu'il récla- 
mait. 

Première campagne de Mohammed ben Abou *Amir. — 
Le 3 redjeb 366 (25 fév. 977), il se mit en marche pour la 
Frontière septentrionale et alla camper sous les murs de 
la forteresse d'El-H'amma [Los Banos, autrefois Balneos], 
en Galice, dont il entreprit le siège H). Il se rendit maître 
du faubourg et y fit des prisonniers et du butin, avec les- 
quels il regagna Cordoue au bout de cinquante-trois 
jours. Ce succès y excita une grande joie ; quant à l'ar- 
mée, il s'était acquis tout son dévoûment, car sa grande 
générosité, son extrême affabilité, sa large hospitalité 
lui avaient attiré l'amour et l'affection de tous ; grâce 
aux libéralités qu'il avait prodiguées aux soldats, il 
pouvait compter sur eux pour arriver à ce qull cherchait 
et réaliser ses espérances. 

Déclin de l'autorité du chambellan Dja c far. — Quand 
Mohammed se vit arrivé à une haute et solide situation, 
il eut recours à la ruse et à l'habileté pour provoquer 
la chute de Dja c far et rester seul maître du pouvoir.- Il 
ne trouva pas de procédé plus sûr que de s'assurer le 
concours du vizir Aboû Temmâm Ghâlib Nàçiri, gou- 
verneur de Médinaceli et de la Frontière citérieure, le 
principal de tous les clients, reconnu comme le Cheva- 
lier de l'Espagne et avec qui personne ne pouvait être 
mis en balance. Or il régnait entre lui et Dja e far des 
sentiments d'hostilité et de rivalité ; dès le début du 



(1> Voir Mua. d'Esp., m, 148 et s. 



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- 440 - 

règne de Hichâm, dans la première année même, les 
dispositions de Ghâlib, qui avait vu prendre lar pre- 
mière place par Dja c far, n'étaient pas bien nettes: il 
s'était évidemment montré impuissant à repousser les 
attaques des chrétiens, et l'on pouvait craindre qu'il ne 
passât à une révolte ouverte. L'avis d'Ibn Aboù c Amir 
fut de le ramener à de meilleures dispositions par le 
respect de ses droits, et il ne cessait de le défendre et 
de le servir dans l'intérieur du palais, auprès de la 
princesse mère de Hichâm et des autres femmes du 
harem, [P. 283] si bien qu'il arriva à ce qu'il cherchait 
à l'effet d'obtenir son concours pour provoquer la perte 
de Dja c far Moçh'afi. Ghâlib fut nommé dhoû'l-wizâra- 
teyn, et il lui fut adressé une lettre khalifale d'investiture 
avec l'ordre d'entreprendre les expéditions militaires de 
concert avec Ibn Aboû c Amir, celui-ci commandant le 
contingent de la capitale tandis que Ghâlib dirigerait le 
contingent de la frontière. 

Seconde campagne d'Ibn Abou c Amir. — Mohammed se 
mit en campagne pour l'expédition d'été le jour de la 
Rupture du jeûne de 366 (23 mai 977) et rallia Ghâlib à 
Madrid. Il toucha le point sensible du cœur de celui-ci 
en lui parlant d'une action commune contre Moçh'afi, et 
l'entente s'établit entre eux sur ce terrain. Les préve- 
nances que montra Mohammed pour Ghâlib pendant 
toute cette expédition conquirent entièrement le cœur 
de ce dernier, et ils opérèrent toujours ensemble. Le 
fort de Mola W fut conquis, et les musulmans y firent 



(1) « Il paraît que cet endroit n'existe plus)) {Mus. d'Esp,, ni, 155). 
Edrisi cite deux fois la localité du même nom qui se trouve près de 
Murcie. Le Merâcid (m, 176) mentionne Moulés ^j»^y* dans la région 
de Tolède, mais il ne semble pas qu'il puisse être ici question de ce lieu. 



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- 441 - 

un énorme butin et de nombreux prisonniers. La plus 
grande part du succès revenait à Ghâlib, qui le reporta 
cependant sur Ibn Aboû 'Arnir et qui, le quittant pour 
retourner dans son gouvernement, non saris avoir insisté 
sur leur entente contre son ennemi Dja e far, lui dit au 
moment des adieux : « Cette victoire va porter ton nom 
bien haut et te procurer une grande renommée, et la joie 
qu'ils vont en ressentir là-bas ne leur permettra pas de 
voir ce qu'il y a au fond de ce que tu demanderas. Eh bien ! 
ne sors pas du palais sans avoir fait destituer le fils de 
Dja'far et t'être fait donner sa place de préfet de la 
ville! » Mohammed promit de mettre cet avis à profit. 

Ghâlib adressa au khalife Hichâm une lettre où il 
retraçait la grande part prise par Mohammed à l'expé- 
dition, lui en attribuait tout le mal et les efforts, et la 
reconnaissance qu'il lui en manifestait fut pour son ami 
une excellente recommandation auprès du khalife. 
Quand ensuite Mohammed rentra à Cordoue en traînant 
à sa suite te butin et les prisonniers qu'il avait faits, il 
s'était concilié tous les cœurs, des grands comme des 
petits, qui reconnurent en lui le talent doublé de la 
chance ; sa renommée s'étendit, il éclipsa Dja c far et les 
autres, et il se mit à saper le pouvoir du premier mi- 
nistre. Dès le jour de son arrivée, un ordre du khalife 
enleva à Mohammed ben Dja'far ben e Ôthmân la préfec- 
ture de la ville [P. 284] et l'attribua à Ibn Aboû e Amir, 
qui se dirigea sur le champ, vêtu de la robe d'honneur 
dont il lui avait été fait don, vers l'hôtel attribué à ces 
fonctions. Dja c far, d'ailleurs, ignorait tout, et son fils, qui 
siégeait en pompe dans la salle d'audience à l'arrivée de 
son successeur, dut lui céder la place et se retirer suivi 
de sa monture (?). 



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- 442 — 

Ibn Aboû c Amir se trouva ainsi dominer la cour par son 
commandement de lachorta, l'armée par sa situation de 
général, le palais par la faveur dont il jouissait auprès 
des femmes. 11 était plus fort que Dja c far, qu'il dépassait 
de toute son habileté et à qui il ne resta plus que la 
plus faible part du pouvoir. 

L'administration de la ville par Mohammed fit oublier 
aux habitants tous les plus distingués et habiles de ses 
prédécesseurs. On était avant lui très malheureux, obligé 
de veiller toute la nuit pour se garder et ayant plus à 
redouter les entreprises des malfaiteurs que les habi- 
tants de la frontière n'avaient à supporter les attaques 
de l'ennemi. Mais Dieu fit cesser tout cela par l'arrivée 
au pouvoir de Mohammed, qui déploya son talent et 
s'abstint des pratiques attribuées à son prédécesseur, le 
fils de Dja c far : il refusa d'écouter aucune recommanda- 
tion et frappa sans pitié tous les malfaiteurs quelcon- 
ques, si bien que le mal cessa et que les habitants recou- 
vrèrent la sécurité. L'assurance des malfaiteurs reposait 
sur des protections qu'ils trouvaient jusque dans l'entou- 
rage du prince, et Mohammed surprit cette complicité 
jusque chez un de ses fils : il le fit venir dans la salle de 
la chorta et lui fit appliquer de vigoureux coups de fouet, 
qui eurent la mort pour résultat. Aussi l'ordre le plus 
parfait régna-t-il de son temps. Il choisit ensuite pour 
lui succéder en qualité de préfet son cousin paternel 
'Amr ben e Abdallâh ben Aboû e Amir, qui traita de la 
même manière, et plus sévèrement encore, les malfai- 
teurs. 

Dja c far écrivit à Ghâlib pour solliciter son amitié et 
se le concilier en lui demandant de donner en mariage 
sa fille à son propre fils. L'accord se rétablit entre eux et 



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- 443 - 

le contrat de mariage était dressé, quand ces pourpar- 
lers furent connus d'Ibn Aboû e Aoiir. Celui-ci alors écri- 
vit à Ghâlib pour lui rappeler ses promesses ; il fit en 
outre intervenir les membres de la famille royale, 
[P. 285] qui lui écrivirent pour provoquer la rupture de 
l'alliance projetée, et Ghàlib, se retournant alors du côté 
d'Ibn Aboû f Amir, rompit le contrat existant et donna 
sa fille Asriiâ à Ibn Aboû c Amir lui-même, dont elle 
devint [ultérieurement] la femme la plus honorée. 

Après la conclusion du contrat de mariage, le ministre 
partit en guerre. 

Troisième campagne d'Ibn Abou *Amir. — Il se dirigea 
vers Tolède le 1 er çafar 367 (18 sept. 977), et après avoir 
opéré sa jonction avec son beau-père Ghâlib, qu'il traita 
avec beaucoup de respect, il remit sur pied leur bonne 
entente d'autrefois. Ils firent campagne ensemble, con- 
quirent le château-fort d 'El- Mal et celui de Revenga (?)(*) 
et se rendirent maîtres des faubourgs de Salamanque. 
Ibn Aboû e Amir retourna alors à Cordoue en emmenant 
le butin, les captifs et un grand nombre de têtes de chré- 
tiens, trente-quatre jours après son départ. Le khalife le 
combla de louanges, lui accorda le titre de dhoû'l-wizâ- 
rateyn, le mettant ainsi sur la même ligne que Ghâlib, 
et éleva son traitement mensuel à quatre-vingts dinars, 
c'est à dire an même chiffre que celui du chambellan. 

Le khalife alors invita Ghâlib à amener à Cordoue sa 
fille Asmâ pour la remettre à Mohammed, et à son arri- 
vée le combla d'honneurs. La promenade nuptiale d'As- 



(1) JMgnore quelles localités représentent ces deux noms, dont le 
second est en partie dépourvu de points diacritiques, et, partant, 
d'une prononciation très douteuse. La lecture Revenga m'est suggé- 
rée par M. E. Saavedra. 



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- 444 ~ 

ma eut lieu, avec une pompe et une magnificence dont il 
fallait aller loin pour retrouver l'équivalent, dans la nuit 
du jour de Tan ; le départ eut lieu du palais, et c'était le 
khalife lui-même avec les dames du palais qui s'était 
chargé de l'organisation. Cette Asmà était douée d'une 
éclatante beauté et avait l'esprit cultivé ;-elle resta tou- 
jours très considérée de son mari, qui la garda jusqu'à 
la fin de ses jours W. 

Le khalife donna le titre de chambellan à Mohammed^, 
qui partagea ces fonctions avec Dja'far. 

Ce prince fit ensuite sentir sa colère à Dja c far bea 
'Othmân Moçh'afi et lui enleva ses fonctions de cham- 
bellan le lundi 13 cha'bàn 367 (26 mars 978); il le fit 
arrêter, lui, ses enfants et son neveu Hichâm, leur enleva 
tous leurs emplois, fit mettre tous leurs biens sous 
séquestre, et des amendes leur furent imposées. Ibn 
Aboû 'Amir sut, en leur réclamant des comptes, confis- 
quer tous leurs biens, les déshonorer et les accabler de 
maux, si bien qu'il les réduisit à rien. Il fit immédiate- 
ment mettre à mort, dans la prison où il était enfermé, 
Hichâm, fils du frère de Dja'fartë), qui était, de toute la 
famille d ,? Othmân, son ennemi le plus acharné, et le 
cadavre de la victime fut rendu aux siens. [P. 286] 



(1) Sur ce mariage, voir également Makkari, h, 62. Il est parlé 
. d'Asmà dans le t. m de la Tekmila (voir la notice de ce volume par 

M. Codera, Boletin de la R. Ac, xxxii, p. 101). 

(2) Tel est le sens que semble bien comporter le pronom affixe 
employé dans notre texte. Ailleurs il est parlé de l'attribution de ce 
titre à Ghàlib {Mus. cl'Esp., m, 161, d'après Ibn el-Abbàr, Notices, 
p. 142). Or, d'après ce dernier auteur, El-Mançour, né en 328 et mort 
en 392, à 65 ou 66 ans, resta hâdjib pendant 25 ans (Notices, p. 150- 
151, et 153). 

(3) Hichâm ben Mohammed ben 'Othmân était général en chef de 
la cavalerie et vizir (Notices, p. 142; Dozy, Recherches, 3° éd., u» 237). 



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^ 445 ^ 

Pendant plusieurs années Dja e far resta dans la même 
situation malheureuse, tantôt en liberté et tantôt en pri- 
son. On cite de lui ces vers où il cherche à attendrir Ibn 
Aboû 'AmirW : 

[Motak'ârib] Que Dieu te pardonne! Ta miséricorde ne 
peut-elle accorder un pardon même tardif? Si j'ai, sans pré- 
méditation, commis une grande faute, ta puissance est pour- 
tant plus grande et plus haute. N'as-tu pas vu déjà un servi- 
teur outrepassant ses droits, mais un maître pardonnant, un 
homjne juste marchant droit ? Il est maints coupables qui, 
ayant éprouvé ton indulgence, sont revenus et ont réparé 
leurs fautes. Pardonne-moi, l'Eternel aussi te pardonnera ; il 
te gardera et te sauvera de la perdition ! 

Dja c far ben 'Othmân se montra dans son malheur le 
plus mou des hommes, le plus dénué de respect de soi- 
même, le plus attaché à la vie. Il en vint même, poussé 
qu'il était par le désir de vivre, à solliciter Ibn Aboû 
c Amir pour lui offrir de servir de professeur à ses deux 
fils c Abd Allah et e Abd el-Melik. Mais son heureux rival 
répondit : « Il veut me faire passer pour un sot et nuire 
à ma réputation : autrefois on m'a vu en quémandeur à 
sa porte, et aujourd'hui on le verrait en professeur dans 
mon vestibule I » 

Ibn Aboû e Amir fit ensuite rechercher .avec soin tout 
ce qu'on lui reprochait et fit éplucher ses comptes; il le 
fit comparaître au palais khalifal par devant l'assemblée 
des vizirs pour y êtrejprocédé à l'examen contradictoire 
des abus de confiance qui lui étaient imputés. Des audien- 
ces de ce genre eurent lieu à plusieurs reprises et, la 



(1) Ces vers se retrouvent aussi dans le Matmah (p. 6) et dans 
Makkari (i, 391). 



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— 446 — 

dernière fois que l'ex-chambellân s'y rendit, sous la sur- 
veillance de Wâthik le geôlier, il était rudoyé et poussé 
par son gardien, car le chagrin et l'âge l'avaient affaibli 
et alourdissaient son pas : « Doucement, mon fils — lui 
disait-il — tu arriveras à ce que tu désires ; que je vou- 
drais que la mort puisse s'acheter I Mais Dieu y a mis un 
prix trop élevé. » Il arriva ainsi à la salle d'audience, où 
les vizirs avaient déjà pris place, et il s'assit tout au bout 
sans saluer. Aussitôt le vizir Mohammed ben H'afç ben 
Djâbir, l'un des fidèles d'Ibn Aboû *Amir, s'avançant 
vers lui, l'interpella grossièrement, le traita d'ignorant 
et lui reprocha [P. 287] de n'avoir pas même salué. 
Dja c far se détourna d'abord sans lui répondre, mais 
comme l'autre continuait de plus belle, il prononça ces 
mots : « C'est toi qui ignores les égards que tu me dois, 
et tu reproches à celui qui les connaît de les ignorer; 
non seulement tu oublies les bienfaits, mais tu manques 
à celui à qui tu les dois I » Ibn Djâbir, d'abord troublé 
par cette répartie, reprit : « Voilà bien le mensonge en 
personne I Et où sont donc les grands bienfaits que je te 
dois? Est-ce ceci, cela ou cela encore? » Et il énuméra 
diverses choses : « Non, dit le vieillard, tout cela n'est 
pas connu; ce qui l'est, c'est que mon intercession auprès 
du feu khalife, alors qu'il te reconnut coupable de t'être 
approprié telle somme, t'a valu de n'avoir pas la main 
coupée. » Comme Ibn Djâbir persistait à nier, Dja c far 
s'écria : « Au nom de Dieu, je conjure quiconque a con- 
naissance de ce que j'ai dit, de parler ! » Le vizir Ibn 
f Ayyâch, prenant la parole, répondit : « Oui, Aboû'l- 
Hasan, il y a du vrai dans ce que tu as dit ; mais il eût 
mieux valu pour toi ne rien dire. — Cet homme, dit 
Dja'far, m'a poussé à bout, et c'est ainsi que j'ai parlé ! j> 



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— 447 - 

Alors le vizir Mohammed ben Djahwar, s'avançant vers 
Ibn Djâbir, lui dit : « Ne sais-tu donc pas que celui qui 
est l'objet de la colère du prince ne doit pas saluer les 
amis de celui-ci ? En effet, s'ils répondent, ils blessent le 
prince eh adressant à son ennemi un souhait de sécurité ; 
s'ils ne répondent pas, ils manquent à leur devoir envers 
Dieu, qui commande de rendre le salut. Ce qu'il y a donc 
de mieux à faire c'est de s'abstenir de saluer, et c'est ce 
que n'ignore pas AboiVl-Hasan. » Ibn Djâbir resta tout 
cpnfus, tandis que le visage de Dja'far s'épanouit. 

On se mit ensuite à l'examiner de nouveau pour tirer 
de lui de l'argent, et il répondit : a Je le jure devant Dieu, 
j'ai perdu tout ce que j'avais de biens acquis ou hérédi- 
taires; vous pourriez me couper en morceaux que vous 
ne pourriez plus tirer de moi un dirhem I » On le rem- 
mena alors à la prison criminelle d'Ez-Zahrâ; ce fut la 
dernière fois qu'on le vit. 

"Alors que, emprisonné par El-Mançoûr, il était en- 
vahi et accablé par les soucis, il composa les vers que 
voici, où il gémit sur lui-même et établit la compensa- 
tion entre les malheurs présents et le bonheur passé" (*) : 

[P. 288 ; Motak'ârib] Je rends la pareille à la fortune telle 
qu'elle se présente, comme fait mon âme à ses propres sou- 
pirs : qu'un soupir s'exhalant la déchire, et elle le cache à 
ceux qui l'entourent ! Qu'un coup du sort me frappe, et c'est 
de ma poitrine que je lui couvre la tête ! 



{1) Ces vers se retrouvent, avec des variantes, dans Makkari (Leyde, 
i, 391 ; Boulak,i, 278)., dans la Hollat (p. 146), dans Dhabbi (p. 240) et 
dans le Matmah (p. 5). Je lis dans le premier vers <jy^-l , que je 
trouve partout sauf dans Dhabbi, qui porte ,<A^.\, c'est à dire la 
leçon à laquelle Dozy s'est, sans explication, rallié dans ses Correc- 
tions; dans le second, je lis U^là avec le Matmah. 



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-448 - 

Voici encore de jolis vers où il parle de son charige- 
ment de fortune et tâche d'échapper à la tristesse qui le 
minait <*): 

[Tawîl] J'ai opposé la patience à la fortune devenue con- 
traire ; et mon âme, que j'ai forcée à la constance, la prati- 
que désormais. Quelle merveille que de voir mon cœur si 
patient, mon âme, autrefois si glorieuse, maintenant humi- 
liée ! Mon âme n'est plus que là où la met le gardien ; ses 
aspirations restent à rétat'de désirs, et si elle n'en a pas elle 
jouit du calme. Glorieuse comme elle était autrefois* elle s'est 
faite humble en me voyant supporter l'abaissement: « Meurs 
considérée* lui ai-je dit, car la fortune, autrefois favorable, 
s'est détournée de nous ». 

Au sujet de sa mort en prison, voici ce qu'il y a de 
certain. Lorsqu'on le fit incarcérer, il fit ses derniers 
adieux à sa famille et à ses enfants en disant : «-Voilà le 
moment, que j'attendais depuis quarante ans, où la prière 
va être exaucée! » Et comme on lui demandait ce qu'il 
voulait dire, il répondit : « Sous le règne d'En-Nâçir, 
une plainte fut déposée contre un homme à qui l'on en 
voulait, et ce fut moi qui instruisis l'affaire; le résultat 
en fut sa condamnation au fouet, la perte de ses biens et 
une longue détention. Une nuit je vis en rêve quelqu'un 
qui me disait : « Rends la liberté à un tel I Sa prière 
contre toi a été exaucée, et elle s'accomplira sans que tu 
puisses y échapper. » Je me réveillai plein de frayeur et, 
faisant venir cet homme, je lui demandai de me sous- 
traire à l'effet de cette menace. Il refusa, et comme je le 
conjurais de me dire quelle prière il avait faite à mon 
sujet, il me dit : « Oui, j ai demandé au Seigneur de te 



(1) Ces vers figurent aussi dans le Matmah r p. 4. 



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- 449 - 

faire mourir dans le plus étroit cachot, comme celui où 
tu m'as retenu si longtemps I » Je compris alors que sa 
prière devait s'accomplir, et je fus saisi de remords, 
mais trop lard. Je fis rendre cet homme à la liberté, mais 
depuis lors j'ai toujours attendu la réalisation de cette 
menace. » 

A la suite de son dernier interrogatoire, il ne resta 
emprisonné que peu de jours, mais ce fut son cadavre 
qui sortit pour être remis à sa famille. Il fut, dit-on, 
étranglé dans la chambre dite Chambre des puces, qui 
faisait partie de la prison; d'après une autre version, on 
lui fit boire un breuvage empoisonné. 

Voici ce que raconte Mohammed ben Ismâ'îl, secré- 
taire d'El-Mançoûr (*) : a Je me rendis à Ez-Zahrâ avec 
Mohammed ben Maslama "pour opérer la remise du 
cadavre de Dja f far à sa famille et à ses enfants et pour 
assister à l'inhumation. [P. 289] J'examinai le cadavre, 
qui ne portait aucun signe particulier, et n'était couvert 
que par un vieux vêtement appartenant à l'un des portiers 
et jeté par lui sur le corps. Un laveur mandé par Moham- 
med ben Maslama procéda au lavage, je l'affirme, sur le 
vantail arraché à une porte de la prison, tandis que je 
réfléchissais aux vicissitudes de la fortune. Nous accom- 
pagnâmes le brancard jusqu'à la fosse, n'ayant avec 
nous que l'imàm de la mosquée appelé pour dire les der- 
nières prières et sans que personne osât lever les yeux 
sur le convoi. Je vis là un fait dont aucun chercheur 
d'avertissementsn'a ouï le semblable, tel qu'on ne peut 
ni voir ni entendre. Au temps de sa toute-puissance, je 
me plaçai un jour sur son passage pour lui remettre une 



(1) Le passage qui suit figure aussi dans Makkari (H, 63). 

29 



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- 450 — 

requête qui lui était personnellement destinée; mais je 
ne pus en vérité arriver par aucun moyen à m'approcher 
de lui, tant son cortège était nombreux, tant on se pres- 
sait autour de lui; le peuple, pour le voir et le saluer, 
encombrait les places et les rues, si bien que je dus re- 
mettre ma requête à l'un de ses secrétaires placés sur 
les flancs du cortège pour recevoir les placets, et je me 
^étirai tout suffoqué de ce spectacle. Pas bien longtemps 
après, El-Mançoûr lui fit sentir le poids de sa colère : il 
l'emprisonna et le traîna à sa suite dans ses expéditions 
en le traitant sans aucun ménagement. Une nuit, il m'ar- 
riva en Galice de me trouver auprès de sa tente dans 
un campement où El-Mançoûr avait défendu d'allumer 
aucun feu pour que sa présence ne fût pas ainsi décelée 
à l'ennemie J'atteste avoir vu c Othmân, fils de ce mal- 
heureux, lui donner un mélange d'eau et de. farine pour 
soutenir ses forces défaillantes et l'empêcher de rendre 
l'âme, car il n'avait ni provisions ni argent pour s'en 
procurer". J'entendis alors Dja'far dire ces versW : 

[Tawîl] Examinant le cours des événements, toujours je 
les ai vus chercher à atteindre l'homme généreux. [P. 290] 
Il s'est écoulé des jours qui ont suivi leur cours régulier et 
dont je ne perdrai jamais le souvenir, période où la mauvaise 
fortune nous épargnant nous a donné sérénité et joie, nuits 
où la destinée, ignorante de notre demeure, ne nous a pas 
vus frappés par le malheur. Toute cette vie ne voit que 
nuages déversant partout tantôt le bonheur et tantôt l'ad- 
versité !» - 

( 2 ) "Entre autres choses qui servirent Ibn Aboû c Amir 



(1) Ils figurent aussi dans le Matmah (p. 6) et dans Makkari (u, 63). 

(2) Le passage qui suit est extrait du Matmah (p. 7) et a été aussi 
reproduit par Makkari (i, 274). 



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- 451 - 

contre Dja'far ben 'Othmân, il faut compter la sympathie 
qu'il inspirait aux vizirs, le goût qu'ils avaient pour lui 
de préférence à son adversaire, les efforts qu'ils firent 
pour le pousser, rattachement qu'ils lui témoignèrent, 
qui, pour n'être pas le dévoûment aveugle de l'Arabe à 
sa tribu, provenait de ce que leur préféré avait des ancê- 
tres fonctionnaires; eux-mêmes marchaient ainsi stfr les 
traces de leurs pères et empêchaient que leur noblesse 
fût vilipendée, suivaient la voie tracée et une coutume 
excellente; les descendants observaient cette règle avec 
un fanatisme religieux et employaient ainsi le meilleur 
moyen de sauvegarder leurs situations respectives, car 
à leur avis un iâbi* (successeur) ne devait de la sorte pas 
arriver au sommet ni être porteur de l'étendard. Quand 
El-Mostançir prit en gré DjVfar ben c Othmân, l'employa 
à son service et réleva dans sa faveur, ces ministres 
envièrent et blâmèrent le nouveau-venu, ils l'attaquè- 
rent de toutes les manières. Les plus prompts à mani- 
fester leurs sympathies pour El-Mançoûr et leur haine 
pour Dja c far, à s'éloigner du second pour se rapprocher 
du premier, furent lesfamilles d'Aboû c Abda, deChoheyd, 
de Djahwar et de Fot'ays, qui occupaient alors les prin- 
cipales fonctions et emplois et qui étaient le plus en vue; 
elles favorisèrent et aidèrent Ibn Aboû e Amir, suscitè- 
rent au contraire des difficultés à Moçh'afi ; elles forti- 
fièrent l'édifice de sa fortune et menèrent sa grandeur 
jusqu'à l'élément même qui la constituait, jusqu'à ce 
qu'il atteignît le but de ses espoirs et qu'il eût complète- 
ment réalisé tous ses souhaits. Pendant que ces causes 
concouraient en faveur d'Ibn Aboû c Amir, Dja c far ployait 
sous la fortune [P. 291] et ne pouvait douter de l'ad- 
versité et du déclin de son pouvoir. Il renonça à lutter 



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- 452 - 

Contre Mohammed et à administrer de concert avec lui; 
on cessa de se rendre soir et matin auprès de lui et Ton 
afflua chez Ibn Aboû e Amir; son cortège se réduisit, son 
étoile se précipita du ciel de la puissance. Son rival, 
toujours poursuivant ses efforts contre lui, l'effaça et 
(à son gré) l'obscurcit ou l'éclaira". 
Dja'far a dit : 

[Kâmil] Ne te fie pas à la fortune, car elle nous ménage 
plus d'une vicissitude î Elle m'a fait redouter des lions mêmes, 
puis c'est moi qu'elle a fait trembler devant le renard. Quelle 
honte, quelle humiliation pour un homme de cœur de devoir 
toujours implorer un être vil 1 (*). 

Il prononça ces vers quand, amené par devant l'assem- 
blée des vizirs pour rendre ses comptes, il était poussé 
et rudoyé par le geôlier Wâthik' et qu'il lui dit : a Dou- 
cement, Wâthik', tu obtiendras ce que tu veux, tu verras 
ce que tu désires » ; ce §ue nous avons raconté déjà. 

Ibn Abou 'Amir se rend complètement maître du 
pouvoir. — A la suite du meurtre de Dja'far, Ibn Aboû 
'Amir, resté seul, songea à atteindre la dernière étape, 
c'est à dire à étendre la main sur le prince et à le confi- 
ner, de manière à rester maître suprême de toutes les 
affaires de l'Etat et de la dynastie. Il suivit la môme voie 
que les émirs Deyiémites qui, en Orient, avaient su deve- 
nir les maîtres des khalifes Abbasides, et travailla à 
rendre son pouvoir héréditaire. Modifiant les usages 
suivis par les khalifes Omeyyades, il commença à atti- 
rer toute l'autorité à soi, à modeler le gouvernement à 



.(1) Ces vers ont été traduits in Mus. d'Esp. (m, 164) ; on les retrouve 
dam le Matmah (p. 7), dans Makkaiï (î, 275) et dans les Notices (p. 147). 



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- 453 - 

son image. Cela l'amena... [déchirure partielle de deux lignes] 
... le repos au mouvement... 

Ses conseillers dans toutes les affaires se mirent à 
agir d'une façon incorrecte et à ne pas les traiter comme 
il fallait (*). Plus d'une fois il lui arriva de laisser aux 
plus importants d'entre eux toute liberté d'avis : ils lui 
conseillaient comme ils savaient et lui disaient la règle 
qu'ils jugeaient bonne, mais il ne les suivait pas, mar- 
chait dans la voie où il s'était engagé, continuait son che- 
min, affrontait les dangers dont il se rendait compte, 
et l'on restait surpris des bons résultats qu'il obtenait. 
Voici comment s'exprime Ël-Fath' ben Khâk'ân <*) : 
[P. 802] « "Être unique, plus glorieux que ceux qui 
avaient le pas sur lui, l'employaient et usaient de ses 
services, c'est lui qui, plus qu'eux, avait des armes agis- 
santes, un esprit aiguisé, une grandeur parfaite, un pou- 
voir absolu. Sa situation devint ce que l'on sait, et ce 
résultat jeta le trouble dans les intelligences, car il y 
avait du miracle dans son succès et dans le fait, pour lui 
parti de si loin, de se tant rapprocher du trône. Tout 
brillant de l'éclat d'un haut pouvoir, il se montra mo- 
deste et magnanime; il se mut, et l'étoile directrice lui- 
sit, il régna, et nui drapeau ennemi ne flotta sur son 
territoire, et cela après être resté dans l'obscurité à sup- 
porter étranglement et suffocation, après une pénible 
attente où il eut à lutter avec l'insomnie et les veilles, 
ce qui dura jusqu'au jour où, les promesses à lui faites 

(1) Le texte incorrect et incomplet de cette phrase ne donne qu'un 
sens douteux. 

(2) Le passage qui suit manque dans le Matmah, mais Makkari lui 
attribue la même origine (i, 263 ; éd. Boulak, i, 189). On retrouve 
aussi chez ce dernier auteur un tableau d'ensemble du gouvernement 
d'El-Mancour (i, 258 ; voir également Dhabbi, n' 242). 



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- 454 - 

se réalisant, le sort contraire laissa la place à la félicité. 
Il exerça alors le pouvoir khalifal, soumit ceux qui 
y avaient quelque prétention, administra d'une façon 
parfaite et fit sentir une main de fer dans les affaires 
d'importance. Grâce à lui Tordre régna dans les provin- 
ces, les routes ne laissèrent rien à désirer, tous les: che- 
mins devinrent sûrs, toutes les caravanes voyagèrent 
tranquilles. Il régna en Espagne plus de vingt années, 
sans qu'on pût rien reprocher au bonheur du pays, sans 
qu'aucun bruit se fît entendre de quelque acte blâmable, 
et le royaume enveloppé d'éclat et d'une lumière d'au-* 
rore, respira un air 'irakien. Rien de plus digne de 
louanges que son règne, rien de mieux dirigé que les 
flèches lancées par sa puissance : il combattit les chré- 
tiens été et hiver, atteignit son but tant en les repous- 
sant qu'en les attaquant ; il pénétra dans ces régions et 
s'avança jusqu'à ce qu'il eût effrayé le lion du fourré; 
sous ses drapeaux marchèrent les limiers des tribus, à 
leur ombre se vinrent ranger les épées brillantes et les 
lances sombres. Et lui cependant exigeait des vies sans 
marchander |P. 203] et dégainait les glaives contre les 
prétentions diverses, livrant à la mort ceux qui ne s'atta- 
chaient ni ne se liaient au pouvoir, enlevant quiconque 
parmi eux se signalait par son éclat. Cela dura jusqu'au 
jour où il resta seul et unique maître, que ce qui s'était 
d'abord montré sauvage et farouche lui témoigna de 
l'obéissance, que l'Espagne et le littoral africain lui 
furent soumis et se groupèrent autour de lui comme 
faisaient les Koreych dans la Maison du conseil (*). Il ne 



(1) Le dâr en-netltua était la maison commune dans laquelle se 
réunissaient les Koreychites pour traiter toutes les affaires publiques 
(G. de Perceval, Essai.,,, i, 237). 



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* l'î 



- 455 — 

quitta pourtant pas le titre de hâdjib (chambellan) et 
ne cessa de prêter obéissance et hommage au khalife, 
démonstrations en désaccord avec la réalité, appella- 
tion que contredisaient les lieux où résidait la vraie 
autorité. Grâce à l'immigration des Berbères qu'il favo- 
risa, il humilia les tribus d'Espagne et par eux rejeta 
dans l'ombre ces grands chefs, les combattit à l'aide de 
leurs rivaux dont il fit venir un très grand nombre, si 
bien que ces derniers devinrent maîtres et restèrent 
victorieux à la suite de la célèbre attaque qui laissa la 
plus grande partie de l'Espagne inculte et déserte, qui 
la remplit de loups et de fauves, qui la priva pour un 
temps de toute sécurité. De la sorte, lui et son fils El- 
Moz'affer marquèrent la fin du bonheur de l'Espagne, y 
constituèrent la limite de la joie et du plaisir. Ses cam- 
pagnes sont restées célèbres et eurent l'éclat d'un glaive 
qui lance la foudre. Il était d'une noblesse sans tâche et 
descendait de Ma c âfir\ Aussi s'en vante- t-il en ces ter- 
mes (*> : 

[Tawîl] J'ai affronté en personne, comme le doit faire un 
noble magnanime, les périls les plus graves, et je n'avais 
avec moi qu'un cœur vaillant, une lance excellente, un 
glaive poli et tranchant. Lançant au combat des troupes de 
guerriers, véritables lions qui heurtaient d'autres lions dans 
leurs repaires, j'ai en personne mené des chefs de toute sorte 
et combattu tant que j'ai trouvé à vaincre. Ce n'est pas un 
édifice nouveau que j'ai élevé, j'ai agrandi ce qu'avaient bâti 
' Abd el-Melik et 'Amir. Nous avons par des prouesses rajeuni 
une noblesse que nous tenons du lointain Ma'âfirt*). 



(1) On retrouve ces vers dans Makkari (r, 260, cf. 264 ; éd. Boulak, 
1,187 et 190), et dans les Notices, p. 152 ; trois d'entre eux sont traduits 
dans YIntr. dd Makkari, p. xxxviil. 

(2) Ces trois noms propres sont ceux d'ascendants du poète (ci-dessus, 
p. 425). 



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- 456 - 

[P. 894] "Sa mère étant Temîmite, il se trouvait 
noble par Tune et l'autre ligne et pouvait se draper dans 
cette double origine". El-K'ast'alli a ditW : 

[Tawît] En lui se sont réunis, venant de Temlm et de 
Ya'rob, des soleils et des lunes brillant dans le ciel et pro- 
venant des Himyar, dont les mains ressemblent à des nuées 
qui déversent une eau fécondante, ou plutôt à de véritables 
mers. 

"Il occupa divers emplois avant d'arriver au pouvoir 
souverain et fournit, en parlant du but suprême de sa 
vie, des signes (de sa destinée future), jusqu'au jour où 
ses prédictions se réalisèrent (*) et que son* Aurore permit 
à la sienne de paraître < 3 ). On fait à ce propos des récits 
merveilleux, et dignes d'être remarqués. Il était lettré 
et distingué, savant en diverses sciences, et voici à ce 
propos des vers où il se souhaite l'empire en Egypte et 
au Hedjâz et demande la réalisation ultérieure de ces 
vœux" : 

[Khafîf] L'ardent désir qu'a mon œil de voir Çafà et la 
Station d'Abraham l'empêche de se livrer au sommeil. J'ai 
en Orient des créances sur des gens qui ont autorisé le sacri- 
lège en ces lieux saints : qu'ils s'acquittent, et mes désirs 
seront satisfaits ; sinon leurs cous et leurs têtes en répon- 



(1) Ce poète, + 421, s'appelle Aboù 'Omar Ahmed ben Mohammed 
ben Derràdj (voir Ibn Khallikân, i, 120; Çila, n* 75 ; Dhabbi, n' 342; 
ms 2327 de Paris, f. 23 ; Yetîmat ed-dahr, i, 438, etc.). On retrouve 
les deux vers qui suivent dans Merràkechi, H. des Almohades, p. 32- 
Dhabbi, p. 107; Makkari, i, 264; Notices, p. 152; ils font partie d'une 
pièce que la Yetîma a reproduite. 

(2) Allusion à l'anecdote que rapporte Merràkechi, p. 22 de la trad. 
fr., et qui figure in Mus. dEsp. f ^ii, 111. 

(3) Jeu de mots sur Çobh' (Aurore). 



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- 457 - 

dront! On verra bientôt les cavaliers de Hichâm arriver 
dans leur course jusqu'au Nil et à la Syrie (*). 

(«) En 368 (9 août 978), Ei-Mançoû'r ben Aboû f Amir fit 
construire son palais connu sous le nom d'Ez-Zâhira, 
"alors que sa situation était prépondérante, que son 
brasier flamboyait de tout son éclat, que son indépen- 
dance était manifeste et que ses envieux étaient en nom- 
bre. Craignant de risquer sa vie plus longtemps dans le 
palais du prince et de s'y exposer à quelque embûche, il 
prit des précautions qui révélèrent à son maître ce qui 
lui était resté caché jusqu'alors, à savoir que le ministre 
était plus puissant que lui et renonçait à plus reconnaître 
sa suprématie. Il se haussa au rang des rois en se fai- 
sant bâtir un palais pour y résider et s'y installer avec 
sa famille et les siens, en faire le siège. de son autorité 
et mettre ainsi le sceau à son pouvoir, y réunir ses escla- 
ves et ses gardes. Il choisit comme emplacement le lieu, 
qu'il fit sien, appelé Ez-Zàhira, remarquable par des 
palais splendides, [P. 205] sur une pointe de la région 
s'avançant sur le grand fleuve de Cordoue, et y disposa 
et arrangea tout ce qu'on peut faire de plus extraordi- 
naire. C'est en cette année qu'en commença l'édification, 
pour laquelle il fit venir des artistes et des ouvriers et 
amena des machines considérables, et il revêtit ainsi ces 
palais d'un éclat qui éblouissait les yeux. Il donna à cette 
ville de grandes proportions et se montra fort désireux 
de la voir largement se développer dans la plaine; il 



(1) On retrouve ces vers dans Makkari (i, 265 ; éd. Boulak, i, 190) et 
dans les Notices, p. 153. 

(2) Le passage qui suit figure dans Makkari (i, 380), qui le croit, 
dit-il, tiré du Matmah, mais on ne le retrouve pas dans cet ouvrage. 



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- 458 - 

donna une grande hauteur aux murailles, ne négligea 
rien pour égaliser les éminences et les dépressions de 
l'intérieur. La ville enfin put étaler ses larges dimen- 
sions dans le plus bref délai, car la plus grande partie 
en fut achevée en deux ans, et ce n'est pas là une des 
choses peu remarquables qu'on raconte*. 

En 370 (17 juil. 980), El-Mançoûr y déménagea "et s'y 
installa avec tous ceux qui lui tenaient de près ou de 
loin; il en fit sa résidence, la garnit de toutes ses armes, 
de ses biens et de ses affaires". Il y installa les diverses 
administrations et les finances, établit les greniers en 
dedans, des murs, permit aux moulins de s'élever dans 
la plaine, "puis donna en fiefs les environs à ses minis- 
tres et à ses secrétaires, à ses officiers et à ses chambel- 
lans, de sorte qu'ils y élevèrent des hôtels importants, 
des palais considérables, sans négliger les parties inter- 
médiaires constituant des propriétés de rapport et des 
pavillons bien établis. Il s'y installa des marchés fré- 
quentés par de nombreuses caravanes, la population 
accourut à l'envi pour s'y fixer et y prendre ses quartiers 
à cause du voisinage du chef du pouvoir ; on bâtit à qui 
mieux mieux alentour, si bien que les faubourgs rejoi- 
gnirent ceux de Cordoue, et il se produisit un grand dé- 
veloppement de la région dont le centre était occupé par 
le siège du pouvoir. Le khalife, privé de toute influence, 
n'était plus paré que d'un vain titre, et El-Mançoûr 
fit du khalifat un dessin qui s'efface. Ce fut là que le 
ministre tint conseil avec ses vizirs rangés hiérarchi- 
quement et avec ses principaux officiers, là qu'il convo- 
qua les fonctionnaires pour les affaires de service, à la 
porte de ces lieux qu'il plaça sa gardent établit un chef 
comme s'il s'agissait du siège du khalifat et [P. 296] 



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- 459 - 

de la même façon que pour l'autorité suprême. Des 
ordres envoyés dans toutes les provinces d'Espagne et 
du littoral africain prescrivirent d'envoyer à Ez-Zâhira 
les revenus fournis par lés impôts, imposèrent aux gou- 
verneurs de s'y rendre, aux solliciteurs de s'y diriger, et 
des mesures furent prises pour que nul ne s'en détour- 
nât pour gagner la porte du palais khalifal. Ce fut là que 
se tranchèrent les affaires de toute sorte, là qu'affluèrent 
les gens venus de tous les côtés. Mohammed ben Aboû 
c Amir eut ainsi ce qu'il cherchait et vit ses désirs com- 
blés : le palais du khalifat resta privé de tout visiteur, 
fut par son fait dépourvu de tout partisan dévoué. Alors 
il ferma la porte du palais du prince, tâcha que nulle 
nouvelle ne lui parvînt, y mit un de ses affidés pour gar- 
der cette demeure, y exercer de pleins pouvoirs, surveil- 
ler en son nom quiconque y entrerait et empêcher tout 
mouvement suspect à l'intérieur. Il plaça des gardes, des 
portiers, des sentinelles qui, la nuit, faisaient des rondes 
à tour de rôle, qui montaient jour et nuit une garde inin- 
terrompue autour des gens du palais et surveillaient 
ostensiblement et secrètement tous leurs mouvements. 
Il avait déjà enlevé au khalife tout pouvoir administratif, 
et l'empêcha ainsi d'exercer aucun attribut de la royauté, 
Hichâm resta sans liberté et sans influence, son nom 
s'oublia, son intelligence faiblit, sa porte qu'on tenait 
fermée ne laissa plus pénétrer ses amis, nul, ni intime 
ni étranger, ne le vit plus, il n'y eut plus rien à craindre 
ou à espérer de lui, on ne connut plus de lui que son 
nom frappé sur la monnaie ou prononcé au prône. Son 
ministre l'avait supplanté, avait revêtu l'appareil royal, 
fait disparaître la pompe qui appartenait à son maître, 
apprit au peuple à se passer de lui et détourné de lui ses 



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- 460 - 

désirs; grâce à ses manœuvres, les sujets le méconnu- 
rent, et il défendit de plus parler de lui*. 

L'autorité dlbn Aboû e Aniir fut à son comble à partir 
du jour où il s'installa dans le palais d'Ez-Zâhira, et à 
mesurç que le temps passa il ne négligea rien pour en 
embellir les constructions, "si bien que la perfection en 
fut complète et que la beauté n'en laissa rien à désirer 
tant comme bonté de construction et étendue d'empla- 
cement, que comme pureté d'un air qui couvrait une 
surface (auparavant) peu saine, et comme transparence 
d'une atmosphère où le zéphyr était sans force, aussi 
bien que pour l'aspect florissant des jardins et des dehors 
réellement séduisants". C'est d'elle que Çâ c id le philo- 
logue a diU 1 ) : 

[P. 297 ; Basît] O roi El-Mançoûr, toi qui viens du Yémen 
et qui crées une race nouvelle et autre que celle dont tu 
descends, c'est en faisant une campagne fertile en morts 
polythéistes que *tu dis de douces paroles aux lances et aux 
glaives. Ne vois-tu pas la source couler joyeuse sur le mar- 
bre, puis poursuivre son cours sur les sables qu'elle humecte 
et féconde ? C'est toi qui as provoqué son écoulement, grâce 
auquel les plantes florissantes se sont encore développées, 
de la même manière que tu as grandi et es devenu le chef 
des Arabes et des barbares. On dirait que dans ces plantes 
se trouvent des troupes aquatiques maladroitement couvertes 
de leurs armures et montrant cuirasses et boucliers ; des 
arbres vigoureux et variés les entourent, dont la frondaison 



(1) Gà'id ben Hasan Rab'i Baghdàdi, -f 417, était un littérateur et 
philologue qui devint l'un des favoris d'El-Mançoûr (voir Çila, n° 536; 
Dhabbi, n° 852, et p. 148; Ibn Khallikàn, i, 632; Merràkecbi, H. des 
Alm.y p. 23 et s., lequel en fait un vizir du tout-puissant ministre; 
Makkari, notamment H, 52 et s. ; Mus. d'Esp., in, 247). La poésie qui 
suit se retrouve dans Makkari, i, 382 ; éd. Boulak, l, 271. 



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- 461 - 

est d'argent, puisqu'ils produisent de l'or. C'est la merveille 
de l'empire, et celui qui la voit ne cesse de redire à ses audi- 
teurs que c'est un étonnant prodige. La fortune n'en pourra 
refaire un pareil, épuisât-elle toutes ses forces dans cette 
recherche. 

c Amr ben Aboû'l-Habbâb alla un jour trouver le pre- 
mier ministre dans un de ses palais de la propriété dite 
El- e Amiriyya "alors que dans le jardin les fleurs étaient 
écloses, que les dépressions et les hauteurs avaient 
revêtu leurs atours, que la fortune soumise y régnait, 
que le bonheur assujetti y résidait". Il dit alors ces 
vers M : 

[Basît] Aucun des jours que tu as vécus n'est à comparer 
à celui que tu passes dans 1' ' Amiriyya, où l'on trouve eau 
et ombrage, et où la température, même dans les saisons 
extrêmes, est toujours modérée. On peut s'y rendre sans se 
soucier du bonheur! 2 ), car le soleil n'y est-il pas [toujours] 
dans le Bélier (3)? 

"Cette ville ne cessa pas d'être belle, de rester toujours 
liée au bonheur, d'être sans relâche visitée par la vic- 
toire, de se voir amener des ennemis vaincus, de ne 
laisser s'éloigner des étendards que marchant à la vic- 
toire, de ne prendre des mesures que couronnées de 
succès, jusqu'au moment où arriva son jour fatal, où la 



(1) Nous n'avons ici que les trois premiers vers d'une pièce dont 
Makkari et Dhabbi en citent huit, avec variantes dans le premier. Le 
poète qui en est Fauteur portait le prénom d'Aboù'l-Motarrif, sous 
lequel" il est cité par Dhabbi (n° 1545), de même que par Makkari (i, 
382 et 383). 

(2) 11 y a ici un jeu de mots, le mot bonheur s'employant aussi en 
parlant des deux planètes Jupiter et Vénus. 

(3) Le soleil entre le 20 mars dans le signe du Bélier. 



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- 462 - 

plus large part de malheur lui fut destinée, de sorte que 
la ruine la frappa et qu'elle perdit toute marque d'éclat'. 

Ibn Aboû 'Amir fit annoncer que le prince lui avait 
confié le soin des affaires du royaume et s'en était dé- 
chargé [P. 298] pour se consacrer lui-même à la dévo- 
tion. La nouvelle se répandit dans le peuple, qui finit par 
se reposer avec confiance sur ce ministre à la forte poi- 
gne et d'une vigueur toujours prête. Tout alla donc bien 
pour lui, et mieux encore quand il eut fait entourer le 
palais khalifal d'un mur circulaire flanqué d'un fossé de 
chaque côté et garni de portes auxquelles veillaient des 
gardes et des sentinelles installés dans tous les passa- 
ges. Il empêcha le khalife de se montrer et aposta à sa 
porte des gens qui avaient mission de ne laisser arriver 
jusqu'à lui d'autres nouvelles ou affaires que celles qu'il 
permettait, et quiconque était surpris contrevenant à 
cette défense était saisi et châtié sur le champ. On raconte 
à ce propos bien des choses, mais on peut dire en deux 
motsqu'Ibn Aboû 'Amir agit plus sévèrement que n'avait 
jamais fait quelqu'un ayant un khalife à sa discrétion', 
car il avait entre les mains toute l'autorité et le prince 
n'était pour lui qu'un instrument, à tel point que rien ne 
se faisait dans l'intérieur ou dans le harem de Hichàm 
qu'au su et avec l'autorisation du ministre. L'intendant 
du palais, nommé par lui, était un de ses hommes de 
confiance, lui servait d'espion et était au courant de tous 
les faits et gestes du prince. 

Après s'être ainsi hissé au sommet, Ibn Aboû 'Amir 
s'occupa du général en chef, son beau- père Ghâlib Nàçiri, 
et prépara sa ruine. Il songea à lui opposer un adver- 
saire choisi parmi les hommes d'épée et de guerre en 
renom, car Ghâlib l'emportait sur lui pour tout ce qui 



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- 463 - 

concernait l'art de la guerre, avait plus de vaillance et 
était son supérieur dans un ordre de connaissances 
auxquelles Ibn Aboû 'Amir ne s'était pas appliqué. Il ne 
trouva pour cela personne plus qualifié que Dja c far W, le 
fils d' <AH ben H'amdoûn connu sous le nom d'Ibn ei- 
Andalosi, sous les divers rapports de l'énergie, de la 
fermeté, de la grande notoriété et des forces considé- 
rables dont il disposait.. Le ministre s'efforça en consé- 
quence de mettre de son parti ce chef, qui habitait dans 
l'Afrique septentrionale, de môme que les descendants 
d' e Ali parmi les Zenâta reconnaissant la souveraineté 
du khalife Hichâm. Ibn Aboû f Amir lui ayant envoyé des 
messagers et adressé maintes et maintes lettres, Dja'far 
confia le soin du gouvernement à son frère Yahya et 
s'embarqua pour l'Espagne [P. 299] avec ses troupes. 
Il descendit au Kaçr el- c Ok'âb( 2 ), où tout avait été pré- 
paré pour le satisfaire ; El-Mançoûr fit de lui son minis- 
tre, lui donna comme tel une grande autorité, le traita 
avec autant de confiance qu'un frère, et lui donna le pas 
sur tous les grands. Dja'far trouva auprès de lui tout ce 
qu'il pouvait désirer et mieux qu'il n'avait supposé; 
d'autre part et grâce aux Berbères, la situation d'El- 
Mançoûr se trouva mieux assise et plus forte. Ce pre- 
mier groupe comptait environ six cents Berbères, mais 



(1) On trouve principalement des détails sur ce chef dans VHist. 
des Berbères, t. n, p. 152 et 554 ; m, 216 ; t. i du Bayân, p. 312 et 336 ; 
ci-dessus, p. 400 et 412; Mus. d'Esp., m, 130, 184 et 193; Makkari, 
i, 258, etc. 

(2) Ce nom parait désigner un endroit à Cordoue même ou dans 
les environs, mais je ne l'ai pas rencontré ailleurs. Il ne peut s'agir 
du lieu appelé ordinairement Hiçn el-'Ok'àb, où fut" livrée, en 609, la 
bataille que nous appelons de Las Navas de Tolosa, du côté de Cala- 
trava. 



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- 464 - 

El-Mançoûr continua d'en appeler d'autres en leur 
garantissant qu'ils seraient bien et largement traités, de 
sorte qu'ils s'empressèrent de passer en Espagne, et que 
tous ces cavaliers, arrivant sans relâche les uns après 
les autres, vinrent se grouper autour d'Ibn Aboû c Amir. 
Ils débarquaient avec des vêtements en lambeaux et 
montés sur des haridelles, mais il les habillait bientôt 
de soie brodée et autres riches .étoffes, leur donnait des 
coursiers de race et les installait dans des palais dont ils 
n'avaient jamais vu les pareils, même dans leurs rêves. 
Ils finirent ainsi par l'emporter en nombre sur les sol- 
dats des djond espagnols; c'étaient eux d'autre part 
qui étaient toujours les familiers et les intimes d'Ibn 
Aboû f Amir, eux qu'on voyait les plus riches et les plus 
influents. 

Ghàlib comprit, en apprenant l'appel adressé à Dja'far, 
que ce trait était dirigé contre lui; la mésintelligence 
éclata entre le beau-père et le gendre, ce qui provoqua 
différentes rencontres et combats où l'avantage resta à 
Ibn Aboû f Amir. Ghâlib, qui le combattait avec l'aide de 
chrétiens qu'il avait attirés à lui à la suite de faits longs 
à raconter, périt dans une charge de cavalerie où son 
adversaire faillit être mis en déroute ; il se tua, selon les 
uns, sur le pommeau de sa selle, ou périt, selon d'autres, 
de quelque manière différente W. Ce fut là le plus heureux 
coup de fortune pour Ibn Aboû 'Amir, qui n'eut plus 
alors personne à redouter. 

Une fois débarrassé de Ghâlib, il eut recours à la ruse 
pour se défaire aussi de Dja'far ben f Ali, dont il avait 



(1) On trouve le récit de la mort de Ghàlib in Mua. d'Esp., m, 189; 
mais cf. sur cet événement, qui est du 4 moharrem 371, Codera, in 
Boletin de la R. Ac, t. xxxii, p. 101). 



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— 465 - 

fait son aide le plus puissant contre Ghâlib. Il soudoya: 
à cet effet Aboû'l-Ahwaç Ma'n ben f Abd el- c Azîz Todjibî, 
le champion arabe, qui, à la tête d'une troupe d'Espa- 
gnols de sçs partisans, le tua par trahison [en 372] ; puis 
El-Mançoûr fit massacrer Aboû'l-Ahwaç à son tour, de 
sorte qu'il resta seul. 

En371(7juil. 981), Ibn Aboû e Amir prit le 'surnom 
d'El-Mançoûr, et ce fut sous cette appellation que, finis- 
sant ainsi de s'arroger tous les attributs de la royauté, 
il fut parlé de lui dans les chaires des mosquées. Ses 
lettres étaient libellées [P. 300] « au nom du chambel- 
lan (Kâdjib) El-Mançoûr Aboû e Amir Mohammed ben 
Aboû c Amirâ un tel. » Ses vizirs les premiers commen- 
cèrent à lui baiser la main, puis les chefs Omeyyades 
suivirent cet exemple, de sorte que toute personne, vizir 
ou autre, qui avait accès auprès de lui, lui baisait la 
main en lui parlant ou s'adressant à lui, le traitant de 
mawla (Seigneur). Cet usage fut imposé à tous, grands 
et petits, et quand l'un de ses jeunes enfants apparais- 
sait à leurs regards, on se levait devant lui, on se pré- 
cipitait à l'envi pour lui baiser la main, ou loucher des 
lèvres quelqu'un de ses membres. Mohammed ben Aboû 
'Amir était donc l'égal du khalife dans tous ces hon- 
neurs et était traité comme lui, et il n'y avait de diffé- 
rence entre eux que pour le nom mis en tête des lettres 
émanant de lui. Tel était le haut, le suprême degré de 
gloire, d'honneur et de puissance où il était arrivé. 

« Tai lu quelque part, dit H'ayyân ben Khalaf, que 
quand Ibn Aboû 'Amir eut séquestré Hichâm et fut 
devenu le vrai souverain, il courut dans la population de 
Cordoue divers mots faisant allusion à cette spoliation 
et qu'on se répéta à ce propos des vers très vifs. On fai- 

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sait par exemple Hichàm exhaler ses plaintes dans des 
vers qu'on lui attribuait : 

[ Wàflr] N'est-il pas étrange que quelqu'un comme moi se 
voie privé des moindres choses? C'est en mon nom que tout 
le royaume est régi, mais de tout cela je n'ai rien entre les 
mains ! 

On disait encore tant du choix fait de Hichâm, encore 
tout jeune et impubère, que de son kâdi Ibn es-Selim: 

[Sarî r ] Le dernier jour est proche et la destruction filiale 
arrive, car les choses les plus abominables se passent : le 
khalife est à l'école à jouer, sa mère est grosse et le kâdi joue 
le rôle de femelle (*). 

C'est là une allusion à la passion qu'on attribuait à la 
mère de Hichàm pour Ibn Aboû 'Amir, qu'elle fit arriver 
à un degré de puissance qui n'avait jamais été atteint 
jusqu'alors et qui ne le fut pas depuis, et ce fut ainsi que 
cet homme dépouilla Hichâm de son royaume, de son 
armée et de ses biens. » 

En 372 (26 juin 982), il fit mettre à mort Dja'far, le fils 
d"Ali ben H'amdoûn ou Ibn el-Andalbsi. Sous prétexte 
de lui rendre des honneurs, mais dans la réalité pour le 
faire périr par trahison, [P. 301] il l'invita dans la nuit 
du dimanche 3 cha c bân (21 janv. 983). Comme au cours 
de la réunion réchanson offrait la grande coupe qu'il 
passait à la ronde à Ibn Aboû c Amir, celui-ci lui dit : 
« Présente-la à celui que j'honore le plus! » L'échanson 



(1) Ces vers se retrouvent dans Makkari (i, 396) avec une variante 
d'abord rejetée par Dozy (Mus. d'Esp., ni, 172), puis adoplée dans 
ses Corrections (p. 65). Les biographes du kàdi (ci-dessus, p. 385) ne 
font aucune allusion à ses mauvaises mœurs. 



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— 467 - 

interdit ne savait à qui la présenter d'entre tous ces 
nobles convives* et alors son maître, le rabrouant et lui 
lançant des malédictions> lui dit de l'offrir au vizir Aboû 
Ahmed. Alors Dja'far, se levant, la reçut comme un 
témoignage d'estime, puis, transporté de joie, il se mit 
à danser, et tous les assistants sans exception suivirent 
son exemple. De nombreuses coupes lui furent encore 
servies, et il avait la tête alourdie quand, au milieu de 
la nuit, il se retira avec quelques-uns de ses pages. Il fut 
alors assailli par Ma f n en compagnie de ses afïidés (*) et, 
sans que son état d'ivresse lui permît même dé se défen- 
dre, il tomba percé de coups, et les assassins n'aban- 
donnèrent qu'un cadavre déjà froid. Sa tête et sa main 
droite furent coupées et présentées secrètement à Ibn 
Aboû c Amir, qui donna extérieurement (les témoignages 
du chagrin que lui causait cette mort ( 2 ). 

En 375 (24 mai 985), El-Mançoûr équipa un corps de 
troupes important et l'envoya sur le littoral africain à 
l'effet de réduire Hasan ben K'annoûn, cherif descendant 
de H'asan [ben e Ali], qui avait voulu se soustraire à 
l'obéissance de la dyna$tie Merwânienne; des habitants 
du Maghreb avaient embrassé son parti et son pouvoir 
s'affirmait ( 3 ). Mais, rejoint par le corps expéditionnaire, 
il ne put échapper qu'en réclamant Y aman, que le chef 



(1) Parmi lesquels [Hasan] ben 'Abd el-Wodoûd, Ibn Djahwar, Ibn 
Dhoù'n-Noûn, etc. (Makkari, i, 258 ; Ibn Khaldoun, éd. Boulak, iv, 
147 ad f.) 

(2) Sur cet assassinat, voir les auteurs cilés, p. 463, et Mus. d'Esp., 
m, 193. 

(3) Après avoir été déporté en Espagne, il avait été autorisé à 
rejoindre la cour fatimide en Egypte, d'où il regagna le Maghreb pour 
y tenter un soulèvement {Mus. d'Esp., m, 200; H. des Berb., h, 569 ; 
cf. Kartàs, p. 63). 



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- 468 - 

de ces troupes lui accorda. Il fut emmené à Cordoue sous 
bonne garde, mais Ibn Aboû 'Amir, ne voulant pas rati- 
fier la grâce qui lui avait été faite et étant d'autre part 
engagé par la parole de son général, le fit contre toute 
justice massacrer en route. Un des témoins oculaires de 
cet assassinat a raconté que, cette nuit-là, le vent très 
violent qui soufflait et qu'ils avaient en face leur enlevait 
leurs vêtements et arracha, sans qu'on pût le retrouver, 
le manteau qui couvrait le cadavre de Hasan; le ciel 
était si noir qu'ils crurent eux-mêmes ne pas pouvoir se 
retirer la vie sauve. 

En la même année, les Benoù Idrls se dispersèrent 
dans des pays divers, et Ibn Aboû 'Arnir, devenu maître 
du Maghreb, en chassa ceux des Benoû Idrîs qui s'y 
trouvaient encorfe. On a dit à ce propos (*) : 

[Kâmiï] Ce spectacle a bien de quoi étonner, car notre 
malheur est immense et le chemin [que nous suivons] est 
bien étroit. J'ai peine à en croire mes yeux, et je suis tenté 
de dire que je me trompe. [P. 302] Se peut-il qu'il reste 
en vie un seul descendant d'Omeyya, et que cependant ce 
bossu gouverne ce vaste empire? Voilà les soldats de ces 
princes qui marchent autour d'un palanquin entre les parois 
duquel figure un singe grisâtre ! Fils d'Omeyya, vous qui 
éclairiez la nuit comme autant de pleines lunes, qu'êtes-vous 
devenus, pourquoi ne vous voit-on plus ? 

Ce lut ensuite Ziri ben c At'iya Maghrâwiqui se souleva 
au Maghreb contre Ibn Aboû c Amir, qui viola ses ser- 
ments d'obéissance après avoir été l'objet d'une amitié 
et d'une protection très chaudes, mais qui se retourna 



(1) Cette poésie, qui a pour auteur Ibrahim ben Idrîs, l'un des 
bannis, se retrouve, en totalité ou pour partie, dans Ibn el-Abbàr 
{Notices, p. 119) et dans Makkari (i, 376); cf. Mus. cl'Esp., m, 203. 



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- 469 — 

contre le ministre à raison de ce que celui-ci avait fait 
de Hichâm sa chose et lui avait enlevé la royauté. Ibn 
Aboû e Amir envoya contre lui une armée considérable 
sous les ordres de son affranchi Wàd'ih', et il fut livré 
plusieurs combats importants au rebelle W. Le ministre 
expédia ensuiteson fils c Abd el-Melik à la suite de Wâ- 
d'ih\ et lui-même descendit à Algéziras pour être à por- 
tée de fournir des officiers et des troupes à ses lieule- 
nanls. e Abd el-Melik, partant de Tanger, marcha contre 
Ziri, à qui il livra une bataille telle qu'on n'avait jamais 
rien vu de pareil. L'armée de Zirî fut mise en déroute, 
et ce chef lui-même ne put se sauverque tout couvert de 
blessures. Ibn Aboû c Amir resta ainsi maître du Magh- 
reb [ainsi que son fils après lui] jusqu'en Tannée 397 
(27 sept. 1006). 

Voici comment les Omeyyades s'étaient emparés de la 
partie occidentale du littoral africain. e Abd er-Rahmân 
en-Nàçir y avait envoyé une flotte qui, arrivée à Ceuta, 
proclama la souveraineté de ce prince, et la population 
s'empressa de le reconnaître le vendredi 1 er rebî c I 319 
(24 mars 931), après quoi les autres régions firent suc- 
cessivement de même. De nombreuses députations par- 
ties de ce pays se rendirent à plusieurs reprises auprès 
de ce prince, ainsi qu'auprès de son fils El-H'akam. Mais 
. Ibn Aboû c Amir, qui rencontra un accueil tout différent, 
y envoya son affranchi Wàd'ih\ qui passa toute une 
année sous la tente dans le Djebel Aboû H'abîbP), puis 



(1) Cf. t. i, 371 ; Mus. d'Esp., m, 222 et 235; H. des Berh., notam- 
ment m, 238 et s. ; Kartâs, p. 63 et 64. La prise d'armes de Zirî est 
de 386, sa défaite de 388, et il mourut en 391, d'après Ibn Khaldoun. 

(2) Il s'agit sans doute de la montagne appelée Djebel Habib par 
Bekri et située entre Tetuan et Larache (Bekri, p. 245 ; table géog. 
de 17/. des Berb., p. 85). 



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- 470 - 

ensuite son propre fils c Abd el-Melik. Celui-ci livra 
bataille à Zirî, qui fut mis en déroute après avoir été 
traîtreusement frappé à la nuque par un coup de lance 
que lui porta son cousin paternel El- Kheyr ben Mok'âtil, 
Zirî mourut plus tard des suites de ses blessures, non 
sans avoir fait face à des bandes de Çanhâdja, qui étaient 
les maîtres de rilrikiyya, et les avoir mises en déroute, 

c Abd el-Melik se retira après avoir rétabli l'obéissance 
dans le Gharb, et trouva son père revenant de son expé- 
dition contre le pays des Basques W; il fit avec lui sa 
jonction à Saragosse. Cette dernière expédition, connue 
sous le nom de ghazât el-beyâd'W, [P, 303] est de 389 
(23 déc. 998). 

En 379 (11 avril 989), El-Mançoûr fit tuer e Abd er-Rah- 
mân ben Mot'arrif, gouverneur de Saragosse et de la 
Frontière supérieure. Ce chef en effet, en réfléchissant 
au sort qu'avait fait subir Ibn Aboû c Amir aux principaux 
chefs, et à ce que seul il avait échappé jusque-là, avait 
commencé à craindre d'être traité de même. Il arriva ce 
qui était écrit, et le destin'lui inspira de conspirer contre 
Mohammed, ce à quoi il fut fortement encouragé par le 
fils de ce dernier, f Abd Allah ben el-Mançoûr. Voici ce 
qui se machina entre eux. Cet f Abd Allah résidait à Sara- 
gosse auprès d ,f Abd er-Rahmân et avait l'esprit aigri 
contre son père à cause de la préférence de celui-ci pour 



(1) S'agit-il de la célèbre campagne contre Saint-Jacques de Coin- 
postelle, en 387, dont il est parlé plus loin? J'ai lu dans le texte >)h 
3L***£Là~J\ (?). Il faut cependant ajouter que, d'après Dozy, ce nom 
désigne les habitants de la ville de Jaca (Djàk'a dans Edrisi) et se 
retrouve ailleurs diversement orthographié (ap. de Goeje, Jakubi, 
p. 112). C'est également sous Tannée 389 que le retour d"Abd el-Melik 
est placé par le Kartâs, p. 67. 

(2) Ce qui semble signifier « campagne du sacrifice de la vie ». 



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- 471 - 

son autre fils c Abd el-Melik. f Abd Allah en effet se voyait 
mieux partagé que son frère sous le rapport de la vail- 
lance et de l'intelligence, plus habile guerrier à pied 
aussi bien qu'à cheval, et trouvait que leur père commet- 
tait une criante injustice en les mettant l'un et l'autre sur 
la même ligne, et à plus forte raison en donnant la pré- 
férence à f Abd el-Melik. Aussi son cœur brûlait-il d'un 
feu qu' e Abd er-Rahmân ben Mot'arrif ne manqua pas 
d'attiser, et il fut convenu entre eux qu' c Abd Allah sai- 
sirait la première occasion pour attaquer son père, étant 
entendu qu'ils se partageraient l'Espagne, la capitale 
revenant à <Abd Allah et la frontière à e Abd er-Rahmân. 
Ils se mirent alors à préparer les moyens d'atteindre 
leur but et de se frayer la voie. Ils avaient pour complices 
un certain nombre de chefs de l'armée, de fonction- 
naires, etc., à Cordoue même, entre autres le vizir <Abd 
Allah ben c Abd el-'Azîz Merwâni, gouverneur de Tolède. 
Mais il courut des bruits de complot, et El-Mançoûr en 
vérifia l'authenticité de manière à n'en pouvoir douter. 
Il rappela alors de Saragosse son fils c Abd Allah, et com- 
mença, pour mieux endormir ses défiances, par lui témoi- 
gner beaucoup d'affection et lui donner de l'avancement; 
il éloigna Merwâni de Tolède, mais de la manière la 
plus convenable, puis au bout de peu de temps lui enleva 
le vizirat et le consigna dans son hôtel. Après cela Ibn 
Aboû e Amir se mit en campagne contre la Castille, et des 
troupes auxiliaires vinrent des frontières le rejoindre, 
entre autres <Abd er-Rahmân ben Mot'arrif et des guer- 
riers de Saragosse. Quand on fut arrivé à Guadalaxara, 
les habitants de la Frontière, secrètement excités par Ibn 
Aboû c Amir, convinrent de déposer une plainte contre 
c Abd er-Rahmân. [P. 304] Ils servirent d'instruments 



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à la ruse du ministre, et déclarèrent que ce chef détour- 
nait leur solde pour se l'approprier. El-Mançoûr alors le 
révoqua du commandement de Saragosse, le 29çafar379 
(8 juin 989), et le remplaça par Ibn e Abd er-Rahmàn 
Yahya surnommé Semâdja, dans l'espoir de s'assurer 
ainsi la fidélité des Todjibides, tribu à laquelle apparte- 
nait ce dernier. Pendant quelque temps encore, 'Abd 
er-Rabmân circula librement dans le camp, puis il fut 
arrêté le mardi 12 rebi f I (20 juin 989J. El-Mançoûr alors 
laissa éclater sa colère et ordonna de lui demander 
compte de sa gestion; il fut ensuite mis à mort à Ez- 
Zâhira sous les yeux d'El-Mançoûr. 

Le ministre, craignant que son fils f Abd Allah se 
piquât et se laissât entraîner à quelque affaire, le fit venir 
au camp et le traita avec douceur, dans l'espoir de le 
ramener à de meilleurs sentiments; mais il était loin 
de compte, car le jeune homme avait le cœur ulcéré et 
animé d'une haine trop violente. Sur ces entrefaites 
El-Mançoûr dressa son camp sous les murs de San Este- 
ban [de Gormaz], et pendant que les musulmans étaient 
tout occupés à combattre, c Abd Allah s'enfuit du camp 
avec six de ses pages, et parvint à rejoindre l'ennemi de 
Dieu Garcia fils de Ferdinand, seigneur d'AlavaW, qui 
accueillit le fugitif et le protégea contre son père. Alors 
El-Mançoûr se mit en campagne contre Garcia pour arri- 
ver à se faire livrer son fils, jurant qu'il ne cesserait de 
poursuivre le chrétien que quand celui-ci lui aurait remis 
'Abd Allah. Comme Garcia s'obstinait dans son refus, 
El-Mançoûr le battit, mit ses troupes en déroute, prit la 



(1) Il s'agit de Garcia Fernandez, comte de Castille; cf. Mus. d'Esp., 
m, 221. 



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- 473 - 

moitié de la région cTAlava et emporta de vive force le 
château d'Osma, où il installa une garnison musulmane. 
Garcia se trouva ainsi forcé d'accepter les conditions 
d'El-Mançoûr tant pour ce qui concernait f Abd Allah que 
sur d'autres points, et son adversaire consentit à traiter. 
Le prince chrétien confia à une troupe de ses coreligion- 
naires e Abd Allah et ses partisans, que Ton fit monter 
sur des mulets et qui furent reçus par Sa'd, fonctionnaire 
attaché à la cour. f Abd Allah, monté sur un mulet frin- 
gant et richement équipé, vêtu d'un habit de soie brochée 
d'un merveilleux travail, s'approcha gaîment de Sa'd, 
car il était fermement persuadé que son père lui pardon- 
nerait. [P. 305] Sa c d lui baisa la main, se montra des 
plus courtois et affermit sa confiance en parlant de sa 
rébellion comme d'une simple équipée. Mais non loin 
du Wâdi Djawfi (Duero) il resta en arrière en donnant 
l'ordre à quelques-uns de ses soldats de procéder à 
l'exécution du prisonnier, qui fut aussitôt entouré et fut 
prévenu qu'il allait mourir. A cette nouvelle d'un sort 
qu'il avait des raisons de redouter, f Abd Allah obéit 
sans opposition à Tordre de mettre pied "à terre, et il 
marcha avec sérénité jusqu'au glaive qui l'attendait, 
en témoignant d'une fermeté qui excita l'admiration de 
tous les témoins. Ce fut Ibn Khafif, de la chorta, qui le 
décapita au coucher du soleil le mercredi 14 djomàda II 
380 (8 sept. 990). El-Mançoûr, qui faisait alors sa qua- 
rante-cinquième campagne, envoya au khalife, avec un 
bulletin de victoire, la tête de son fils ; le cadavre du 
jeune homme, qui mourut à vingt-trois ans, fut inhumé 
dans le lieu même de l'exécution. Mais à la suite de cette 
affaire, Sa'd et Ibn Khafif devinrent à charge à Ibn Aboû 
c Amir, qui conçut contre eux une haine sans répit et finit 



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- 474 - 

par les faire exécuter après les avoir mis â la question. 
Ibn Aboù e Amir, en faisant mettre son fils à mort, vit 
encore augmenter la ôrainte respectueuse dont il était 
l'objet, et tous les cœurs tremblèrent devant lui. 
. A propos d' c Abd Allah qui fut ainsi exécuté, le vizir 
Aboû c Omar ben c Abd el- c Aziz s'exprime de la sorte : 
« A la suite du meurtre de son fils par El-Mançoûr, la 
population resta frappée de terreur; prise de répulsion 
pour lui, elle fit de cet événement l'objet de nombreuses 
conversations et était diverses conjectures, sans que per- 
sonne trouvât dans la conduite de la victime de quoi lui 
avoir mérité la peine capitale. El-Mançoûr partit ensuite 
pour Tune de ses nombreuses expéditions, et quand il 
fut arrivé à Calatrava, nous fûmes, dit le narrateur, 
invités à un repas, au cours duquel, la conversation 
étant tombée sur f Abd Allah, tous les convives à la fois 
posèrent la même question : a Dieu aide El-Mançoûr I Tu 
t'es, Seigneur, mis par sa mort dans une situation extrê- 
me et peu facilement supportable. Pourquoi cette exécu- 
tion?— Je n'en sais d'autre motif, dit-il, que celui-ci. 
Quand sa mère me fut présentée, je m'attachai aussitôt 
à elle et mon cœur fut pris d'une passion qui constituait 
une véritable obsession. Après l'avoir achetée à un prix 
excessif, je la plaçai chez une de mes parentes, [P. 306] 
où chaque jour j'allais la voir pour m'informer si elle 
était enceinte ou non. Quand elle s'aperçut de ma pas- 
sion amoureuse, elle me dit, pour condescendre à mes 
désirs, que la période légale d'attente était écoulée; mais 
elle mentait et ne cherchait ainsi qu'à me satisfaire en. 
avançant la date fixée à l'accomplissement de ce que je 
souhaitais. C'est ainsi que je couchai avec elle avant que 
la période légale (istibrâ) fût écoulée, et je doutais que 



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- 475 - 

f Abd Allah lût véritablement mon fils, f Le fruit de ces 
relations naquit en 358 (25 nov. 968). 

Il se passa plus tard un fait piquant entre El-Mançoûr 
et l'un des principaux chefs berbères, Zat'arzoûn ben 
Nizâr Berzàli, qui, dans une réunion où il était traité 
familièrement, lui posa cette question : « Pourquoi, Sei- 
gneur, as- tu fait exécuter ton fils f Abd Allah? » et il con- 
tinua en exaltant la bravoure et les qualités du défunt. 
a Epargne-toi tout regret, dit El-Mançoûr, car si je 
n'avais pris les devants, c'est lui qui m'eût tué. Il n'était 
pas de mon sang, et c'est à cause de lui que j'ai soup- 
çonné sa mère, qui était une esclave malhonnête ; on l'a 
dit déjà, de mauvaises matrices ne donnent que des pro- 
duits corrompus. — Alors, Seigneur, reprit l'ignorant 
Zat'arzoûn, il y a adultère de la mère et acte illicite W du 
père? — Ce misérable, s'écria El-Mançoûr rougissant, a 
fait mon malheur de son vivant et après sa mort ! » Ainsi 
éclata la sottise de Zat'arzoûn, de qui le ministre se 
détourna ; mais pendant longtemps ce mot fut fréquem- 
ment répété dans les conversations du peuple. 

El-Mançoûr était un vrai prodige de finesse, de fuse 
et de politique. Il combattit à l'aide des partisans de 
Moçh'afi les Slaves, qu'il arriva à massacrer et dont il 
abattit la puissance ; il se servit ensuite de Ghâlib Nàçiri 
pour combattre et anéantir les partisans de Moçh'afi; 
ce fut après cela Dja c far ben [Ibn] el-Andalosi qu'il suscita 
contre Ghâlib jusqu'à ce qu'il eût fait aussi périr ce der- 
nier ; ce fut enfin avec ses propres moyens qu'il attaqua 



(1) J'ai lu tj**} et non fj^j , comme a fait Dozy, dont on peut 
voir la remarque sur ce passage in Corrections, p. 65. 



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- 476 - 

Dja c far et se débarrassa aussi de ce rival par la morU*). 
Il resta alors seul n'ayant plus à compter qu'avec lui- 
même, et la fortune n'ayant plus, malgré les appels qu'il 
lui adressa, de champion à lui opposer, ce fut lui qui la 
domina : elle se soumit el devint son auxiliaire, de sorte 
que l'autorité exclusive de ce ministre s'établit à un si 
haut degré qu'il n'y avait pas eu dé prédécesseur. Parmi 
les témoignages les plus éclatants du bonheur qui le 
favorisa, on peut citer ces faits, [P. 307] que jamais 
il ne connut de déboires dans les combats auxquels il 
assista, que jamais il ne fut mis en déroute et que, quand 
il se retira d'un pays, ce ne fut qu'après l'avoir conquis 
et soumis, et cela malgré le grand nombre de combats 
qu'il livra, d'ennemis à qui il eut affaire, de peuples aux- 
quels il tint tête, et ce nombre est tel que je ne pense pas 
qu'un autre prince musulman puisse lui être comparé 
sous ce rapport. Un des moyens qui lui aida le plus, en 
outre de sa grande chance et d'une application toujours 
soutenue, fut sa large libéralité et ses générosités souvent 
renouvelées. Il était à cet égard le prodige de son épo- 
que, "et ce fut à l'aide de cette première base qu'il put 
s'appuyer sur les buissons épineux de la souveraineté, 
sur elle que se déploya et flotta l'étendard de la fortune. 
Il fit tomber son collègue El-Moçh'afi et souleva contre 
lui les embûches de sa haine secrète, si bien qu'il l'enve- 
loppa de soucis et l'incarcéra dans les profondeurs des 
prisons". Le malheureux tenta alors de l'adoucir en lui 
adressant cette poésie <*> : 



(i) Le passage qui suit, jusqu'à « en ta faveur », p. 477 ad f., 

figure dans Makkari (i, 265; éd. Boulak, i, 190). 

(2) Ces vers figurent dans le t. i (p. 159), où ils sont attribués à 
Mohammed ben Hayoùn ; on les attribue aussi à Aboù 'Omar ben 



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- 477 - 

[Basît] Soit, j'ai mal agi ! Mais où y aura-t-il faveur et 
magnanimité, puisque l'obéissance et. le repentir me ramè- 
nent à toi ? O toi le plus généreux de ceux vers qui se ten- 
dent les mains, seras-tu sans pitié pour un vieillard dont ta 
plume a fait connaître la fin prochaine ? Ta colère a été à 
l'extrême ; pardonne donc maintenant comme le peut faire 
un puissant ! les rois ne refusent pas leur pKié quand on la 
sollicite. 

''Mais cela ne fit qu'accroître la colère et la haine de 
son persécuteur, ces vers ne servirent qu'à l'enflammer 
et exciter ; il riposta par des actes qui désespérèrent le 
misérable et fit apparaître la tombe devant ses yeux, il 
ferma sur lui la porte de sa prison, et le confina dans 
les épreuves sans lui laisser aucun répit" : 

Maintenant, sot que tu es, ton pied a bronché, et tu deman- 
des un bienfait alors que la magnanimité t'a même fait défaut ! 
Tu as excité contre moi un prince en présence de qui, n'était 
son jugement réfléchi, il ne me serait pas permis de pro- 
noncer un mot. Maintenant que te voilà enfermé, renonce à 
tout espoir de vivre, car les rois, quand ils veulent se ven- 
ger, le font bien ! Ma colère, une fois déchaînée, ne se laisse 
plus calmer,, Arabes et Barbares intercédassent-ils en ta 
faveur. 

0) En fait d'actes pieux et méritoires aux yeux de Dieu, 
on cite d'El-Mançoûr l'édification de la grande mosquée, 
ainsi que les agrandissements qu'il y ajouta en 377 (3 mai 



Derràdj Kastalli (Ibn el-Abbàr, Notic s, p. 146). Us ne sont d'ailleurs 
pas cités par le Matmah.On en retrouve d'analogues dans Merràkechi, 
Hist. des Almohades, p. 107 de la trad. 

(1) On retrouve cette description de la mosquée de Cordoue dans 
Makkari (I, 360), qui ajoute encore d'autres détails; cf. aussi Edrisi, 
p. 257. 



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- 478 - 

987). En effet, quand la population de Cordoue s'accrut 
[P. 308] et que, par suite de l'immigration de tribus 
berbères venues du littoral africain et de l'Ifrikiyya, la 
ville devint tout à fait immense, les faubourgs et autres 
environs devinrent insuffisants, et la grande mosquée 
fut trop étroite pour contenir tous les fidèles. En consé- 
quence, El-Mançoûr commença l'agrandissement de 
celle-ci du côté Est, là où ce travail était possible par 
suite de la contiguïté de l'aile occidentale du palais du 
khalife. Le premier accroissement qu'il lui donna porta 
sur des nels qui s'étendaient d'un bout à'I'autre de la 
mosquée dans le sens de la longueur. Ce qu'il rechercha 
dans ce travail, ce fut par dessus tout la solidité et le 
fini, mais non l'ornementation, bien que la portion qui lui 
est due ne soit inférieure en qualité à aucun des accrois- 
sements successifs qui furent faits à cet édifice; il n'en 
faut excepter que ce qui fut l'œuvre d'El-H'akam. Lé 
premier soin d'Ibn Aboû f Amir fut d'ailleurs de tranquil- 
liser les propriétaires des maisons et propriétés de rap- 
port du voisinage et dont la démolition était nécessaire, 
en les achetant à un prix équitable ou en leur donnant 
des dédommagements. Dans la cour il fit creuser le grand 
puits, qui est aussi large que le périmètre d'approche 
(find). Il fit brûler dans le temple des cierges, en outre 
de l'huile antérieurement employée, de sorte que les 
deux modes d'éclairage furent appliqués simultanément. 
Le nombre des colonnes supportant le toit, les diverses 
parties de la construction, les coupoles et le minaret, 
tant grandes que petites, était de quatorze cent dix-sept; 
les lustres, grands et petits, formaient un total de deux 
cent quatre-vingts; on comptait sept mille quatre cent 
vingt-cinq veilleuses, et le poids des lamperons de plomb 



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- 47Ô - 

de celles ci était de dix rob* ou environ; le coton néces- 
saire pour les mèches pendant le mois de ramadan fai- 
sait un poids de trois quarts de quintal; la consomma- 
tion annuelle d'huile était de cinq cents rob' ou environ, 
dont la moitié à peu près était brûlée rien que pendant 
le mois de ramadan. .Ce mois à lui seul exigeait trois 
quintaux de cire et trois quarts de quintal de coton effi- 
loché pour donner du corps à cette cire; le grand cierge 
qui brûlait à côté de Timâm pesait de 50 à 60 livres; une 
partie en était consumée pendant le jnois sacré, [P. 309] 
et tout ce qui en restait était brûlé* dans la nuit du 27. Le 
nombre.de ceux qui, sous Ibn Aboû <Amir, étaient atta- 
chés au service du dit établissement et y remplissaient 
quelque fonction, imâms, lecteurs du Koran, intendants, 
muezzins, portiers, allumeurs, etc., était de cent cin- 
quante-neuf. La consommation des parfums dans la nuit 
du 27 de ramadan était de quatre onces d'ambre gris et 
de huit onces de bois d'aloès. 

M Une autre de ses œuvres pies fut la construction, sur 
le grand fleuve de Cordoue, d'un pont qui, commencé en 
378(21 avril 988), fut achevé vers le milieu de l'année 379 
(oct.-nov. 989), et qui absorba la somme de cent qua- 
rante mille dinars. Ce pont rendit de très grands services 
et constitua le principal des titres éminents de celui qui 
le fit construire ( 2 ). Comme on ne pouvait, pour l'établir, 
éviter de passer par un morceau de terrain appartenant 
à un vieillard de la plèbe, El-Mançoûr ordonna à ses 
intendants de désintéresser largement le propriétaire. 



(1) Ce qui suit, jusqu'à la p. 487, in f., figure dans Makkari (i, 266 
et s.). 

(2) Le pont de Cordoue est décrit par Edrisi, p. 262, et" par Makkari, 
I, 367. 



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- 480 - 

Celui-ci, qui lut convoqué par eux, était sur ses gardes, 
et quand ils lui marchandèrent son terrain en lui disant 
Tintérôt qu'il y avait à l'acquérir et l'ordre d'El-Mançoûr 
de ne lui en payer qu'un prix équitable,, il leur répondit 
en en demandant au moins dix dinars, somme la plus 
élevée qu'il s'imaginait pouvoir espérer; il stipula d'ail- 
leurs que la monnaie devait être de bon aioi^. Profitant 
aussitôt de sa naïveté, les intendants lui payèrent cette 
somme et en firent dresser acte. El-Mançoûr, quand ses 
agents lui racontèrent la chose, se mit à rire de l'igno- 
rance du vieillard, et rougissant de le tromper, lui fit 
allouer dix fois le montant de sa demande, en recomman- 
dant de le payer en pièces de bon aloi, ainsi qu'il Pavait 
stipulé. Le vieillard faillit perdre la tête et devenir réel- 
lement fou de joie quand il toucha les cent pièces d'or, 
et il courut présenter l'expression de sa reconnaissance 
à El-Mançoûr. Cette histoire vola de bouche en bouche. 
Il construisit encore, en y dépensant des sommes des 
plus élevées, un pont sur le Xenil, fleuve qui arrose 
Ecija ; il aplanit les routes difficiles et les ravins abrupts. 
Il écrivit de sa propre main un Koran qu'il emportait 
avec lui en voyage et qu'il étudiait, [P. 310] attirant 
ainsi la bénédiction divine sur lui-même. Plein d'espoir 
dans la bonté divine, il avait soin de réunir toute la 
poussière qui lui couvrait la face au cours de ses campa- 
gnes et dans les combats qu'il livrait aux infidèles; cha- 
que fois qu'il s'arrêtait, des domestiques la lui enlevaient 
à l'aide de serviettes, et il en ramassa ainsi toute une 
grande bourse qui devait, d'après ses ordres, figurer au 



(1) Çahîh, que Sauvaire traduit par a dinars entiers» (J. As., 1880, 
I, 470). 



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- 481 - 

nombre des aromates destinés à l'ensevelir ; partout il là 
portait avec lui, de même que ses linceuls, dans l'attente 
de l'arrivée du moment suprême. Ces linceuls prove- 
naient du bénéfice le plus pur provenant de la propriété 
qu'il avait héritée de son père, et du tissage de ses filles. 
La demande qu'il adressait à Dieu d'être repris par lui 
pendant qu'il suivait le sentier de la guerre sainte, fut 
exaucée. 

Il se distinguait particulièrement par le' bon fonds de 
sa nature, l'aveu qu'il faisait de ses fautes, la crainte 
qu'il avait de son souverain Maître, le zèle qu'il mit à 
faire la guerre sainte : "l'invocation du nom de Dieu faite 
devant lui ne restait pas vaine, la menace des châtiments 
divins l'arrêtait". Il ne céda jamais à toutes les séduc- 
tions auxquelles obéissent les princes, sauf cependant 
au vin; encore y renonça-t-il deux ans avant sa mort. 
Sa justice à l'égard des grands et des petits, son impar- 
tialité, ses habitudes, sa manière de rendre à chacun 
son dû, fût-ce le plus proche de ses familiers ou de son 
entourage, passèrent en proverbe. 

Voici un exemple de sa justice. Un homme du com- 
mun, se présentant un jour à son audience, l'interpella 
en ces termes: « protecteur du droit! je suis victime 
d'une injustice de la part de cet esclave qui est à tes 
côtés»; et il désigna le porte-bouclier d'Ibn Aboû c Amir, 
qui jouissait d'une grande faveur auprès de son maître; 
« je l'ai, continua-t-il, vainement appelé devant le juge, 
il ne s'est pas présenté. — Quoi ! dit El-Mançoûr, même 
c Abd er-Rahmân ben Fot'ays en est à ce degré de fai- 
blesse et de laisser-aller! Nous le croyions plus exact 
que cela. Expose-moi ta plainte. » L'homme raconta 
qu'une affaire ayant été traitée entre eux, son cocontrac- 

31 



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— 482 — 

tant l'avait tranchée sans aucune équité. « A quelles 
dures épreuves, s'écria El-Mançoûr, nous exposent ces 
gens! » Se tournant alors vers le Slave éperdu : « Remets, 
lui dit-il, le bouclier à un tel, descends humblement 
[P* 31 1] et présente-toi comme l'égal de ton adversaire 
jusqu'au moment où il sera établi que tu as tort ou rai- 
son 1 » L'esclave s'étant placé devant lui, il dît à l'officier 
de la chorta qui était affecté à son service : a Prends la 
main de cet injuste vaurien, mène-le avec son adversaire 
par devant le contrôleur des plaintes et que celui-ci 
applique la peine la plus sévère, prison ou autre chose, 
que mérite ce cas! » Ainsi fut fait, puis le plaignant 
revint exprimer sa reconnaissance à El-Mançoûr, qui lui 
dit : « Justice t'a été rendue, à toi, et tu peux te retirer ; 
il me reste à me faire justice de quelqu'un qui m'expose 
au mépris» ; et il infligea toute espèce d'humiliations au 
Slave, qu'il éloigna de son service (*). 

Voici un autre trait de ce genre. Son principal affran- 
chi, connu sous le nom d'El-Mayorki( 2 ), avait eu avec un 
marchand maghrébin une contestation qui fut portée 
devant le juge et où le serment fut déféré à Mayorki; 
mais cet eunuque, qui était alors le principal des servi- 
teurs d'El-Mançoûr, dont il dirigeait la maison et le 
harem, refusa d'obéir au juge, dans la croyance où il 
était que sa situation le soustrairait à cette obligation. 
Son adversaire réclama justice à El-Mançoûr pendant 
que celui-ci se rendait à la mosquée; le ministre le fit 
sur le champ conduire par des gardes auprès du juge, 
qui fit exécuter sa sentence. El-Mançoûr, irrité contre 
son serviteur, confisqua ses biens et l'exila. 

(1) Cette anecdote est rapportée in Mus. d'Esp. (ni, 256). 

(2) El-Bourki dans Makkari (i, 267; éd. Boulak, I, 192, 1. 7). 



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- 483 - 

Une autre anecdote nous montre El-Mançoûr respec- 
tant la justice à son propre détriment, à propos de Mo- 
hammed, qui était son barbier, son serviteur et son 
homme de confiance. Ayant un jour besoin de cet homme, 
qu'il appréciait fort, pour se faire saigner, il l'envoya 
chercher; mais son messager trouva Mohammed détenu 
dans la prison du kâdi Mohammed ben Zerb, qui lui 
avait infligé ce châtiment à cause d'actes de violence 
à Tégard "de sa femme et bien qu'il crût échapper à la 
punition à raison de ses fonctions. El-Mançoûr, informé 
par son messager de ce qui se passait, le fit sortir de pri- 
son, mais sous la garde d'un geôlier qui devait raccom- 
pagner jusqu'à ce que le barbier eût fait le nécessaire, 
puis le remmener en prison. Ainsi fut fait, mais le bar- 
bier se plaignant du traitement qu'on lui infligeait, El- 
Mançoûr l'interrompit : « Celui dont tu te plains est le 
kâdi et il est dans son droit ; il m'aurait appliqué la loi 
que je ne pourrais m'y soustraire. Retourne donc en pri- 
son et avoue tes torts, c'est ainsi que tu pourras recou- 
vrer la liberté! » Le chirurgien resta atterré [P. 312] et 
vit que la faveur ne pouvait rien. L'histoire parvint aux 
oreilles du kâdi, qui réconcilia le prisonnier avec sa 
femme, mais dont les jugements n'en devinrent que plus 
sévères. 

Voici un trait de sa pénétration que rapporte Ibn Hay- 
yân. Par une nuit très froide, et alors que le vent et la 
pluie faisaient rage, il se tenait assis quand, appelant un 
cavalier, il lui dit de se rendre au défilé de Taliaresi 1 ), 



(1) Ce défilé se trouvait sur les bords du Minho {Mus. d'Esp., in, 
231). Cet incident se produisit au cours de l'expédition dirigée contre 
Saint-Jacques de Compostelle [th.); il est aussi rapporté par Makkari 
(i, 268). 



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- 484 - 

de s'y poster et de lui amener le premier passant sur 
lequel il mettrait la main. Le cavalier obéit et alla se 
poster dans le défilé, où il resta exposé au froid, au vent 
et à la pluie, toujours à cheval, quand, non loin de l'au- 
rore, vint à passer un vieillard tout décrépit, monté sur 
un âne et muni d'outils de bûcheron. Il l'interrogea et lui 
demanda où il allait, à quoi le vieillard répondit qu'il 
allait couper du bois : <t Voilà, se dit le cavalier, un mal- 
heureux vieillard qui va dans la montagne chercher du 
bois; qu'est-ce qu'El-Mançoûr peut donc lui vouloir? 
« Je le laissai donc, raconte-t-il lui-même, un peu s'éloi- 
gner, puis je réfléchis aux paroles d'El-Mançoûr et, crai- 
gnant sa sévérité, je me rapprochai du vieillard et lui 
dis de venir trouver El-Mançoûr, à quoi il mfe répondit: 
« Que peut bien vouloir El-Mançoûr à un pauvre vieux 
comme moi? Au nom de Dieu, je t'en conjure, laisse-moi 
aller gagner ma vie ! » Mais le cavalier refusa et emmena 
sa prise auprès du ministre, qui n'avait pa*s dormi de 
toute la nuit et qui, quand on lui fit passer le prisonnier 
sous les yeux, donna aux Slaves Tordre de le fouiller, 
mais on ne trouva rien* Il fit alors fouiller le bât de l'âne, 
et Ton y découvrit une lettre émanant de chrétiens qui 
avaient abandonné leurs coreligionnaires pour servir 
El-Mançoûr, et qui écrivaient à ces derniers de venir 
attaquer un certain endroit désigné. Au lever de Tau- 
rore, il fit conduire ces chrétiens *à la porte d'Ez-Zâ- 
hira*! 1 ) et les y fit décapiter avec le vieillard qui s'était 
donné comme bûcheron. 
Dans le même ordre d'idées, citons encore cette anec- 



(1) « Ces mots semblent avoir été ajoutés par Ibn Adhari » dit Dozy 
{Mus. d'Esp.y m, 233); cependant on les retrouve aussi dans Mak- 
kari, qui relate également cette anecdote d'après Ibn Hayyàn. 



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- 485 - 

doteW. [P. 313] Un joaillier d'Orient était venu d'Aden 
trouver El-Mançoûr, qui choisit ce qu'il jugea bon dans 
le nombreux assortiment de bijoux et dans les pierres 
précieuses qui lui étaient présentés, et qui remit au mar- 
chand sa bourse, faite d'une étoffe yéménite. Cet homme 
se retira par le chemin d'Er-Ramla, qui suit le bord de 
la rivière; quand il se trouva au milieu de la route, 
comme il faisait très chaud et que la sueur lui coulait à 
grosses gouttes, il eut l'idée de se rafraîchir en prenant 
un bain, et déposa en conséquence ses vêtements ainsi 
que la dite bourse sur la rive. Un milan planant de ce 
côté aperçut la bourse, qu'il prit pour un morceau de 
viande, et fondant dessus s'enleva dans les airs, pendant 
que l'œil du marchand affolé le suivait dans son vol ; 
mais il se rendait bien compte que ni ruse ni attaque 
directe ne lui rendraient son bien. Il cacha donc son cha 
grin, mais en contracta une maladie qui l'affecta beau 
coup. Quand arriva le moment de payer les marchands 
[fournisseurs du palais], cet homme se présenta en per- 
sonne, mais El-Mançoûr remarqua aussitôt son état visi- 
ble de dépression, de tristesse, de manque d'entrain et 
de galté, et lui ayant demandé comment cela se faisait, 
l'autre lui raconta son affaire : « Que n'es-tu, lui dit-il, 
venu aussitôt m'exposer l'affaire ? nous aurions eu re- 
cours à quelque moyen détourné. As-tu bien suivi la 
direction qu'a prise l'oiseau? — Il a passé à l'est, au- 
dessus du jardin qui est adjacente ton palais, c'est à dire 
à Ramla. » El-Mançoûr, appelant l'officier de la chorta 
spécialement attaché à sa personne, lui ordonna d'ame- 



(1) Une double version de cette anecdote est rapportée par Makkari 
(i, 26J et 268). 



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- 486 - 

ner sur le champ les cheykhs de Ramla. Quand ceux-ci 
furent en sa présence, il leur commanda de s'enquérir 
de celui de leurs concitoyens dont l'état de pauvreté 
avait subitement changé et qui, sans transition, avait 
échappé à la misère. Après s'être consultés, ils décla- 
rèrent n'en voir qu'un seul, qui n'avait, lui et ses enfants, 
que leurs bras pour travailler et qui, faute de monture, 
ne pouvaient aller qu'à pied ; mais qu'à présent ils 
avaient acquis une monture et que tous portaient des 
vêtements de gens de condition moyenne. Le lendemain, 
El-Mançoûr [P. 314] fit appeler cet homme, tandis que, 
d'après son ordre, le marchand devait également se 
présenter au palais. Il fit approcher le premier, le second 
assistant à l'entretien : « J'ai, dit-il, perdu quelque chose 
m'appartenant et qui est tombé entre tes mains; qu'en 
as-tu fait?— Je l'ai là, Seigneur,» dit-il en frappant 
sur la ceinture de son pantalon, et il en retira en effet la 
bourse elle-même. Le marchand poussa un cri déplaisir 
et faillit être transporté de joie : « Raconte, dit El-Man- 
çoûr, comment cela s'est fait. — Volontiers. J'étais dans 
mon jardin à travailler sous un palmier quand cette 
bourse tomba à mes pieds; je la ramassai, et la belle 
apparence qu'elle avait et qui me ravit, me fit penser 
que l'oiseau l'avait enlevée dans ton palais, qui n'est 
pas loin. Je la gardai donc, mais la misère où j'étais 
m'en fit tirer dix des pièces d'or qui s'y trouvaient, car 
je me dis que c'était la moindre récompense que je pusse 
recevoir de Monseigneur. » Cette manière de faire plut 
à El-Mançoûr, qui dit au marchand de prendre la bourse 
et d'en vérifier le contenu. C'est ce que fit le joaillier, qui 
répondit : « J'en atteste ta tête, Seigneur, rien n'y man- 
que que les dix dinars dont il a été parlé, et dont je fais 



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- 487 - 

don à cet homme. — C'est plutôt à nous qu'incombe ce 
soin, et nous ne voulons pas diminuer ta joie ; mais si 
cet homme avait fait autre chose que concevoir de bon- 
nes intentions W puis avouer, il eût été plus largement 
récompensé ! » Il remboursa les dix dinars au marchand, 
et en donna dix autres au cultivateur pour le récom- 
penser d'avoir hésité à faire un mauvais usage de sa 
trouvaille, en lui faisant remarquer que s'il avait, avant 
toute enquête, fait connaître sa découverte, il eût été 
traité plus généreusement. Le marchand, continue Ibn 
Hayyân, se mit à chanter les louanges d'El-Mançoûr et 
recouvra tout son entrain, jurant qu'il répéterait partout 
de quelle autorité jouissait ce prince et comment son 
pouvoir, s'étendant sur les oiseaux aussi bien que sur les 
hommes, ces animaux eux-mêmes ne pouvaient se sous- 
traire à l'obéissance ni nuire à ceux qu'il protégeait. 
El-Mançoûr lui répondit en souriant de faire ce qu'il se 
proposait. On admira dans le peuple la façon adroite et 
fine dont il s'y était pris pour dissiper le chagrin du 
marchand. 

El-Mançoûr était aussi mal disposé que possible 
[P. 315] à Tégard de ceux qui s'occupaient' quelque peu 
de philosophie ou de controverse religieuse, ou qui dis- 
couraient sur les matières ou les indications astrologi- 
ques ( 2 ), ou qui traitaient à la légère les prescriptions de 
la loi religieuse. Il livra aux flammes les ouvrages 
matérialistes et philosophiques que renfermaient les 



(1) Le mot Sy*>\ paraît plutôt avoir ici le sens de emj>ocher t mais 
je n'en ai pas d'autre exemple. 

(2) La valeur exacte de ces deux expressions techniques m'est 
inconnue. 



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bibliothèques d'El-Hakam, -en présence des principaux 
savants tels qu'El-Açîli (*), Ibn Dhakwân i 2) , Ez-Zobeydi( 3 >, 
etc., et ce fut de sa propre main qu'il procéda à ces exé- 
cutions W. 

Parmi ceux qu ? il frappa pour des raisons analogues à 
celles de ces détestables opinions, figure Mohammed 
ben Aboû Djom c a ( 5 ), qui parlait, à ce qu'il apprit, d'un 
danger, annoncé par les astres, menaçant de mettre fin 
à son pouvoir : il lui fit couper la langue, puis le fit exé- 
cuter et crucifier, ce qui ferma toutes les bouches. Tel 
encore le poète 'Abd el- c Aziz ben el- Khat'ib < 6 ), dont l'in- 



(1) Ce personnage s'appelle Aboù Mohammed 'Abd Allah ben 
Ibrahim, +392 ; il est parlé de lui par Ibn Fâradhi (n° 758) et par 
Dhabbi (n* 906). Le ms 851 d'Alger place sa mort en Tannée 400 
(f 26 v). 

(2) Aboù'l-'Abbàs Ahmed ben 'Abd Allah ben Harthema ben Dhak- 
wân devint grand kàdi à G jrdoue et mourut en 413 {Çila, n° 63) ; voir 
aussi Makkari, n, 243. 

(3) Aboù Bekr Mohammed ben Hasan Zobeydi est un grammairien 
célèbre qui fut précepteur de Hichàm (Dhabbi, n° 80 ; Ibn el-Faradhi, 
n* 1355 ; MatmaJi, p. 53 ; Ibn Khallikàn, m, 83 ; Merràkechi, p. 23, 44 
et 80 de la trad. fr. ; Makkari, index). Le premier de ces auteurs le 
fait mourir vers 330, le second et le quatrième en 379. Cependant il 
est cité par Merràkechi en 414 comme ayant partagé pendant quelques 
jours le pouvoir à Séville avec Mohammed ben 'Abbàd, ce qu'a admis 
Dozy (Mus. d'Esp.y iv, 12) : or il s'agit non du grammairien, mais 
de son 111s, aussi appelé Mohammed (le même, AbbacL, i, 234). 

(4) Il est bien vraisemblable qu'en procédant à cet autodafé, El- 
Mançoùr n'obéissait qu'à des considérations politiques {Mus. d'Esp., 
m, 176; cf. ce que dit Makkari, i, 136). 

(5) Je n'ai retrouvé nulle part le nom' de ce personnage. 

(6) Il est fait mention de ce poète dans Dhabbi (n° 1090). Quant aux 
deux vers qui suivent, dont le premier a été aussi cité par Ibn el- 
Athir, ils lui sont faussement attribués, car ils forment le commence- 
ment d'une kacîcla adressée au fatimide El-Mo'izz par Mohammed 
ben Hàni Andalosi, -f- 362 (voir Pons, Ensayo, n* 37) et figurent dans 
le divan de ce poète (voir Annales du Maghreb, p. 371 et 664). L'anec- 
dote ici rapportée est donc apocryphe, au moins partiellement. 



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~*V7ÇW* 



- 489 - 

fluence dépassait celle de tous ses confrères et qui resta 
le principal des partisans d'El-Mançoûr jusqu'au jour 
où, les dispositions de celui-ci lui étant devenues hos- 
tiles, son maitre chercha son endroit vulnérable. Or 
f Abd el- f Aziz ayant composé des vers où il disait, avec 
quelque exagération : 

[Kàmit] « Ce que tu veux (voilà ce qui fait loi), et non ce 
que veulent les destins ; décide donc, car c'est toi qui es 
l'unique, le dominateur! Tu es comme le prophète Moham- 
med, et tes compagnons sont comme les Ançâr ; » 

El-Mançoûr lui fit appliquer cinq cents coups de fouet, 
fit faire à son sujet la proclamation qu'il méritait, l'em- 
prisonna et ensuite l'exila d'Espagne. 

En 381 (20 mars 991), El-Mançoûr commença à dresser 
son fils 'Abd el-Melik aux soins du gouvernement et éleva 
son autre fils c Abd er-Rahmàn au vizirat. Quittant le nom 
de hâdjib (chambellan), il se fit simplement appeler El- 
Mançoûr, et fit libeller les lettres ainsi, « de la part d'El- 
Mançoûr [ben] Aboû f Amir, que Dieu garde ! à un tel », 
sans plus employer le nom de hâdjib, mais en donnant 
ce titre, celui de général en chef ainsi que tous ceux qu'il 
avait eus jusque-là, à son fils f Abd el-Melik, à qui il les 
attribua et qui fut dès lors le véritable hâdjib. Après 
cela, il remplaça le djond d'Espagne par des Berbères 
et se constitua une garde particulière qu'il s'attacha 
entièrement et qui lut toute à sa discrétion, grâce aux 
bienfaits dont il la combla. Au bout de très peu de temps 
elle annihila celle qu'avait formée le khalife El-Hakam, 
ainsi d'ailleurs que cela s'était fait dans toutes les bran- 
ches du gouvernements. 



(1) Il a été dit quelques mots dans le 1. 1 (p. 372) des rapports d'El- 



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- 490 - 

[P. 316] C'est à cette époque W que Bologgin ben 
Ziri Çanhàdji, s'avançant dans le Maghreb à la tête de 
ses bandes, tomba sur les tribus des Zenàta pour tirer 
vengeance de la mort de son père Zirî, et tous ces peuples 
s'enfuirent devant lui jusqu'à Ceuta, où l'espace leur 
manqua. On dit alors à Ibn Aboû 'Amir : « Voilà une 
occasion que Dieu te fournit de te procurer des cavaliers 
Zenâta et de te les attacher par la reconnaissance; envoie- 
leur des messagers pour les faire promptement venir, et 
tes bienfaits trouveront chez eux de quoi s'exercer. » Sui- 
vant ce conseil, Ibn Aboû c Amir écrivit aux tribus du 
littoral africain des lettres où il les appelait à lui en leur 
promettant de les bien et généreusement traiter, de sorte 
que ces guerriers passèrent en grand nombre en Espa- 
gne, où ils se trouvèrent bien et acquirent de grandes 
richesses. Ils y devinrent les familiers et les intimes du 
premier ministre et le restèrent jusqu'à sa mort et jus- 
qu'à l'extinction de la dynastie fondée par lui. Ces tribus 
berbères se répandirent dans toute l'Espagne et en de- 
vinrent les maîtres jusqu'au jour où les destins divins 
les concernant furent réalisés par leurs propres mains. 

En 386 (25 janvier 996), El-Mançoûr décida que, quand 
on s'adresserait à lui, on emploierait le titre de seyyid 
(seigneur), qui lui serait exclusivement réservé, sans 
qu'on pût désormais l'employer pour aucun autre per- 

Mançoùr avec le Berbère Zirî ben 'Atiya. On trouve ailleurs des 
détails sur sa visite à Cordoue, qui eut lieu vers cette époque (en 382 
d'après le Kartàs, p. 64 du texte, reproduit par le Kitûb elistikçà, 
i, 91); cf. ci-dessus, p. 468. 

(1) Bologgin fit campagne contre les Zenàta vers 370, et mourut en 
revenant de son expédition en 373 {Bayân, trad. i, 350, et cf. Annales 
du Maghreb, 379 et 394 ; ci-dessus, p. 402). Notre compilateur donne 
donc ici une date bien peu précise. — Au dire du Kartâs (p. 73), les 
sauterelles firent de très grands ravages en Espagne de 381 à 383. 



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— 491 — 

sonnage de la cour ; mais il respecta d'ailleurs le rang 
[assigné à chacun] dans les formules d'invocation. Un 
ordre écrit fut expédié à ce sujet, et cet usage resta en 
vigueur jusqu'à la fin de sa vie. On s'adressa à lui à 
[partir de] cette époque en le traitant de « roi libéral » 
(melik kertm), et on lui rendit les plus grands honneurs 
et marques de considération. 

RÉCIT ABRÉGÉ DE L'EXPÉDITION DR SAN YACOB (SAINT- 

Jacques). — El-Mançoûr étant à cette époque arrivé au 
plus haut degré de puissance, secouru par Dieu, comme 
il Tétait, dans ses guerres contre les princes chrétiens, 
marcha contre la ville de Saint-Jacques, qui est située 
en Galice et est le plus important sanctuaire chrétien 
tant de l'Espagne que des régions adjacentes de la Grande 
terre. L'église de cette ville est pour eux ce qu'est la 
Ka c ba pour nous; ils l'invoquent dans leurs serments et 
s'y rendent en pèlerinage des pays les plus éloignés, de 
Rome et de par delàW. Le tombeau qu'on y va visiter 
est, prétendent-ils, celui de Jacques, lequel était, d'entre 
les douze Apôtres, le plus intime avec Jésus et que l'on 
dit être son frère, parce qu'il était toujours auprès de 
lui; certains chrétiens disent qu'il était fils de Joseph 
le charpentier. C'est dans cette ville qu'il fut inhumé» 
[P. 31 7] les chrétiens le disent frère du Seigneur (Allah 
soit hautement exalté et domine pareil dire!). Jacques, 
nom qui répond à notre Ya f k'oûb, était évêque à Jérusa- 
lem et se mit à parcourir le monde pour prêcher sa doc- 
trine ; il passa en Espagne et arriva jusqu'en cette région, 



(1) On trouve la tradition chrétienne rapportée par Florez et rap- 
prochée de ce que dit notre texte in Mus. d'Esp. (m, 228). Voir éga- 
lement les expressions presque identiques de Makkari (i, 270), ainsi 
qu'Edrisi, La geo'grafla de Espaiîa, trad. Saavedra, p. 76. 



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- 492 - 

puis retourna en Syrie, où il fut mis à mort âgé de cent 
vingt années solaires; mais ses compagnons rapportè- 
rent ses ossements pour les inhumer dans cette église, 
qui était le point extrême où il avait porté son activité. 
Nul prince musulman n'avait eu encore envie d'attaquer 
cet endroit ni de pousser jusque-là, à raison des difficul- 
tés d'accès, de son emplacement tourmenté ainsi que de 
la grande distance. 

El Mançoûr dirigea contre cette ville l'expédition esti- 
vale qui quitta Cordoue le samedi 23 djomâda II 387 
(3 juil. 997) et qui était sa quarante-huitième campagne. 
Il entra d'abord dans la ville de Coria, puis quand il fut 
arrivé dans la capitale de la Galice [Viseu](*>, il fut 
rejoint par un grand nombre de comtes qui reconnais- 
saient son autorité, et qui se présentèrent avec leurs 
guerriers et en grande pompe, pour se joindre aux 
musulmans et ensuite engager les hostilités de leur côté. 
D'après les ordres d'El-Mançoûr, une flotte considérable 
avait été équipée dans le lieu dit K'açr Aboû Dânis 
(Alcacer do Sal), sur le littoral occidental, flotte montée 
par les marins et transportant les divers corps de fan- 
tassins, ainsi que les vivres, les approvisionnements et 
les armes. Ces préparatifs le mettaient en et jt de pousser 
les opérations jusqu'au bout. Arrivée à un certain point 
[nommé] Porto et situé sur le fleuve Duero, la flotte 
remonta cette rivière jusqu'à l'endroit désigné par El- 
Mançoûr pour le passage du restant des troupes, et elle 
servit ainsi de pont à cet effet, près du château-fort qui 
se trouvait là. Les vivres furent ensuite répartis entre 



(1) On voit que ce nom de Galice désigne ici la province de Beira 
en Portugal {Mus. cl'Esp., m, 23Q). 



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- 493 - 

les différents corps de troupes, qui furent largement 
approvisionnés et entrèrent en pays ennemi. 

Prenant la direction de Saint-Jacques, El-Mançoûr 
parcourut de vastes étendues de pays, franchit plu- 
sieurs grandes rivières et divers canaux où refluent les 
eaux de l'Océan; on arriva ensuite à de grandes plaines 
appartenant au pays de Valadares, de Mabàsita, d'Ed- 
Deyr et des régions voisines; de là on s'avança [P. 3 18] 
vers une montagne élevée, très abrupte, sans route ni 
chemin, mais sans que les guides pussent indiquer une 
autre direction. Sur l'ordre d'El-Mançoûr, des ouvriers 
employèrent le fer pour élargir les crevasses et aplanir 
les sentiers, de sorte que l'armée put passer. Après avoir 
ensuite franchi le Minho, les musulmans débouchèrent 
dans de larges plaines et des champs fertiles, et leurs 
éclaireurs parvinrent jusqu'à Deyr K'ostânW et à la 
plaine de Balbenoût'(2) sur l'Océan Atlantique ; la forte- 
resse de San Balayo( 3 ) fut emportée et livrée au pillage, 
et après avoir franchi un marais on arriva à une lie de 
l'Océan dans laquelle s'étaient réfugiés un grand nom- 
bre des habitants de ces territoires. Les envahisseurs 
les firent prisonniers et arrivèrent à la montagne de 
Morazo, que l'Océan entoure de presque tous les côtés; 
ils s'y engagèrent, en chassèrent ceux qui l'occupaient et 
firent main-basse sur le butin. Ils franchirent ensuite le 
canal de Lourk'i par deux gués que leur indiquèrent les 
guides, puis la rivière d'Ulla, et arrivèrent à des plaines 



(1) Kacfiân dans Makkari, éd. de Boulak (î, 194) ; le cloître des 
saints Cosme et Damien, entre Bayona et Tuy, qui reçut plus tard le 
nom de San Colmado {Mus. d'Esp., m, 233). * 

(2) Balenbou dans les deux éditions de Makkari. 

(3) San Payo, d'après Dozy {Mus. d'Esp., ni, 233). 



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- 494 - 

très bien cultivées et abondamment fournies, entre 
autres celles d'Ounba, de K'ardjita et de Deyr Sontebria. 
Ils parvinrent ainsi au canal d'Ilya [Iria ou El Padron], 
où se trouvait un des oratoires consacrés à Saint- Jacques 
et qui, aux yeux des chrétiens, vient par rang de mérite 
après celui qui renferme le tombeau; aussi les dévots 
s'y rendent-ils des régions les plus éloignées, du pays 
des Coptes, de Nubie, etc. Après l'avoir entièrement rasé, 
ils allèrent camper devant l'orgueilleuse ville de Saint- 
Jacques le mercredi 2 cha c bân (10 août) ; tous les habi- 
tants l'avaient abandonnée, et les musulmans s'emparè- 
rent de tout le butin qu'ils y trouvèrent et en abattirent 
les constructions, les murailles et l'église, si bien qu'il 
n'en resta plus trace. Cependant des gardes placés par 
El-Mançoûr firent respecter le tombeau du Saint et em- 
pêchèrent qu'on n'y fit aucun dommage ; mais tous ces 
beaux palais si solidement bâtis furent réduits en pous- 
sière, et Ton n'eût pas soupçonné qu'ils existaient la 
veille. Cette destruction fut opérée le lundi et le mardi 
qui suivirent le mercredi 2cha f bân. Les troupes conqui- 
rent ensuite toutes les régions voisines [P. 310] et arri- 
vèrent jusqu'à la presqu'île de San MânkachW, qui 
s'avance dans l'Océan Atlantique, point extrême où nul 
musulman n'était encore parvenu et qui n'avait élé foulé 
par d'autres pieds que ceux de ses habitants. Ce fut la 
limite au-delà de laquelle les cavaliers ne s'avancèrent 
pas. 

Quant à El-Mançoûr, ce fut de Saint-Jacques qu'il 
battit en retraite, après s'être avancé plus loin qu'aucun 
musulman avaçt lui. En s'en retournant il fit route par le 



(1) San Gosme de Mayanca, près la Corogne (ib. t 234). 



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territoire de Bermude [II] fils d'Ordono, afin de le ravager 
et le dévaster en passant; mais il cessa les hostilités 
en arrivant dans le pays qui obéissait aux comtes confé- 
dérés qui servaient dans son armée. Il poursuivit ainsi 
son chemin jusqu'à ce qu'il arrivât .au fort de Lamego, 
qu'il avait conquis, et où il donna congé à tous les com- 
tes, les faisant défiier chacun à son rang et leur faisant, 
à eux aussi bien qu'à leurs soldats, des distributions de 
vêtements. Ce fut de là aussi qu'il envoya à Cordoue la 
relation de ses victoires. ]La distribution des vêtements 
qu'il fit dans cette campagne, tant aux princes chrétiens 
qu'aux musulmans qui s'étaient distingués, consista en 
deux mille deux cent quatre-vingt-cinq pièces de soies 
diverses brodées, vingt-et-un vêtements de laine marine, 
deux vêtements 'anberi (*), onze ciclaton (soie brodée 
d'or), quinze morayyachat (étoffes à ramages), sept tapis 
de brocard, deux pièces de brocard roûmi, et des four- 
rures de fenek. L'armée tout entière rentra à Cordoue 
saine et sauve et chargée de butin, après une campagne 
qui avait été une grâce et un bienfait pour les musul- 
mans, Dieu en soit loué I 

A Saint-Jacques, El-Mançoûr n'avait trouvé qu'un 
vieux moine assis près du tombeau, et il lui demanda 
pourquoi il se tenait là: « C'est, répondit le moine, pour 
honorer Saint-Jacques. » Le vainqueur donna l'ordre de 
le laisser tranquille. 

Voici comment s'exprime El-Fath' ben Khâk'âni 2 ) : 
a "El-Mançoûr donna la plus énergique frottée aux terri- 



(1) C'est à dire, d'après Dozy, fails de peau de cachalot. 

(2) Ce passage est également donné comme extrait du Matmah par 
Makkari (i, 262), mais on ne le retrouve pas dans l'édition imprimée 
de cet ouvrage. 



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— 496 — 

toires polythéistes, enleva à leurs rebelles habitants 
toute idée d'orgueil et de jactance; il laissa leur pays 
gisant, les laissa eux-mêmes plus humiliés qu'un pieu 
enfoncé dans le sol ; toujours'livrant leurs terres aux 
ravages, il lançait droit dans leurs entrailles les flèches 
des calamités ; la mort que maniaient ses mains angois- 
sait leurs âmes, les maux qu'il leur faisait empoison- 
naient chacun de leurs jours. Voici à ce propos l'un des 
faits les plus clairs, [P. 320] des événements les plus 
démonstratifs. Un de ses envoyés, qui visitait très fré- 
quemment ces pays, se rendit dans un de ses voyages au- 
près de Garcia, seigneur du pays basque, qui le reçut un 
jour de Pâques, ne cessa de lui donner des marques 
d'honneur et de lui prodiguer les plus hauts signes de 
respect et de zèle. Le séjour de renvoyé se prolongeant, 
il n'y eut pas de pavillon de plaisance où il n'allât se diver- 
tir, pas de lieu où il ne fût reçu. Il visita ainsi la plupart 
des églises, et comme un jour il était dans l'enceinte de 
l'une d'elles et promenait ses regards sur les contours de 
l'édifice, une femme vieillie dans la captivité, droite en- 
core malgré la durée dé son malheur, se présenta à lui et, 
l'interpellant, lui fit reconnaître qui elle était ; elle deman- 
da si c'était volontairement qu'El Mançoûr, vivant dans 
les délices, oubliait son malheur à elle et jouissait des 
plaisirs d'une tranquillité qu'elle ne connaissait pas ; de- 
puis de nombreuses années, dit-elle, elle était prisonnière 
d-ans ce "temple, vouée à l'humiliation et à l'abaissement. 
Elle l'adjura au nom de Dieu de faire connaître son his- 
toire et de mettre un terme à son angoisse ; elle lui fit 
prêter pour cela les serments les plus sacrés et exigea 
de lui les engagements les plus stricts pris au nom du 
Miséricordieux. L'envoyé d'El-Mançoûr fit à son retour 



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- tel - 

connaître à son maître les choses qu'il avait mission 
de lui faire savoir; ce dernier, après l'avoir écouté 
muet et sans l'interrompre, l'interrogea : « N'as-tu eu 
là connaissance de rien de blâmable, ou bien n'as-tu 
appris que ce que tu viens de dire ? » L'officier raconta 
alors l'histoire de la femme, dit ce qu'elle lui avait fait 
jurer de rapporter à El-Mançoûr et les engagements 
qu'elle lui avait fait prendre. Son maître le blâma et le 
réprimanda de n'avoir pas commencé par là, puis aussi- 
tôt prépara la guerre sainte, passa en revue ses guer- 
riers de toutes provenances, et, beau comme Merwân 
au jour du combat de Merdj (*), sauta en selle pour faire 
campagne. Quand il arriva auprès du fils de Sancho, 
qu'entouraient ses partisans, une crainte respectueuse 
envahit les organes du chrétien, qui s'empressa de lui 
adresser une lettre pour s'enquérir de la faute qu'il avait 
commise, lui jurer de la façon la plus formelle qu'il ne 
s'était rendu coupable d'aucun crime et ne s'était en 
rien écarté de la voie de l'obéissance. Les porteurs de 
ce message furent sévèrement accueillis : « Votre maî- 
tre, leur fut-il dit, m'a garanti qu'il ne reste plus dans 
son pays ni captif ni captive, rien même de ce que peut 
contenir le gésier d'un oiseau de proie. Or j'ai appris 
[P. 321] qu'il y a encore telle vieille dans telle église, 
et je prends le ciel à témoin que je ne m'en irai d'ici 
qu'après l'avoir vue en mon pouvoir. » Lé comte alors 
lui envoya cette femme avec deux autres, jurant quM 



(1) Merwàn ben Hakam, à la tète des Kelbites, défit à Merdj er- 
Rahît les Kaysites et les partisans d'Ibn Zobeyr en 64 Hég. (lbn 
'Badroun, 185; Mas'oudi, Prairies d'or, v, 281 ;Weil, Gesch. der Cha- 
lifen, i, 348; Dozy, Mus. d'Esp., i, 133, etc.). 



32 



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"H 



- 498 — 

ne les avait pas vues ni n'en avait entendu parler, et 
ajoutant, pour confirmer son dire, qu'il avait commencé 
à faire de son mieux pour démolir l'église qui lui avait 
été indiquée. Il s'humilia pour s'être, par sa négligence, 
attiré des reproches, et El-Mançoûr, trouvant. ses excu- 
ses suffisantes, se retira". 




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TABLE DES CHAPITRES 



Pages 

Description de l'Espagne ; sa prééminence 1 

Les musulmans pénètrent en Espagne et l'enlèvent -aux 

infidèles 5 

Conquêtes de Târik ben Ziyâd , . . 1J1 

Rencontre à Tolède de Moûsa ben Noçayr et de Târik 

ben Ziyâd 23 

Gouvernement d' ' Abd el-'Azlz ben Moûsa. . 30 

— d'Ayyoûb ben Habib. . . 33 

— d'El-Horr ben c Abd er-Rahmân 34 

— d'Es-Samh' ben Mâlik • 34 

— d' 'Abd er-Rahmân ben 'Abd Allah 

Ghâfiki.! ... : 36 

— * x d^Anbasa ben Sôhaym.. ........ ...... 36 

— de Yahya ben Selama .... '.'.. 37 

— . de Hodheyfa ben el-Ahwaç. . . . ... . . 38 



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-500- 



Gouvernement d 1 'Othmân ben Aboû Nis'a 38 

— d'El-Haythem ben 'Obeyd 38 

— de Mohammed ben 'Abd Allah Achdja'i 39 

— d"Abd er-Rahmân ben s Abd Allah 

Ghâfiki 39 

— d' 'Abd el-Melik ben Katan . . . . 39 

— d' 'Okba ben el-Haddjâdj Seloûli 39. 

d* ' Abd el-Melik ben Katan 42 

— de Baldj ben Bichr Kochayri 44 

— de Tha'leba ben Selâma 47 

— d'El-Hosâm ben D'irâr Kelbi 48 

Eç-Çomeyl ben Hâtim et les causes de la guerre civile. 50 

Gouvernement de Yoîisof ben 'Abd er-Rahmân Fihri. . 52 

Liste de ceux qui se révoltèrent contre Yoûsof ben 

'Abd er-Rahmân. 57 

Vue d'ensemble de la dynastie Omeyyade en Orient. . . 57 

'Abd er-Rahmân b. Mo'âwiya passe de Syrie en Espagne 61 

Khalifat d' 'Abd er-Rahmân ben Mo'àwiya 73 

Traits d'ensemble relatifs à ce prince 92 

Khalifat de Hichâm er-Rida ben 'Abd er-Rahmân 96 

Renseignements d'ensemble sur ce prince 104 

Khalifat d'El-Hakam ben Hichâm 109 



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- 501 - 

Pages 

Premier massacre des habitants du faubourg 114 

Entrée d'El-Hakam dans Tolède révoltée 120 

Second soulèvement des faubouriens en 202 122 

Khalifat d' 'Abd er-Rahmân ben el-Hakam 130 

Arrivée des Madjoûs à Séville en 230 142 

Traits d'ensemble de sa vie 147 

Khalifat de Mohammed ben 'Abd er-Rahmân 152 

Traits et anecdotes concernant l'émir Mohammed 175 

Khalifat d'El-Mondhir ben Mohammed 186 

Situation d' 4 Omar ben Hafçoûn pendant le règne 

d'El-Mondhir 192 

Traits et anecdotes relatifs à El-Mondhir 196 

Khalifat d' 4 Abd Allah ben Mohammed 198 

Révolte des Benoû Haddjâdj à Séville 205 

'Omar ben Hafçoûn sous le règne d"Abd Allait, fc 217 

Insurrections diverses 219 

Situations respectives de Mohammed et de Motar- 

rif, fils de l'émir 248 

Chambellans, vizirs et chefs de la garde 251 

Khalifat d' 4 Abd er-Rahmân ben Mohammed 259 

Campagne contre Belda 287 

Prise de Bobastro 322 

Le prince se rend à Bobastro 333 



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— 502 - 

Pages 

Vue d'ensemble du règne d'En-Nâçir 371 

Khaliiat d'El-Hakam eï-Mostançir 384 

Mort de Zîrî ben Menâd 399 

Comment Mohammed ben Aboû 'Amir entra au 
service d'El-Hakam 414 

Khalifat de Hichâm ben el-Hakam 418 

Débuts d'El-Mançoûr Mohammed b. Aboû 'Amir 424 

Meurtre de Moghîra b. 'Abd er-Rahmân en-Nâçir 433 

Les Slaves et Ibn Aboû 'Amir 435 

Première campagne d'Ibn Aboû 'Amir 439 

Déclin de l'autorité du chambellan Dja'far 439 

Seconde campagne d'Ibn Aboû 'Amir 440 

Sa troisième campagne 443 

Il se rend complètement maître du pouvoir 452 

Expédition de San Yacob (Saint-Jacques) 491 



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INDEX GENERAL 



Abàn b. 'Abd Allah l'émir, 228, 
229, 231, 232, 237, 239, 
247,251, 261,276,279. 

— b. 'Abd el-Melik b. 'Abd er- 

Rahmàn, 246. 
'Abbàs b. 'Abd Allah, 110. 

— b. 'Abd el-'Aziz Korachi, 

229, 244, 247, 251, 264, 
270, 275. 

— b. Ahmed b. Aboù 'Abda, 

244, 275, 277. 

— b. Firnâs, 183. 

— b. Lukit, 201. 

— b. Nàçih, 117, 118. 
Abbasides, 42, 59-60, 75, 81 , 261 , 262. 
<Abd el-A'la, l arif, 164. 

— b. 'Awsadja, 73. 
. — b. Hàchim, 354. 

'Abd Allah b. 'Abd el-'Aziz Mer- 
wàni, 471. 

— b. 'Abd el-Melik Merwàni, 

76. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Dàkhil, 

98-100, 110, 111, 113, 114, 
119. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Nàçir, 

360, 377. 

— b. Ahmed b. Mohammed 

b. Aboù 'Abda, 277. 

— b. 'Amr ('Omar?) Ançàri, 

77. • 



'Abd Allah b. 'Amr ('Omar?) b. Mas- 
lama, 314, 332. 

— b. Bedr, 265, 275, 277, 388. 

— b. Bekkàr lfreni, 359, 361. 

— b. ech-Chimr, 132, 139, 150. 

— b. el-Haçin Fihri, 6. 

— b. Hàrith b. Bezi', 252. 

— b. Ibrahim Açili, 488. 

— b. Kàsim b. Hilàl, 234. 

— b. Khàlid b. Abàn, 64, 69, 

74. 

— b. Koleyb, 142. 

— — b. 'Abd es-Selem, 
289. 

— b. Mo'àvviya b. Bozeyl, 340. 

— b. Mod'ar, 265, 277. 

— b. Mohammed, directeur de 

la Monnaie, 356. 

— — vizir, 252. 

— — (Aboù 'Amir), 424, 

426. 

— — b. 'Abd el-Khàlik, 

265,278. . 

— — b. 'Abd er-Rahmàn, 

omeyyade, 170, 
173, 187, 191, 195; 
198 et s., 259, 280, 
291, 341, 381. 

— — b. Aboù 'Abda, 198 

(c/'.'Obeyd Allah?). 

— — Kharroûbi, 315, 322. 



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- 504 - 



'Abd Allah b. Mohammed b. Lope 
b. Kasi, 237, 245, 
280,306. 

— — Almanzor, 445, 470 

et s. 

— — b. Merwàn, 306. 

— — b. -Mod'ar, 189. 

— — Zedjàli, 198, 252,263, 

275. 

— b. Moû?a b. Noçayr, 30. 

— b. Nàfi' b. 'Abd el-Kays, 5. 

— b. Riyàhin, 405. 

— b. Sa'idb. Hodheyl, 314. 

— b. Semà'a, 189. 

— b. Aboû'l-VVeîid, 303. 

— b. Yahya, 159. 

— b. Yezid, 34. 

— b. YoùnoF, 381. 

— b. Aboii Zeyd, 248. 

— b. Zobeyr, 58. 
Aboû'Abd Allah le Clii'ite, 401. 
'Abd el-'Azîz b. 'Abbàs, 171, 172. 

— b. 'Abd el-A'la, 268. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Nàçir, 

287, 315, 319, 323, 335, 
342. 

— b. el-Khat'ib, 488. 

— b. Maslama, 314. 

— b. Moùpa b. Noc;ayr, 23, 24, 

30 et s. 
'Abd Chems b. 'Abd Menàf, 73. 
Benoù 'Abd ed-Dàr b. Koçayy, 63. 
'Abd el-Ghàfir b. 'Abd el-'Azîz, 165. 

— b. Aboû 'Abda, 96. 

— (el-Ghaffàr?) Yemeni Yah- 

çobi, 79, 80, 87. 
k — b. Hàchim b. 'Abd el-'Aziz, 
299. 



'Abd 



'Abd 



'Abd 



el-Hamid, aïeul d'Ibn el-An- 

dalosi, 400. 
b. Besil, 281, 315317, 320, 

325, 340, 342. 
b. Dja'far, 11. 
b. Moghith, 74, 97. 
b. Moghith Ro'ayti,170. 
el-Kerîm b. 'Abd el-Wàliid, 

131, 133, 134. 
b. Mehràn, 74. 
b. Moghîth, 102,103,121. 
b. Tha'lebaDjorihami,407. 
el-Melik, aïeul d'Almanzor, 

425, 455. 
b. el-'Abbâs, 160, 162. 
b. 'Abd Allah b. Chebrit, 

276. 
b. 'Abd Allah b. Omeyya, 

176, 186, 204, 251. 
b. 'Abd el-Wàhid b. Mo- 

ghit, 101, 110. 
b. el-'Açi, 320. 
b. Djahwar, 263, 277, 281, 

284, 376. 
b. Aboù'l-Djawàd, 223. 
b. Habib, 20, 181. 
b. Hawza Korachi, 282. 
b. Hichàm b. 'Abd er-Rah- 
màn Dàkhil, 99, 104. 
b. Katan Film, 39, 41, 42 

et s., 50. 
b. Merwàn, 15, 9 i. 
b. Mohammed ben Aboù 

'Amir, 445,469,470,471, 

489. 
b. Mohammed Chidhoùni, 

303. * 
b. 'Omar b. Choheyd, 334. 



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- 506 



1 Abd el-Melik b. 'Omar Merwàni,7G. 

— b. Omeyya, 152, 204. 

— b. Sa'id Moràdi, 388, 413. 

— b. Sol «y màn Khawlàni, 273. 

Ibn 'Abd el-Melik Ghidhoûni, 205. 

îbn «Abd Rabbihi (Ahmed b. Mo- 
hammed), 197, 209, 210, 218, 261, 
266,372,373,377. 

'Abd er-Rahmàn b. 'Abd Allah, 
l'émir, 251, 261. 

— b. 'Abd Allah Gliàfiki, 36, 

39. 

— b. 'Abd Allah Zedjàli, 263, 

299,327, 344,361, 365. 

— b. 'Alkama, 47, 57. 

— b. Bedr, 265, 267, 277. 

— b. ech-Chimr, 132. 

— b. Choheyd, 198. 

— b. Dja*far b. Chetim, 174. 

— b. Djahhàf, 389. 

— b. Fotays, 481. 

— b. Ghànim, 135. 

— b. Habib, 58, 60, 61. 

— b. Habib Fihri le Slave, 83. 

— b. Hakam I, 117, 125, 130^- 

182, 380. 

— b. Hakam II Mostançir, 

389, 415. 

— b. Hamdoùnb. Aboù'Abda, 

252. 

— b. Horeyeh, 197. 

— b. Ibrahim b. Haddjàdj, 

207, 212, 213, 272. 

— b. Kethir Lakhmi, 52. 

— b. Merwàn Djàliki, 163, 

16i, 167-169, 173,223,390. 

— b. Mo'àwiya, 5, 56, 58, 59, 

61-96, 98, 131, 262, 379. 



'Abd er-Rahmàn b. Mohammed b. 
'Abd er-Rahmàn, 159,160, 
163, 174, 178, 201. 

— b. Mohammed b. 'Abd Al- 

lah =* En-Nàçir. 

— b. Mohammed ben Aboû 

'Amir, 489. 

— b. Moghijh, 97. 

— b. Mondhir l'émir, 306. 

— b. Motarrif, 470 et s. 

— - b. No'aym (Hassan ?) Kelbi, 
53. 

— b. 'Okba, 47. 

— b. 'Omar b. Hafçoùn, 290. 

— b. Omeyya ben Choheyd, 

186, 251. 

— b. Omeyya b. 'Isa, 235. 

— b. Sa'id b. Melik, 331. 

— b. Tarif, 74. 

— b. Waddàh, 307. 

— b. Yahya b. Idris, 356. 

— b. Yoùsof Fihri, 77. 
'Abd er-Ra'oùf b. Ahmed b. 'Abd 

el-Wahbàb, 334. 
'Abd el-Wahhàb b. 'Abd er-Ra'oùf, 
217. 

— b. George, 227. 

— b. Moghilh, 164, 165. 

— b. Mohammed b. 'Abd er- 

Ra'oùf, 318, 310. 
'Abd el-Wàhid b. Mohammed b. 
'Abd el-Wàhid, 301. 

— b. Yezid Iskenderàni, 138, 

140. 

Ibn Aboù 'Abda, [cf. 'Obeyd 'Allah 
b. Mohammed), 152. 

Ibn Aboù 'Abda (Ahmed b. Moham- 
med), 201, 219, 227, 229-232, 235- 



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- 506 - 



237, 239, 240, 241, 243, 244, 247, 
251, 263-265, 281, 283. 

Benoù Aboù 'Abda, 451. 

'Abderi, voir 'Amir b. 'Arar. 

'Abdoùn, gouverneur de la Fron- 
tière, 117. 

'Abla, 340. 

El-Alnvâb, 1. 

Açbagh b. 'Abd 'Allah, 113, 116. 

— b. Fotays, 189. 

— b. 'Isa b. Fotays, 246, 252. 

— b. Màlik, 248. 

— b. Mondhir l'émir, 318. 
Acbahi, 166. 

El-Ach'ab, 242. 
Achàr, 198. 
Achberghira, 301. 
Acherghîra, 173. 
'Achoùrà, 182. 

El-'Açi b. 'Abd Allah l'émir, 240, 
243,245, 251,261,301. 

— b. 'Abd Allah b. Tha'leba, 

252. 

— b. Mohammed Omeyyade, 

261, 275. 
Açila (Azila), 406, 407. 
El-Açili, 488. 
'Açim b. Moslem, 84. 
'Adj, 190. 
Aden, 485. 

Administrai ion, 365, 395, 396. 
Afàrika, 2. 

Afekkan (Ifgàn), 369. 
Affaire du Guadacelete, 183. 
A /faille d'El-Moçâra, 133. • 
Aflah le nègre, 246. 
Aflah b. 'Abder-Rahman, 303, 317, 
329. 



Aflah b. 'Aroùs, 268. 

Aflili (Ibrahim b. Mohammed}, 414. 

Ahdab b. Hawza, 282. 

Ahmed le philosophe grec, 382. 

— b. Abàn b. Hàchim, 337. 

— b. 'Abd Allah l'émir, 251, 

261. 

— — b. Dhakwàn, 488. 

— — b. Faradj, 280. 

— — b. Kharroùbi, 303. 

— b. 'Abd el-Wahhàb b. 'Abd 

er-Ra*oûf, 318, 326, 327, 
330, 335, 340. 

— b. Aboù 'Abda = Ibn Aboù 

'Abda. 

— . b. Ahmed b. Ziyàd, 277. 

— b. Baki b. Mokhalled, 259, 

261, 317, 318, 328. 

— b. el-Barrà Korachi, 227. 

— b. Behloùl, 277, 315. 

— b. Bitir, 280. 

— b. Elyàs, 327. 

— b. Habib b. Behloùl, 277, 

315. 

— b. Hàchim, 203, 204, 233, 252. 

— b. Hàchim b. 'Abd el-Azîz, 

362. 

— b. Hàchim b. Ahmed, 340. 

— b. Hafç b. Refà', 240. 

— b. Hàmid Zedjàli, 341. 

— b. Hichàm b. 'Abd er-Rah- 

màn Omeyyade, 280. 

— b. «Isa b. Aboù 'Abda, 323, 

327, 344. 

— b. 'Isa b. Ahmed, 319. 

— b. 'Isa Hannoùn, 410. 

— b. Ish'àk Korachi, 326, 331, 

333. 



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- 507 - 



Ahmed b. Maslama, 213-215, 272, 
275. 

— b. Mo'àwiya... b. Hichàm, 

231. 

— b. Mohammed Omeyyade, 

261, 323. 

— b. Mohammed ben Aboû 

« Abda =* Ibn Aboû 'Abda. 

— b. Mohammed b. Derràdj, 

456, 477. 
— . b. Mohammed ben ElyàF, 
320, 340, 348, 349, 351. 

— b. Mohammed b. Hodeyr, 

265,266,272,302,307,313, 
319,322,323,330,335,339, 
342. 

— b. Mohammed b. Aboû Ka- 

boûs, 327, 329. 

— b. Mohammed b. Mostanir, 

345. 

— b. Mohammed b. Moùsa b. 

Hodeyr, 345. 

— b. Mohammed Zedjàli, 345. 

— b. Mohammed ben Ziyàd 

Lakhmi, 253, 259, 266. 

— b. Mohàrib b. Katan, 345. 

— b. Moûsa b. Hodeyr, 303, 

326, 327. 

— b. Naçr, 390. 

— b. Seyyid ben 'Omar ben 

Omeyya, 242. 

— b. Tarabolsi, 359. 

— b. Yahya b. Hassan, 318. 

— b. Yahya b. Kàsim, 329. 

— b. Ya'la, 348, 358, 360-363, 

368, 369. 

— b. Ziyàd, kàdi, 153. 
El-Ahzoùn, 162. 



•A'icha bent 'Abd er-Rahmàn Nà- 

çir, 285. 
'A'icha bent 'Abd Allah Ternir, 

251. 
El-'Akki, poète, 196, 197. 
El-Aklàm, 410. 
Akoût, 300. 
El-' Al à b. Djàbir, 72. 
El-'Alà b. Moghith Djodhani, 81-83. 
Alanje, 167, 319. 
Alava,85, 101, 133,-156, 159, 160-162, 

172, 189, 233, 293, 312, 472, 473. 
Albarracine (= Es-Sahla), 204, 367. 
Alcacer do Sal, 394, 492. 
Alcala de Guadaira, 84. 
Alca^a de los Gazules, 224. 
Aleaudete, 189. 
Alcolea, 291. 
Alcubilla, 294. 
Aldjech, 304. 
Alech et Aloch, 427, 428. 
Alfamin, 337. 
Algalia, 301. 
Algarve, 223, 394. 
Alger, 357. 
Algéziras, 7, 9, 10, 13, 14, 20, 43-45, 

89, 146, 157, 170, 179, 236, 273,274, 

339, 340, 425, 469 ; défilé d', 13. 
Algodor, Algodoz, 335. 
Alguaire, 242. 
Alhama, 174, 175, 187, 188. 
'Ali b. 'Achra, 357. 

— Baghdàdi, secrétaire, 400. 

— b. Dja'far Iskenderàni, 382. 

— b. el-Haçin, 49. 

— b. Hamdoûn (Ibn el-Anda- 

losi), 400, 401. 

— b. Hamza, 90. 



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- 508 



'AH b. Hasan b. Kannoûn, 410. 

— b. Hoseyn, 281. 

— b. Khaloùf, 408. 

— b. Mohammed el-Basa, 238. 

— b. Rebah Lakhmi, 20. 

— b. Aboù Tàleb, 29, 60, 363. 

— b. Yahya Hasani, 369. 

— b. Yahya Korachi, 363. 
Alia,243. 

Alicante, 326. 

'Aliya, 301. 

Aljarafc, 142, 214, cf. Ech-Charaf. 

Almaden de la Plata, 229. . 

Almanzor = Mohammed b. Aboù 

'Ami:*. 
Alméiia, 390, 399. 
Almodovar, 76, 82. 
Almonacid de Zorita, 316. 
Almunecar, 67, 68, 70, 305. 
Alphonse II, de Léon, 102-104. 
Alphonse III le Grand, fils d'Or- 

dofio, 204, 248. 
Alphonse IV, 316. 
Alpujarras, 268. 
Alquezar, 237. 
'Amir, ancêtre d 1 Almanzor, 455. 

— b. 'Amir, 171. 

— b. 'Amr 'Abderi, 56, 57, 63, 

66. 

— b. Aboù Djawohen, 307, 333. 

— b. Horeyz, 225. 

— b. Maweil Açbahi, 234. 

— b. Mo'àwiya, 106. 

— b. Mo'àwiya Lakhmi, 186. 

— b. Motarrif b. Dhoù'n-Noùn, 

355, 364. 
Aboù 'Amir b. Mohammed b. We- 
Hd, 425. 



Aboù 'Amir Sàlimi, 47, 184, 211. 
Ibn Aboù 'Amir (en 187 H.), 114. 
El-'Amiriyya, 461. 
'Amr b. 'Abd Allah Kob'a, 153. 

— — b. Aboù 'Amir, 442. 

— b. 'Adi, 424. 

— b. «Amroûs, 164. 

— b. Aboû'l-Habbàb, 461. 
'Amroûs, de Huesca, 164. 

— b. Yoùsof, 100, 111,112,117. 
'Anbasa b. Sohaym Kelbi, 36. 
'Anberi, 495. 

Ancâr, 72. 

Andaloch ow-AndaloF, 2. 

Andujar, 154. 

Anecdotes, 3, 22, 26, 28, 29, 31, 33, 
92-94, 105-109, 117, 126, 127, 149, 
151, 152, 176, 179, 183, 185, 255, 
256, 373, 376, 383, 446, 448, 449, 
474, 475, 479, 481-487, 496. 

El-Ankar (Fortoùn b. Garcia), 159. 

El-Ankar(Aboù Yahya Mohammed 
b. 'Abd er-P.ahmàn Todjibi),201, 
227. 

Année de Barbât, 57. 

Année incroyable, 229. 

Aqua Portora, 46. 

Arabes, 42, 43, 48, 59, 72, 136, 188, 
221,222,225. 

— d'Espagne, 44. 

— de Syrie, 44, 47, 48, 50, 51. 
Aragon, 245. 

Aragon, rivière, 309. 

Archgoul, 363. 

Archidona, 17, 192, 193, 203, 217, 

267. 
ArcljoûzaVlbn 'Abd Rabbihi, 266, 

373. 



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- BGÔ — 



Arib, 7, 290. 

El-'Arich, 40. 

Armée de la paix, 50. 

Arménie, 59. 

Arnedo, 276, 296. 

'Arnoùn (<?), 233. 

Artakira, 357. 

Asad b. Hàrith, 167. 

Asàriya, 311, 312. 

Aslàn, 364, 369. 

Aslem b. 'Abd el-'Aziz b. Hàchim, 

259, 266, 318, 341. 
Asmà bent Ghàlib Nàçiri, 443, 444, 

cf. Esmà. 
Astîn, 271. 
Astorga, 102. 

Astrologie, 29, 282, 427, 487, 488. 
AboCfl-Aswad (Mohammed b. Yoû- 

sof Fihri), 77-79, 91. 
Atienza, 298. 
Aurès, 347. 
Autun, 19. 
A'wadj, 65. 

'Awn el-'Attàr, ghorfa d', 112. 
'Awn b. Matroûh, 192. 
«Awsadja b. el-Khali<, 230. 
Aboûl-Aych Hasani (Mohammed, 
ou Ibn Methala), 358. 

— b. Aboû'l-'Afiya, 356. 

— b. 'Omarb. Idris, 351. 

Ibn Aboù'l-'Aych, 338, 339, cf. Ha- 

san. 
Aychoùn, 192. 
Aydoûn le page, 189. 
Ayl, 186. 
Aylo, 30. 

Ibn 'Ayyàch le vizir, 446. 
Ayyoùb b. Habib, 33. 



Ayyoùb b. Makhled b. Keydàd, 355, 
359. 

— b. 'Omar b. Hafçoûn, 270. 

— b. Soleymàn, 236. 

— b. Soleymàn b. Çàlih, 275. 

— b. et-Tawil, 389. 
Azdjàdja, 364. 
Aznalcazar ?, 274. 

«Azra b. <Abd Allah Fihri, 37. 

Bàb el-'adl, 289. 

Bàb el-hadid, 436. 

Bàb es-sodda, 244, 272, 317, 318, 

■321,324,436. 
Bachkounsa, 309, 470, cf. Biscaye. 
Ibn Bichkowàl, 29, 351. 
El-Baçra, 402, 409. 
Badajoz, 167-169, 223, 3C6, 330, 331, 

333, 334, 361. 
Baëna, 201, 243. 
Baëza, 241, 437. 
Bàgha, 179, cf. Priego. 
B.ightawira, 268. 
Bahîla, 268. 
Bakhlta, 113. 

Baki b. Mokhalled, 179-181. 
Bakira (Viguerà), 297. 
Bakoùr, B.icor, 226, 268. 
Baladiy 5). 
El-Balàlita, 77. 
Balàt ech-chohadà, 41. 
Balawi, 379. 

Balbenoût (Balenbou), 493. 
Baldj b. Bichr, 42 et s., 49, 64. 
Baldj, région de, 97. 
Balneos, 439. 
Baléares, 437. 
Bandj (Bencio), 12. 



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- 510 - 



Barbastro, 237. 

Barbât, rivière, 57. 

Barcelone, 19, 99, 119, 135, 156,247. 

Barka, 61. 

El-Barrà b. Màlik Korachi, 169,251. 

Bataille de Dja'cl, 220. 

Bayech, 233. 

Baza, 268. 

Bechîra, 269. 

Bechterlikàt, 3. 

Beddjàna, 241. 

Bedr, client d ,4 Abd er-Rahmân I, 

61, 66,67,70,82-87,89. 
Bedr l'ancien, eunuque, 370, 371. 
Bedr b» Ahmed, chambellan de 

Nàçir, 214, 262-264,266,272,273, 

275, 279, 281, 284, 286, 287, 301, 

433. 
El-Behà bent <Abd Allah l'émir, 

251. 
El-Behâ bent <Abd er-Rahmân b. 

Hakam, 285. 
Behàr, 198. 
Behàrech, 304. 
Dehdjat en-nefs, 19, 47, 49, 50, 80, 

82, 90, 142, 203. 
Behloùlb. Merzoûk, 111. 
Béja, 21, 23, 48, 57, 81, 82, 223, 331, 

332. 
Bekr b. Yahya b. Bekr, 223, 226. 
Ibn Bekr, 223. 

Belda, 238, 240, 244, 273, 287 et s. 
Bâlier, signe du Zodiaque, 461. 
Beîlver, 245. 

Belyàrech (Pallare), 233, 239. 
Bembuzar, 80. 
Benameji, 325. 
El-Berànes, 264. 



Berbères, 6, 8-10, 27, 42-47, 49, 63, 
72, 76, 78, 80, 85, 87, 88, 91, 102, 
112, 113, 136, 146, 191, 244, 264, 
358, 371, 455, 463, 475, 478, 489, 
490. 

Berdhîch, défilé de, 161. 

Berghawàta, 347, 387. 

Bermude le Grand, 101. 

Bermude II b. Ordofio, 495. 

Ibn Bertàl, 419. 

Benoù Bertàl, 426. 

Benoû Berzàl, 432, 436, 437. 

Ibn Bessàm, 421. 

Bibliothèques, 385, 487. 

Bichr b. Çafwàn, 36, 37. 

Bichr b. Katan, 110. 

Bilche, Bilches, 97. 

Binech, 231. 

Binna, 271. 

Biscaye, 25, 67, 309, 476, 496. 

Bobastro,173, 174, 187,191,193-196, 
198, 200, 204, 217-219, 231, 237, 
239, 243, 245, 247-249, 289, 299, 
300, 302, 304, 305, 317, 319, 320, 
322-325, 333. 

Boca de la Foz, 13. 

Boheyr, 152. 

Bollon, 227, 234. 

Bologgin (Yoùsof b. Ziri), 402, 490. 

Boltana, 237. 

Boradjela, 268. 

Bordeaux, 1. 

Bordjia, 161. 

Boreyha bent Yahya b. Zakariyyà, 
426. ! 

El-Borr, canton d 1 , 214. 

Borrell I, conite de Barcelone, 404. 

Bouffon, 346. 



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- 5U ~ 



Bougie, 401. 

Boûri b. Moûsa b. AboûVAfiya, 

359, 361. 
Bretagne, 1. 
Buccor, 226. 
Bureaux, 59. 
Burgos, 161. 
Byzantins, 353, cf. Constant inople. 

Aboû'ç-Çabbàh b. Yahya, 85. 
Cabra, 179, 188, 191, 202, 214, 215, 

218, 242, 243, 264. 
Cadix, 1, 142, 143. 
Çafà, 456. 

Çafwàn b. 'Abbàs, 154. 
Çâhib eç-çaioâ% 123, 140. 
Çâhib es-seyf, 370. 
Çà'id b. Hasan Rab'i, 460. 
Éç-Çakhra, 10& 
Çakhrat Kays, 311. 

— en-Nesr, 410. 
Calahorra,. 273, 295, 312, 313, 398. 
Calatayud, 347. 
Calatrava, 78, 137, 138, 154, 156, 

179, 244, 264, 474. 
Çàlih b. Aboù Çàlih, 8. 
Çàlih b. Tarif, 60. 
Callosa, 326. 
Calsana, 325. 
Ibn Çaltàn, 100. 
Camara, 304. 
Camargue, 158. 
Campagne de Malaga et Ferreira, 

240. 
Campagne de Pampelune y 307. 
Campo de Calatrava, 77. 
Çampo de la Verdad, 15. 
Canelas, 337. 



Cafiete la Real, 230, 235. 

Çanhàdja, 144, 470. 

Captivité, enfants en, 49. 

Caracuel, 168, 229, 264. 

Carcar, 295, 308. 

Carcassonne, 19. 

Carcastel, 159. 

Carcastillo, 309. 

Carmona, 21, 81, 83, 179, 201, 208, 

209, 212-216, 222, 272-274, 284, 

303. 
Carteya, 5, 14, 425. 
Carthage, 381. 
Castella, 17. 
Castille (Kachtila), 20, 245, 354, 364, 

396, 471. 
Castillo Agudo, 300. 
Castro Dhakwàn, 299. 
Castro de la Magdalena, 223. 
Castro Moros, 283, 294. 
Castro de San ta ver, voir Sontebria. 
Castulo, 223. 
Cazlona, 79, 223, 229. 
Cerdagne, 140. 
Ceuta, 8, 10, 43, 239, 351, 370, 371, 

402, 404, 405, 469, 490. 
Ech-Chàkirbillàh(Semghoûl), 346. 
Ibn Chàkir (Kheyr), 164, 201, 202, 

224. 
Chàkiriyya, dinars, 346. 
Chàkya b. Fàtima, 85. 
Ibn ech-Chàliya, 223, 227, cf. Obeyd 

Allah b. Omeyya. 
Chambre des Puces, 449. 
Chamirb. DhoùM-Djawchen, 50, 51. 
Chàn, esclave, 251. 
Chàner, 274. 
Ech-Chàra, fort ô% 268. 



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-512 - 



Ech-Charaf = Aljarafe, 142. 

Chàrat Kachtîla, 245. 

Ibn ech-Charh (Maslama b. 'Abd 
el-Kàhir), 264. 

Chàrik, esclave, 251. 

Charles le Chauve, 178. 

Chat, 304. 

Chaussée de Cordoue, 148. 

Ibn ech-Chebànesiyya,272, 330. 

Chebairàn, 86. 

Cheloûbina, 271. 

Chemenlàn, 268; 

Aboù'ch-Chemmàkh (Mohammed 
b. Ibrahim), 134, 135, 137. 

Ibn ech-Chemmàs, 114. 

Cherchel, 370. 

Cheyba, montagne de, 188. 

BenoîTch-Cheykh, 326. 

Ibn Chihàb, des Ka'b b. 'Amir, 
65. 

Chi'ites, 60, 346, 347, 352, 366, cf. 
Fatimides. 

Ibn ech-Chimr, 132. 

Chobilech (Jubiles), 241, 270. 

Choheyd b. «Isa, 100. 

Benoù Choheyd, 451. 

Choleyr de la Neige, 269. 

Chovta, 263-265, 273, 277-279, 298, 
303, 306, 321, 329, 334, 388, 416, 
420, 442. 

Chrétiens, cf. Francs et Galice, 17, 
19,22,27, 36,37, 41, 85, 101-104, 
110, 117-119, 121, 133, 135, 138-141, 
144, 154, 155, 158-160, 163, 169, 184, 
189, 199, 229, 235, 236, 238, 239, 
242, 245, 247, 270, 273, 276, 277, 
281, 283, 285-287, 291 et s., 305, 
307 et s., 313, 316, 317, 342, 348. 



356, 360, 362, 364, 367, 378, 387.* 

393-396, 411, 412, 438 et s., 464, 

491 et s. 
Ciclalon, 495. 
Çifiln, bataille de, 29. 
Çila, 29. 

Cimetière de Cordoue, 35, 280. 
Clunia, 294, 295. 
Çobh\ 415, 416, 418, 440, 466. 
Coffre de Tolède, 4. 
Çofrites, 60. 
Coheyb b. Meni', 338. 
Coïmbre, 169. 
Coin, 299. 
Col de Tàrik, 18. 
Colonnes, dans la géographie 

arabe, 1. 
Combat, moment propice au, 119. 
Çomeyl b. Ilàtim, -49 et s., 63, C5 

et s., 75 et s. 
Compagnons, 60* 
Conduite d'eau, 148, 396. 
Confiscation de terres, 49. 
Constantin fils de Léon, 353, 357. 
Constantinople, 353, 357. 382, 383. 
Cordoue, passiin ; description, 383 ; 

faubourg, 107, 112, 114, 122, 126; 

fossé, 115; mosquée, 92, 109, 137, 

156, 160, 171, 253, 256, 377 et <\, 

385, 390-392, 396-398, 413, 477 et s.; 

palais, 33, 45 ; pont, 35, 77, 88, 

105, 106, 109, 231, 349, 354, 479; 

cimetière, 35, 280. 
Coria, 88, 91, 492. 
Coda del Rio, 142. 
Crète, 125. 
Crucifixion, 46, 84, 114, 124, 147, 

192, 235, 315, 317, 321, 357. 



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-Ma - 



Bachero ? 296. 

Dahwan b. Hichàm, 268. 

Damas, 73 ; Arabes rie, 48, 64, 69; 
église, 378, 392. 

Dàr el-Bakika (Benika ?) 249, 250. 

Dàr en-Nedwa, 454. 

Dawoûi b. «Ali Içfâhàni, 234. 

Dawoùd b. Hodheyl b. Mennàn, 
323. 

Benoù Dawoûd, 325. 

Deloûl, 406, 407. 

Dhotfii-Noùtv 264, 306, 307, 313, 
316. 

Ed-Deyr, 493. 

Deyr Horeyiia (Khanina), 73. 

Deyr Kostàn (Kachàn), 493. 

Deyr Sonlebria, 494. 

Deysem b. Ish'àk, 222, 228, 236. 

Dhalihira fi mehâsin ahl el-dje- 

zîra, 421. 
Dhakwàn, 299. 
Ibn Dhakwân, 488. 
Dhoû'l-wizârateyn, 440, 443. 
Diadème des rois, 31. 
Dihya b. Mohammed Balawi, 379. 
Dinar châkiri, 346 ; — sidjUmâssi, 

3S2. 
Dirhem do/dd, 279; kâsimi, 381. 
Djàbir b. Lebid, 128. 
Dja'd b. 'Abd el-Ghâfir, 220 et s. 
Dja'far = Çobir, 389, 391, 418, 456. 

— b. 'Abd el-Ghàfir, 252. 

— b. 'Abd er-Rahmàn (jakla- 

bi, 386-388. 

— b. «Ali lbn el-Andalosi 

(Aboù Ahmed), 399 et ?., 
412, 463 et s., 466, 475. 

— b. Chclim, 173. 



Dja'far b. 'Omar b. Hafçoûn, 232, 
289, 298. 

— b. 'Othmàn Moçh'afi, 356, 

384, 391, 392, 413, 415, 
418, 420 et s., 475 et s. 

— b. Yahya b. Mozeyn, 233. 
Djahwar b. 'Abd el-Melik, 265, 306. 
Djahwarb. Àboû 'Abda,365. 
Benoû Djahwar, 451. 
El-Djàliki, 223. 

El-Djàliya, 189. 

Djarankas, 336, 343. 

Aboù Djawchen, les fils d', 326, 333. 

Djawdher le Slave, 431 et s. 

El-Djawf, 390, cf. Wàdi Djawfi. 

Djawher, général falimide, 369, 370. 

Djebel el-Berànis, 229» 

Djebel Aboû Habib {ou Habib), 4C9. 

Djebel el-Hidjàra, 300, 

Dje!.el Tàrik, 9, 14. 

Dj2bel et-Theldj, 269. 

Djemàl, mère de Hichàm er-Rid'a, 

96. 
Djeranda, 101. 
Djericha, 241. 
Djernîk, 133. 
Djezlrat Tarif, 7. 
Djidàr b. 'Amr (oit b. Ma* lama b, 

Ami), 71, 74. 
Djodhamiles, 51, 53. 
Djond, 48, 49, 404, 489. 
Djoràwa, 339. 
Ibn Djoùdi, 221 et s. 
Dohaym ('Abd er-Rahmàn bon 

Omeyya), 235. 
Doh/d, dirhems, 279. 
Dorer el-halâ'id ica-rjhorcr el- 

faivcVid, 47, 48,82, 142, 211. 

33 



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■- 614 — 



î)orr, esclave, 251. 

Dorri b. 'Abd er-Rahmàn le Slave, 

272, 277, 298, 321, 329, 333, 341, 

436 et s. 
Dos Amantes, 288. 
Doufo ou Duero, 161, 293, 295, 473, 

492. 
Ed-Doweyra, prison d', 250. 

Kbre, 162, 285, 296. 

Echarren, 296, 312. 

Echbàn, 3. 

Echbàniya, 2. 

Eeija, 13, 14, 16, 17, 80, 113, 179, 

200, 203, 217, 228, 266, 323, 324 ; 

pont d', 146, 480. 
Eclipse de soleil, 136, 247. 
Ecoles, 397, 411. 
Efrandja, 101. 
Ega, 310. 
Egilone, 30. 
Eglise des captifs, 16. 

— de Cordoue, 92, 378. 

— de Damas, 378, 392. 

— d'or, 178. 
Eglises chrétiennes, $78. 
Egypte, 40, 61, 364, 456; Arabesd', 48. 
Eliberis, 17. 

Ello, 135. 

El Padron, 494. 

Elvira, 17, 45, 48, 54, 56, 62, 68, 71," 
73, 113, 128, 172, 179, 181, 189, 
202, 218, 220, 221, 225, 226, 236, 
241, 243, 265, 268, 270, 271, 301, 
302,313,314, 340, 341,401. 

Emesse, Arabes d', 48, 53, 69. 

Emigration des faubouriens Cor- 
douans, 124. 



Emln TAbbasside, 134, 149. 

Emir el-mouminîn, 24, 327, 346. 

Epidémie, 55, cf. Famine. 

Esmà bent «Abd Allah l'émir, 251, 
cf. Asmâ. 

El-Esnàd, 268. 

Espagne, 6, 27,* 34, 35, 40, 41 ; des- 
cription de T, i. 

Espagnole, langue, 377. 

Estepa, 200. 

Estoy, 223. 

Etendard, 64, 72, 81. 

Etoiles filantes, 139. 

Evangiles, 4. 

Exea, 238. 

Exhumation, 324. 

Ibn el-Fàd'il, cheikh de Tanger, 

405. 
Fad'l b. Selama, 244. 
Fad'l b. Selama Beddjâni, 341. 
Fahç el-Balloùt, 77, 179, 231. 
Fahç Béni Miçrakh, 407. 
Fahç es-Serâdik, 338, 367. 
Fahloûn b. <Abd AllAh, 268. 
Fà'ik Nizàmi le Slave, 431 et s. 
El-Fakhkhârîn, 143. 
Falces, 308. 
Famine, 2, 56, 63, 119, 133, 144, 163, 

167, 276. 278, 317, 330, 389. 
El-Fath, ville, 336. 
El-Fatli' b. Moûsa b. DhoiVn-Noûn, 

264. 
El-Fath' b. Khàkàn = Ibn Khàkàn. 
Fàlima bent <Abd Allah l'émir, 251. 
Fatimide, prétendant, 86 et s. 
Fatimides, cf. Chi'ites. 
Fawich, 285. 



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~ 515 - 



Peddj, 274. 

Feddj Aboù Tawil, 46. * 
Ferdinand, roi de France, 178. 
Ferreira, 240. 
-Ibn Abou'l-Feyyàd (Ahmed b. 

Sa'id), 210, 213. 
Fez, 60, 125, 347, 407. • 
Fihr b. Asad, 235. 
Finana, 269, 340. 
Fïrrich, 80, 284. 
Fityàn, esclave, 251. 
Fontadjàla (Fuentecilla), 247. 
Fortoûn b. Garcia, 159. 
Fostàt, 364. 
Fotays b. Açbagh, 264, 273, 287, 

322, 326, 345. 
Fotays b. «Isa, 96, 109. 
Fotays b. Soleymàn, 110. 
Benoû Fotays, 451. 
Fotoûh b. el-Kheyr b. Mohammed 

b. Khazer, 362. 
Foudre, 171. 
France, 2, 3, 6, 19, 25, 101, 111, 

157, 158, 178. 
Francs, 27, cf. Chrétiens. 
Frère 9 sens du mot, 432. 
Frontière citérieure, 393, 439; 
, moyenne, 354 ; septentrionale, 

439; ultérieure, 393 ; supérieure, 

470. 
Fruela II, 307, 316. 
Fuente de Cantos, 80. 

Galice, 1, 16, 20, 23, 25, 41, 43, 56, 
67, 101, 102, 138-140,144, 154, 157, 
159, 169, 170, 178, 285, 291, 307, 
316, 349, 360, 368, 388-390, 450, 
491, 492. 



Galiciens, 356, 361, 363. 

Galindo, 224. 

Garcia, fils d'Alphonse de Galice, 

276. 
Garcia, fils d'Alphonse III, 248. 
Garcia, fils de Ferdinand (Garcia 

Fernandez), 472. 
Garcia, fils d'Inigo, 158. 
Garcia, fils de Rodmir, 360. 
Garcia, fils de Sancho, 368, 496. 
Gaton, de Bierzo, 154. 
Gauchi, 288. 
George, les fils de, 226. 
Gete, 304. 
Ghàlib b. 'Abd er-Ilahmàn Nàçiri 

(Aboù Temmàm), 355, 363, 364, 

366, 367, 395, 396, 407-411, 427, 

439 et s., 462 et s., 475. 
Ghàlib b. Mohammed b. 'Abd er- 

Ra'oûf, 329. 
Ghaltir, 242. 
Ghandechelb, J61. 
Gharaweyh b. Yoùsof Meloûsi,204, 

206, 225, 228, 229, 242. 
Ghatb, 338-340, 347, 351, 356, 358, 

361-364, 366, 367, 370, 396, 398 et 

s., 401, 404 et s., 412, 417, 454, 

463, 467 et s., 490, cf. lfrîkiyya 

et Maghreb. 
Ghatafàn, 64. 
Ghawzàn, 288. 

Ghazàl (Yahya b. Hakam), 151. 
Ghazât cl-beyàd, 470. 
Ghazlàn, esclave, 251. 
Ibn Ghazlàn Korachi, 2*92. 
Ei-Ghiràn, 242. 
Godmar, évêque, 385. 
Gomez de Mesàneka, 161. 



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- 516 - 



Gondemaro, 103. 
Gormaz, 414. 
Goths, 4, 21. 
Grande Terre, 1, 491. 
Grenade, 17, 45, 75, 220, 225, 271. 
Guadabullon, 227, 234. 
Guadacelete, 44, 155, 183. 
Guadalaxara, 18, 117, 159, 271, 316, 

471. .. 
Guadalhorce, 231» 
Guadalquivir, 146, 158, 338, 349, 

389, 395, 457. 
Guadix, 269. 
Gualter, 242. 
Guazalate, 44. 
Gué de la Victoire, 78, 91. 
Guernica, 133, 163. 

El-Habhàb, père d"Obeyd AUàh, 

40. 
Habhàb b. Rawàha, 63, 66. 
Habib b. AboCi 'Abda b. 'Okba, 24, 

30-33. 
Habib Bernesi, 146. 
Habib b. 'Omar, 216. 
Habib b. Sawàda b. 'Omar, 274, 

284, 291. 
Hàbil b. Horcyz, 225. 
Benoû Hàbil, 225. 
Hachemites, 432. 
Hàchim b. 'Abd ek'Aziz, 166-173, 

176, 177, 180, 183, 190» 
Hàchim ed-Darràb, 135, 136. 
Hàchim b. Mohammed Todjibi, 337. 
Ibn Hàchim, kàïd, 355. 
Hàchima bent 'Abd Allah l'émir, 

251. 
Hadjar en-Nesr, 410. 



Haddjàdj «Okayli, 110. 
Haddjàdj Seloùli, 40. 
Benoû Haddjàdj, 205, 206. 
Aboù'l-Haddjàdj (Behloùl b. Mer- 

zoûk), 111. 
Hâdjib, 455, 465, 489. 
Hafç b. Mohammed b. Besil, 252. 
Hafç b. el-Moro, 202. 
Hafç b. 'Omar b. Dja'far, 173. 
Hafç b. 'Omar b. Hafçoûn, 200, 

217, 300, 304, 319-322. 
Hafç b> Sa'id b. Djàbir, 337. 
Ibn Hafçoûn, cf. 'Omar b. Hafçoùa. 
Hà'il, officier d'ibn Hafçoûn, 321. 
Hakam b. 'Abd er-Rahmàn I, 139, 

153. 
Hakam b. 'Abd er-Rahmàn III, 276, 

288, 291, 299, 302, 307, 313, 319, 

323, 330, 335, 340, 342» 348, 353, 

360, 367, 377, 382, 384 et s., 427- 

429, 451, 469, 488. 
Hakam b. el-'Açi, 34. 
Hakam b. Hichàm b. 'Abd er-Rah- 
màn Dàkhil, 100, 104, 105,- 109- 

130, 135. 
Hakam b. Mohammed l'émir, 163, 

164. 
Hakima bent 'Abd Allah l'émir, 

251. 
Halàwa, 130. 
Halza (nalwa ?) 84. 
Hamdoûn b. . . . b. 'Abd el-Hamid, 

401. 
Hamdoûn b. Besil, 266, 278, 290. 
Hàmid b. Besil, 306. 
Hàmid b. Mohammed b. Yahyj, 

110. 
Hàmid b. Mohammed Zedjàli, 152. 



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-517 - 



El-Hamma, 276, 439. 
Ibn Hammàda, 402. 
Hamza b. Ibrahim, 357. 
El-Hanech, 167, 319. 
Hanech Çan'àni, 156. 
Hannoùn b. Idris, 407. 

— (Ahmed b. «Isa), 410. 
Hanzala b. Çafwàn, 48, 50. 
Harb b. Matroùh, 192. 
Harich, tribu, 64. 

Hàrith b. el-Asad, 49. 

— b. Bezi«, 156. 

— b. Hamdoùn, 174. 
Hariz b. Hâbil, 394. 
El-Harra, bataille d\ 46, 123. 
Hasan b. 'Ali, ambassadeur, 398. 
Hasan b. AboùVAych, 338-340. 
Hasan b. Kannoùn, 404 et s., 467. 
Hasan b. Mohammed Kortobi, 382. 
Ilasday b. Chebroùt, 367. 
Hassan b. Màlek, 74. 

Halroûn, 325. 

Hawàzin, 64. 

Hawwàra, 317. 

Hayàt b. Molàmis (Molàbis), 80. 

Uayàt b.el-Welid, 83. 

El-Hàythem, b. 'Obeyd Kilàbi, 38. 

Hayyàn b. Khalaf, 173, 178, 207, 

208, 373, 391, 465, 487. 
Ibn Hazm ('Ali b. Ahmed), 58, 258. 
Iluznur, le coaile, 235. 
Hedjàz, 456. 
Henné, 23, 132, 153, 187. 
IL-5i;iz (Horey < ?), 236. 
Herkala, 311. 
Hichàm, les deux —, 140. 

— b. «Abd el-Melik, 6, 20, 37, 

.40, 42, 47, 62. 



Hichàm b. «Abd er-Rahmàn, Rida, 
75, 86, 96-109, 380. 

— b. « Abd er-Rahmàn b. «Abd 

Allah, 273, 280. 

— b. «Abd er-Rahmàn b. Ha- 

kam, 227. 

— b. «Azra, 83. 

— b. el-Hakam, Mo'ayyed, 

391, 395,411,412,415,418 
et s., 459, 462. 

— b. Hamza, 83, 114. 

— b. Mohammed Korachi (Ibn 

ech-Chebànesiyya), 272. 

— b. Mohammed b. «Abd er- 

Rahmàn, 258. 

— b. Mohammed b. «Olhmàn, 

432, 444. 
Hiçn el-Berber, 245. 

— el-Kal'a, 135. 

— Lawàza, 246. 

— el-Ward, 224. 

— el-Wikà', 332. 

Hilàl b. Abziyà Medyoùni, 87. 

Himyarites, 53, 456. 

Hizb Allah b. Robà'i (Wàbà'i 2), 

289. 
Hiznalloz, 236. 
El-Hobàb b. Rawàha, 55. 
Ibn Hoçayb, 228. 
Ibn AboùVHoçayb Totili, 246. 
Hodeyr el-Madhboùh, 99. 
Ibn Hodeyr (Mohammed?), kàïd, 

355, 365, 417. 
Hodheyfa b el-Ahwaç, 37, 38. 
Hodheyl b. H&éhim Todjibi, 364. 
Homeyd b. YeçélMiknasi, 352, 356, 

358, 361, 363, 364, 366, 367. 
Horeyth b. Khaldoùn, 205. 



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- 518 -~ 



Horeyz (Heriz?), 236. 
El-Horr b. «Abd er-Rahmàn, 34. 
El-Hosàm b. Diràr Kelbi, 48 et s. 
Hoseyn b. Ahmed, secrétaire, 264. 

— b. 'AH b. Aboù Tàleb, 50. 

— b. Mohammed b. 'Açim, 

318. 

— b. Ydhya Ançàri, 89, 90. 
Ibn Hoseyn, secrétaire, 414. 
Huesca, 99, 164, 167, 240. 

Ibrahim b. Chedjera, 72, 89. 

— b. Haddjàdj, 205-212, 222, 

226, 242, 246. 

— b. Idris, 468. 

— b. Khamir, 200, 252. 

— b. Mohammed l'émir, 242, 

246. 

— — b. el-Labarki, 329. 

— — b. Zakariyyà (Ibn 

el-Allili), 414. 

IçMhàn, 3. 

Idris b. 'Abl Allah b. Hasan, 60. 

Idris b. 'Obeyd Allah, 204. 

Benoù Idris, 347, 350, 351, 358, 396, 
398, 401-418, 468. 

Benoù Ifren, 369. 

Ifrikiyya, 2, 6, 20, 30, 34-36, 40, 42, 
50, 58, 61, 347, 352, 363, 366, 368, 
390, 401, 470 ; cf. Gharb et Magh- 
reb. 

lias, 233. 

Ilia (Iria), 494. 

Hiyà, 3.. 

Impôts, 104, 123, 187, 197, 258, 382, 
411, 430. 

«Imràn b. Habib, 75 et s. 

'Imràn b. Aboù 'Omar, 346. 



Incendie, 364. 

Inde, 59. 

Industrie, 148, 208, 246, 315,382. 

Inondation, 112, 145, 231, 241, 349, 

354. 
Intolérance, 487. 
'Isa b. 'Abd Allah, Aboù'i-Ançàr, 

347, 387. 
'Isa b. Ahmed b. Aboà 'Abda, 239, 

243, 264, 265, 272, 275, 319, 323, 

326, 334. 
«Isa b. Choheyd, 131, 137, 142, 152, 

263. • 
«Isa b. Dinar, 182. 
«Isa b. Fotays b. Açbagh, 322, 327, 

365, 387, 395. 
'Isa b. el-Hasan, 158. 
'Isa b. Kannoùn, 359. 
«Isa b. Mohammed, 398. 
'Isa b. Mohammed, chroniqueur, 

9, 11. 
'Isa b. Omeyya b. «Isa, 235. 
Ibn «Isa, 70. 
Ish'àk, officier d'Ibn Hafçoùn, 230. 

— b. «AbJ Allah, nûdeciu, 

234. 

— b. Ibrahim, chef d« Men- 

tesa, 268. 

— b. Ibrahim b. «Attàf, 225. 

— b. Mohammed Korachi, 

279, «281,284. 

— b. el-Mondhir, 110, 123. 
Isla Menor, 142. 

Isla Verde, 43. 

Ismà'il b. Bedr, 265, 281, 282. 

— b. eç-Çamçàma, 132. 

— b. AboiVl-Kàsim fatimide, 

354. 



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- 519 — 



Ismà'il b. el-Kàsim Baghdàdi, 413. 

— b. Lope, 165. 
Istan, 271. 
Istibrâ, 474. 
Iznajar, 189, 204, 244. 
lzràk b. Menti (?), 159. 

Jaca, 470. 

Jaëu, 48, 56, 97, 107, 113, 127, 128, 
179, 189, 201, 202, 223-225, 227, 
235, 241, 266, 271, 313, 314. 

Jaën, mosquée de, 134. 

Jérusalem, 491. 

Jésus, 491 ; stalue de, 178. 

Jodar, 224. 

Jourdain, 69, 71 ; Arabes du, 48. 

Journée de la Fosse, 112. 

— dulroupeau de chameaux, 

222. 
Jubiles (Juviles), 241, 270. 
Juifs, 3, 18, 61. 
Jules, le fils de, 184. 
Julien, 7-11, 13, 17. 
Junquora, 297. 

Ka'b b. 'Amir, 64. 

Aboû Ka'b b. <Abd el-Berf, 114. 

EI-Kabta, 390. 

Kabtil, 142. 

Kachlil, 159. 

Kacbtil Chant, 233. 

El-Kaçr, 274. 

Kaçr Aboû'DàniF, 394, 492. 

Kaçr Ibn 'Abd cl-Ke:im, 408. 

Kaçr el-'Okàb, 463. 

El-Kà'im le fatimide (Abotfl-Kà- 

sim b. 'Obeyd Allah), 346, 347, 

352, 354, 381. 



Kalabira, 274. 

Kal'at el-Hanecb, 167, 319. 

Kàles, rivière, 285. 

Kalfàt — Mohammed b. Yaliya. 

El-Kàli (Ismà'il b. Kàsim Bagh- 
dàdi), 413, 426. 

Kalikàla, 413. 

Kamar, poétesse, 211 et s. 

Kamera, 304. 

Kand rainé, client de Nàçir, 272, 
277, 282. 

Kand l'ainé, 356. 

Kanit = Cunete la Real. 

Kannoùn Idriside, 358. 

Karâmit, 154. 

Kardhàrech, 304. 

Kardhira (Kazdira ?), 301. 

Kardjita, 494. 

Karkoùcha, 19, 20. 

Karlàdjenna, 5, 14. 

Benoù Kasi, 280, 281. 

Kàsim b. 'Abbàs, 154. 

— b. «Abd er-Uahmàn, 367. 

— b. Mohammed, 432. 

— b. Mohammed , frère de 

Ternir 'Abd Allah, 250, 
258. 

— b. Mohammed b. Tamel- 

lès, 350. 

— b. el-Welid, 214-216. 

— b. Welid Kelbi, 252, 263- 

265, 272-275. 

— b. Voùsof Fihri, 70, 91. 
Aboù'l-Kàsim fatimide = El-Kà'im. 
El-Kastalli, 456, 477. 
Kastalouna, 79. 

Katan b. 'Abd el-Melik, 46. 
Ibn el-Kattàn, 8, 20, 42, 48. 



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520 - 



AboùM-Kawlher (Moùsa b, Soley- 

màn), 273. 
Kayrawàn, 38, 62, 83, 352, 354. 
Kaysites, 50, 68, 71 
Kelbites, 53. 
El-Kerem, château, 408. 
Ketem, 132, 153, 187. 
Khadi', esclave, 251. 
lbn Khafif, de la chorta, 473. 
lbnKhàkàn, 421, 453, 495. 
Khalaf l'ancien, page, 315. 

— b. Ayyoùb b. Faradj, 329. 

— b. Beki-, 332. 
Benoù'l-Khalt', 235. 
Khàlid b. Khaldoùn, 206. 

— b. Omeyyab.Choheyd,327, 

334, 344. 

— b. Wahb, 278. 

— b. el-Welid 5 378. 

— b. Yezid, 69-71. 
Khalil b. Mohalleb, 226. 
Khattàb b. Zeyd, 96, 109. 
AboûM-Khattàr = Hosàm. 
Benoù Khazer, 399-402. 

Kheyr b.Ghàkir, 164, 201, 202, 224. 
El-Kheyr b. Mohammed b. Kha- 

zer, 352, 359, 361. 
El-Kheyr b. Mokàlil, 470. 
Khîzr, 3. 
Khochan, 232. 
Khoràeân, 59. 
Kilàbites, 64. 
Benoù Ki n à ua, 107. 
Kindites, 53. 
Kinnesrin, Arabes de, 48, 51, 64, 

71. 
Kochey rites, 64. 
Kodâ'ites, 51, 53. 



El-Koley'a,-291. 
Kolthoùm b. 'Iyàd, 42. 
Ibn Kolzom, 230. 
Korachi 'Abdi, 280. 

— 'Othmàhi, 280. 

— Soleymâni ('Ali b. Yahya), 

363. 
Koran d'El-Mançoûr, 480. 
Koreyb b. Khaldoùn, 205, 206. 
Koreych, esclaye, 251. 
Koreychites, 67. 
Kosroès, 60. 
Kolàma, 366. 
Koura, 143. 
Ibn el-Kouliyya, 426. 

Lahrounka, 233. 

Lakant, 80, 82. 

Lakhmites, 51. 

Lamego, 495. 

Lebrija, 226. 

Leguin, 310. 

Lemàya, 320. 

Léon, 144. 

Lérida, 164, 238. 

Leylh b. Sa'd, 25, 30. 

Lisbonne, 141-143, 350, 357, 394. 

Llobregat, 247. 

Ibn Lobàba, 182. 

Loderik, 4, 10-14, 30, 31. 

Loja, 2)4, 231,232. 

Longares (?), 233. 

Lope (Aboùl-Kàsitn), 376. 

Lope b. Mohammed, 228, 229, 233, 

234, 236, 273. 
Lope b. et-Tarbicha, 292. 
Lope h. Zakariyyà b. 'Amroùs, 165. 
Benoù Lope, 280, 306, 307. 



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- 521 - 



Lorca, 133, 223, 228. 

Los Banos, 439. 

Louis, roi (TA qui lai ne, 117. 

Lourki, 493. 

Loutoùn, 19. 

Loùza, 236. 

Lucena, 189. 

Lumbier, 310. 

Luque, 239. 

Luxe des OmeyyadeF, 148. 

Lyon, 19. 

Ma'add b. Ismà'il, 366, 368, 398- 

400, 402-404, 406-408. 
Ma'àfir, 455. 
Mabàsita, 493. 
Machkeril, 305. 
Maçmoûda, 407. 
Maçroûr l'eunuque, 114. 
Màdjin, esclave, 251. 
MadjoùF, 102, 141 et s., 157 el s., 

394, 395, 399, cf. Normands. 
Madrid, 440. 
Maghreb, 59-62, 110, 125, 155, 157, 

cf. Gharb et Ifrikiyya. 
Benoù Makhchi, 112. 
Makliled b. Kcydàd, 347, 352-355. 
El-Mal, 443. 
Malaga, 16, 17, 48, 53, 71, 170-174, 

179, 187, 191, 197, 206, 217, 230, 

231, 236, 237, 239, 240, 267, 273, 

276, 289, 299, 302, 304, 320, 325, 

330, 403. 
Malha, esclave, 251. 
Ma'n b. <Abd el-'Aziz Todjibi, 412, 

413, 465, 467. 
Mauçoûr, khalife abbaside, 75, 81, 

82, 94. 



Manroùr, page d''Àbd er-Rahmàn 
I, 74. 

— b. AboùVAfiya, 356. 
Maseru, 312. 

Marbit, 268. 

Marechen, 267. 

Markewiz, 160, 161, 309. 

Marque de respect, 465. 

Maskira, 285. 

Maslama b. 'Abd el-Kàhir (Ibn ech- 

Charh), 264. 
Maslama b. 'Abd el-Melik, 29, 61, 

62. 
Mas'oùd b. 'Abd Allah, «arif, 156. 
Ibn Mas'oùd, chroniqueur, 354. 
Ibn Mastana, 204, 243, 244, = Sa'id 

b. Weled. 
Matari, 84. 
Matroûh b. Soleymàn A'ràbi, 99, 

100. 
Benoù Matroùh, 192. 
Ibn Mawdjoûl, 229. 
Mawla, 465. 
Mayorque, 145, 356. 
El Mayorki, serviteur crAlmanzor, 

482. 
Medellin, 86. 

El-Medinu, près Bobastro, 320. 
Medinaceli, 293, 35S, 439. 
Medinat el-'Asker, 307. 

— el-Faradj (Guadalaxara), 

117, 291, 292, 393. 

— Ibn es-Selim, 224. 
Médine, 29. 
Méditerranée, 1, 2. 
Meghila, 325. 
Mehdiyya, 354. 
Mehràn, 407. 



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- 522 — . 



MekhàcTat el-Fath\ 78, 291. 
Mekh'oul, de Mèrida, 164. 
XaMekke, 82, 241. 
Melik kerîm, 491. 
'El-Mellàha, 161. 
Mellàbi, 224. 
Mentesa, 225, 268. 
Menzel Aboù Bedr, 428. 
El-Merdj, à Cordoue, 124. 
Merdj Ràhit, 51, 72, 497. 
Mérida, 3, 21, 23, 47, 76, 97-99, 113, 

116-418, 136, 163, 164, 167-169, 

223, 327, 390. 
Mérida, pont de, 164. 
Merlola, 223. 
Merwàn b. Hakam, 497. 

— b. Hodheyl b. Rezin, 367, 

{cf. 364). 

— b. Mohammed, 54, 58, 59, 

89. 

— b. el-Mondhir, Omeyyade, 
; 278. 

— b. Moûsa b. Noçayr, 30. 

— b. 'Obeyd Allah b. Besil, 

338. 

— b. Rezîn, 364 {cf. 367). 
Ibn Merwàn (descendant d'Ibn Mer- 
wàn Djàliki), 330, 334. 

Meryem bent Fàtima, 350. 

Mesàneka, 161. 

Meserra, gouverneur de Jaën, 135. 

Mesila, 400, 401. 

Mésopotamie, 51. 

Mesroûr b. Mohammed b. Bechir, 

131. 
Messie, 3. 
Ibn Methâla, 351. 
Meysera le page, 137. 



Meysoùr Dja'feri, 412. 

— le Slave, 346. 

— général cni'ite, 359, 361, 

362. 
Miçhkàr le Berbère n 89. 
Benoù Midràr, 178. 
Mihrdjàn, 385. 
Miknàsa, 85. 
Minho, 493. 
Minorque, 145. 
Miracle, 3. 
Mo'àwiya b. Çàlih, 74. 

— b. Hichâm b. < Abd el-Melik, 

73, 94. 

— b. Hichàm b. 'Abd er-Rah- 

màn, 100. 

— b. Mohammed b. Hichàm 

Korachi, 246. 

— b. Aboù Sofyàn, 29, 61. 
Aboù Mo'àwiya, kàdi, 106. 
Et-Mo'ayyed, 418, 429, 431, cf. Hi- 
chàm b. Hakam. 

Moç'ab b. 'Imràn, 74, 96, 106, 126. 
El-Moçàra, 48, 49, 72, 124, 289, 330. 

— près Lorca, 133, 134. 
Moçh'afi, cf. Dja'far b, 'Othmàn. 
Modar, 132, 134. 

Modarites, 49, 50, 52-55, 63, 67, 98. 
Ibn Modjàhid Todmîri, 164. 
Mofarridj, client d'Aboû'l-Aswad, 

78, 79. 
Mofawwiz b. 'Arib, 280. 
Moghira b. 'Abd er-Rahmàn Nàçir, 
431 et s. 

— b. Hakam I, 125, 126. 

b. el-Welid b. Mo'àwiya, 90. 
Moghilh, 14-16, 24, 33. 
Ibn Moghîth Ro'ayti, 170. 



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523 



AboùH-Mohàdjir, 9. 
Ibn Mohàdjir, 138. 
Benoù Mohalleb, 226, 301. 
Mohammed, barbier d'AJmanzor, 

483. 
Mohammed b. «Abd Allah b. Aboû 
«Abda, 263. 

— b. 'Abd Allah b. Aboû 

'Amir, 395. 

— b. 'Abd Allah b. Hodeyr, 

341, 363. 

— b. 'Abd Allah Kharroûbi, 

264,272,277,303,313,319. 

— b. 'Abd Allah- b. Lope, 280. 

— b. «Abd Allah, Ternir, 261. 

— b. «Abd AJlàh el-Maktoûl, 

198, 248-250, 258-260. 

— b. «Abd Allah AchdjiW, 39. 

— b. «Abd Allah b. Mod'ar, 

281, 340. 

— b. «Abd Allah b. Moham- 

med, Omeyyade, 20'. 

— b. «Abd Allah b. Moham- 

med Zedjàli, 290, 318, 
323. 

— b. «Abd Allah b. Omeyya, 

266, 301. 

— b. 'Abd el-Aziz (Ibn el-Koù- 

tiyya), 426. 

— b. 'Abd el-Djebbâr b. Mo- 

hammed, 301. 

— b. «Abd el-Hakam, 304. 

— b. 'Abd el-Kerim b. Elyàe, 

224. 

— b. 'Abd el-Melik b. Mo- 

hammed l'émir, 242. 

— b. « Abd el-Melik Tawil, 237; 

cf. Mohammed Tawil. 



Mohammed b. «Abd er-Rahmàn II, 
141,144,152 et s., 190, 425. 

— b. «Abd er-Rahmàn III* 

282, 289, 316, 337, 380. 

— b. 'Abd er-Rahmàn b. ech- 

Cheykh, 307. 

— b. 'Abd er-Rahmàn ben 

George, 227. 

— b. 'Abd er-Rahmàn Todji- 

bi, 201, 227, 238. 

— b. 'Abd es-Selem b. Kal- 

moùk, 282. 

— b. 'Abd el-Wahhàb, 165, 

268. 
-1 b. Adh'à b. 'Abd el-Latif, 
221, 225. 

— b. Allah de Tàhert, 178. 

— b. Ahmed b. 'Amir Sàlimi, 

47, 184, 211. 

— b. Ahmed b. Hodeyr, 272, 

306, 321, 323. 

— b. Ahmed b. £erràd, 282, 

301. 

— b. Ahmed b. Ziyàd, 290. 

— b. el-'Alà, 398. 

— b. Aboû 'Amir (Almanzor), 

403, 408, 412, 414 et s., 
424 et s. 

— b. Ardhebolich, 264. 

— b. Arkam, 282. 

— b. Aboû'l-'Aych, 351,358, 

367. 

— b. Aboû'l-'Aych Kinàni, 

409. 

— b. Bechir, 96, 110, 127. 

— b. eç-Çaffàr, 303. 

— b. Dja'far b. 'Othmàn, 441, 

442. 



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- 524 - 



Mohammed b. Djahwar, 174. 
— ■ b. Djahwar b. 'Abd el-Me- 
lik, 327, 315, 388. 

— b. Aboû Djom'a, 488. 

— b. Doneyn, 200. 

— b. el-Fath\ 346. 

— b. Ferwa, 267. 

— b. Fotays, 341. 

— b. Ghàlib b. (jaffàr, 238. 

— b. Ghànim, 235. 

— b. Hafç b. Djàbir, 446. 

— b. Hàni Andalosi, 488. 

— b. Hannoûn Hasani, 409. 

— b. Hasan Zobeydi, 488. 

— b. Hayoùn, 476. 

— b. Hichàm Korachi, 330, 

346. 

— b. Hodeyr, 365, 417. 

— b. Hoseyn, 366. 

— b. Hoseyn Tobni, 425. 

— b. Ibrahim b. el-Djebbàb, 

337. 

— b. Ibrahim b. Haddjàdj, 

212 et f., 272-275. 

— b. Ibrahim Hidjazi, 285. 

— b. Idris, 351,362. 

— b. 'Isa, juriste, 378. 

— b. 'Isab. Ahmed, 351. 

— b. Ish'àk, 314, 331. 

— b. Isiràk b. es-Sel im, kàdi, 

385, 415, 419. 

— b. Ismâ'il, 236. 

— b. Ismà'il lepecrètairp, 149. 

— b. Kàsim, 114. 

— b. Kàsim b. Tamellcs, 345, 

404 et s. 

— b. el-Kheyr b. Khazer Ze- 

nàli, 350, 401, 402. 



Mohammed b. Lope, 189, 229, 295. 

— b. Maslama. 449. 

— b. Meymoûn, chi'ite, 362. 

— b. Mo'àwiya Korachi, 426. 

— b. Mohammed Ternir, 242. 

— b. Mohammed ben Aboù 

'Abda, 278. 

— b. Mohammed b. Koleyb, 

354. 

— b. Mohammed ■ Dhoù'n- 

Noûn, 306. 

— b. Mohammed ben Aboù 

Zeyd, 265, 277, 279, 298, 
303, 306. 

— b. Mondhir l'émir, 329. 

— b. Mosawwar, 292. 

— b. MotarriT b. Ghokheyç, 

397. 

— b. Nàçir b. Khalid, 428. 

— b. 'Obeyd Allah b. Mod'ar, 

329. 

— b. 'Obeyd Allah b. Aboù 

'Othmào, 238. 

— b. 'Obeyda b. Mobachchir, 

263. 

— b. 'Omar b. Lobàba, 182, 

266, 276, 318. 

— b. Omeyyab.Choheyd,172, 

235. 

— b. Omeyya b. 'Isa b. Cho- 

heyd, 246, 252. 

— b. Sa'id (Ibn es-Selim), 373. 

— b. Sa'id b. Mondhir, 337. 

— b. Selama, 253. 

— b. es-Selim, 159. 

— b. es-Selim (Mohammed b. 

Ish'àk b. Mondhir), kàdi, 
385, 415, 419. 



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525 - 



Mohammed b. Soleymân Hasani, 60.. 

— b. Soleymân b. Telid, 240. 

— b. Soleymàrf b. Wansoùs, 

263, 272, 290. 

— et-Tawil, 228, 237, 238, 239, 

242, 245, 247, 273. 

— b. Telid, 110. 

— b. Waddàh, 290. 

— b. Wasim, 136, 142, 143. 

— b. Welid (Aboû 'Amir), 425. 

— b. Welid Ghahli, 291. 

— b. Welid b. Ghànim, 252, 

265, 275. 

— b. Woheyb, 275. 

— b. Yabka b. Zerb, 419, 483. 

— b. Yahya (Rebàhi ?), gram- 

mairien, 413. 

— b. Yiibya Kalfàt, 210, 211, 

278. 

— b. Yahya b. Aboû Ghassan, 

239. 

— b. Yahya b. Sa'id, 241. 

— b. Yahya Ternirai, 419. 

— b. Ya'la, 364. 

— b. Yezîd, 34, 36. 

— b. Yoùnos, <arîf, 317. 

— b. Yoùnos Djeyyani, 266. 

— b. Yoùsof Fihri, 77, 91. 

— b. Yoûsof el-Warràk, 400. 

— b. Ziyàd Lakhmi, 153. 
Benoû Mohammed, 350, 358, 361 , 398. 
Mohàrib, 64. 

MokhtAr b. Aboû 'Obeyd, 50. 
r Mo1a, 233, 440. 
Monda, 299. 
Mondhir b. <Abd er-Rahmàn 1, 140. 

— b. « Abd er-Rahmàn III, 330, 

335. 



Mondhir b. Horeyz b. Hàbil, 225, 
268. 

— b. Ibrahim b. Mohammed 

b. Selim, 224. 

— b. Mohammed, émir, 156, 

160, 166, 167, 169, 172, 
174, 175, 185-198,251,258, 
380. 

— b. Mondhir Ternir, 282. 

— b. Sa'id Balloùti, 259, 385, 

390, 414, 415. 

Monnaie, 82, 148, 265, 278, 327, 346, 
376, 381, 425, 480; hôtel des mon- 
naies, 148, 327, 345, 356. 

Monoùsa, 38. 

Montagne de la Victoire, 14. 

MonteehOun, 238. 

Monteléon, 224, 241, 244, 247, 267, 
314* 

Mont Mayor, 228. 

Monte Pedroso, 240. 

Monterubio, 277, 301, 302, 317. 

Montesacro, 219. 

Monte Salud, 168. 

Montexicar, 219. 

Monyet en-Nà'oùra, 326, 333. 

Monzon, 238. 

Mora, 336. 

Morayy achat t 495. 

Morazo, 493. 

Mordjàna (Morhàn ?), 385. 

Morina, 227. 

Moron, 71, 76,179,230,274,303,306. 

Mosaïque, 392. 

Mosàwir b. 'Abd er-Rahmàn, 236. 

Mostatrif, esclave, 251. 

El-Mo'tadd billàh (Hichàm Tomcy- 
yade), 58. 



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— 526 — 



Êenoù toiotàhir, 317. 
Motarrif, kàïd de Nàçir, 364. 

— b. ^Abd Allah l'émir, 203- 

205, 243, 248, 251, 258- 
260. 

— b. 'Abd er-Bahmân, 140, 

141, 165; fille de, 240. 

— b. 'Abd er-Hahmân b. Ha- 

bib, 336. 

— b. Ahmed b. Motarrif, 246. 

— b. Lope, 165. 

~ b. Mohammed b. Lope b. 
Kasi, 280. 

— b. Moùsa, 166T 

— b. Moûsa b. Dhou'n-Noûn, 

306. 
AboiVl-Motarrif, 461. 
Mo'tazelites, 60. 
Motril(?), 305. 
Moula, Mula, 233, cf. Mola. 
Moulés, 440. 

Mou'nes, salon dil— , 382. 
Moûsa b. Abàn, 153. 

— b. el-'Açi b. Tha'leba, 246. 

— b. Aboù'l-'Atiya, 338, 340, 

347. 

— b. Ahmed b. Hodeyr, 201. 

— b. 'Ali b. Rebàli, 20. 

— b. Àzhar, 289. 

— b. Fortoûn, 98. 

— b. Galindo, 165. 

— b. Hodeyr {ou b. Moham- 

med b. Hodeyr), 235, 238, 
242, 262, 263, 266, 273, 
277, 288, 291, 302, 320, 
323, 329, 345, 371. 

— b. Mohammed b. Moùsa b. 

Fotays, 239. 



Moûsa b. Moùsa, 141, 156, 159. 

— b. Noçayr, 6-9, 18, 20-24, 

26, 28, 29, 32, 33. 

— b. Sa'id, poète, 380. 

— .b. Soleymàn Khawlàni, 

273. 

— b. Yezid, frère de Himçi, 

301. 

— b. Ziyàd, 198, 252, 290. 
Benoù Moùsa, 166, 169. 
Mouzna, 259, 262. 

Moz'affer, officier de Nàçir, 370. 

— (<Abd el-Melik), fils de Mo- 

hammed Almanzor, 455. 
Muel, la Muela <? 233. 
Muez, 291, 297 ; campagne de —, ib. 
Munnis ou Munuza, 38. 
Mur des Arabes, 14. 
Murcie, 17, 45, 49, 100, 134, 223, 

228. 
Mutonia, 286. 

En-Nàçir = 'Abd er-Rahmàn III, 
213-215, 224-227, 250, 2<»9 et s., 
420, 426, 448, 469. 

Naçr le page (en 206), 131, 142. 

Aboù Naçr l'archer, 315. 

Nàdjira (Najera?), 234. 

NadY b. Selama, 252, 253, 256, 278. 

Naharon, 121. 

Najera, 234, 285. 

Nalon, 103. 

Nà'oûra = Monyet en-Na'oûra. 

Narbonne, 1, 12, 41, 47, 57, 101, 
102, 140. 

Narcia?103. 

En-Naicàdir, d'El-Kàli, 413. 

Nefza, 62, 91. 



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- 52? - 



Nesàl (Ahmed b. 'Ali), 323, 427. 

Nescania, 231. 

Nez'm èl-rljomân, 8. 

Niebla, 23, 84, 143, 228, 281, 416. 

Nil, 457. 

Ni'ma'l-Khalf, 246. 

Nizàr, 65. 

Nomàra b. Soleymàn, 303. 

Normand?, 141, 394. 

Nuestra Seiiora de Marina, 227. 

Nuestra Seiiora de Pedruy, 240. 

'Obeyd b. 'Ali Kilàbi, 64. 
'Obeyd Allah le Chi'ite, 346, 401. 

— b. 'Abd Allah Bu- 

lensi, 123, 135, 139, 
140. 

— b. 'Abd Allah Ze- 

djàli,318, 322, 329, 
345. 

— b. 'Abd er-Rahmàn 

III, 282. 

— b. Ahmed b. Ya'la, 

364. 

— b. Fihr, 264, 342. 

— b. el-Habhàb, 40. 

• — b. Mohammed ben 

Aboû 'Abda, 240, 
251,252,c/. 152. 

— b. Mohammed ben 

Aboû'Othmàn,278. 

— b. Mohammed Ra'- 

bâni (?), 275. 

— b. Moûfa, 110. 

— b. Omeyya (Ibn Chà- 

liya), 223, 229, 268. 

— b. 'Othmàn, 62, 64, 

74, 100, 101. 



'Obeyd Allah b. Yahya b. Aboû 

«Isa, 246. 
'Obeyda b. 'Abd er-Rahmàn Sola- 
mi, 37, 38. 

— b. Akhoù Aboû'l-A'war, 

37, 38. 

— b. Hom yd («Omeyr?), 111. 
Aboû 'Obeyda b. el-Djerràh, 378. 
Océan, 1, 2, 170, 493, 494. 
Ochtoûn, 271. 

Ocsonoba, 223, 226, 332. 

<Odhra> 37. 

'Odhri, 66. 

«Odhri (Aboû Mohammed), 211. 

Ojen, 232. * 

'Okayl, tribu, 64. 

'Okba b. el-Haddjàdj Seloûli, 39. 

'Okkàcha b. Mohçan, 268. 

Oktebàn le César, 22. 

Oleyya bent 'Abd er-Rahmàn II, 

304. 
Oliola, 242. 
Olya, 243. 

'Omar b. 'Abd el-'Aziz, 26, 34, 35, 
60. 

— b. 'Abd er-Rahmàn, Omey- 

yade, 278. 

— b. Ahmed b. Faradj, 272, 

285. 

— b. Ayyoûb b. Hafçoûn, 270. 

— b. Gheràhil, 74. 

— b. Dja'far b. Chelim, 174. 

— b. Hafçoûn, 170-175, 187- 

189,191-196,200-203,2